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Full text of "Les avantures de Pomponius chevalier roman, ou l'histoire de nôtre tems"

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les' 
A\feANTURES 

DE 

POMPONIUS 

CHEVALIER  ROMAIN, 
OU 

LHISTOIRE 

de  nôtre  Tems. 


A    ROME, 

ChezlesHeritiers  dcFERHANTi 

Pallavici  ni. 

M.    DCC.     XXV. 


m 


^  urw 


i5stP  im 

OF  OXr ORO 


A    MONSEIGNEUR 


LE 


»     -• 


DUC  D**N. 


MONSEIGNEUR, 


La  faveur,  dont  l'Augurte 
Prince  qui  nous  gouverne, 
vous  honore, Icclac  de  vôcrc 
illujdrc  Nai{&nce,la  proteC' 
tion  que  vous  donnez  aux 
Mufcs,  l'élévation  devôrrc 
jugement  engagent  P  o  m- 
PONius  à  (è  mettre  fous 
vôtre  proteâ:ion.  Vangez- 
le  Monseigneur,  pair 
vôtre  approbatiqn  des  Cri- 
tiques outrez  qui  trouvent 


E'PITRE. 
trevitez  tout  ce  que  j'ai  diç 
en  faveur  du  Prince  de  Re> 
LOSÂN,  &  qu'on  s'imagine- 
ra ,  que  plus  je  le  ^effens  , 
plus  je  dois  être  fufpedï  de 
critique:  Mais  j'ofe  raâ  flac 
ter,  Mo N s  B  i g  m  b u  r,  que 
connoiflànc  la  droiture  de 
mes  intentions ,  Votre 
Grandeur  aura  adèz 
de  gcncrofitc  pour  en  in- 
former le  Prince.  Dans  l'ef- 
perance  de  cette  grâce,  je 
luis  avec  un  très- profond 
rcfpc<5t. .     . 

MONiîÉIONEIJR,  1 
De  Votre   Grandeur 

Le  très- humble  &  très- 
obéïfTant  Serviteur. 


TA  BLE 

DES   CHAPITRES. 


.      CHAPITRE  I. 

NAiflance  &  éducation  de 
Pomponius.  Ses  amours 
avec  Odavie.  i 

C  H  A  p.      I  I. 
Portrait  a  Amife  fuivante  d'Oc- 
tavie.  Portrait  de  Pompo- 
nius. Portrait  d'Oclavic.     j 

C  H  ,A  P*      I  I   ï. 

Paflîon  d*Ô(Stavie.  Changement 
d'habits.AyaaturedeMucie  8[ 

C  HA  p.     I   V.. 

Mucie  intercepte  un  Billet  de 
Pomponius, engage  OAavien 
i  inectre  Ta  fille  aux  VeAales* 


T  A»&  L  E 

Pomponius  fe^éguife  en  fil  le^ 

prend  le  nom  de  Lucie,  ôcfuic 

Oftavie  aux  Veftalés.        1 3 

C  H  A  p.       V 

Partie  de  plaifir  dans  le  Jardin. 

Hiftoire  d'Amifc.  Ellefedé- 

.  couvre  à  Pomponius.  Jalou- 

fie  d'Odavie.  1 8 

C  H  X  p.      V  I. 

Pomponius  découvert  par  Peti-» 

^  lia  i  fort  de  chez  les  Veftalés. 

Sa  Harangue.  ix 

C  H    A    P,-       V    I    T. 

Pomponius  va  à  laCour.  Digref- 
fion.fur  Porigine  des  Manufl   • 
crits.    Lecti'e  de  Pomponius 
le  Pcre.  i^.  | 

Chat.      v  i  j  ,i. 
Difgracede  Séjiah.  Pbitijponius , 
prend  la  fuite  aVecquatré  aii^     ■ 
thés  Seigneurs  Romains.' His- 
toire d'Eo-ratius.  29.  . 

■  C  H    A  p.       I    X   . 

Egnatrus  rencontre   des  Feès. 

Vers  Prophecrques  touchant 


DES     CHAPITRE?, 
la  Succeflion  à  i'£mpire.     34 

C  H  A  p.        X  . 

Diferend  entre  Pifpn  &c  Egna- 
tius  apaifc  par.Prifcus.  Hid 
toire  de  Celer,  40 

C   H    A  p.       XI.' 

Hiftoire  de  Prifcus.  48 

C  H  A  p.       X  I  T. 

Suite  de  la  Navigation.  Chaflfe. 
Pomponius  conte  un  trait  de 
Th  iftoire  d^Agrippine  ,^  ra* 
forte  un  fait  qui  lui  ctoic  ar- 
rivée j6 

'    C  H   A    p.        XII   I. 

Hiftoire  dePifon.  Réflexion  de 
Celer.  Tempête.  Deicrîpcioa 
de  richtyophagie.  61 

C  H    A  P  ;  X  KV. 

V^agede  la  Lune.  Magafinde 
Pucelage.  Hiftoire  duP.ucelage 
d^^ifon.  .69 

C  ri  A  p.      XV. 

Magafin  d'efprit.  Secret  delà 
Poudre  de  Projeftion.  Mœurs 
des  HabitansdeFracaftor.  76 


TABLE 

C  H  A  p.       X  V  !• 

Bibliothèque  4uSneIlius.  Saints 
de  la  Société.  Doctrine  de 
Pi(on  fur  la  venté.  Ce  que 
c'eft  que  Pucelage.  8z 

G  H  A  p.       XVII. 

Queftion  curieufe  ,  s  il  y  a  une 

créature  nubile  qui  aie    fou 

Pucelage.  5)  z 

Chap.    xviti 

Suite  de  ce  qui  fe  paQa  dans  la 

:    Bibliothèque.  loi 

Chap.      x  i  x. 

Catalogue  de  quelques  Livres 

de  la  Bibliothèque  ds  la  Lune. 

Chap.       x  x. 
HÎftoire  daDf uïde  Medoc.  Or- 
dre du  Pavillon.  Portrait^u 
I  rince  de  Relofan.  1 1 8 

C  H  A   p.      x  X  I.    ^ 

Eloge  Littéraire  d'un  Sçavant 
Homme.  Pomponius  &  Pifon 
vont  auMénclas,  où  ils  Te  ma- 
rient pour  trois  jours.       j  27 


DES  CHAPITRES- 

C  H  A  p.       XXII* 

Manufcrits  &  Médaille  de  laBî-^ 
feliotheque  de  la  Lune.  Con- 
Verfacion  des  Romains.    134 

C  H  A  p.      XXIII. 

Jugement  deSamar  fur  les  Jour- 
naliftes.Traitsd'HÎftoire.  146 

C  H  A  p.      XXIV. 

Hiftoîre  du  Prince  de  Relo^ 
fan.  151 

C  H  A  p.       XXV. 

Suite  de  THiftoire  du  Prince  de 
Relofan.  Banque  Royale  ï6j 

C  H    A  p.        XXVI. 

Suite  de  PHîftoire  du  Prince  de 

Relofan.  171 

Chap.    xxvii. 

Guerre  de  Jerbie.  Sa  fin.  Entre- 

prifes  du  Sénat  reprimées,  181 

Chap.    xxvm, 
Defcriptiondu  Château.  Por* 
traits  de  quelquesDaraes.  191 

Chap.    x  x  i  x. 
Portraits    de    quelques  "Sei- 
gneurs. 197 


TABLE  Ides  chapitres 

C  H   A  p.        XXX. 

Cootinuacion   du  même    fu- 

jet.  ,  ^01 

Sommaire  dçsChapîtres  conte- 
nus en  la  Chronique  du  Che^ 
vaherSoccrmelec.  108 

Remarque  fur  le  Régiment  de 

la  Calotte.  m 

• 

Brevetd'Infpedeurfùr  la  Mu- 
sique &  DanfeduRegiment  de 
'  la  Calotte.  iit 

Jugement  de  la  Calotte  fur  le 

Procès  de  Mr.  de  Fontenelle^ 

[  fie  d'Arlequin*  ^14 

Arrêt  portant  condamnation  de 
baniâTement,  contre  certains 
déliquans  envers  la  Raifon  6c 

[  la  Langue-  115 


^ 


LES 


IJÎS    AVANTURES 

De 
POMPONIUS 

» 

CHEVALIER  ROMAIN, 

OU    L'HISTOIRE 
de  nôtre  Temps. 


CHAPITRE     I. 


fi»    • 


am$urs-  svec  Oâiavie. 


ÏL  y  iToît  dix  ans  qvt  Lucius  Quitus 
Pùmpênim  »  ifluftrc  Romain  a  voit 
épenfé  CilîA  FUvia  ,  fans  q^il  tut 
tncore  tu  paroicr*  atcun  fruit  et  ion 
fliariagc.  ;  lor/^ue  lUvta  fit  votu  à  Jitpiier 
Capttolin,  de  deftiner  (bn  Fils  ou  fa  FîU«  à 
llœpîrc  ^^,  fi  cUe  ÀQit  alTei  héurture  fo«9 


^^jr 


(4) 
J'habtfler  in  Tille  :  Peat-ctre  AUro*h]t  dl 
punir  Ton  audace  i  mais  \t  me  fuit  conten- 
té de  le  ^ui  enlever  »  &  de  lui  envoïer  à 
là  place  un  Tableau ,  où  )*écbis  repréfen- 
té  dans  meâ  véritables  habiif.  Oâidvien  s'i- 
magina que  Pomponius  tvoic  quelque  m« 
cTination  pour  Oâîavk  ,  ôc  qu'il  s'ctoîi  fer- 
vi  de  ce  Stratagitne  pour  avoir  (bn  Por- 
trait. Il  ne  lui  en  témoigna  cependaat 
rien  »  pour  n*être  pai  obligé  de  lui  faire 
€|uclque  réprimande  ,  d'avoir  pouffe  les 
chofes  fî  loia  à  fon  infçû.  Pour  décou« 
▼rir  ce  qui  eaétoit,  il  dit  à  Pomponius  c^^ 
le  Peintre  n'étoit  pat  en  faute  t  il  kii  coata 
rhiftoire^  fie  l'engagea  à  aller  chez  lui  »  Icàj 
fkire  porter  le  Portrait  d^Oâîavie  ,  pour  1« 
confronter  avec  le  les  le  avec  l'original. 
Pomponius  y  confentit  d'autant  plus  volons- 
tiers ,  qu'il  deiîroit  ardemment  de  voir  un« 
Eirfénne  avec  laquelle  il  «voit  tant  de  ref« 
mblance.  Il  fût  charmé  des  attraits  d'O^^- 
i?t  »  6cq«ofqu'ils  ne  fe  fuflVnt  jamais  vus, 
leurs  cœurs  s'unirent  C  étroitement  dans 
cet  heureux  moment,  qu'ils  fe  déclarèrent, 
par  les  eeillades  les  plus  tendres ,  qu'ils 
lîrûlotent  d'un  mcme  feu. .  Le  refte  des  cé- 
rémonies de  la  vifite  fe  pafla  coœm  entre 
pei  (bnncs  indiâTeremes  :  ce  qui  perfuada  à 
Oflavten  ,  qu'il  n'y  avoir  aucune  liaffoa 
entre  eux.  Il  crut  en  'être  convaincu  par 
le  refus  que  fit  Pomponius ,  de  choifîr  c»i 
lui  des  Tableaux  qui  lui  plairoit  le  plus. 
Ce  Chevtiier  les  laifTâ  tous  chez  Oâlavien, 
êc  envoya  le  lendemain  cet  vers  pour  Ici 
accompagner,  ... 

Homâm 


lûmé'n  »  crois^tîi  que^U  nature 
Puijfe  par  un  de  [es  efforts  , 
Taire  un  pan  âge  entre  deux  corps 
l^ts  dffflrens  attraits  qtio^re  cette  peintHr if 


CHAPITRE     II.- 

Portrait  /i'AmiTc  futvanto   ^*OâaYic»  ^#r- 
tratt    d$    Pomponius.    Portrait      <^*Oc« 
i     UVÎf. 

Ç  I)  OâfavUn  ne  s'appen^ûc  pas  du  fei  qui 
i^  confutnoit  ces  deux  jeunes  perfoiinesr^ 
CM  fiâmes  ,  pour  être  fecretes  ,  n'en  c« 
tofent  pas  moins  ardentes.  Comme  ils  a- 
Toyenc  tous  deux  autant  dVfprit  que  de 
prudence  ,  ils  eoncirent  facileaient  qu'ils 
dcvoîent  cacher  Uur  nAîCime  pafion, 
fous  'c  voile  oiyfterifix  4*unt  indifiTerence 
affcéict  :  que  plus  ils  preadroitnc  de  pré 
caution  pour  (e  donner  dti  niarques  rccî^ 
proqucs  de  Uur  amour  ,  plus  ils  en  pou- 
roient  clouter  long-tems  Ut  douceuri.  Quel- 
que éloquent  que  foit  le  langage  des  ytuit, 
P0i»/<7»/»/ appréhendant  que  l'aimable  Oâïs» 
<vîe  n'eût  pas  bien  compris  tout  ce  qu'il  lui 
avoit  tcfinof^nc  de  pafîton  pour  elle  »  re(b-» 
ht  de  gagner  Amlft  fa  Suivante.  Les  Suivant 
tcf  (ont  en  amour 'le  reflbrt  de  tout  lef 
intrigues  :  de  quoique  les  Dames  afFe^eoc 
de  n'en  pas  prendre  de  plus  belles  qu'elles , 
il  arrive  Touvent  que  les  Dames  étant  fort 
jpellef,  legiuiY<mtfs  font  fort  aimablesii  Dés 


le  premier  moment  ,  'qu'Amrfe  ttoît  ta 
Vctnpon'ius ,  cHe  âvoit  con^û  de  l'eftime 
pour  lui  ,  c*eft  à  dire  ,  en  langage  de  Shw 
vante  ,  beaucoup  d*amour  Elle  avoit  re« 
f«lu  d*en  faire  h  conquctt. 

Amife  éroîc  une  belle  blonde^  de  taille 
moïcMne.  d*un  teint  fin  ,  blaac  &  brillant  « 
d'un  vidage    fort  régulier  ,  à  qui  une  gorge 
naiffamt  ^  donnoit    beaucoup  d'à ppai   :  Elle 
étoit  jeune   c  5c  quoique  toutes  les    Damcf 
le   foieof ,  Amife  n'avoit  que  feize  ans  ,    ce 
qu'elle    fentoit   pour  Pomponiui    ne  lui  laif- 
foit  aucun   repos.  Ce  jeune   Cbevaliev    2?^ 
mam  ,  qui  n'avoit  que  quinze  ans  raflem» 
bloit  en  lui    tout  ce  qvCAdoms  eut    janiars 
de  charmant  de  d*aimable.    On  voi'oit  bril- 
ler Tes  yeux  d'un    vif  qui  enchantoit  :  foo 
teint  «  quoique  délicat ,  avoit  quelque  ,cho- 
fc   de  fifduifant  :  (otx    air    n^ajeAueuic  joint 
à  la  douceur  ds  Ton  vifage  ,  infpiroit  autant 
de  refpeâ   que  fes   manières  tendres  ,   en-, 
jouées  &  engageantes  ,  donnoient  d'amour. 
Une  grande  chevelure  blonde  ,  qui  âottoit 
iîir   fts   épaules    ctoit   un     agréable    orne-* 
mcBt  qui  relevoit  tous  fes  appas  .*  Il  avoit 
l'efprit  vif ,  brillant  ôc   un  peu  malin    ,  ce 
qui  rendoit  fa  coaveriation  fort  gaie.  Ami($ 
donc  ,  ne  pouvant  plus  fouffrir  l'ardeur   du 
feu  qui  la  confumoit  ,  penfoit  aux  moïens 
de  fatitfaire  Ton  amour  ,  -lorfque  l'cioile  de 
Venus  lui  livra  l'objet  de  fès  tourmcns. 

Pompoi'ms  s'étant  rendu  chea  05tavi$nÇat 
les  (\x  houres  du  foir  ,  pour  ailifler  à  ua 
Concert ,  qui  devoir  être  accompagne  d'u- 
Ae  Comédie,  AmiCa  le  faluë.  U  lui  deman* 

de 


(7) 

de  dcf  nouvelles  de  raîmabte  Offavie,  Elle 
feint  qu*  fa  MâitrefTe  lui  avoir  ordonoé 
ém  le  conduire  àuks  une  certaine  diambre , 
•ù  ils  deroient  changer  d*habits,  ôc  (t  ftv 
▼<r  de  leur  reiTèmblance  pour  en  îinipoCt:t 
à  h  compagnie  »  en  la  divertiflanr.  Cctoic 
ponr  PomfonÎHs  ,  une  faveur  extiime  que 
des  avances  de  cette  nature.  Il  en  augura 
fore  bien,  9c  ne  s*y  trompa  point.  Amîje, 
de  (on  côté  >  qui  dévoie  être  la  confidente 
de  ce  myftere  ,  avoit  irouv^  le  moyen  de  ne 
pas  perdre  Yomponms  de  vue  ,  putfqu^elle 
de  voit  {^accompagner  par  tout  »  tant  qu'il 
îoûeroit  le  perfbnnage  d*0âidvÎ9, 

A  peine  eût- elle  enferme  Pompcnius 
dans  tme  chambre .  qu'elle  court  porter  à 
OHavie  la  plus  agréable  nouvelle  qu*on 
pût  lui  apprendre.  Llle  liû  fit  mille  pro»- 
tcftatioRs  damftié  »  &  les  offres  de  fervU 
ce  les  plus  enge^eans  de  la  part  de  Pom^ 
fonms^  Elle  lui  propofe  enfuiic  le  change» 
ment  diiabits.  Ocfavle  Taccepîa  }  mais 
£iifant  reflexion  fur  l*empr«{îemcnt  qu'^- 
x»(/ê  temoîgooit  dans  ceî;e  affaire  »  e!le  âpre* 
hetsda  que  (a  fiiivante  ne  fût  fa  Rivale .  Ei- 
le  lui  fit  mille  queftions  fur  la  manière 
dont  elle  avoît  rencontré  Pomponîus  ,  U. 
fur  la  converfation  qu'ils  avoient  ,  eu  ei> 
femble.  Elle  lui  demanda ,  s'il  ne  lui  avoit 
pas  donné  quelque  baifer  pour  le  lui  por« 
ter  9  s'il  ne  lui  avoit  pas  fait  quelque  pre* 
fènt ,  ou  que-que  promefTe  ,  s*il  ne  Ta  voit  pas 
invite  \  quelque  promenades  &  lui  fit  mille 
autres  demandes  importunes  de  même  na- 
ture.     WÊA\%   ce  fut    inutilement    j  elle  ne 

A4  réuffij 


ttufTit  pas  (mîeux  àlai  demander'»  (!  elle  m% 
Taimoit  pai.  Ami/e  lui  répondit  que  quel- 
que mérite  qu*eût  \Pompomus  ,  tlle  ne  fe 
£e  mccon  noir  roi  t  iamaii»  }ulqu*à  afpireri  U 
conquête  d'un  Chevalier  \Romain,  OcidvU 
fe  content!  en  apparence  de  cettt  réponfe  i 
Elle  croît  un  peu  jaloife  ,  foie  que  ce  fiic 
l'effet  de  la;  violence  de  Ton  amour  ,  foft 
qu*elle  voulut  cprouverf  fa^  Demoiftlle.  Je 
fie  croiroif[  pes  que  ce  fiit  un  défaut  qui  «lui 
fut  naturel  :  les  Dames  en  (ont  exemptée» 
Elle  avoît  refprit  pénétrant  <5c  enjoué  ••  Çk 
taille  ctçit  grandes  ion  tein  d*un  brun  clair 
la  rendoit  une  beauté  piquante  t  on  vojoft 
briller  fur  fbn  vifage  &  fur  fa  ^orge  des  train 
de  nei^c  5c  de  vermillon  ,  qui  donnoienc 
à  Ton  tein  un  cclat  merveilleux  :  Us  yeux 
brilbient  4*un  beau  feu  t  fes  cheveux  natu- 
rellement châtains,  miis  qu'elle avoit  rendvt 
blonde  par  art  ^  donnoient  an  nouveau  luftre 
à  Ton  vifa^e  j  elle  avoit  Tiir  maie(\ucux, 
èc  on  voyoït  quelqut  chofe  dc^  grand  da^ft 
fes^  manières. 


CHAPITRE    III, 

Pâjfton    étOàzvte.     Changement     a*èabitsl 
jivantures   de  Mucie. 

* 

Oâiavte  alla  trouver  Pompênms  dans  U 
chambre ,  où  Amife\  Ta  voit  enfermée  s 
le  oubliant  fa  fierté  naturelle  ,  ou  pour 
SàKuxdire,  les  bi«a(cto<ei  de  Ton  fe\t,  ell* 

•^abandaaqi 


(  9}\\ 

4*ibandoiifia  ^  la  violence  de  Ton  aaowr«  f% 
jctta  a«  con  de  Corn  amant  ,  de  goûta  fur 
fet  leTres  It  Kcdar  de  Vtnus  ,  jftifqu'à  C% 
pâmer.  Rcprenam  fès  efprits  ,  Ôc  fe  trou. 
▼ant  dant  une  pofture  (i  tendre  ,  elle  ajr- 
cepta  touf  les  offres  de  fervicc  que  lui  fît 
Pêmpomius  i  EHe  lui  déclara  qu'elle  tic 
▼ovloit  pli  lui  céder  en  amour  ,  9l  que 
qvelque  paflîonné  qu'il  fut  pour  elle  ,  Oc^ 
tMvU  raimeroJt  encore  plus  qu'elle  n'en  (è- 
loic  aimée.  Au  refte  »  lui  dît*elle  ^  je  n« 
vo«s  demande  que  du  fecret  &  de  la  tt^ 
connoiiïance  :  u  jamais  vous  vous  vantez 
de  la  part  que  je  vous  accorde  dans  met 
bonnes  grâces  ,  *<oii  que  vous  ne  répondiez 
pat  fidèlement  à  mon  anàitié  ,  je  vous  mé- 
priferai  autant  que  je  vous  aime  i  quand  il 
y  aura  quelqu'un  arac  nous  ,  i  excepté  jlmU 
/tff^f  témoignez- moi  plutôt  de  l'indiiTerenca 
que  de  l'amitié  ••  Qu'il  n'y  ait  que  moi  qui 
f<|ache  que  vous  m'aimes  :  le  pouiTèz  ce- 
pendant pas  leschofes  jufqu'à  offrir  vos  fer- 
'  vices  à  un  autre  ei^nu  prefcnce  ,  je  vous 
'  fure  par  Jufittr  le  vangeur  ,  que  je  voua 
«rracherois  le  poignard  que  vous  portes  ^ 
votre  ceinture  »  pour  le  plonger  dans  votr« 
cœur.  Pomponius  n'eut  pas  befoin  d*une 
pins  longue  exhortation  à  la  fidélité.  Il  lui 
promit  le  lui  j^ira  tout  ce  qu'elle*  voulue  , 
•n  aprochant  les  lèvres  des  Hennés  ,  3e  par* 
ugeant  l'émail  de  fes  ,dcnts  avec  fa  langue* 
Enfuite^  Amife  s'aproclia.  Elle  les  dcsha« 
^  Ulla  tous  deux  &  rendit  de  trés-bon  coeur 
ce  petit  fervicc  à  Pomponiuf,  Pendant  cet- 
te ccrémonit  l'amour  eut  foin  de  découvrir 

A  5  ctrtaintf 


«cttamcs  bcatités  ,  qu'on  n'Aoft  pas  fi- 
ché qn*oa  rit  >  quoiqu'on  affeâât  dt  lef 
cacher, 

Kof  ieunet  amans  ayant  change  d'hat)îts^ 
fe  rendirent  à  Thcure  du  Concert  dans 
la  Salle  ,  où  ils  jouèrent  fi  bien  leur  rôle , 
qu'il  n'y  eut  que  la  Mcre  d  Ofîavîe  &  Af«- 
€ie  qui  t^aper^urent  du  chan^eaaent  d'ha- 
bité. La  Mert  fe  retira  au^tot  dans  fa 
chambre  ,  de  entra  dans  une  fureur  extrê- 
me. Elle  envoyé  chercher  ^mife  ,  Ôc  lui 
ordonne  de  déclarer ,  fi  ik  Fille  n'avoit  pat 
donné  autre  chofe  que  fes  habits  à  Pompû» 
nitês.  Amîfe  foûtint  parfaitement  bien  la  ga- 
geure. Elle  déclara  fa  Maurefle  innocen- 
te f  5c  dît  que  c'étoit  elle  qui  avoit  fait 
ce  changement ,  fans  qu^O^avîe  ni  PcmpO" 
nius  j  cuflent  d'autre  part  ,  que  de  s'ctre 
habillez  avec  les  habits  qu'elle  leur  avoit 
fournis.  La  Mer*  à*Oflavie  ,  à  qui  la  fin- 
cerit^  à'Amifê  n'étoit  pas  furpeÔc  ,  là  crut, 
H  rentra  dans  la  Salle  »  où  ctoît  la  Com- 
pagnie ,  fans  rien  témoigner  de  ce  qui  s'c» 
toit  pafsé.  Mncte  Gouvernante  à*Ofiavie , 
qui  s'étoît  auiC'apperçuë  du  jeu  .  n'en  crût 
pas  toat-à-fait  Amife  fur  fa  parole.  Elle 
examina  dos  deux  amans  .j  mais  Çt%  foins 
furent  Inutiles  :  &  ce  c^u* Amife  n'avoîc  pu 
lui  perfuader  ,  elle  le  crût  par  les  froideuri 
êc  le^  indifférences  qu'elle  remarqua  que 
les  jeunes  Amans  avoient  l'un  pour  l*au» 
tre, 

Jufqu^à  ce  moment  PomponÎHS  powoit  (% 
dîre  heureux  ;  Mais  Cufîdon  en  bleilànt 
HhcU  d*uxie  fl^échc  d*or  qui  lui  infpira  un. 

amour 


âmovr  yioleat  pour  Pomponias ,  frapa  celui* 
<i  À*un9  flèche  de  plomb  ,  qui  lui   donna 
«M  (ouverain  mépris  pour  Mucit,  Cette  Gou* 
vername  avoit  plufieurs  bclles^alitez.  fille 
é\6\i  (îige  ,  auiant  qu*a  accoûtum<f  à%  Tccra 
une  Dame  élevée  a  la  Cour.    Elle  f^voît 
la  Mufique  en  perfeâion.     Elle  joûoit  <ief 
inârumens  ,  êc  chantoit  avec   grâce.    Elle 
avoit  beaucoup  lu.     Elle  r4^aToit   toua   les 
Poètes  par  cœur ,  fur  tout  Ovide  ,  dont  elle 
avoit  mis  en  Mufique  VMt  d  atmer»   Elle 
^t^îc  Pcmme,  c^cft  a-dire,   aimant  à  plaire, 
voulant  être  aiméa  ,  aimant  quelque  fols. 
Pomfonius  lui    plût.    Elle    fut    charma   de 
fe%  belks  manières  ,  6c  détachant  un  braflc- 
]et ,  qu^elte  avoit  au  bras  «   «lie  lui  en  fît 
prcfênt.    Pompontus  , .  <|ui   jouoit    alors  le^ 
perfbnnaged*0^/ft^/>.  crût  pouvoir  recevoir 
de  fa   précendue  Gouveraantr  un  brafTelet, 
fans  conCcqueac«.  Mucîe  voyant  qu*il  avoit 
accepté  {î|ga!aament  fà  faveur  ,   non  feu- 
kment  ferma  les  yeux  fur  ce  qui  fc  padoit 
entre  Oflavie  Ôc  lui ,  St  fàvorifa  Amifè  dans 
tout  ce  qui    regarda   l'échange  des    habits 
après  le  Coi^cert  ,   mais  pouflant  plus  loin 
/on  amour  :  elle  lai  écrivit  le  lendemain  le 
fiHlet  fuivant. 

MUCII      à     POMPONIUS. 

Vous  avez  feçà  trop  galamment  ,  mon 
petit  cœur  ,  .  le  BraJJeiet  que  Venus  vous 
a  dvnné  p^r  mes  mains  ,  pour  tie  pas  en 
témoigner  nître  réconnpijjance  à  cette  Deejfe» 
iious  lui  ourlions  enfemhle  un  jacrifice  ,p, 

comme 


f  I»)      ...      , 

'êimme  je  vous  eh  frie  ,  vous  voui  irâ^ffik 
s  fix  heurts  dt*  Jeir  dans  les  jardins  de 
Lucullc.  '  C amour  n^a  pas  befoln  de  té* 
moins,  Trouvéx.'VOHS  y  jtul  ,  comme  j*y  /#- 
rai   feule»     Adîeu.  '        )  ^ 

'  Pompontus  fut  fart  fiirprîs  At  cette  avân« 
tvre.  D*un  coté  Oêîavle  pofTtcioît  fou  cœur 
tout  entier  ,  5c  0  laîavoît  promit  une  ami- 
tié inviolable  ;  «ais  >  s'il  mcprifoit  Mucie, 
il  t'attireroit  une  ennemie  ,*qui  romproic 
tomes  les  mefures  qn*il  pouvoit  prendre 
pour  Voir  OClavle,  De  p!us  *,  Mucie  étoit 
furie  retotr  :  £lle  aroit  à  la  vérité  beau* 
coup  d'efprit  >maif  tlle'avoit  partagé  fk 
beauté  entre  tant  de  Courtifane  >  qu*il  ne 
lui  en  reftoît  pas  aifec  pour^  captiver  ua 
Jeune  cœur^  Pomponliis  réfblût  de  lui  faire 
un  refus  honnête  .  9c  lui  renvoya  fei  Tâ« 
blettes  ,  en  mettant  au  bal  4a  (on  Billet» 

Pompon  lUS  à     Mucii, 

'  Vous  méritez,  mieux  que  moi  ,  Maial 
me.  Les  jardins  de  Luculle  me  J ont  fié f^ 
ftHs.  Je  ferois  fâché  que  mon  imprudence 
fut  caufe  que  vos  Brajfèlets  fuffent  défapa* 
reillez,.  Je  vous  envoyé  celui  que  Venua 
mUvoit  donné  par  vos  mains»  Confervexy 
moi  ,  je  V9US  prie  ,  autant  de  part^  dani 
vos  bennes  grâces  ,  que  j*ay   d'efiimt    fonr^ 


cha: 


wo 


l 


mmm^m 


CHAPITRE    IV. 

Mucîe  intercepté  un  BîlUt  de  Pompon'tf* 
^  Engage  Oâîavien  de  mettre  fa  Fille  aux 
^  Vefiales  PoMponius  fe'  déguife  en  Ville, 
p  frtnd  le  mm  de  Lucie  «  tîT  fmt  Oûa- 
L  VÎîB  <!»«    Vefiales. 

III  n*y  a  per(bnne  qui  foîc  plui  (ufcepti^ 
ble  de  fiire«ir  *qii*une  feodine  qui  fe  voit 
méptiTée.  J^Mc/e  entra  dans  un  courroux 
terrible  ,  8c  fe  vangea  fur  0€lavîe  da' mé- 
prît que  Pompomms  aVoit  pour  eVe.  (Tn« 
Jemme  ,  que  la  jaloude  anime  ,  n*cpargnc 
Tien  pour  fe  vaager.  Mnae  fie  tant  qu'elle 
(ntcrccpta  le  Billet|  fuivatt. 

Po>kFONIUf    à     OCTAYIB.* 

• 

De  quels  charmes  vous  ites  vous  Jer^ 
n;fê  ,  mfin  Amour  ,  four  ridmre  tnon 
$mur  en  cendres  r  je  ne  fuis  plus  f enfer 
qu*à  vous  ,  O*  tout  ce  que  je  vms  ne  wn 
flatt  qu'autant  qu'il  a  de  i  raport  avec 
Oftavie.  Je  brûle  ,  ma  petite  Ame  ,  d^u^ 
ne  ardeur  extrême  dans  Vîmpatiencê 
de  vous  voir.  Ah  !  qu^il  e(i  doux  ,  mom 
cher  cœur .  de  receùillir  fur  vos  titres 
les  douceurs  que  V amour  y  a  femez,  Adofh 
ifm  4  dija  fenfi   quitter  mon   corps  plu^ 


ï 


fêurs  fns  dans  te  doux  exercice  ,  &  jê 
ne  t*ai  retenue  ,  que  pour  vous  la  facrî^ 
for  plus  fiuvent.  Ne  -  joyez»  pas  furprife  , 
que  je  vous  4)  urit  le  prefent  'Billet 
de  mon  fropre  fang  ,  put/que  ]e  n*en  éj 
pas  une  feule  goûte  qui  ne  feit  À  vitre  fervicu 
JtdkUp 

Mucie  fit  de  ce  Bîlltt  1*u(àge  qu*en  pou« 
Tort  faire, une  femme  en  fiireur.  Elle  va 
ttourer  OÛmvien  »  à  qui  elle  en  fait  part. 
Elle  lui  reprefente  de  quelle  confequen- 
ce  il  eft  pour  (on  honneur  d*empccher  Oc* 
tavîe  -de  voir  Pompomus,  Pour  une  plus 
grande  sûreté  ,  elle  lui  confeille  de  renfer- 
mer fa  Fille  che»  les  V'ergef  Veftales^  Oe^ 
tavien  a  voit  l'honneur  en  recommendatiou. 
Quoiqu'il  ne  crut  pai  OHavie  capable  de 
faire  une  faute  ^  il  fçavôtt  qu'elle  étoit 
£Ile»  c*eft-à-dire^  qu*il  ccuit  trés»perfuadé, 
q*on  ne  pouvoir  -a  veiller  de  trop  préf.  De 
plus  p  quand  Offavie  eut  été  plus  fage  que 
Lucfece ,  la  paffion  de  Pompomus  s^exprimuir 
d'une  manière  trop  tendre  >  pour  y  pouvoir 
léfifter  long-temps.  Il  crût  8c  fuivit  le  coo- 
feil  d^  Mucîe  ,  Ôc  conduifit  OHavie  awç 
Vefiales,  fans  lui  parler  ni  de  Pompomus ^  ui 
du  Billet.  Mais  Amife  qui  a  voit  découvert 
le  myftere  ,  5c  qui  fe  vôyott  obligé  par 
honneur  de  fuivre  fa  MsitreiTe  ,  lui  révé- 
la le  fecrct.  Oâlame  fut  fort  fenfible  à  ce 
covp^  quoique  par  grandeur  d'ame  elle 
diffimiilâc ,  principalement  à  fa  Gouvernan- 
te le  chagrin  qu'elle  en  avoir.  A  peine  eut- 
fUe  paiïé  quelques  jours  dans  le  Palais  de  ^ 

Vellé 


ytda   quMIe  écrivit   à   Pmpcnîus  un  liK 
kt  d«s  plus  paffioonez. 

OCTATIB     A       PoUPOKlUt. 

Infortuné  Amant  ,  ^«f#  je  /»/4/»/  /tf  n- 
^iieMr  <i^  ton  fort  !  Tu  es  CMuf$  de  mes 
maux.  Mes  chaînes  créent  vangeance  con» 
tre  toi  ,  C7*  les  murailles  df  ma  frîfon  mê 
font  de  fanglans  reproches,  de  t* avoir  livré 
tncn  coeur.  Tu  nUfi  pas  digne  de  le  pef' 
feder  ,  (i  tu  ne  romfs  mes  liens  ,  ou  fi 
tu  ne  viens  partager  avec  moi  les  rigueurs 
d*une  prifin  y  qui  ^ne  me  parott  ajfreuje ,  que 
par-ce  quelle  me  prive  du  plaifir  de  te  vc$r. 
Jidieu, 

Pomponius  comprît  tom  le  fens  de  ce 
Billet.  Il  le  regarda  comme  un  arrct  au* 
quel  il  'devoît  fè  (bûmetre.  Pour  l*cxé« 
cucer  au  plutôt  »  il  feignit  d'avoir  envie 
d*a11er  à  Athènes ,  pour  fe  perfc£Vionoer  dans 
TEloqUencc  Sts  Parc  ni  ravis  de  trou- 
ver en  lui  de  fi  nobles  inclinations  »  quide« 
Toîent  fervir  de  degré  pour  le  faire  parve* 
BÎrfaux  premières  dignitez  »  louèrent  fi>n 
^eflèin  ^  te  lut  fournirent  abondamment 
toutes  les  chofes  necefiaircs  pour  (on  voïa«- 
ge.  Il  prit  congé  d*cux  &  aïant  gagné 
trois  Domeftiqves  qui  Taccomp^nolent  >  il 
rentra  jfècretement  dans  Rome  ,  fe  déguifa 
en  Fille  ,  favorîfc  parfon  jeune  âge  ,  fit 
habiller  un  de  fts  Efclaves  en  Seigneur  ^o» 
maîn,  qui  fe  dîfant  fon  Père  ,  le  conduî* 
fit  aux  Vî«iï«s  VefiaUs ,  pour  le  confier  « 

IfOff 


t  Uvat^ùifift.  Ver/nia  qui  /t^itjjb  plcif^ttt? 
citune  reçâr  Pomi>»nms  ,  qui  prît  le  nom 
4e  Lf^ff  aTCC  autant  de  ^ranchiYc  que  G 
c'eût  ^îc  une  Fi'V^  Le  Pa'ai5  des  VeliéiUs 
•ft  facrr  ;  îf  n'e^  pax  perm  s  avx  Sommes 
d'y  entrer.  Le^  femmes  mariées  n'y  enir^ftt 
qu'en  cTtains  iours  •  9c  ne  vont  que  daat 
les  gallcrîes  du  Te  np)e  de  ^a  Grande  Déeflè, 
à  roo'nf  qu'elles  nt  relent  inklctf  aux 
iiyOcrcf. 

Aifll-tôt  qua   le  brutt  fa   fût    répandu 
dans  U  maifon  qu'il  y  avoit  une   nouvelle 
venue  ,  toutes  les  VeflaUi  accoururent  pour 
la  voir.   OHavU  crut  d'abord  que  /«s  yeux 
lui  en  impofbient  ^  &   comme  elle  penfbic 
cORifnuc^Wmem    à    Pompontus  ,     elle  crut 
que    cVtoit    un  effet  de  Ton    imagination, 
^f    fu<   faifoit  trouver  dans  Lucie  tant  dé 
re(7êmblance  avec  Ton  cher  Amant,    uimifi 
clle-m^me  neTçavoit  qu'en  croire ,  iufqu'à 
ce  que  l'amour  les  cclairant  dey  Ton    flam- 
beau ,  diinpa  les  ténèbres  qui  leur  offuf- 
quoient  les   yeux.    La  ioye  qu'eut  Oâiavît 
de  voir  Vobiet  de  (on  aihoûr  (\  proche  d'el»' 
le  ,  ctoit  vivement  contrebalauçée  par  Tap- 
prékenfion   qu'elle^  avoit  ,    qu'on   ne  dé" 
couvrît  la  rufe   dont    il   i'écoit  fcrvi.     Ils 
diiÏÏmulerent    les    premiers     Jours     autant 
que  l'amnur  le  ptit    permettre     1^   liat/bo 
qu'ils  avoient  enfemble.    Eniuite ,  comme 
û  elles  eudènt  fait  înfiinfîblcment  connoi(^, 
fance  ,    elles  fe    familiariferenr     félon   la 
coutume  des    Filles.     On  les  appeltoit   les 
ileux  Contîdemes  ,    les    infeparables  ,   les 
IMelel  9  \t%  deux  bounes  Amies,  On  pro^ 

pofaît 


.     ï  >7  ) 
pofbi'r  même  pour  modclle  tux  Mtres  Vifi 

téUet ,  Tunîon  qui  itoxi  entre  Ofiévii  êc 
XMcit,  Elles  n'ayoient  pour  Confident* 
qu«  Il  fidelle  Amije,  Il  n*j  avoit  point 
^%  Mucîê^  dans  cette  mtifbn  ^  &  PomfêHm» 
ét^nt  dégoife  en  Fille ,  n*infpiroit  d*am«ar 
qu*à  celles  qui  le  connoifibient.  Quelque 
b«llc  que  foit 'une  mile  ,  il  eft  très -rare 
qu'elle  infptre  de  l'amour  à  une  autre  Fil* 
le ,  parce  qu'elles  Tt  croient  toutes  pins 
belles  les  unes  que  les  autres  •  t  de  qu'elles 
n*ont  'fur  cet  article  d'amour  que  pour  eU 
les-mcmes.  Ce  n'cft  pas  Qu'elles  ne  lient 
Ibuvent  enfemble  une  efpece  d'amitié  >  q«i 
aproche  fort  de  l'amour ,  êc  qui  va  fouvent 
plus  loin^  quand  il  fe  rencontre  de  la  SinM 
pathie  dans  les  efprits.  Alors  elles  ne  pe»> 
Tenc  fe  rien  refufer.  Elles  fe  font  une  con« 
fîdence  mutuelle  de  leurs  penfces  les  plus 
fecretes.  Xlles  difpoAnt  iadifiTéremment 
avec  une  amoureufe  in  lolence  ,  de  toutes 
les  parties  du  corps  l'une  de  l'autre.  El« 
les  n'ont  rien  de  cache  5  &  ce  qu'elles  fça- 
vent  de  particulier  pour  {e  rendre  aimables^ 
elles  fe  le  communiquent  l'une  à  l'autre  « 
0c  leurs  oâ[îc*eufes  mains  fe  portent  par- 
tout où  la  mol'efle  les  conduit. .  Les  yeuK 
fuirent  bien-tot  les  mains  \  H  les  fuites 
d'ifhe  telle  liatfon  font  d'une  èuaoge  cof; 
fcqucncc. 


fi  H  AS 


CHAPITRE    V.' 

târtU  de  Platfir  dam  h  jardin.  Hî/lo:ri 
d^Amift  Elle  ft  Mcouvre  à  Fom^ 
poniuf.  Jalonfu  <i'Oftavie, 

I  ES  premières  parties dt  plaîfir  de  £«fc>  8c 
d*Oâléiv$e   furent  des    rendez-vous    fc- 
creti  pendant  la  nuit  dans  unt   grande  aU 
I^e  de  lauriers  5c   d'orangers  ,  qui  conduit 
an  Ttire ,  qui  arrolà  le  Jardin  des  VeftaUu 
A  peine  la    nuit  avoît>elle  étendu  fts   voi- 
les fombres  fur  la  terre  ,  que  ta   Lune  fc 
levant  dans  fon  char  d*argcnc  •  difperçoit  de 
coté   êc  d'autre  une  foible   lumière   ,  qui 
fervoic   de  flambeau  à  nos  {euncs  Amans  t 
alors  Amjfe  ,  qui  fentoît   pourl^îe  autant 
ele  paflîon  qu'en  pouvoit  éprouver  la  char- 
mante Oâîavie  ,  indru^te  de  tous  les  détours 
de  la    oiaifoa  ,  6l  n'ignorant  pas  l'art  mile 
d'ouvrir  les  portes  >  qui   mettoient  un    ob« 
ftacle  à  Tes  plaifirs  ,  avoit  foin  de  conduire 
nos  Amans  dans  le  Tardin  par  dos  endroits 
écartez.      Il  f«  pafloit  dans    ces  doux  mo- 
ments mille  acciJtns  amoureux  ,  dont  un 
feul  eut  Tuffit  pour  faire  le   bonheur  du  j>îus 
puijffant  Monarque.    Les    diCcours   les  plus 
tendres  étoient  accompagnez    des  marques 
d'amitié    les    plus   (enfîbles.     Hmife   feule 
fbuffroit  un  long  5c   cruel  mariyrc.  Tontes 
les  faveurs  que  (a   Miitreffè  prodiguoii    à 
Lucie  étoient  pour  elle   aurant  de  coups  de 
foignard  }  9ç   quel  qu'elle  s*éuidiât  à  ca^ 

cher 


-        •  (   î9  ) 

Aef  ce  qui  Ce  pafloit  dans  (bt  cœttr  ,  elle 

Ae  fut  cependant  t*empccher  de  tcmoignet 
à  Lucit,  combien  elle  eftimoîtiheureafe  une 
perfonne  quf  avoit  part  dans  (et  bonoef 
grâces  Lucie  n*étok  pai  infenfible  à  la  louan- 
ge. Elle  prêta  aifcment  Toreille  aux  difcourt 
enchantez  que  lui  tenoit  Tamoureufe  Amife  i 
Se  quoiqu'elle  ne  conçût  pai  d'amour 
pour  Amife  ,  elle  l'écomoit  cependant  vo- 
lontiers y  9l  prenoit  pltifir  aux  hiftoiref 
qu'elle  lui  contoir. 

Vm  )our  Amife  voulant  voir    jurqu'oft 
Lucie  perteroît  la    complaifance  »    lut  àxt 
cette  htftoire  i    „  Thrajêe   Reine  de   Tyr 
„  avoit  une  Fille ,  dont  la  beauté  naîAàme 
^^Infpiroit  de  l'amour  à  tous  les  courtiftnSf 
,,  qui  avoient  l'honneur  de  rapprocher.  Uo 
^,  jour  ^ue  la  jeune  Princefle  (e  promenait 
,,  lur  le  bord  de  la  mer  avec  fes  Demoi« 
^,  Telles  y  elle  vit  aberder  un  vaifleau^  qu'elle 
,f  fut  curieufe  de  vifiter.  Elle  monte  avec  fa 
yy  fuite  dans  ce  vaifieau.   Auffi^tot  le  Capi* 
„  taine  remit  en  mer ,  &  enleva  la  Prioceflè 
,^  dont  i\  fît  prefent  ,  en  qualité  d'Efclavc , 
,,  à  kgrippine  Epoufe  de  GtrmAnicus.  Agrîp' 
,  fine  réleva  comme  fa  propre  Fille  :  Maïs 
cette    Princelle    partant    pour    l'Orient, 
^,  en  fît  prefent  à  nne  Dauie  Romaine,  qui 
„  la  mit  auprès  de  fa  Fille  en  qualité  de 
,,  Suivante.      La     jeune     Princeâe    s'atta- 
„  cha  fi  étroitement  à  fa  MaitrefTe  »  qu'eU 
,,  le  ne  trouvoit  de  plaifîr  que  -dans   foa 
„  bonheur  ,  &  qu'elle  partage  oit  avec  cl- 
„  le  toutes  fct  affilerions.     Une  inclination 
„  leur  caufa  à  toutes  deux   beaucoup    de 

„  peine 


(    2Ô  )  # 

p  peînc."  Un  ic«n«    Seigneur  sVtanf    âéi 
„  claré  trop  ouvcrtetticnt   pour  la  Dcmot'-  ' 
p,'feile  que  fervoîi  la  Prince^e  àtlyr,    lut 
,f  atn'ri  la    difgrace  de  ici  Partns  .*   Mais 
»,  Timour  eft  ingénieux  ;  il  fît  trouver  \m 
94  moyen  au    jeune  Seigneur   de  reîoindre 
,«  l'objet  de  Ton   amour.     Li   Princefle  de 
„  Tyr  qui   étoii  leur  confidente,  ne  voyoît 
,,  qu'avec  peine  entre  h$  Vras  d'un  autre, 
y,  ce  qui  ^toit  U    caufe  d'un  fecret  8t  cruel  . 
t«  martyre  qu'elle  fbufFroit,  fans  ofer  s*tfA 
99  expliquer.   Elle  tacha    cependant  par  f^ 
9,  dîTcouri   0c    ies    manières   enet!icanres, 
90  4'obrenir  quelque  part  t^2ns   Tcflime  dm 
pi  jeune    Seit^neur.    Un  jour  qu'eMc  fe  rcn- 
0i  contra    feule    avec  ^ui    t\U    lui    decott« 
9,  vrit  fa  padîon ,  fe  jetta  \  fei  pieds ,  lui- 
9,  demanda  le  fecret ,    ^  ^c  pria  d%  con^ 
t,  tenter  au  moim  une  feule  fois  fon  amour, 
M  Q!'^    penfez-votts   que  f^t  !c  jeune  Seî-« 
9^  gneur  ^  „    Il  dût  ,  répondit  Lucie  ,   ré- 
pondre à  un  fi  beau  feu.   A  peint  cet  mOt» 
furent-iU    prono.icez  ,     Qu'-^w//f  fe    jctta 
à  fcs  ](eno«Y  ,  lui  déclara   qu'elle  étoît  lu 
FrincefTe  de  Tyr  -,  lui  avoiia  fa  pafCon,  âc 
le    pria  d'y   Satisfaire.     Pompontus  fut   fort 
furpris  d'un  tel  jaccirlcot  :  Mats  plus  il  rc« 
garde    Amift ,    plus   il  fe  conviinfl-  qu'ella 
ne  ^ui  en  a    point    impofc.     En  acceptant 
(es  faveurs  ,  ils  fe  promirent  un  fecret  îo- 
Tiolable  ;   mais    ils   ne  purent  (i    bien   9t 
cacher,,   (\M*0^aviê  ne  foupçonnât   fofi  A« 
mint  d'infidélité.    Dans  le  moment  elle  r«« 
folut   de  lui  joicr  un  tour  ,  où  tl  eut  be- 
Um  de  toute .  ftn  edreffe  fie  de  tout  fou 

efpnt. 


r 


èTpric.  Bile  propofa  à  trois  on  quâtrt  Viâa^ 
Us  de  fei  coiDjragnei  de  ftire  une  partio 
de  pUUîr  ,  où  ii  htt  réfolu  de  fe  bai|^ner? 
<e  i|it*elles  acceptèrent  volontiers ,  efp^ant 
par  ce  taoyea  de  voir  toutes  les  beautés, 
dont  ta  nature  avoit  orne  levrs  corps.  Une 
ïefiale  dit  agréablement  à  O^dvie  !  Ltteiê 
ne  ferait-elle  pas  de  la  partie  >  11  hiut  bien 
qiiMIe  en  fgii ,  repondit  Oôîavie  :  On  lui 
a  rcprocÉic  l'autre  jour  ^^M^/Zf  h'avoitfoint 
de  Jein  &  que  Tes  jupe;:  bouffaient  plus  que 
fon  corps  ;  c'eft  le  véritable  moyen^  de  voir 
ce  qui  en  eu.  E\\ts  allèrent  de  cooipagnie 
prôpoier  la  chofe  à  LucU  qui  fît  d'abord 
la  prude ,  parce  qu'elle  voyoit  les  fuites  de 
cet  engagenneat  |  mais  ne  pouvant  refiflcr 
à  leurs  înftancei  ,  elle  y  conftntit.  A 
peine  fîprenc-elles  à  la  rivière  »  qu'0^4x//« 
îe  deshabilla  3c  fe  jette  la  première  à  l'eas. 
Les  autret  fuivirent  bien-tot  fon  exemple  i 
nais  LH€h  jugea  à  propos  de  refter  fur 
le  bord  de  Tihre  ,  fous  prete)(te  de  re- 
garder t'il  ne  viendroit  perfonne.  Oilavig 
fe  voyant  joùce  d'une  manière  (î  peu  tt« 
ttndeë  ne  fouffir^ii  qu'avec  peine  d*ctre 
TÛë  ea  cet  état  Les  autres  qui  ne  fçavoieat 
pas  que'L»r/e  fût  d'un  Sexe  différent  dil 
Uvr  ,  ne  fe  mirent  pas  beaucoup  en  peine 
d'être  vues.  Elles  lui  permirent  même  de 
tes  aider  à  h  r'habiller.  Lucie  ne  fe  vangiea 
de  ce  tour ,  qu'en  exigeant  d'Oft^We  lo 
double  des  faveurs  qu'elle  avoit  accoutume 
dtlui  accorder. 


zfi.iA 


(  «o 


CHAP   ITRE    Vi; 

l^omponlut     dicêuvert  far   Petilîa  ,    fort 
de  chez,  /eiVeftales,  Sa  Harangue. 

IL  fe  faifoît  entre  O^iavîe,  Ltécte  6c  A'» 
fnife  des  parties  de  plaifir  f  ou  à  pein« 
les  forces  de  .  Lucie  pouvoient  fufiir.  Ces- 
trois  perfonnes  goûtoient  en  paix  les  dou- 
ceurs les  plus  tendres  dt  Tainour  ,  Se  ja- 
oials  Venus  ne  fè  trouva  mieux  entre  les 
bras  de  Mars  :  Jupîtir  ne  goûta  pas  plus  de 
plaifîr  dans  la  maifbn  d*Alcmene,  que  nos 
trois  Amans  en  gomèrcnt  dans  le  Palais  de 
Vefta.  Oâfavie  ne  le  regardoît  plus  comme 
une  pri(bn  :  Tour  lui  rioit  &  lui  paroifloit 
charmant  ,  parccque  Lucie  i*accompagnoît 
par  tout  ;  mais  les  Dieux  irritez  >  par  fa 
demeure  ,  que  Pomponius  eût  proèmë  fi 
longtemps  ce  facrc  féjour  ,  permirent  que 
Petilia  qui  a  voit  l'Intendance  des  Siains  , 
s*appercut  de  la  difFi^rence  du  fexe  qui 
ctoit  en  Lucie,  Elle  balance  d'abord  ^  3c 
ne  (çait  fi  elle  en  doit  croire  Tes  yeux  j  mai? 
le  fait  étant  trop^  évident ,  elle  doiite  ^  fi 
file  doit  en  avertir  fecretemtnt  VerftUa  , 
ou  bien  s'écrier.  ^  que  les  Myftcres  dei 
Dieux  font  profanez  ,  3c  déclarer  le  Sacri- 
lège, ^Pomponius  ,  qui  lifoti  dans  fes  yeux 
tput  ce  qu'elle  penfoit  ,  prévint  adroite- 
ment le  fcandale  ,  en  donnant  à  Pétilla  p]i»« 
fieurs  pièces  d'Qt  »    pour  l'obliger  au  fe^ 

*■*'.>  cm 


I  - 


(  iî  ) 
cm.    Il  téûiEt  pour  le  momeit  ;  mili  h 

Fille  »  qui  avoît  trouve  le  mctal  beau ,  mm 
nm<(oic  tous  les  jours  de  le  frahîr.  Pompom 
mit^s  voyant  .qu*tl  ne  lui,  reftoit  prefque  pluf 
d^argenc ,  prit  le  parti  de  faire  une  retrai« 
re  honorable.  Il  fit  avertir  l'àfclave  qui 
pafibit  pour  (on  Pcre  ,  ^e  venir  le  re- 
demander :  ce  qu'il  exécuta  promptcmear. 
Verfilla  rendit  à*  Luat  des  témoignages  C 
Avaintageux  ,  qu'elle  fe  crût  obligée  par  xé* 
connoitfance  de  Tcn  remercier  en  prefence 
de  toutes  les  Ve/iales  Elle  pria  la  grande 
Pr  êtrefle  de  les  faire  aflèmb!er  dans  la  veftî* 
bttle  du  Temple,  ou  elle  leur  fit  le  difcourt 
faivânt. 

.  »»  Vierges  faîntes  ^  fidelles  Gardiennes  dn 
^,  feu  facre  »   chaftts   Colombes  ,    àj^f^ts 
^.  Prctrefiès  de  Vefia  .  je  prends  tes  Dieux  à 
,,  témoins  des  obligations  que  je  vous  ai. 
9,  tox  fèuls  conaoinent  les  doux  t  m^omeni 
que   j'ai  paffé   dans    votre  compagnie, 
et.  les  plaifirs  charmâns  que   i*ai    goûté 
„  dans   l'amitié ,  dont  quelques  iMiés  d'en-^ 
..  tre  vous  m'ont  honorée.   Lucie  «'oublie- 
,,'ra  >amais  la  ûgcfle  ,  la  prudence  U  la 
„  dfTcfction  dei^augude  Verj$lia.   Elle  ren- 
,*dra  toujours  un  témoignage    condanc    à 
,,  la  ûinteté  ;  à  la  chafteté  &  à  l'innocence 
^,  àtt  illuftres  Vierges ,  qui  compofent  cet« 
te  maifon.    Soit  que  les  doux   liens    de 
l'Hymen  m'attachent  quelque  jour  à  un 
,,  Epouar ,   ou  bien  que  je  perfevere  dans 
^9  la  chafteté  ,  dont  vous  m'avez  donné  de 
^9  û  beaux  exemples  ,    je  ne  ceflerai  de  re* 
^  mercier  îiuflur  de  la  faveur  .  qu'il  m'a 

»é  accoi-déa 


99 


99 
»» 
9» 


(i4> 

îT^accorJ^e  de  iFÎvre  avec  vous.  Je  ywcë  pt^ 

^  le  5/ix  mcme  inviolable^  aux  Dieux  que 
,,  j\  ne  dirai    à   aucuae    créature    vivante 
,y  ce  que  )*ai  fait  chez  vous.     Je  ne   trat» 
^  birai  point  vos  divins  Myderts  $    de   je 
garderai  (bas  un  (îlence  éternel   les  Cc« 
rcmoaies  facrWls    que  je  vous  ai  vu  pra« 
tiquer.  Je  me  tiendrai   la   plus  heureufe 
f,  de  toutes  les  Mûmaints  ,    û    em  confer* 
^  vant  le  feu  facré  ,  vous  daignez  quelque 
^  fois  prier  le  Dieu  qui  eft  confié   à  votre 
^  garde  ,   de   n*al]umer  dans  ,mon  coeur 
^  que  des   fiâmes  pures  ,    qui  me  faflenc 
„  brûler  d'un  amour  ardent  ^  pour  les   pluf 
^  fublimes  vertus.  Le  Soleil  Diane  &  f^eâa 
„  me  feront  propices  ,  û    vous  fécondez 
,,  mes   vœux.     Je  n*atiend  plus  ,  en  vous 
„  quittant  ,  que  cette  faveur  de  votre, gc« 
,,  ncroficé.      • 

VerftlÎA  rendit  à  Lucie  eiKens  pour  en* 
cens  ,  de  toutes  les  VeftaUs  la  comblèrent- 
dé  loiianges.  Qiioiqu*0^4w  eût  confenti 
à  la  fonie  de  Pomfonius  ,  puîfquViant  dé- 
couvert »  il  ne  pouvoit  plus  refter  dans  I^ 
ma^Ton  ,  fans  un  danger  extrême  ,  elle  no 

Înit  s*empeefaer  de  répandre  un  torrent  de^ 
armes  en  Iç'voïant  fortin  kmife  étott  in« 
confolib'es  \  elle  éclatèrent  toutes  deux 
aflèz  pour  faire  coanoitre  à  Petilia  ,  que 
ce  n'etoit  que  pour  l*am«ur  d'elles ,  qu'il 
•  etoit  deguifc^ 


CBiU 


(Ȕ)' 


«i 


,fî  C  HA  P  I  T  R  E    VI I. 

Fomponio*  v*  i  U  Cour.  Dignfi*»  fur 
ftripM  du  Manmfints.  Ltttrt  tU  Pon». 
fotÙMt  1$  Pirt.   • 

X^F*la...^e  »-,/«.  I,  p,rii  ,„.ij  „oi, 
cour,  fe  preftKa  fi  virwnem  à  fc,  -«a. 
qa  '»«m««ia  les  Dieux  xle  |'e„  aroir  reti- 
re.  Il  raflêmW*  fe,  »f,ia,„  ,    ^   ^„,i„, 

•vec  eu  de  ce  qu'il  devoit  dira  chez  toi, 
teignant  que  le  fejow  de  h  Grittéioktot. 
»KUre  a  ik  famé.    Son  Pére  le  recât  awc 
pl?tfir .  fc  lui   fit  briguer  les  honneurs  . 
feloa  le  génie  des  Rpmmm> ,  dont  l'ambi. 
non  n  eft  pas  U  moindre  défaut.    p,m*«. 
*M»f  crut,   félon  la  p«li,iq„e  de  ce  temt 
«I«il  ne  parriendroit  aux  dignités,  qn'an. 
tant  qu'il  ferait  favorifé  -de  la  rëfommao. 
dation  de  StJM  auprès  de  l'Emp«r«ur  Tu 
*>ert.    Sa  jeuneflc ,  |  jointe  aux  attraits  char, 
«an»  de  fa  beauté,  lui  donnoit  plusd'ac 
«s  au  palais,  que  foo  honneur  ne   fem. 
bioit  lui  en  permettre  :    Mais ,  tout  cède 
«  I  ambition.    Séjan  Favori  de  Tiètrt  ,  à 
qui  Pomfoniuf  fnifoit  afiîdûment  la  cour,fe 
fmit  adioitcmcm  des  agrémens  de  ce  \n, 

■f  .r*""''»"  '  PO"  '"«"«  Xi*»r»  dans  Ici 
plaiCrs  de  llfle  de  C»^U,  11  n'y  aToic 
point  de  partie  {le  plaifir  ,  dont  ce  ieuno 
Mmnc  ne  fût  :  mais  fon  Fera ,  qui  avoic 
^  icoiiaitnt  de  probité  fort  oppofez  \  ce 

•  q«i 


^1  le  fratîqnoît  à  la  Cour  »  lut  ionni  Sxi. 
règles  excellentes  pour  (a  conduite  dant 
QBt  Lettre  qu*il  lui  écrivît.  Jt  l4  ^r^r- 
terai  telle  que  jt  Tai  tirce  d^un  ancien  Ma- 
Hufciit  en  écorce  d*arbre  &  «n  roule^uit- 
.^'une.  vénérable  antiquité.  Comiiie  la  ^«s 
;|raiide  partie  de  mon  Hiflotre  eft  tirc«  de 
«ette  ancienae  pièce  >  je  croi  que  je  ferai 
fhiCu  au  Le^^eur  fçayanf  ^e  lui*  en  fa4re  là 
géliéalogie  ,  le  de  iire  quelque  '  chofe-ett- 
paffànt  de   VOrigine  des  Uianufarttr. 

Aprjéf  que  N^^'eiit  planté  la  TÎgfH  «  0 
^marqua  que  Técorce  Ten  dtétachoit  fa* 
«ilcmcjit  i  ma»  qn^elle  ne  pouvoic  ^tre 
4l*aucun  ufàge.  Il  a\n  que  le  chêne  pou-» 
roît  produire  une  éoorce  plus  folîde  de 
|>lu5  utile,  il  eh  plante  un  qii*il  appe}la;le 
îchêttt  de  MAtnre  ,  qui  en  langue  SyriaqcM 
Véoc  dire  le  Cb^ne  dâs  Livres ,  comme  1« 
|lroiHre  .ayec  Ton  ^ruJition  ordinaire  \t 
éa^t  lUbin  Elî-Ben^tii  dans  fcs  Recher* 
jrKéf  -Cttfîeures  fur  les  premiers  Livres  du 
monde^  Koi  ordonna  à  les  Enfans  ,  qu'ed 
Tâii  B9S4.A  de  laf  création  4u  monde  ils  ém 
COrx:haEem  le  Chêm  de  Mamré ,  êi  qu*ilf 
^crivîiïent  (ur  Tccorce  tout  ce  qu'ils  au- 
t^itni  a|)pris  de  la  Tradition  de  leurs  Pères  i 
Ce  qu'cjcécutA  Moyj£  ^  qui  fut  le  premiejf 
iqul  mit  tti  vogue  récriture  ^  Il  «ft  vrat^ 
«qiÉf^avant  iut  on  aveit  écrit  ^  mais  ce  n*é« 
toit  que  fur  des  feicilles  d*arbre  ,  fur  de  là 
4j^iré  »  <ott  quelquefois  im  dt  la  pierrca 
l^puîs  -Moyfe  on  s'eft  fervi  long-tems  d*éi» 
^drce  d^arbre  pour  écrire.  Ce  fut  fur  d^ 
élHMras  ii'axbre  ^    cgx' Jindcréou  décrivit  fês 

Odcâ 


t)clét^     que  Platon  donna  Hdée  de  fa  Ré- 
oblique,  ({u'Homere  décrivit  !«  guerrt  de* 
Grecs,  qut  Ménsndn  &  Ttrenu  écrîvircrtc 
'leurs  Qomtàits  ^  <\vC Afîfiott  débita  Tes  fart- 
tailles.,   que  Lucien  donna   fcs  Dialogues^ 
'fc  qu'enfin  Fabius  Celer  Sécrfeiaire  de  Pomm 
fonius  écrivit  la  Vie   de   fon  Maître.    Ce 
Manukrit  a  ctc  long- tems  caché  (eus  Usruï* 
•nés  du  Palais  Pemponien  à  Romt  où  il  fut 
trouvé  9  quand  le  Connétable  de  Bourbon 
pilla  cette  Ville.   Pierre  Arenn  qui  cioit  (î 
ami  de  la  médifance  ,  qu'il   dit  du  mal  de 
tout  le  monde  ,   excepte  de  Dieu  -qu'il   ne 
connoilloit   pas  ;  celui  nreme  dont  on  acrà 
'^ire  J'cloge  .^  en  mettant  fur  fon  Ëpitaphe> 
■qu'il  avott  fricafé  tous  les  hommes  an  gros 
Jet  ,  Aretin  X  dis-jc ,  dcchifra-ce  Manufcrît, 
le   copia  ,   de  en   fit   prefent  à  Granvelle 
Miniftre  de  CharUf^int  ,    qui  le  donna 
à  l*£le£teur  de  Saxe ,  fon  bon  ami  ,  pouf 
k  mettr»  [dans  la  Bibliothèque  de'  Wittem^ 
herg  y  dîoù    \^  cft  paflc  à  la   Bibliothèque 
Vattcane  ,   dont  41' fait  aujourd'hui  un  des 
principaux  Drnemens. 

il  eft   bon  de  remarquer,   que  tt  que 
l'ai  dit  des  Mamifcrits  en  écorce   d*arbre> 
ne  favorife  pas  le  Syftême  du   Jefiiite  Har^ 
io'ùîn  y  ,  puifqu'aucun  de  ces  Manufcrits  ne 
porte  avec  le  nom    de  fort  Auteur  le  titre 
de  Irere,     De  plus  le  Dofte  Couîam  m'a 
afiiirc  qu'ils  étoient  plus  anciens  que  l'Or- 
dre  Monafttque  ,  •c  que  par  confcquent  le 
tublrc   n'étoit  pas  redevable    aux    Moines 
de  teut  ce  qui  avoit  paru  fous  le  nom  de 
»     Vinile^  Tertmt^  Horace'»  Cictron ,  êtc.  Ce^ 

3  2  pendani 


l 


(  *8) 
peAdaoi  If  fçâTant  Girmont^iMtt  m*apro2 

mil  ^  m«  fitre  voûrune  Mcdaîllc  en  grand 

bffonze  qui  rcpréafcme  cl*ua  côté  un  M»t« 

Ac  BénêdiâHn  avec  cette   Legent»s  Irsfer 

Ttrtntws  «  ôc  de  l'autre  côté  de  la  MédaiU 

le  on  voit  les  noms  det  Comédies  de   T#« 

r#»c#.     S'il  eût  voulu  me  la  communiquer  » 

1  e  me  ferois  hit  un  plaifir  de  la  £iire  gra* 

ver  ,  p«iir  la  rareté  du  fait  s  Biais  il  en  fait 

un  myderc  écrange.     Je  croi  cependant  « 

qu'à  la  perfuation  de  Tes  Amis  il  la  donne» 

ra  dans  fa  Rcponfe  à  Cu^dntius,     In  a^ 

Cendant  »  reprenons  le  fil  de  notre  Hiftoire. 

Luc  lus  JuLius    FoMPONiuf  à   FiAViua 

^FOMPONlUf. 

ilf#is  cher  Vils,  un$  Unpa  txpirîên^ 
€ê  m*é  Mfpns ,  quHl  tfi  r^n  d$  €9nl$r* 
mer  [on  innocence  à  la  Ceur ,  CT*  ejee'on  n*y 
fait  fertune  qte*sux  défenj  de  fs  probim 
té.  Etudie  Séjan  :  Tu  peux  beaucoup 
frofiter  aufrh  de  ce  Miniftre»  Il  m  un 
Maure  dent  Vejfrit  n*efi  pas  aifi  à 
manier*  Fais  attention  à  toutes  fes  dêmar* 
ches.  Quand  tu  ne  rapporterois  do  Is 
Cour  que  le  taUnt  de  tHnfinuer  .  dans  les 
ëfprits  ,  tu  n*y  aurois  pas  perdu  tom  tems» 
iSUbufe  point  de  Vactes  que  tu  as  am 
fres  du  Prince  ,  pour  défervir  les  au» 
très.  Ne  te  mêle  d^ aucun  intrigue  qui 
regarde  VUtat.  Ne  fois  pas  curieux  dé 
Jf  avoir  le  fectet  de  Céfar  t:  cp*  sUl  te  fait 
^^utlquê  confidence  ,  aprehende  »  que  a 
qu'il  t'aura  confié   ne  foit^dicoiovert  ^  oie 


(   »9  ) 
«r#  rtùjftfe  fat  ,  de  peur  qu'il  m  tUteuJi 
d'infidélité.    Il  n*y  s  qu'un  foint  entre  U 
flus  grande  faveur    e?»    U   dernière    dif, 
grâce.    Ne  méfrife  perjenne,    Dijpmule  îef 
enauvais  offices  qu'en  te    rend.   Ne  te  con» 
He    M  perfonne      Obéis    au    temps.      Au 
refie  n'myes  peint  d'autre  Religion  quê  cette  do 
ton  Prince.     Sois  honnête  ,   civil  ,  préve* 
nant ,  officieux,  affable  er  obligeant.  Ap* 
prouve  toutes   les   aSHons  de  Cifar.    Parla 
peu  &  ne  dis  jamais  tout   ce  que  tu  pen» 
fes.     Mets^toi    toujours  devant  les  yeux  les 
belles  avions    de  nos    Ancêtres  ^,    afin  ifue 
su  ne  dégénères  jamms  du  nom   Romaio. 
Adieu. 


CHAPITRE     VIII. 

Difgrace  de  Scian.  Pomponius  prend  la  péite 
avec  quatre  autres  Seigneurs  Komxîns. 
Hiftoîre   ^Egnatius. 

POmpon  iu$  n'eftt  pas  fe  rems  de  pro,' 
(iter  dts  inftruâiont  de  Ton  Père.  Sejar.m 
It  flattoît  des  plus  belles  efperances  qiia 
pMÎflè  concevoir  l'ambition  d*un  jeune 
Courdfân  ;  Ma^'s  un  revers  de  fortune,  en 
ruinant  ce  Miniftre  «  fît  évanouir  tout  Ut 
deflems  :  ^  quoique  la  faveur  ]*eùc  pià 
exempter  de  Tage  pour  être  Edile  ,  Pre« 
teur  II  même  Conful  ,  \\  vit  en  un  mo« 
ment  (a  fortune  difparoitre.    Sejan  fut  ar« 

B  j  rèté 


(  30) 

?étc  dans  1<  Scnat  par  ordre  de  Tiherel-. 
Son  procès  lui  fut  fait  :  il  fût  tr^iné  aux 
Gémonies  :  6c«tout  fembla  confpirer  dans 
'Rome  à  la  perte  5c  au  icnVerfcGaent  des 
plus  illudres  Familles  ,  (bus  prétexte  de 
l'amicic  que  les  principaux  Romains  a- 
Yoient  entretenue  avec  Séjan,  On  fît  un- 
crime  à  Pcmponius  Sscundus  Conful ,  Oncle- 
de  celui  dont  nous  écrivons  THiftoire ,  de- 
ce  c\i}^Mlius  Gallus  n*avott  pas  crû  trouver 
d'azyle  plus  fur  ,  pour  confervcr  fa  vi» 
après  le  fuplice  de  Séjan  ,  que  de  s*enfuïr 
&  fe  cacher  dans  les  iardins  ^ompontens. 
A  peine  fe  trouva* t-il  nn  feul  Chevalier 
Romain ,  qui  eût  la  ^eneroHté  de  reprefca- 
ter  à  r£mpereuirîrrcgulartté  d*une  conduire 
qui  mettoit  le  defofdre  de  la  cofiftifîon 
dans  la  Ville..  Les  délateurs  continuàns 
toujours  leur  infâme  exercice  ,  Pomponius 
qui  avoit  eu  trop  de  part  dans  les  bonner 
graresde  Séjan,  pour  n*être  pas  fufpe£^, 
prit  la  réfohition  de  s'éloigner  avec  qua- 
ue  Seigneurs  Romains  qui  cherchoicnt 
leur  fureté  dans  la  fuite..  Ces  illufti'es  fu- 
gitifs étoient  SutPiTius   Piso,  Qju  i  m* 

%US  £G  N  AT  1US,?AB  lus   CeLEU    & 

Max  I  MU  s  Priscus^  Ilsallerem  à  Na^ 
fies  ,  ou  ils  s*embarquerent  dans  un  vaiA 
^au  qui  faifoit  voile  vers  TOrient.  '  A 
pfine  eurent-ils  perdu  de  vue  le  rivage  « 
|[uMs  firent  pluueurs  réflexions,  5c  s'en- 
tretinrent fur  la  vicifEtu^e  des  <hofes  bur- 
inai nés. 
.   P  G  M  p  o  )^i  u  s  qui  s'étoit  vu  dans  la  fa-- 

l^ur  I  £iifam  les  délices  de  Am  Friace  ,  5c 


fenf  appuyé  de  t^ute  la  proteâlon  <fir 
Miniûre"^,  (e  voyolt  alors  fugitif ,  cxii^ 
ié  ,  abandonné  ,  &  ne  confervoit  que  If 
fouvenir  de  tous  fes  plaiiirs ,  6c  Vidét  chi  « 
merique  des  boançurs  auxquels  il  aToif 
a^irc. 

P  I  s  G  K  qui  étoic  toute  Tefperattcc  il'u» 
fie  illuftre  Familie  ,  couroic  même  hazard 
<)ue  Pomfonlus  avec  qui  il  avoic  été  clevc.- 
Son  cfprit  vif,  enjoiié  ,  malin  3c  pénétrant  «- 
beaucoup  d'ouverture  pour  les  Sciences^ 
une  éloquence  naturelle  »  jointe  à  une  il- 
luftre  Naiiïance  ,  lui  avoit  donné  un  heu- 
reufe  entrée  à  )a  Cour  àL  quoiqu  il  n*eût 
pas  évité  les  plailirs  de  Caprée  ,  il  ne  s*y 
ctoit  cependant  attaché  »  qu'autant  que  la^ 
necsilité  3(  le  déilr  dé  plaire  à  rjjmperciir 
Va  voient  exigé. 

QuiH^T as  Ec^AXius,  qui  avoit  vieilli 
^ans  les  armea  ,  ^  qui  é^it  acciblé  fous 
tes^  lauriers  qu*il  avoit  remportés  ,.  éprouva 
que  trop  de  mérite  nuii  foMvent  »  puICque 
la  di(gracc  ne  vint  que  de  ce  que  Tiheré 
l'a  voit  crû  capable  d'afpirer  ^  L'J&tnpjrt^^ 
parce  qu'il  en  étoit  digne. 

fABius  C^t  ]5  a  »  qui  avoit  été  !r 
Gouferneur  de  Pomponius  ^  voulut  biea' 
être  le  compagnon  de  fa  fuite',  3c  lui  oSirir 
là  plume  »  pour  être  fon  Secrétaire. 

Maximus  Pniscus  avoh  un  vice 
perfbnnel  qui  le  rendoit  digne  de  tous  les 
^plices  :  puifqu*!!  avoit  toutes  les  iacli-- 
iiatioAC0c  les  mêmes  (cntimens  q\x*Helvidijis 
Prifcuê  fiwi'  fwe ,  qui  étoit  trop  u^^l  *^ 


(  3^) 
Thréiftâ,  fOUT  n*€tre  pasAilptd  iD  Couvert 
Dtiii«nr 

Quoique  ce»  cinq  Perfonnes  cyflèfil  des 
indîMitiont  fon  ^ifiFcreatcs,  leurs  iaterêct 
qui  écoient  les  mcmcs  ,  les  fféunircm  en* 
fcmbltt,  de  leur  fireac  partager  mille  avaa- 
tures  diverfei ,  que  'f  de'crirai  volontiers  » 
amant  pour  iaftruire ,  que*  poiK  diyertlr  k 
Leâcur. 

'  Pour  rendre  Wur  navigation  moins  en* 
iwieufe ,  ib  convinrent  de  conter  tonr  à 
tour  leurs  Avantures,  Egnatius  ,  qui  étotc 
le  plus  âgé  ,  puirqu*îl  fortoit  de  fon  qua* 
forziéme  luftre  ,  commença  le  premier. 
Mes  Enfans  ,  leur  dit-il .  il  n*y  a  rien  de 
pkis  trompeur  que  le  monde.  ]*ai  blanchi 
fous  \ti  armes  ^  &  à  la  Cour  :  i*€n  puis  par- 
ler par  expe r  ence.  Né  d'une  Famille  iiluf 
cre ,  à  qui  Rome  tft  redevable  d'une  partie 
de  {à  gloire  &  de  fa  fplendeur  ,  i*ai  fait 
mti  premières  armes  fous  Pompée  :  j'étoit 
dans  fon  camp  à  PharfdU  ,  le  i*y  reçus 
crois  bicflinrts  au  vifage  :  je  combatis  fous 
les  drapeaux  d*Auguftt  à  Aâlium  :  Ôc  depuis 
ces  facheufes  Epoques ,  il  ne  s'eft  point  fait 
de  coiips  d*armes  «  où  je  n*aye  fait  mordre 
la  pou(Iiere  auy  ennemis  de  TEmpire  t  i*ai 
paâé  trente  années  dans  l'Orient»  où  i*ai 
porté  les  armes  Cous  les  plus  habiles  €»• 
pitaines  que  Rome  ait  produit  :  l'at  vu  VAr^ 
menie  être  le  théâtre  de  la  guerre  :  &  afin 
que  rien  n*échapât  à  ma  connoiflance  ,  je 
iuivis  Vdrrus  dans  les  Qkulis  i  féchapal 
prefque  fcul  d*Officitrs  au  carnage  au*^r« 
mnim  fit  des  Troupes  Rçmaimi  p  ou  Tin» 

fortuné 


L 


,  *  (33) 

mtuni  y  drus  perdit  U  vie  U  l*honneirt 
je  me  rangeai  fous  let  Aigîes  de   Druf  t% 
6c  je  méritai  d*ctre  mil  à  la  tétt  d'une  Le« 
gîon  (bat  Qermamcus  ;  je  fus  tëmoia  d« 
tomes  let  grandet  aftions   de  ce   Prince»' 
Cf  fut  moi  qui  retint  (6a  bras ,   lorsqu'il 
voulut  fe  percer  de  fon  épce  à  la  revol* 
te  de  fei  Troupes  i  je  conduffit  Agrifpin$ 
à  Cologne  :  je  manquai  de  peHr  dans  i'0« 
cétn  avec   Germamcus.    Je  l'accompagnai 
à  2{^>x;^  :  je  le  tuivis  en  Orient  «  où  il  périt 
par  les  embûches  de  Sojan  3c  de  Uvte  :  j*ac« 
compagnai  fcs  cendres  ,  &  je  fuis  rcvenia 
à  ll090#  avec  let  précieux  reftes  de  ce  grand 
Homme  t  i*étois  fi  las  du   moade  que  je 
réfolus  de  mener  une  vie  privée  ,  éloignée 
de  la  Cour  &  de  l*embaras  ,  5c  en  même 
temps  du  péril  i  je  me  retirai  à  Fundi  dam 
J'hefitage   de  mes  Pères  »  &  je  remerciai, 
les  Dieux  de  trois  chofès.  La  première  ^dc 
ne  m'ctre  jamais,  marié  :  La  féconde  ,  de 
n'avoir  jamaisf fervi  /but  aucun  Capitaine 
qui  ne  fut  digne  de  me  commander  :  Latroi« 
fiéma  ,  d*étre   incooau  à   Tthere  :  Mais  je 
ne  f oiiit  pat  long«te|spt  de  ce  [dernier  bon* 
heur  :    je  reçut  ordre  de  ce  Prince   d'aller 
à  la  Cour.    Il  m'interrogea  fur  toute   ma 
vie,  m'offrit  des  honneurs  Se  me  remit  en- 
tre les   inaint  de  Sejap  ,  à  qui  il    croyoit 
que    !•   pouvois  donner   quelques  lumières 
fur   le    Pays   où   j*avois  été  :  je    m'atta-» 
chai    ^  ce     Miniftre   en  fuivant  les  ordres 
de    mon  Prince  .    &  je  remarquai   en  lui 
une  ambition  démeftirée.   Quoiqu'il*  me  ca- 
chât fcs  intrigues  âyec  LivU  ,  je  les  décou- 

B'  s  vria 


I 


y 


Mri  'màh  îe  fus  slScz  difcrtt  pour  fi*éft' 
foint   parler.    Sa  difgrice    furvint  :  èc    ]m 
peu  4*   confiance   quM  avott  eu  en  rooî^. 
#ft  un  crime  »  qu'il  faut  que  i*expie  par  Li# 
ikite. 


C  H  A  P  IT  R  E     I  X. 

VigntLiius  rencûntre  des T Ses,  Virs  prùphtiquih 
four  la  fuccejjhn .  à  VEmfirt, 


Ir  Lluftrc  Guerrier,  dît  Celer,  voi»  abre«' 
'  gcz  trop  votre  Hiftoîre.  J'ai  remarqué 
que  Plfon  fit  PùmPonius  ent  penf^f  vou«  in- 
terrompre y   lorfque  vous  avez  pair<é   fous' 
iilence  ee  que  vous  avcs  fait  en   Orient 
pendant  les  trente  années  que  vous  y  tvei' 
demeuré.      Vous    êtes  homtn^  :    N'avez-- 
vous  pas   eu  la  curiofité   de  confulter  lef  « 
Oracles  fur  l'avenir  .'  Cet  article  eft  impor**- 
tant ,  repartit  'E^nailus ,  6c  demande  beau- 
coup    de    dJfcretfon      Opcn^ant    comme* 
aucun  de  vous   ne  m'éft  fufptft  ,   j«  voua» 
Tâpcrrerai  une  avaAtore  étrange,  qui  m'eft-^ 
arrivée 

•  T«  p^rtagêois-  en  .Orîcm  ir^es  trtvait«r 
militaires  en  t#î^c -forte  ,  qu'ail  me  rcflait' 
CDuiojrs  quelque  »cmp«  pour  mes  p  aîHr^,. 
C$fhulo%i  ,  PartUz  5f  -moi  nous  fîme«  uii^ 
jour  -p^ïrtî'c  dç  chaC*»-  ensemble  d^ns  une^ 
lÊpaiflTc  foret  „  qui  cA  f\âr  les  bords  iie  Vf^u*^ 
Jjbi:taA.     |!lftuf   %  tofeinart  j'elpace   de- 


ftàh.hiureî  ,  Czns  rien  trôtiver»  ffom 
cntcndimcs  un  bruit  fembUble  à  celui  <jut 
iont  nos  troiQpectes  \  mais  plus  plein  9c 
plus  fbnore.  Vio\jis  y  courûmes  «  Sf.  njus 
trouvâmes  neuf  namei  habillées  en  Amam- 
fones  avec  un  équipage  de  chafle.  D*abori 
.qu'elles  nous  virent  »  «lies  prirent  la  fuite. 
iEorbiêloH  qui  étoit  moo^c  à  l'avantage  Jet 
pourfuiWt  «  toute  oucraace^  &  en  attripia 
«ine  qui  difparût  aufi-tot  qu'il  voulue  6*eii 
/aiâr.  PauUn  furvint»  à  qui  îi  conra  l^  fait; 
Kous  rcfclumcs  de  les  Ativre  à  la  pifte^. 
quelque  part  qu'elles  allaflent.  Nous  cou- 
rûmes tant  qu'enfin  nous  parvinoies  à  l'eq^- 
^v>uchur«  d'un  antre  affreux;  Corhtélp^^ 
defcendit  de  cheval  ;  ce  que  nous  fimet 
auffi^  Nous  entra nties  }t  pied  l'epc»  à  la 
main  dans  cette  caverne.  Nous  firtâaet 
lôn^-teois  (ans  fcavoir  où  nous  allions > 
]$arce  qu'une  nuit  jiftreuiê  regnoit  par» 
tout  y  éi  que  iious  ne  f^avions  comment 
nouff  délivrer  de  l'épaifc  obfcurit^  où  nous 
^tons  Cependant  à  force  d'avancer  ngui 
aperçûnu:t  une  foible  lueur  à  laquelle  nouf 
AÛàmcs.  Elle  nous  cclairji  pour  defcf  adrt 
«n  efcalier  de  plus  de  trois  cens  4[|iarch^s^ 
AU  bas  duquel  nous  trouvâmes  une  faut 
§ttmét,  Ko*Js  fra pâmes  i  Audu-tot  noua 
entendîmes  une  voix  qui  nous  demanda 
4|ui  nous  ciions.  Nous  répondîmes  •  Ri^ 
moins,  X^a  voix  nous  dit  ^  que  il  nouf 
youlions  entrer  ,  il  faîloit  que  jiou^  al'a{^ 
fions  a»paravAnt  noas  bAigncr  trow  foi» 
dans  \*E:4pkratt,  ^om  fommcs  ^'Jrs,  è\t 
€ùrkib»  i  ojHTJf»   Aufli-ii^^t  ûO«s  e»i««4- 


/ 


(  îO 

tnf^  un  grané  bruît  do  rambovrs^  de  tiom* 

rttes  &  de  tinbales  >   au  Ton    defquellet 
porte  8*oavrit ,  &  une  voix  affir«u(c  fe 
fit  entendre >  difant  :   Tnmblex,  Mortels,  t» 
'    entrant  dans  us  lietix.    La  première  chofe 
qui  fe  prcfcnta  à  nos  yeux  >  après  que  les 
ténèbres  furent  diilîpces ,  te  un    horrible 
dragon  »  qui  )et.toit  feu  ôl  flame  par  Its 
yeux  ,  Lt  gueule  &  les  narrines.  Corbulo» 
s'avança  pMir  le  percer  de  Ton  épce,  mais 
il  ne  fraps  que  du  vent.    Ce  qui  fit  >  que 
BOUS  pafsflnues   outre   (ans    Papprebender.  ^ 
Kous  enfilânoes  par    un  allée  étroite^   as 
bout  de  laquelle  nous  trouvâmes  un  fort 
beau    jardin  ,   le  leng   duquel  reguoît  ua 
Valais  magnifique  »  mais  enchanté  ,  ai  dont 
toutes  les  parties  ëtolent  animées.     Noua 
tntrâmes  dans  les  laies  d*en  bas  ians  vois 
peribnne.    Nous   montâmes  en   haut  ,   ^ 
jious  trouvâmes  à  ta  porte  d'une  chambre 
une  Demoiselle  qui  foiioît  de  la  guitarre* 
Elle  nous  reçût  par^itemem  bien  ,  &  ê*o& 
frit  de  nous  faire  voir  toutes  les  beauttz  dit 
Château     A  peine  nous  cut»eUe   introduit 
dans  la  chambre  ,  qu*elle  changea  de  figu- 
ré ,  3c  prit  la  reffèmblance  de  Corbulon  »  qui 
fut  fort  furpris  de  voir  un  autre  lui-même 
i  ht  cotez.     Il  fe   fouvint  de    rHifU>ire 
à*Jimfhytrhn^  àc  fe  tint  dans  k  refpeâyde 
peur  d'avoir  le    fort  de   Safa.      Le  fauu 
Corhuhn  nous  fit  pafièr  par  trois  chambres, 
f  iperbement  meublées  ,  où  il  a*y  àvoit  perw 
finne.  Il  nous  fit  arrêter  dans  la  quèitriémc  s 
Ùi  \\  parut  auifi-t>u  un  repas  exquis  de  ma» 
gnifique»  Il  aoui  fit  Cgof  de  nous  alcoir 


(  37  ) 
tji  de  manger  :  mais  les  vîafidtt/lespbtf  { 

h  table  étoîent  impalpables ,  6c  le  vin  n'é? 
toit  que  de  l'aîr.  Aprés  un  repas  fi  frugal» 
il  nous  incroduifit  dans  une  très-  belle  Cliafr« 
bre  ,  où  il  7  avoit  une  trentaine  de  De* 
mes  ^uî  ioiioienc  de  diâerens  ioArumens* 
Elles  it  levèrent  »  &  nous  invitèrent  à  pren- 
dre part  à  leur  con^rt.  Elles  nous  donne- 
rent  à  chacun  notre  partie.  Volet  celle  4m 

V»  Chm  iêit  Tignêr  après  vttr$  Tiluri^ 
S^m  crud  Succêfiur  fira  mùwrîr  fn  Mtril 

Par  Câft^  3c  PoUmx  ,  dît  Pifin  $  il  Aut 
que  l'Empereur  ,  quoiqu'il  Çt  mêle  de  Ma- 
gie ,  ne  fçache  point  cela  ,  mon  cher  Egm^ 
tim.  Il  R*eat  pas.  eu  fujet  de  vous  apre- 
hender,  puifque  n'étant  pas  marié ,  il  n'f 
avoit  point  de  danger  que  le  bois  vous  vint 
à  la  retc.  Par  les  Dieux  »  Mûme  eft  beureufe 
eo  Maîtres  de  cette  nature.  Le  bon  hom* 
ne  Aupêfie  avoit ,  dv-on  ,  le  chandelier  , 
Se  tout  le  monde  f^ait  de  quelle  futaye  étott 
le  beis  dont  ^nliê  a  lait  prefcnt  \  TU 
htrié  Si  i*avois  été  coomie  vous ,  î'aitfoîs 
époufé  la  plus  grande  Coquette  de  Rcmê, 
pinïque  l'Enàpire  eft  attaché  au  Cocuage» 
En  vérité  vous  avcs  jerand  tort  de  ne 
m'avoir  pas  dit  cette  prédiâion  plutc>t« 
î*aurois  époufé  malgré  Père  de  Mère  Circi 
ou  QigartilU.  ^ 

Jeune  honune  ,  dit  Eptstius,  votre  bcl« 
le  humeur  me  plait  $  de  à  ce  que  îe  pré* 
▼oisi  yout  nous  empichercs  de. nous  en^ 

B  7  ?"y«! 


r-. 


^Tos  reflexions. 


-  S^U,  trouva  une  BeéittJ  ,  s*H  ItU  ionm  fê» 
cœur , 

•  Il  doit  être  Cocu  pour  mourir  Emfertur, 

'  Parle  Dieu  Mtrcur^  ,  ftn  fu?s  ,dU  Pomî 
lÊ^utus  i  i*{l  ne  tient  qu*à  cela  poar  ctrt  £oH 
pereur  .  Pifin,  i'cpoufcrat  ta   Sœur  ;  elle  a 
lair  éveillé  5c  atf<a  de  mcrire  pour  être  Im- 
pératrice. Ke  te  fâche  pas  t  je  te  fcriiCefar. 
Corbiei^,  dit  Pi/on,  jt  croi  que  quand  vooi 
Icpoufcficz,  vous  n'en  feriez  pas  pour  cela 
plus  proche  du  Throne.  Etre  «wric  flccocu, 
«ft  fujourd'hui  la  même  chofe.  Vouscroyc» 
^e  Gredna  ne  connoit  que  fo»   Mari,  * 
que  Ci  Rame  avoit  uoe  F«mi»e  chafte  à  im- 
moler à  DJane.    elle  n'en  choiaroit  fomt 
d  autre  :  Cepenlant  ievous  ferai  confidcocr 
«Je  Tavinture  du  monde  la  pius  piaifantc, 
qui  vous  perfua.iera  ,   quM  ««  f.ut  jam^ 
^mpter  ftr  la  rageffe.d'une  Femme. 
^     je  me  bai^nois  dans  le  lihre  avec  huk 
fcnnes  Kîens  de  mon  âge  .  tous  aûffi  fagel 
^ae   mol    Nous    aperçûmes   de    loin   une 
Jcmme  dans  l'eau*    Nous  Sabordâmes  .  fc 
fcigaant  de  la  prendre  pour  uneNimphe,. 
TOUS  lui  fimes   compliment  fur  f^s  tdeùes 
«pp.iî.     Nous    la    conduisîmes     infcnfible- 
tuent  ^  a  la  petite    Ifle.^   Nous   la   couchi^ 
mes    a    la    vcrîtc  un    peu  de  force    fur  le 
l^îon  ,    xHi  n^us  lui    dcrobâmes  qaelquei 
iAv.ur^    Apres  quoi    nous     prîmes    congé 
^«te  i*W  JPim  /ai^ni  ïoMcz  ,   die-cile.v 

£juifga,r 


(  Î9  ) 

fQifqae  Ytn  ti  i\é  raflaài^  imt  fois  cû  mi' 
tîe  ,   fans  Ici  avoir  otfenfeB. 

Cettfi  Hiftofre  fcandaliTa  Pnfcus  ^  nais 
Us  autres  n*en  fînnc  qtit  rire.  Il  fc  con»- 
tenta  de  confeiller  à  Piffin  d'avoir  plus 
de  retenue  ^^uand  il  parleroît  des  Dames  « 
&  furrout  de  ne  pas  nommer  les  narquet*- 
^gnatius  dît  qu'il  n'avoir  pas  encore  /ouf 
tri  fa  part'e.  Prifcus  Ten  eut  v*lontieci 
éifftîïÇé  ,  maif  lei;  autres  le  prièrent  de 
continuer  fi>a  Hiftoirc.  '  VoLcf  »  dit*ilj  mat 
yers. 

a  Viendra  itJiîUm4gnt  un  etUhre  tnangemr  l 
^         g^/  peurtoît  ban  mâf%gtr  V Empiré, 
Si  VOriint  m  donne  un  iUufire  vêugêor, 
§^i  vemlle  délivrer- Rwte  défi»  martyre. 

Apres  qve  1<  Coneert  fût  fini  ,  uneDam^^ 

nous  frapa   d'une  baguette.     Tout   difpa* 

fût  :  8c  nous  nous   trouvààies  à  ^a  port»* 

àt  la  caverne  ,  où  nos  chevaux  nous  at« 

teftdoient.   ^el4|ue  étrange  q«e  nout  pa- 

^    tôt  ctue  Ava^ture  ,  nous  fumes  céntrtînis 

de  nous  obl'^er  au  (ècret.  Kous  eûmes  afles 

^  peine  à  nous   retirer    du   boîs.     Nous 

^    «mî  informâmes  enfviiie  *^e  et-  que  cV'to'k 

^   ^De  cet  antre  t  mais  les  Gén<  du  Pays  nous 

en  parlèrent  (î  diverfement  ,  (fit  nous  fâ. 

AH  contraints  de  aous  -CA  tank  à  ce  xjfit 

mu  javloas  ^ 


î^mf. 


(4o; 


CHAPITRE   X. 

D^irenà     intn      Pt(bn      o*      Egnitim 
afaéfi  far  Priicns»  Hnftêin  di  CtUr. 

JE  Ctroîê  curieux  ,  dît  Pifin ,  de  fçavotr 
ce  que  c*^oit  que  ce  .Château  enchao- 
té  ,  ce  que  chimoîem  les   Dames  de  vo- 
tre Opéra  ,  ce  qui    étott  fur  la  table  «  lors 
qu*on  vous  fervic    ce  repas  magnifiqu*  ; 
dont  vous  (brtîtes  à  ieun  ,    ce  que  devi'ai 
Votre  partie  de  Mufique  ,  de  û  vousi)âtic2 
h  mefure  avec  vos  ép^es»    De  par  tous  lea 
diables ,  vous  nous  aves  croqué  cela  d'à- 
ac  manière  (t  (errée ,   qu*il  fèmble ,  que 
▼ous  apprendiez   que  nous  ne    fçachîooj 
tout.     Si  Cicêron  ,  que  vous  avez  entenda 
|Hirler  plufieurs  fois  ,  eut  été  aufC  condf 
que  vous  ,   &  qu*il  n*eut  pas  plus  détaillé 
\ts  Avanrures  à" Antoine ,  que  vous  avez  £iic 
les  vôtres  >  par  Caftor ,  il  ne  lui  en  eût  pas 
coûté  la  tête.      Pifon  ,  vous  êtes  jeune  >  dit 
Egnatîus.     Quand  Marc  Tulle  n*avoit  qu*ua 
fait  à  ra porter  il  abrégeoit  encore  plus  que 
moi:  l'éloquence  du  Bareau  eftfortdiferen- 
te  de  celle  des  converfations.     Si  je  vous  di«' 
fois  tout,  votre  efprit  n*auroit  rien  \  ima- 
giner.    Il  n*e(l  pas  que  vous  n'aïez  entcnJ 
du  parler  plufîeurs  fois  des  Châteaux  en- 
chantez 5  ainfi  je  ne  pourroîs  vous  apréndre 
rien  de  nouv<-au.     Pour  ce  qui  eft  du  repaa^^ 
VOUS  ffayea  THiftoire  de  TantaU.  ^ 

Preffê 


(41) 

prtffi  de  faim ,  ai  foif,  Tdntsh  fnMmrmn 
V0it  l*onde  dans  un  fiewvêi  diux  daindi  fê 

bouche  , 

Et  le  fruit  nageant  qu$  la  teucbe ,  j 
Sans  pouvoir  toutefois  ffitisfairefes  vaeujt. 

De  ce  refas  c*efl  la  peinture: 

Nous  y  faifiom  même  figure^ 

Parbleu  ,  dit  Pifon  »  fi  vous  nous  aviez 
conté  votre  Hidoireenvers^elle  eut  eu  tout 
«n  autre  fel  Vous  avez  raiibn  ,  quoique 
j'en  dife  $  vous  êtes  phis  âgé  que  moi  s 
vous  avez  plus  d'expérience }  mais ,  pour 
Vous  dire  ce  que  ftti  pcnfe ,  prenez  que  et 
Toit  le  jugement  d'oîi  fou ,  vous  one  paroiA» 
fez  meilleur  Pocte  qu'Orateur.  Vous  cu(^ 
fiez  pu  vous  étendre  fur  mille  chofes^  qui 
meritoiect  notre  attention  ,  Ôc  qui  eufiTeiif 
fait  paroiire  votre  efprit  :  Au  lieu  que  vo- 
tre narré  Hinple  nous  fait  connoître  ,  à  la 
vérité  en  peu  de  mots  «  dequoi  il  s'agit  , 
tnais  cela  sie  chatoiiille  pas  l'oreille  :  Je 
nt  vois  dans  votre  difcours  ni  ftenrs ,  ni  fi- 
gures, Je  n'y  remarque  que  delà netretc» 
cle  la  concifion  &  beaucpup  ^e  implicite. 
Vous  excravaguez  ,  dit  Prijcus  ^  le  (î  je  n*é* 
toit  perfuadé  du  refpeA  que  vous  avea 
pour  Egnatius  »  je  croirois  que  vous  vou« 
driez  exercer  fa  patience.  A  prenez  de 
nous  »  que  le  fel  de  U  converfation  doit 
conGfter  dans  la  naïveté  ^  la  iuftelle  des 
penféest  On  palTe  quelque  fois  une  faillie  | 
mais  un  homme  qui  voudioit  déclamer 
CQ  coaverfàm  ,  aucoic  uouvc  le  moyen  de 

m'end 


in*^enclormîr.     Il  ne  faut  Hen  de  bts>  n!  de 
tampant^  dans  le  difcours  Amilicr  t  Qc  qvtoy 
qu'on  y  fêuffite  peu  de  figure  5  i)  ne  ItilTr 
pas    d'avoir  Ton   fublime.     Et  pour  veus 
convaincre  par  vous  même  >   pendez-vout 
iCiceron,  quand  v«us  preflîez  Grecina  )  Le 
peu  de  mots ,  que  vous  Jut  faites  dire ,  n'a- 
t-il  pas  un  certain  je  ne-fçai-qaoî  dans  Cl' 
implicite  ,  qui   fait  plus^  d'impredion  fur 
refprit  que  vos  fleurs  ,  &  vos  figures  î  Je 
•roi  que  vous  avezraifon,   dit  Pifcrf.     Xl^ 
y  a  {faifîr  à  fréquenter  des  pcrfonnes  dof- 
prit  &  de    bon  goût}  on  profite  toujours 
avec  eux,    Je  me  referve  à  dire  mon    Hif-^ 
taire   le    dernier  ^  afin  de    remarquer  de 
quel  air  vous  direz  la  votre.     Avoiicz  cf^ 
pendant,  que  ,  û  Pomponius  6t  moi  nous 
n'euflions  pas  cgayé  la  converfation ,  Egnâ» 
ttus ,  avec  tout  fon  talent  pour  le  difcourr 
ftmflier  ,   n*em   fait  que    nous    ennuyer. 
Vous,  lui  en  voulez  ,  dit  Celer  6c  vous  nour 
direz  préfentement   \t  fujet  de  votre  ani^ 
mofitez,     Vous  ^tes  trop  pénétrant  ,  xéw 
partit  PifoH\  C'eft  une  vieille  querelle; ne 
fa  reveillez  pas«  Vous  badinez ,    dit  Ponh 
ffomus,     A   peine,  avez-vous  vingt  ans,   de 
vous  avez  déjà  de  vieilles  querelles     Je  ne 
badine  pat ,  dit  Pifbn.     Je  ne  f^ai ,  repartît 
Egnatius  ,  ce  que    vous  voulez  dire  j    je 
remets  mes  intérêts  à  la  Compagnie,     Pre^ 
nez  la  ,  je  vous  prie,  pour  arbitre,  êc  ejr« 
pofez  dequot  il  s'agit  :   je  n'ai  que  fujet  àr 
me  loiier  de  voire  prudence,    dit   Pif<m,r 
Q^and  .vous  avez  raconté   votre  Hifloire  $< 
9^  que  vont  ayez  ptrlc  de  la  moit  de^  G#/v. 


f4?) 

mâmcMs  y  TOUS  avez  épii-gnc  ]a  mcmofiré 
àt  mon  Oncle  :  Mais  vous   avez  été  dans 
un  Parti ,  qui  a  ruiné  ma  Emilie  s  c*eft  le 
Aijec  de  mon  animoiité  •*   i*aîmt    la   can* 
dcur  ,   fur  tout  dans  les   jeunes  gens  >  dit 
Prifcus,     Egnattus  n'étoit   pas  du  nombre 
des   accufateurs   de    voire  Onde^      Von* 
driez-vous  auiourd*hui  lui    faire  un   crime 
"d'avoir  ctc  attaché  à'  un  Prince  qui    éioît 
l'èfptrance  Ôc  les  délices  d^  Romains ,  auffi 
bien  que  Tàdmiration  de  tout  1*0  ni  vers  î  A 
un  Princes  qui  Ta  comblé    d'honneur,  & 
qui  Ta  honoré  defa  confiance  >•  Voasavc*' 
trop  d'efprit  pour  vous  ficher  contre    un 
homme',  qui  n'a  eu  eucune  part  à  la  ruine 
de  votre  Famille  .  6c    qui  devoir,  par  re* 
connoidànce  ,.  avoir   pour  là  mémoire  de 
Germankus  tous  les  égards  poflfïbles.     Puîf^ 
que  Jt  même  fort  vous  raflemble  aujour- 
d'hui,  je  TOUS  demande  tm  grâce,  au  nom^ 
de  la  Compagnie,  de- vous  défaire  de  toute- 
haine  6c  de  vivre  enfembîc  en  paix  &  en 
concorde.     Embraflcz-vous  ;   8c  que  votre 
amiiiez  dure  autant  que  votre  vie.     Pîfim^ 
&  rendit  6c  donnant  la  main   à  Egnatius, 
il  facrifia  Tes  différends  particuliers  au  bieo 
de  la  Société. 

Pour  moi ,  dit  Cf/«r,  il  n'y  a  rien  dans 
mon  Hiftoire ,  qui  mérite  votre  attention  j 
fi  ce  n'cft  pcut-csre ,  ce  qui  m'eft  arrivé  à 
ÎHafle  :  je  rcvenois ,  lur  les  fept  heures 
du  foir  au  mois  de  Septembre  des  Bains 
publics  ;  je  me  vis  enlevé  par  fix  hommes 
nafqucz ,  qui  trt'ènvironnerent  les  yeUK 
de  mon  écharge  ,  sue  firent  monter  danr 


(44    ) 

9l  ipm  iliffiiii  foors 

Je  Vîf  , 

^ditfpe  de 

»  dont 

Il  y  «▼«Mt    des 

;,dcs  dnacBeres,  de» 

€inrcr(cs    Ibitoës 

Ifrrcs  qpi  étoteni 

piooiii  d*sii  pcB  de 

ksHrc     J*7 

cbo^es  honibkjL     Ils  contenoîent 

,  qu'il  fane 
prédire  Tavenir 
i^Sci  des  bonmccs  » 
fc  de  ks  cou* 
en  pièces.  Après 
ietooibaî  for  an  Lt« 
hrmMSmrd,  Voici 
U  y  s  deux  fortes 
Le  premier  toache 
les  perfc— ej  ^  c'cft  ce  qa^oii  appelle  pro- 
ffffi  PUrre.  Le  fecood  ne  le  toache 
psis;  c*cft  ceqB*Oft  sppe!k  Emthsmtement, 
Le  Pimkn  qei  tOMcfae  b  peribnne  en* 
tre  dans  le  co^  ,  oo  n>f  entre  pas.  S'H 
y  entre,  S  cA  conpofé  diierlies  on  autres 
cho(ès.  Void  ks  ^os  comanns  :  Frênes 
nue  lÎTre  oa  ose  poignée  de  Venreîne  , 
écrases  b  <laiu  on  mortier  de  aurbre  lefow 
con(âcré  à  Vtmm  ,  voos  en  mettrez  le  fuc 
dans  le  potage  de  la  Perfonne  dont  vous 
Tovdres  exciter  la  paffion  ;  quand  elle  Vzvh 
ra  mangé ,  prefcntcz-voos  dsvanc  elle  ,  Ôc 
tenes  quelques  dîTcoorf  ioïtux  «  y ous  ver- 
tes 


rtiltf    effets  .<ie  votre  phtltre.    On  bien  ^ 
frenez  de  l'armoiTe  »  du  feBeei),  de  Torî- 
gan,  autant  de  l'un  que  de  l'autre  >  ks  pl«. 
met  d*UA  moineau  9  reduifte  le  tout  en  cen- 
dres fur  une  aflîefte  de  terre  ,  faites  pren» 
4re  ces  cendres  ,  dans  le  potage  ou  quelque 
antre  mets ,  aux  perfonnes  dont  vous  vou* 
lez  être    aimé  ,  vous    admirerez  les  effets 
de  ce  Philtre,     Ou   bien  prenez   quelque 
chofe  que  ce  puiiè  être  ,  qui  ait  apartenu 
à  la  pcrfonnc  que  vous  aimés  »    faites  le 
tremper   dans  de  Teau ,  ou  du  vin ,  où   vous 
aarez  vcrfé  dix-fept  ou    dix- neuf  de  vos 
hrmes  |  fur  tout ,  foïez  (bîgneux  d*obfer« 
Ter  le  nombre  impair  :  Ce  Breuvage  a  ihg 
effets  merveillieux ,  6c  eff  (buverain  pour 
W  Colique.     Si  le  Philtre  n*entrepasdansle 
corps  ,    oh  peut  le  fitire  ainfî  :  Lavez  vos 
Biains  dans  Teau  de   Verveine ,    ôc  avant 
qu'elles  (oient  feches  >  touchez  la-peau  de 
là  perfoime  ,  dont  vous  voulez  être  aimés 
Ou  bien  ,  faites  lui  prefent  d'un  colier  ou 
d'un  ruban  «  que  vous  aurez- porté  fur  vous 
trois  Vendredis  de  fuite  :  Ou  bien  prenez 
«ne  Tourterelle  ,    la   plumez ,  Ôc  la  pilez 
dans  un  mortier  ,   iufqu'a  ce    qu'elle   vien» 
ne  en  bouillie  $  Caiites-en  de  la  pomadeavec 
dcThuile  viei^e»  ou  quelque  autre  gtaiflè 
pomadique  ^  faites  prefent  de  cette  poma- 
de  à  la  perfonne  aimée.     Voici  encore  deux 
Enchantemens   des  plus  faciles.     Il  faur  a* 
voir  dûs  cheveux»  du  fil,  ou  de  h  (byede 
la  Perfonne  aimée }  mêlés  dt  ce  que  vous  en 
aurés  avec  deux  fois  autant  de  fil ,  dt    che- 
veux, OU  de  foye  de  diferemes^  couleurs  § 

faite! 


(46) 
falres  <I«  tout<elâ  une  ficjclle  ,  ou  «n'^rtfll 
felet  pour  la  Perfonn»  aimée  s  t  chaque 
nœgd  prpnoncez  cts  onotj  ;  Vfneris  ^n^ula 
fliHo  :  avec  intemion  d'infpiKr  de  l'amour 
a  la  Ferfonne  à  qui  vous  ave?  d<4\ui  de 
plaire',  ce  qui  eft  immanquable  :  Ou  bîen^ 
prenez  une  Bague  ,  &  Tentourez  d'uTnée, 
«a  prononçant  trois  fois  le  nom  de  la  Fer* 
fonne  aimée» 

I  -le  n*ai  jamais  étudié  en  Magie^ditPi/ff»? 
cependant  je  f^ai  des  fecrets  meilleurs  9c 
plus  cfHcaces  que  ceux  dont  vous  venez  de 
nous  parler  :  je  vous  en  dirai  un  tort  racîle 
•^  immanquable  :  je  le  içai  pour  Tavoûr 
éprouvé  pluneurs  fois.  Si  je  vous  parle 
Pherbus  ,  excufez-moi  s  on  me  f^alt  comment 
s'exprimer  fur  cette  matière  :  j^aprcKende 
la  délicateffe  des  oreilles  de  Prîjcus  f  mais 
)*env«loperai  du  mieux  que  je^  pourrai  ce 
^ue  j*ai  à  vous  dire.  Le  (uc  Ik  la  quin» 
tedence  des  biens  confacrez  à  Cer^s  &  Bâ* 
4hm  philtrez  dans  un  corps  bran  compofi^ 
^  transférez  par  le  canal  dont  on  pare  le 
.pieu  de',  jardins  dans  le  récipient  ,  où  la 
aiature  fe  plaît  à  former  les  Kofs  âo£ 
bien  qae  les  Bergers,  eft  de  tous  les  PhiU 
très  amourenx  le  plus  efficace  ^  puifqu^oi 
«e  fçauroit  le  compofer  ,  qu'on  ne  joûiâê 
4cs  plaifirs  de  (irez.. 

Votre  ftcret  eft  exceîleat  |  dît  Ctltr, 
Peut-ctre  l*aurois-je  trouvé ,  Çi  l'euiTe  co»! 
tinué  la  lc£Vure  de  mon  Livre  :  Mais  j'ca 
fus  détourne  par  les  hommes  du  monde 
les  plus  importuns.  Quatre  grands  Diables» 
^ue  vous  cufUez  pris  pour  Gardes  du  corps 
A    .  de 


r 
I 


ik  PÎ$ào9V  m'^empoigncrent  tt  mê  itA^ 

^'lièrent  fort    incivrltmeac  ÙMS   faÎTe   ré-» 

iieiioif  que  les    nuits  tcoicnt   alort  %fftz 

Sioiéts.  Ils  me  mrrcnt  nod  côouae  la  ^aim> 

£n(iiite  entra    une    Vieille    cdenté*,  donc 

le  corps  faifoit  pre^uVn  cercle.    £ik    (e 

foûtenoir  fur   une  vieille  bcqulUe  >    à  pea 

pés  de   même  Age  qu'elle.    De   plua;  ell«* 

«voit  for  le  nec  ttois   rangs  de  lunettes^ 

qui  faifoicilt  uii  afpeû  fort  )oli.. Quoique' 

)e  fîifle   dans-  une  €cuation  ,  ou  naturel^ 

ment  parlant^  ie  devois  avoir  firoid  /k  peur,  * 

|Hiifqu*on  me  tenoit  lié  par  les  pieds  de  par 

les  mains , ^ je  ne  pus  m'erapÂchcr  de  rire, 

quand  je   la    vis  approcher  (es  officieufei 

siatns  de  la   floche  de  Cufidàn»    Enfin  elle 

trouva  par  bonheur  pour   moi  ,    que  j'a« 

vois  le  fécond  doigt  du  pied  gauche   cr<H 

«li«U  Ah?  dn*elhî«  en  to«flà«tv<*«ft  bien 

dommage   qu'il  ait  ce  défaut  :  il  ne  nous 

p«ut    fcrvir  :  renvoytz-le.    Mes  Valets  de 

«liambre     m'habillèrent  ,     prefqu'tn   aullî 

peu  de  temps  qu'^s  m'avoient  déshabille? 

^Vec  cette    honnêteté ,  qu'ils*  partagèrent  ^ 

<ncs  habits  avec  moi  >   ôc  qu'ils  «  gardèrent 

«non  argent,  de  peur  qu'on  ne  mêle  volât. 

Ils  me  remirent ,  avec  les  mêmes  cerf  ma* 

fiies  ,  où  ils  m*avoient  pris  :  ie  me  trouvai 

*u  bain   tout   prêt  à  j   entrer  i  fctois  à 

^^itté  aud  «    &  •je  mourois  de   faim  ?  je 

<ot\tai  nnon   htftolre    à  mesj^mis  qui  me 

trouvèrent    fort   heureux   d*en    avoir,  été 

^uite  à  (t  bon  marche  ^  di(ànt«  que  i'ctoii 

^'t  redevable  à  mon  doigt ,   puifquM  m'«« 

V^  épargivé  k  pl«f  aiiel  de  tous  les  fu« 

plices 


y 


(  4.»  > 
pli'ccf  s  iyant  fans  douce  ixé  àttdni.  à  Itre 

ÎBitnolc  au  Dieu  des  Enfers. 

}e  vous  Ai  entendu  dire  phifieurs  fois 

cette  ftiftoire,  die  Pomponius  :  Mais  je  vous 

avoiie ,  que  i*ai  peine  à  la  croire.  En  bonne 

foi ,  ^u*eft-ce  que  Plut  on  feroit  de  vous  l 

fe  crois    qu*il   a    d'autres  morceaux    plus 

firlands.    A  peine  ave2-vous   une  once  de 

craifle  par  tout  le  cerps  «    le  vous  vous 

imaginez  que  Projerfitu  vouait  de    vous. 

Il  fiiudroit  être  ^mf^ut  le  croire.  Bi  oo 

avoît  envie  de  traiter  aux  Enfers»  on  devroic 

choifir  quelques   unes  de  ces  Dames  ^  qui 

vont  prêter  ferment  devant  le  Prcteun  Ce 

gibier  eu  vaudroit  b  peine  t  Mais  vous  !  xi 

fiiudroit  avoir  faim  ea  Diable ,  pour  vous 

croqutr. 


CHAPITRE     XI. 

Ittficin  de  Frifcus. 

IE. croîs»  dit  Prtfcus ,  que  dler  dît  vrai. 
Il  m*cft  arriva  une  Hiftoire  prefque  ièni« 
blablc  ,  où  il  y  avoit  plus  d*amo«r  que  de 
diablerie.  Ihquoi,  dit  Pifon^  vous  vousites 
doiKaudl  mêlé  de  galanterie  l 

Je  meurs  d*envie ,  mon  cher  P^ifcm,  d*efi* 
tendre  le  récit  de  votre  Hiftoire  t  je  ferai 
ravi  d'apprendre  de  votre  bouche ,  que  les 
plus  fages  facrifie%t  quelquefois  à  Venus^ 
}eune  homme  «  dir  Prifcus  ,  vous  êtes  vif  r 
îe  vous  ai  laiflé  jetter  votre  feu»  Ecoutes 

ino(i 


mon  Hîffoîre  tvant  que  d'en  rîcn  wncîu^ 
re.     Le    Deftiiv  m'jvyoic     fait    rencontrer 
'^^ludcuri  fois  vne  d«    nos  p  us    belles   <l<7« 
maines  avant   quelle  fe  mariai    Nous  nous 
trouvions  à  !a  mène  heare    au  Templt  ,  à 
la  promenade  ,  ou  chez  jiH^fte.  Elle  crût 
i|ae  ]*âaiour  me    porioit   fur   its   pas  ,   3c 
qti'afsurement  j*ctoi8  dans  Tes  chaîner.  El- 
le avoit  l^ame  tendre  >   &  me  faifoit  mille 
care^^es   pour    foulager   les    maux    qu'elle 
CToyoit  que   J'cndurois.   Je    rrpondois  a  ^ts 
honnctttcz»  quoiqu*a/ec  aflcz  d'rndiffcren- 
ce.  Elle  cruyoit  que  c'ctoii  pai  rcienu'c  j3c 
prenoit  mes  froideurs  p^r  des  marques  de 
mon  lyfpe^  l  tant  lé  fcxe'  eft  ingenie^JX  à 
s'abufer  fur  cet  article.     On  la    rechercha 
en  mariage,  6c  elle  refufa  d^  trcs-bons  par« 
tis  ,    me   faifant  dire    fecretement    qu'elle 
m*immoloit  ce  que  Rome  avoit  de  plus  grand 
0c  de  p'us  riche ,  qu^elle  me  peraiettai t  de 
la  rechercher  ,  que  )*avois  àStz  langui  pour 
qu'elle  fe  rendit.   Ce  difcours  me  flata  ,  Sl 
me    furprit.     Nous    étions  à   la  vérité  de 
même  qualitif  ,   maii  elle   ctoh   beaucoup 
phis  riche  que  moi.    Je  remerciai  la  per« 
fonne  qui  me  parla  de  fa  p^rt  ,   5c   je  de- 
mandai huit  jours  pour  répondre  à  Tes  of- 
fres*    J'en    parlai  à  mon  Perc  qui  vivoic 
encore.    Il  me  traita   d'enfant  :  ie    n'avoîs 
que    virigf-deux    ans        Ma    mcre    ccoiita 
plus  favorablement  ce    que  je  lui  dis.    El- 
le y   donnoit  mcme    allez    volontiers   les 
mains  i  mais   mon    Père    qui  avoit  cû'  de 
longs   démêlez   tvec  le  Père  de  la  Demoi- 
fçllc,   n'y   voulut  jamais   confemir.    Ain(î 

■  ■    C  i« 


(îo) 

}e  fus  obKgé  de  la  remercier  de  fef  bonnet 
intentions.     Elle 'ne  voulut  pas  acceptermes 
excuie^i  5c  s* imagina  que  ]t  la  tncprifois  : 
cependant  elle  (e  rendit  aax    infbnces    d« 
Tes  Parens»   de  époufa    un   jeune  Seigneur 
des  plus  accoinplis.  :  je  fus  invité  aux  Ko* 
ces^  ôc  je  m'y  trouvai.     Le  lendemain  dtt 
la  cérémonie  nous  allâmes  à  Fundi  >  où  !• 
nouveau    Marié    voulant   confbmmer     Ton 
mariage,  nt  fit  que  des  vains  &  inutiles  ef- 
forts.     Il  crut  qu*un    facrifice  à  Priape  lui 
rendroit  Gs  forces.     Il  fut  aflèz  bon  pour 
nous  dire  Ton  infortune,   ôc  nous  propofer 
le  facrifice.     ^our  |^oi  ,    qui  ne  crois  pas 
plus  que  de  raifon  en  nos    Dieux  ,  je    me 
mocquai  du  mal  6c  du  remède  :  je  fus  ce« 
penviant   de   la  c^mp^gnie;  ôc  nous  allâmes 
cnfemble  au  jardin  dtSorténus,  où  il  y  avoit 
utl  Autel  dédié  à  Priape,    Nous  fîmes  ve- 
nir la  Prêtfefle  qui  immola  ,   avec  les  cé« 
rémonies   accoutumées   un  bouc  ,   un  be« 
lier>  un  porc  0i  un  agneau.   Pendant  qu*eU 
le  fiîfoit  les  Libations  avec  le  fang  de  ces 
animaux  ^  un  Chœur  de    Mudque    chantoic 
gnclodieufement  VHymne   de  Priape  ,   que 
tout  le  monde  fixait.  Ëxcepte7.moi ,  sMvous 
plaii  »   du  nombre,  dit  Pifin,    Non  feule- 
xnem  je  ne  la  f^ai  pas  ,  mais  même  je  ne 
Tai  jamais  entendu  chanter  :  Vous  eue  fe« 
tiez  plaifir  de  me  la  dire.  Voloniiets  ,  ré- 
partit  Prijcus.     Les    MuGciens   parlent  tu 
nom  de  la  Peribnae  qui  fuplie,  ic  chaaienç 
ainfî»  .     " 


Mf$rntt 


r 


r 


(  î'  ) 

Eternel  atAt  de  Bacchus, 
tn  qm  dois  la  naîgance  a  la  Mie  Venus, 
Dieu  que  dans  le  climaf  de  la  nattante  aurorg 

Le  peuple  Lydien  adore  : 

Dteu  refreâH  des  Vierges  ^  des  Puceaux  , 

Des  de  voies  ct*  des  dévots  : 
frote^eur  des  jardins ,  Dieu  chéri jies  Naïades 

Hamadryades  C7*  Dryades: 
Vien  me  Prêter  un  prompt  fecours , 
"Ecoiéte  ma  pri^e ,  c/  prens  fotn  de  mes  jours» 
Je  ne  fuis  point  couvert  du  fang  d* un  homicide, 
Jen*ai  point  en  impie ,  ahatu  Us  Autels , 
Ni  violé  des  lieux,  facrex,  aux  immortels  : 
S'e parois  devant  toi  comme  un  Pauvre  invalidé. 
Dénué  de  vigeur  O'  de  ces  grands  ihréjors 

Dont  on  voit  enrichi  ton  corps» 
Mas  /  le  mien  h* a  fait  que  la  moitié  du  crime  5 
S*iln'apu  par  foihtejfe  immoler  la  vlciime^ 

il  n'a  point  péché  tout  entier, 

Gluandonpechepar  inHgence,      {fence. 
On  eft  moins  criminel,  er  bien  moindre  efi  Vofm 

Priape  fais  mcd  dinc  quartier  j 
'^erdonnt'  moi  ma  faute ^^  me  rend  lapuifance» 

Apres  que  I'H>  mne  fut  chanté ,  la  Pic^rcfle 
lava  les  mains  dti  Paralytique  dans  le  fang  des 
animaux  immolez.  Ënfuite  elle  lui  mit  ea 
ouin  une  coupe  pleine  de  ce  mcme  fang.fc 
nous  en  donna  a  tous  une  remplie  de  vin. 
Elle  Ce  mit  à  notre  c:e  ,  &  nous  dit  de  It 
fuivre.  N  «s  fîmej  trois  fo'$  le  toiir  du  jar- 
^in  pendant  que  l-  Muiîque  chanoit  pluiîeur 
Odes  à  l'honneu  •  Je  Priupe  &  des  Amourf 
Hr.ri:rc  nous  no\is  raprochâmes  dé  l'aivcl ,  fur 
lequel  noMS  répandioies  no  re  viiw  4in^^ii^^ 

C  »  Û 


(51) 
h  ccrémonie.  Kous  ramenâmes  nôtre  Iti^ 
Jade,  qui fecroïoir plus fon  qu*if<rei»/é)ina2s 
les  Dieux  lui  furent  fi  contraires^  qu'il' ne  put 
)Ouïr  des  doux  plaifirs  de  l'Hymen.     Il  pro> 
pofa  a  fta  nouvelle  Epoufe  de  faire  rœu  à  Diam 
ne  de  garder  une  chafteté  continuelLe.      Certe 
propoution  acheva  de  la  dégoûter  d'«n  Mari 
pour  q ji  elle  n*aToit  pas  trop  d'eftime.     I^Ue 
crût  pouvoir  chercher  fortune  ailleurs.     Com- 
me elle  étoit  belle,  jeune  &  riche,elle  ne  man- 
qua pat  de  Galant.     Mais  ie  ne  fçai  par  quel- 
le bi2arrerie,  elle  fc  mit  en  tcte  de  me  aire 
pjrtei  Tes  chaînes.     Elle  n'oublia,  pour  en 
venir  a  bout,  ni  prefcns,  ni  billets  ,  ni  ac- 
cueils favorables      pctQis  le  confident  de /es 
plus  fccretes  penfées,     J  e  la  confolois  même 
dans  le  dégoût  qu'elle  avoit  de  fou  infortune 
Mari.     £lle  me  temoignoit  qu'elle    auroit 
été  heureufe>  fi  elle  eût  parcage  fcsiouri  avec 
moi;  Ac   déploroit   amèrement  la    malheu- 
reufe  fubje^ion  oà  font  les  enf|ins    de  n« 
pouvoir  honctemen:  fe  marier  (ans  le  con- 
ientetnentde  leurs  parens.  Enfin  elle  alla  juA 
qu'à  me  faire  pvcfeot  de  fon  Portrait. Mais  tou- 
tes (es  confid races  ,  fes  preiens  de  (es  aniîliez 
ne  purent  me  détacher  de  mon  devoir.     Elle 
me  furprit  un  jour  au  fond  d'une  des  allées 
du  jardin  de  Mecsnas 9où]t  dormoisGir^  legs* 
2on,     Elle  m'éveilla  de  la  manière  du  mon^ 
delà  plus  tendre  ^  Malt  fes  caredes  excitèrent 
ma  fureur  $  9c  dans  le  feu  d'une  furprife ,  ou 
f'avois  ctéprefque  immolé  à  fes  défi rs,,  il  m'é- 
chapa  quelques  paroles  qui  la  piquèrent  vive- 
ment.    Elle  eût  recours  à  la  vangeance ,  5c 
engagea  quelques  uns  dts  courtiians  qui  1^ 

fer- 


ièrvoîetit  à  mt  faire  pièce.     Je  fut  fort  /î/r- 

prisdé  me  voir  enlevé  au  milieu  de  Kome  par 

des  Efclaves  inconnus  ,  qui  me  conduinreac 

dans  uo  char  couvert  en  je  ne  fçai  quelle  mai- 

fon  »  où  des  geiis  mafquez  me  déshabillèrent  s 

unFeintre,  qui  étoit  toutdifporç,  me  tira 

en  totitesles  poftorcsque  vous  péuveX  vous 

imaginer.   Après  cette  cérémonie  ,  on  me  lia 

avec  de  cordons  de  foie  fur  un  lit  de  pour- 

pre  relevé  d*qr.      ^ur  le  milieu  de  la  hait  on 

in*offrit  ma  liberté ,  fî  )(*  vouloisconfentiraux 

defirs  d*ane   <  >  ame  qui  avoit  delà  bonté  pour 

moi.     Sur  mon  refus  >  on  me  de^habillia  eri'- 

core ,  on  me  conduisit  dans  une  chambre  ob(^ 

cure  où  il  n'y  avoit  point  d'autre  lumière  , 

que  celle  qtii  venoit  î'une  petite  lampe  qu2 

n*cn  donnoit  qu'au  au  qu'il  en  faltoit  pour- 

remarquer  que  j'c:ois  entre  quatre  murailles 

teintcf  de  noir.      On  me  donna  une  cruche 

d*eau&  un  pain  5  &  l'on  fut^utam  q*e  je  pus 

coi\je£turer  ,  trois  loursfans  me  renvlrc  vîiie.' 

Au  bouf  de  ce  terme  un  homme  habillé  d'une 

nianiere  à  faire  peur. me  vint  avertir  de  me  dif- 

pofer  à  la    mort,que  ie  n'avois  p^us  que  trois 

jours  à  vivre.  Il  me  laifla  du  pain5c de  l'eau  pour 

ce  temps  ;  Mais  il  revenoit  à  chaque  veille  m'a- 

vcriir  de  penfer  à  la  murt.     Te  vous  ai  déjà 

dit  quej'ctois  tout  nui}  5c  ie  vous  avoue  que 

j'aurois  préféré  mille  fois  la  mort  aux  tViftes 

vifites  de  cet  importun  ,  dont  la- vue  m'ctoit 

un  fuplice.    Au  bout  dc^  trois  jours  ,  (ept 

femmes  entrèrent  dans  m^ chambre  en  pleu- 

ï^ï^t.  Se  difam  d'une  voix  lamentable  :  i^  *^ 

^ort.     Ce    qu'elles  répétèrent  tant  de  fors 

qu'elles   pcnlerent  prcfque  me  ie  perfuader 

Pc»' 


Pendant  leur  lugubre  fymphonie  >  elles  lu^ém^ 
mâiiloterent*  malgré  moi  de   bandes  Ôc  de 
linges, comme* vous  fçavez  qu'ont  accoutu- 
me d'cnfevelii  lt«  3«//i.   £n  vain  je  me  d^- 
fendois,3c    les  arsûiois  que   i*ctois vivant: 
yc  ne  pus  me  délivrer  de  leurs  mains.      Après 
ii)*avoir  âinH  accommode  >  e  les  me  nnirent 
entre  trois  planches,  qui  faifoient  comme  une 
cfpec*  de  coffe  de  ma  longeur,  mais  G  fer- 
re ,  que  je  oe  pouvoisme  retourner  i  i*avoi$ 
par  bonheur  le  vifage  découvert.     Quand  |c 
fus  dans  cet  équipnge,  (Ix  Hommes  mafc)ue2 
entrèrent  dans  la  chambre,  chacun  avec  un 
Dambeacrde  cire  no're  alîumc.  IV  ptflerent  des 
cordes  par  deflousle  coffre ,  oùj  ctoisempri- 
ibnné ,  Ôc  me  portèrent  très-doucement  dans 
un  vieux  tombeau  à  moitié  ruiné,  lis  me  mi« 
rent  avec  toutes  les  cérémonltsy udaïqttes  dans 
cethrone  dtmort;  6c  malgré  toute  mon  élo- 
quence, ils    m'y  laiflerent.      Par   bonheur 
le  tombeau  n'étoit  pas  clogné  dugrand  che- 
min I  je  criai  tant  que  des  paflfàns  vinrent  à 
monfecours.     ils  furent  fort  furpr' s  d'enten- 
dre parler  un  mort.  Mais  je  les  Tafsùrai,  âc 
leur  proteftant  que  fétois  bien  vivant ,  ils  cou- 
pèrent lous  les  bandes  dont  j^étois  lié,  de  me 
iaiHerent^  en  liberté  :  je  revins  à  la  maiion  fur 
les  deux  heure  s  de  nuit.     Htlviâ'ms  qui  étotc 
embaraiTé,  ôcne  f^avoit  ce  que  j'étois  deve- 
nu, fut  bien  furpris  de  ihe  voir  encetétar. 
11  me  demanda  mon  hiftoire  :  je  remisa  un 
autre  tems  à  lui  conter  ce  quim'étoit  arrivé: 
je  le  priai  de  me  faire  réchauffer  &  de  me  fai- 
re donner  à  manger  :  je  fus  quelque  tems  à . 
rétablir  mes  forces,  U  )*eûs  la  fiéyre  quarte 

p«tt: 


(  ïï  ) 

pendant  fept  mois.  Sunus  m*cn  guerîr^eo 
mt  mettant  l'efpacc  de  vingt  quatre  heures 
fur  le  poignet  gauche  de  t'a  racine  de  langue 
de  Chien,  qu*il  avoit  broïc  dai.s  un  mortier 
avec  du  fel^  du  poivre  5c  du  vinaigre  :  je  ne 
fçavois  à  qui  fctois  redevable  de  cette  faveur. 
Après  un  (î  long  intervalle  «  je  reparus  a  la 
Cour  ,  où  je  retKomrai  la  perionne  dont  je 
vous  ai  parlé.  Auflî-tot  qu'elle  me  vît  ,  elle 

•  tomba  en  foiblcff:  i3c  eût  un  évanouiffemenc 
de  trois  quarts  d  heure.  Je  la  feccAirus  afl'ez 
volbniiers.  A  peine  fut-elle  revenue  ,  qu'elle 
me  demanda  fî  i*étoîs  b'en  vivant.  Cela  ra- 
pella  mes  idées,  &  je  la  prcflë  (î  vivement 
qu'elle  m'avoita  que  c'cioit  un  tour  de  fa  façon. 

Que  penfez- vous,  P//3»,  de  cetie  hiftoire  > 
je  pcnft,  repartit  P//^»,  que  vous  ne  m'avez 
pas  ennuie  en  la  contant  :  j'aurois  éic  fort 
embarafTé  à  votre  place  :  cependant  je  ne 
vous  plains  pas.-  Vous  n'avez  eii  que  cecjue 
vous  méritez.  Une  Dame  s'abaiflam  jurqu'à 
vous  faire  îa  cour ,  vous  deviez ,  toure  Philofo- 
phie^part,  la  traiter  plus  honnêtement  ;  je 
ne  fçai  f\  les  Dieux  ,  pour  vous  punir,  n'ont 
pas  permis  que  vous  ayez  conçii  de  l'amour 
pour  quelque  Dame  qui  aura  mcprifc  vos 
de(îrs  :  Mais  ce  que  je  fçai ,  c'eft  qi^M  n'y  a 
rien  de  plus  rare  que  l'occaHon.  Quand  on 
la  trouve,  il  en  faut  profiter.  Venus  eftbien 
aife  qu'on  lui  dérobe  fes  faveurs  i  mais  quand 

•  elie  ùii  tant  que  de  prévenir  :  il  faut  être  Prifi 
eus  pour  n'en  pas  profiter.  Chacun  parle  fé- 
lon fes  inclinations ,  repartit  Prifcns  :  jo  ne 
me  fuis  jamais  repenti  d'avoir  fçû  modérer 

mes  paffioos.  - 

,  C  4  CHA- 


(   56) 


CHAPITREXII. 

Suite  di  U  Navigâtiên,  Chaffe.  Pcinponîus 
fcnu  un  trait  de  VHiftoire  ii'Agrip* 
pine  «^  TAfortt  »n  fait  qtti  lui  èteit 
arrivée 

A    Peine  Prifcus  cnt-il  conte  fon  H'iftoire» 
qu'on  aTerrit  la  Compagnie ,  que  le  r^- 
pas  étoit  prêt,  lis  fe  mirent  à  cable  ,  elle  étoit 
couverte  ci*uae  bifque  àt  moules,  qui  fiic  re- 
levv^c  par  un  cochon  de  lait,  qu*oii  avoii  fait 
tren.per  vîngt-quatre  heures  dans>de  l'eau -de 
vie,  avant  que  de  le  ro-ir.  Cela  croit  accompa- 
gne de  jambons, iàuci (Tes, cervelatsôc  autres 
viandej»,  dont  on  a  accoûiomc  de  faire  pro- 
vi(it>n  dans  les  vaifTeaux.  Ctler  n>it  Air  Cc% 
tablettes,  qu'eiure autres  par^îcularitez ou  leur 
avoit  fsrvi  une  falade  d«  corail,  ils  badinè- 
rent pcndan:  le  repas  fur  les  Hidoiresdef'///^ 
eus ,  de  Celtr  &  d'Egnaiius,   ht   fenJemaiii 
ils  (e  mêlèrent  parmi  Tcquipage  pour  prendre 
lep'aifir  de  la  Marine,  Juîques-làiisavoient 
cû  un  vent  fort  propice  &  beau  tea^s  i  mais 
le  troifîcme  jour  ,  ils  furent  furpris  d*uncal« 
me  qui  dura  deux  jours,  pendant  lefquels 
nos  Romains,  a  la  faveur  de  Tefquif ,  gagnè- 
rent terre  ,  6c  chaflerent    pour  le  dcJafltr 
des   fatigue?    de   h    mer.    Pifûn  qui  s'ctoit 
ccartc  des  autres  ,  ne  rencontra  rien.  Voiant 
le  jour  manquer,  il  acheta  q^elque>  becaf- 
ff  5,   que  des  Fayfaas  avoicnt  priics  au  £l«t. 

Il 


(  ^7  )  .        ., 

Il  les  perça  de  Tes  flèches ,  &  1esap3rtt  com* 

tne  s'il  les  avoit  tuées:  mais  on  s*aperçû:  paf 
ma  heUr  pour  lui  X  qu'elles  avoienil^'cte  cn« 
foncée.  Alors  pn  lui  fit  compliment  fur  Ton 
adreffè*  Les  autres  avoient  tué  pluHeurs  pièces 
de  gibier  qu'ils  raporttrcnt^dans  leur  bord.* 
un  vem  favorable  s*ccantclevc«ilscoatiaue« 
rcnt  leur  route. 

La  Compagnie  engagea  Potnponius  a  con- 
ter fon  Hiftoire  ;  mais  il  n'eût  garde  de  rien 
dire  d'0^<it;/V ,  ni  de  laPrincelTc  de  Ty,  Il 
parla  de  chofes  plus  ferieufes  ,  &  aprii  aux 
autres  une  circonftance  delà  vit i^ A grippine, 
•  qu'ils  ne  fçavoicnt  pas:c'ctoit  le  fait  de  Ca^ 
ftton,   Séjan ,  dit-il,  t  qui  ce  Seigneur  s'ctoît 
dévoilé,  fe^fervit dt lui  pour  gagner  les  bon- 
nes grâces  à^Agrifpine,    Il  feignit ,  félon  ht 
ordres^  d'être  entièrement  dans  (es  intérêts^ 
&  le  lui  perfuada.  Quand  j'eus,  me  dit- il, 
gagné  (a  confiance ,  j'en  avertis  Se)An ,  qui  me 
donna  une  inftruâion  fjec«ete,pourpei'fufldcr 
à  cette  Dame,  que  fon  véritable  intérêt  con- 
fiftoit  à  avoir  de  l'eftime  pour  lui.  j*infinuat 
ma  propofition4e  plus  délicatement  que  \t  pus 
&  je  dorai  la  pillule  :  mais  je  ne  faiiois  que 
l'irriter.   Vous  penfez  donc ,  me  dit-elle ,  que 
je  puîlfe  i  «garder  de  bon  œil  l'-àfliflîn  de  mon' 
Mari  r  Non  content  d'avoir  ruiné  ma  Famil- 
le ,  il  me  fufcfte  tous  les  jours  de  mauraifct 
affaires  à  la  Cour  j  ^  quelque  animpiité  qut 
libère  ait  contre  moi,  je  (uis  très  perruadé, 
qu*il  en  reviendroit  facilement,  fi  Stjan  ne 
ranimoît  pas  à  ma  prrte  :  j*ai  bien  comprrs 
îufqu'où  a^loii  votre  difcours.    Croïez-vous 
que  quand  ce  MiniftLC  m'aaroit  fait  autant  de 

bien 


(   5«  ) 

bien  qa*\\  m*a  (àît  de  mal^  croiez-TOUt  qut 
Tihere  pût  (c  rcfoudre  a  me  voir  un  fécond 
Mari  \  Vous  connoîlTez  peu  le  gcnte  de 
r Empereur  ;  je  ne  p*ii$  pas  m'exptivvjcr 
davantage  :  Mais  Ci  séjan  veut  voir  cchciicr  (a 
faveur,  qu'il  propofc  ce'a  à  Ti^^rr^  5c  je  re- 
ports de  fa  dilgrace.  Ce  Prince  po. nique  ap« 
prehen  Jcroit  que  Ton  M  niftre  ne  voulut  s'allier 
m  la  Maifon  à*Augufte  ,  pour  monter  fur 
fon  throne.  Puis  me  ferrant  la  main ,  Capîton  , 
me  dit-elle,  les  grandes  \rcs  de  Sêjaf7  nit 
vangeronide  lui ,  fans  que  icm'eniiic'c.  Il  t 
afifaire  à  un  Prince  ,  qui  voit  clair  pour  fes 
intérêts.  Au  premier  foupçon  qu'il  aura .  de 
fa  fidélité  ,  vous , verrez  difparoître  le  faux 
celai  de  fa  faveur  ,  &  fa  tcie  rcpondra.de 
tout  ce  qui  s*«ft  paffe  d*injufte  pcn  ant  fon 
Mî'niftere.  llaimelfw  ;  pourquoi  penle-t-il 
à  moi,  puifqu'elle  ne  le  hait  pas  \  Elle  me 
die  enfuite,  que  fi  j'avois  envie  de  corfciver 
ùs  bennes  grâces  ,  je  ne  lui  parla flc  plus 
d'un  homme  qu't  lui  ferott  toûiours  en  hor- 
teuf.  Comme  ie  n'avoispasde  bonne  rcpon- 
fe  à  rendre  à  Scjatt  ,  je  m'abfcniii  de  la 
Cour  pendant  quelque  temps.  Mais  enfin 
mes  inclinations  m'y  rapclerent.  Séjan  ne 
manqua  p^s  de  me  mander  cù  '•en  étois, 
&  G.  ma  ncgocianon  avo't  réiifli  :  "»e  lui  dis 
que  !a  chofe  croit  délicate ,  &  ..'u'eltc  dcman- 
dott  du  fciu»  :  tnaiv  je  lui  dit;  ce^a  d*un  certain 
air  qui  Ijî  fitconn*  irre,  qu'il  n'y  avoi'  rien 
a  faire.  Il  oua  ma  difcreiion  6c  m'ibligea 
de  lui  avouer,  quejcm'éroiserr  ploicin  tile- 
menr  rmaij.  iî  cnirodars  une  co!cie,quî  me 
lilipiit  d*auum  flus>  queccMinifttectort  fort 

.  mai* 


r 


r  ^ 


(   ^9) 

inâitrc  de  Ces  {raflions.  (1  jurt  en  ma  prém 
fencc  la  pt ne  ie  cette  infortunée  PrincelTe  , 
Se  me  commanda  de  me  trouver  le  londcn^aîa 
au  dîner  de  Tibère.  Un  tel  oràv^  me  furprir. 
3e  lui  demandai  (î  nia  prcTence  pourroit  lui 
être  uiiie.  Non,  me  diril,  mais  vous  ver- 
rez que  ie  ne  fuis  pas  le  ftul  qu'elle  mépri- 
(è,  3c  qu'elle  nt  traite  pasmteuxl'Eiyjpercur 
que  moi.  EfFedjvoment  je  m*y  trouvai  «& 
)e  fus  témoin  du  refus  qu'elle  fit  de  man« 
ger  le  fruit  que  Tibère  lui  prdenta ,  8c  de  ce 
que  Tibère  dit  à  Julie ,  qu'il  voïoit  bien  qu*^- 
grtfpine  le  preiioit  pour  un  empoîibnnettr.  Je 
içûs  peudetems  aprèi,  que  Séjan  avoii  cor- 
rompu quelques  Domeftiquesde  cette  Princef^ 
fe  ,  qui  Tavoient  avertie  de  ne  pas  manger  tes 
fruits  que  l'Empereur  lui  prcfcnteroic ,  parce 
qu'ils  feroîent  empoifonnez  ^  &  qued'uR  au^ 
tre  coié  il  avoît  dit  à  Tibère  qu'il  avoir  re- 
marqué plufieurs  fois  (\cC  Agrippine  ne  man- 
geoit  jamais  dfls  fruits  qu'il  lui  préfenioit;  que 
fans  doute  elle  le  (oupçonnoi*.  C'ed  ainfi 
que  ce  fourbe  tendit  le  piège,  où  il  iit  tom- 
ber lamalheureure-<^^f;^/)i;7tf. 

flusje  fais  réflexion  fur  les  fîftf  s  effets  de 
la  jaloufîe&de  l'ambition,  fie  fur  lesreffbrts 
fecrcts  qui -font  joiièr  cette  grande  Comcclie  , 
qu'on  appelle  le  monde,  plus  je  fui<ru''prif 
comment  il  peut  fubfifter.  Ce  n'cft  par  tout 
que  fourberie,  duplicité,  trahifon  tk  mauvaife 
fois.  J 'a vois  quelque  inclination  à  la  Cour 
qui  mcritoît  le  fecrer.  "  La  fuiyante  de  la  Da- 
me que  je  fervois  étoit  la  feule  qui  eut 
connaiflancede  nos  amours.  Je  neHçaifi  elle 
avoil  Tefprit  fcapc  aa  m^mecoin  que  Séjan  , 

.    luais 


(  «o  ) 

mâts  élit  tre  kiia  un  tour  des  p^us  éouUefT 

El'e  avertit  le    Mari  de  U.  Dame  de  l'heure 

que   i'avoÎ5  accoutumé  de  voir  Ton  Epoufe. 

11  feignit  de  fortir  àccttcmcme  heure  Ye^ûs 

introduit  par  l'cfcalfer  fecrer.    Aptineitoif-ft 

dans  la  chambre  ,  que  nous  entendîmes  It 

ir.ari  monter.    La  fuivame  ota  un  Tableau, 

C)ui  rcpréftntois  le   ugemen'  de  Paris ,   &  qui 

éioit  à  l'embouchure  de  la  cheminée.    Nous 

étions  alors  en  été.  En  un  mot ,  jr  me  mets 

dans  la  cheminée  derrière  le  Tableau.     Lt 

mari  entré  de  demande  à  fa   Femme  à  quoi 

elle  paHo  t  e  tems!   Te  mange^  lui  dit-elle» 

des  orange*,     il  en  prit  deux  .qu'il  mangea, 

en  faifant  cinquante    toursdans  la  chambre  g 

èc  regardant  de  tousco  ez.  fans  voir  ce  qu'il 

cherchait.     Apres  avoir  mange  les  oranges, 

il  b^'da  un  peu  le  Table  tu  qui    étoit  devant 

la  cheminre  ,     pour   y  jetter    les    écorces. 

A. ili-tot  la  uivante  sVcria  :  Hc  '  Monfieui  j 

ne  faites   pas  cela  ;    Il  n*y  a  qu'un  moment 

qurj'ai  ba'aïéla  ch^mbrt    Mettez  vosécor- 

ces  i'or^n-^es  Hans  mon  tabliez  C'eft  ce  qu'il  fît 

par  bonheui  pour  moi.    îev>»us  laiflTcà  pco« 

fer  fi   a  fiii vainc  ex  gea  fa  rccompenfe  d'un 

fervjceauflfî  imp  irtant  :  |e  la  facisFs  an  pctt 

troptot.     Leiourfuivantle  Marimedenian« 

da,  s'il  étoitvTai,   comme  unettile,  en  mt 

nommant  la  fuivame,  lui  avoit  dit  que  j'ai* 

lafle  tous  les  foîrs  à  C'nq  heures  chez  'u'  j  qu'«l 

me  prJpii  de   l'en  ave  tir     afin  qu'il  pû«  »*y 

trouver  ,  ^  que  nous  paflaiTorslctrms  ca- 

fembU;  je  lui  dis,   queiufqu'aKirj  jen'avnis 

pBsms  V  pied  chez  lui  j  ma  s  qu'il  m'enprioit 

de  trop  bonne  grâce  •  puur  que  je  ne  répon 

diSt 


i 


(61) 
dîffé  pas  a  (on  Honêtetc  ,  que  le  lenJtmaîfl 
f»n>  faut  c  ,   rauroif  Thonneùr  dt  m'y  trou^  cf 
à  cinq  heures.     Il  mcreçûtirè$-bien.     Noui 
îoùames  quelques  parties  i'cchets.     Enfuite 
nous  mangeâmes  lies  confitures,  de  nous  nous 
fejTaramcs  fans  que  (on  Epouse  parût.  F  ïrt 
ben,  je  vousleconfciKe,  ànPîJon.     N'au- 
riez-vovs  pas  voulu  ^  qu*il  cù'  été  témoin  du 
bois  que  vous  lui  faideZ  porter  \  Prijcus ,  i*c^ 
reviens  toûjoms  à  votre  Hiftoire  ;  elle    m'a 
t>1ù:  Mais  elle  ma  laiffé  certaines  d'fficultez 
que  ievous  prie  dVclaicir      Cet  Dames  qui 
Vousfcrvirem  de  Femmes  de  Chambre  &  qui 
vous  emmtillotcrent  fi  bien,  ne  vous  d'crenc- 
elles  pas  votre  b^gue  >  Ne  roubaitcrent-eI!es 
pas  q»e  Id  terre  vomfut  légère  l  Ne  vous  ont- 
elles  pai  donné  de  Teau  fraîche  ?  Par  Cafior^ 
quelle  figure  eufîiez  vous  fait  ^  H  quelque  pa(^ 
fant  eùr  enlevé  votre  corps  Tous  prctcx'e  de 
dcbtcsî  jeune  homme  ^   dit  PriicHS^conitZ, 
)c  vous  prie,  votre  Hiftoire. 


CHAPITRE     XIII. 

.Bftotre  de  Viron      Kéfiexion  àe  Ct'ff.  Tm\ 
fête.     Dtfif'ifftion  de  l^Ichyiffhape. 

IE  ne  '^a*  par  oà  m'y  prtn(tre  *  répondît  Pi^ 
m  i  «e  VOU5  en  ai  ir  jp  dit,  pout  qii« 
vous  mefafllfz  quartier]  0r  quand  vou*  m'é- 
pargneriez >  ^e  ne  fçai  fi  Celer  me  pafl^roil 

C  7  touiea 


•1 

toutes  les  piaîfanteries  que  i'aî  taites  fur  la  Dm^ 
hlttit  :  Mais  puiTque  je  ne  puis  reculer  ,  >e 
TOUS  dirai  le  plus  ferieufement  que  je  pour- 
rai ,  des  folies  ind^nes  de  votre  attention** 
mâts  que  vous  in*obligerez  de  dire  pour  vous 
mocquerdemoi. 

Des  mon  plus  ieune  âge  je  n^  valoîs  pas 
grand'chofe.Me^PrccepteurijHonimes  (avant 
dan^  J'Hiftoire  &  dans  la  Fable ,  prenoicnt 
un(î  grand  foin  de  mon  éduca  ion,  qu'ils  me 
faifoient  remarquer  avec  une  attention  extré* 
me,  tout  ce  qui  (c  prcfentoit  dans  aie&  leçons  « 
pour  me  former ,  difiiicnt-ils ,  fur  les  Grands 
Hommes,  dont  je  lifois  les  Vies.  C«mme 
ils  croient  Gens  refonnables^ilsmelaiffoient 
une  honiie  liberté  fur  le  choix  de  mes  plaiHrs  , 
parce  qu*ils  étoient  bien  aifes  de  voir  où  fe 
porteroienr  mesinclinan'ons.  Tagis  àlall0'« 
mainei  ne  trouvant  rien  auiedus  de  moi,  je 
rcfblus  d'imiter  Jupittr,  Je  pris  avec  ma  focur 
quelques  libertez^donton  ne  me  retira  qu'a- 
Vecles verges  ;  j'avois  beau  dire,  quej'imî- 
toî$  Jupiter,  on  ne  juge'a  pac  à  propos  de  me 
laiâer  aller  plus  loin  :  j'a  mai  de  tous  cotez, 
femmes,  files,  efclaves  ,  &c.  tout  m'ctoit 
bon.  Entre  autres  belles  aûions  ,  j'enle- 
Vai  le  jeune  Veturins,  Mais  il  n'y  î»  que  les 
Dieujc  qui  fçivent  combien   je  fus  fouetté  » 


/talTe  r  ie'demanda»  âmes  Précepteurs  un  mo- 
dèle, ils  me  ^i^o^*xtr\i  Jules  Cejéir.     Com- 
meje  n'^ivois  pas cnyîc  de  porter lt$ armes, 
je  rcfolu  d'imiter  de  lui  ce  que  mes  incli na- 
tions 


(  Ô3   ) 
tîons  m'en  permtttoicnt.     Aïant  tû  ce  qu'il 

aToftfaitenfî«^>»;V,  ic  crus  en  pouvoir  faire 
autant  :  Mais  on  m'examinoit  de  trop  piès 
pour  pouvoir  mVchapcrimpuncitient  :  je  fus 
encore  fouette  d*impcrtancc  ;  EfVoïant,qut 
je  ne  rciàlîîflois  pas  mieui  à  imiter  les  Hcroi 
que  fci  Dieux,   je  pris  réfolution  de  vivreà 
ma  fantaifie  :  j*aiinois,  ôc  j'étois  aimé*  Va 
jour  que  nouF  nous  divertiiïîons  fepr  ou  huit 
à  peu  près  de  mon  âge   chez  Annulin  tvec 
fesenfans^  i!  me  fouvîendra  toufours  ,  qut 
lorfque  nous  badinions  à  la  Rotraine  derrière 
la  ta^iOerie.  ce  fou  de  Af^/^^itf  nous  apporta 
un  flambeau  pour  nous  éclairer.      Un  autre 
jour  il  fut  ctufe  ,  qixePeiretus  fut  châtié  pour 
aroir  tropcrrcilela  petite  chienne  de  Meffalt» 
ne.    Vous  Tçavcz  tous  que  McJJaline  cft  une 
jolie  perfonot.    Ses  bonnes  grâces  fln*om  pen« 
fc  coûter  la   V  c    £l!e  m*avoit  fait  préfent  de 
fon  manchon ,  Ôc  je  Tavois  attaché  au  chevet 
du  h't,    BuJUs  tne  vint  voir.      Il  le  reconnut 
d'autant  plus  facilement  qu*il  lui  en  avoitfait 
prcfcni  :  je  gage,  me  dit-il,  que  voilà  une  fa- 
veur de  Mtjfaline.  Etc.''-vôus  bien  auprès  d'eU 
le /N'avez  vous  pas  de  Rival  \  Depuis  quand 
la  voïez-îous  \  Où  Vous  renwontrezvous  f 
_Cc8  demandes  ire  firent  fobçonner  qu'il  ne 
la  haidoit  pas  :  je  lui  en  dis  mon  feniimcnt. 
11  s'imagina  que  Al/Jfulhem*^vo\t  tout  dit  5 
&  ne  pouvan'  nier  ni  avc<iier  (anscnnfufion 
ce  qu'il  avoi   ùit  pour  elle  ,  il  ni'ob'igr a  de 
mettre  l'épéc  à   la  main  pou-  difputer  cette 
charmante  pfrfonnetje  ne  m'en  fis  pas  prier 
deux  foii       Nets  nou?  baumes  unt  demie 
heure  ians  avantage.    Enfio  il  me  bleii4  au 

bras 


(«4) 
bras  droit.  Tt  redoubla  foncoup»  8c  meper» 

ça  la  cui^e.    En  fe  Ttlevar>t  ie  lui  pafic  mon 
épce  au  travers  du  corps   Tout  ce  maneg« 
{c  fit  dans  ma  chambre.    Les  Efclaves  qui 
avoient  cmendu  !e  bruit,  croient  venus  au  fe« 
cours  3  mais  nous  avions  barricadé  la  perre« 
Enfin  ils  l'enfoncèrent ,   ôc  nous  trouver  eût 
tous  deux  dans  l*crat  i|ue  je  vous  ai  dit  .*  Iqî 
renver(c  par  terre  avec  une  feule  blefTure,  mais 
fans  épét  :  il  me  Tavoit  rendue  :  8c  moi  cou- 
ché fur  mon  lit  avec  deux  bleflarcs  qui   me 
fa i fuient  perdre  beaucoup  de  fang.  On  nous 
panfi  au  plutôt:  &  pour  furcroit  de  douleur, 
on  n<tus  laifla  dam  la  même  chambre  :  Mais 
à  peine  cnt-il  un  pc;^  repris  fes  forces  «  qu'il 
fe  fit  tranf  porter  ail'turt.    V  pen^a  mourir  de 
fa  bleffure  :  8c  le  fang  que  i'i vois  perdu  me 
réduifi  dans  une  (i  grande  foib^efTc,  que  fe 
fus  fix  mois  hors  d*état  de  rendre  fervice  à 
Mtjfilîne.  Cette  rftion  eft  fans  contredit  la  , 
plus  belle  de  ma  vie.  Auflî  ne  vous  en  dirat- 
jr  pas  davantage  .*  \t  ne  fçar  fi  PrifcMs  fcroit 
d*bumeur    d'écouter   mes  amours  :  j'ai  re« 
marque  qu*il  a  changé  de  couleur  cinq  ou  fix 
fois  au  commencement  de  mon  Htllotre  :  |e 
ne  veux  pas  le  gcnér  davantage.   A  ^uot 
penfc^.vous  CeUr  \  vous  êtes  toui  rêveur.  A* 
préhenlcz  vous  de  fervir  de  déjeuner  à  P/«i/#»? 
îe  penfe .  dit  Celtr ,  à  quelque  chofe  de  plus 
férieux  :  ie  fais  ont  réflexion  fur  les  Hi(loi« 
fes  que  iious  avORS  di'es  }  vous  en  pc>ur« 
rez  profiter      11  eft  rare  que  les  Hommes 
parlent  de  ce  qu'ils  fçavent  le  mieux  ,  fie  île 
ce  qui  regarde  leur  état  ;  j'ai  remarqué  cent 
fpii  que  nos  Sacâficaieurs  s'eairetenoienc  de 
^     ^  la 


(  «o 

la  guerre  &  du  commerce  ,  que  nos  Officiers 
ne  parloieiit  que  des  cciémonics  ^e  differcn- 
tes  Religions,  que  les  Pédans  fcmcloièntde 
reformer  )*£car,  Se  qu*à  la  Cour  on  fe  mcloit 
du  pcdantifme.    La  »énie  chofe  eft  à  peu- 
prés  arrivée  dans  nos  converfatiops.  Pri/^ 
€us  qui  fe  pique  de  fagcfîe,  noust  entretenus 
d*amour  èc  d*intrigue.    Vous  qui  ne  fçaviez 
que  la  Philofophie  de  Cupidon,  vous  nous 
avez  parle  d*armes  &  defang  répandu.  Pom* 
fonius  qui  a  eu  plus  d'une  bonne  fortune^  nous 
a  entretenus  des  fccreis  du  Pr'nce     Egnatiui 
Homme  de  guerre,  a  étr  a  TOpcra  :  Et  moi 
qui  ne  fuis  pas  des  plus  trjdes,  je  vous  au  par* 
lé  de  Diable- ic.  Voilà  une  (agefle  bien  à  con- 
tre-itms,   iit  Ptfon  5  je  penfc  qu'avec  vos  rc- 
flcxtuns  vous  deviendrez  fou.  C'cft  une  agrra* 
blc  folie,  dh Egnatius ,  que  cc^equt  procède 
d'iin  excès, de  fagefl'e.   Ceier  pcnfe  fort  jufte  | 
mais   il  nt  s'explique  pas  af!ez.  Taiies  nous 
quartier ,  dit  Ptfon  ,  fur  les  expl'caiions  :  nous 
noUs  con  «ntons  du  texte  :  Ou  bien ,  fi  vous 
voijlcz    philofopher  ,    débitez   vos    comeg 
s  Prifcus   5c  a  Celer^     Pour  moi  ,  jt  vais 
joiier  une  partie  d'Ekheis  avec  Pomponius,  Que 
vous  avez  de  feu  î  dit  Pri  eus.    Ne  devien- 
drez vous  jamais  fage  \  Ne  reflechirez-¥OU$ 
jamais  fur  vous-même  ^ii  la  difj;racene  peut 
Vou>  former  le  jugement ,  je  vous  plains  i  vous 
aurez  beaucoup  à  (oufFrir;  mais  quand  vous 
aurez  refprîi  plus  mûr   ,  vous   reconnoîtrez 
que  vous  n*ctcs  redevable  qu'à  vous-même  de 
Vos  propres  .Tfialheurs    Vous  êtes  jeune.  PuiG» 
quiune  m  me  foaunp  nous  raflemble  ici .  étu« 
4iéa-aoyf»  pour  former  vôtre  conduite  fur  la 

notre 


(  <5«  ) 

notre  .*  i*y  conftns,  dit  Piron  :  mais  à  troii 
conditions.  La  première,  que  vous  nt  pren- 
drez iamait  parti  contre  moi  la  féconde  ,  qui 
cft  une  jfiiite  de  U  première  >  que  vous  in*a- 
plaudirez  en  tout  ce  que  je  ferai  5c  dirai  ^  fc 
la  troifiéme,  qui  eft  unecoBfeî]uence  de  la 
féconde  ,  que  quelque  chofe  que  je  dil«  oa 
fade  l'aurai  toujours  raifoa.  Vous  badinez 
dit  Prifcus, 

Pendant  ce  difcours  la  mers^nfla^  &  des 
nuages  répandus  de  tous  cotez,  obfcûrci- 
rem  le  jour.  Des  Matelots  courent  aulC- tôt 
à  leurs  manœuvres.  On  abaide  les  voiles  ^ 
on  avenir  les  Romains^  du  péril.  Pludeurs 
coups  de  vent  redoubUx  firent  perdre  au  Pî- 
lot  fa  route >  Se  enlevèrent  le  vaifleau  avec 
une  rapidité  furprenantc  LVpailTtur  des  te» 
nebres  cachoit  au  Pilote  la  pfouè ,  de  l'inéga- 
lité des  vents  ne  îui  perniettoitpasdec#nnot- 
ire  où  la  tempête  le  portoît.  Les  éclairs ,  la 
foudrt^  letonnere  remplirent  Pair  de  bruit 
êc  de  feu:  &  les  values  élevant  le  vaîfleau 
jufqu'jux  nues,  Icslaifljir  retomber  dans  les 
'  plus  profonds  abymes;  puis  le  jettant  décote 
&  d'autre  elles  entîrent  leur  joiiet  Tefpace  de 
trois  jours  &  trois  nuits,  au  bout  defquels 
la  tempête  celTà.  Mais  le  vaifTeau  qui  fài- 
foFt  eau  de  tous  cotez,  8c  qui  avoit  perdu  foii 
mats&fon  gouvernail,  commençoit  às'ea- 
foncer ,  lorfquc  les  Matelots  apar^urent  terre  : 
tout  le  monde  s'y  fauva  à  la  faveur  de 
refquif. 

Nos  Romains  furent  fort  furpris  de  ne  (ça- 
voir  où  ils  ^loienr.  Ils  avancèrent  dans  I« 
Pais ,  l'informèrent  du  nom  de  la  Nation 

de 


<^7   } 
Je  (es  Prînces  Se   (es  coûtumei.     On  leof 

dit  que  le  Pais  s*appelloi(   IchtyophagiB| 
que  chaque  ViDc  avoit  fonAoïj  qu'ancien- 
nemem elles étoient  compofces  d'Honimes5c 
de  Femmes,  mais  qu*alurs  les  Femmes  ctoiéûC 
feparées  des  Hommes^  qu^elIes   dominoienc 
fuï'  leurs  terres ,  comme  les  Hommes  Air  les 
leurs;qu*ily  avoii  plusd'efpeccs  à*  'chtyopha* 
ges  femelles  que  ue  mâles  5  que  les  Ifhtyofhages 
femelles étoiem  toutes  laides,  boueufcs.  boA 
fucs»  déferrées  de  quelque  œil ,  ou  eftropi^cs 
de    quelque   membre  ^    qu'il  était   très  ra- 
re d*cn  trouver  de  belles  &  qui  euflent  de  l'eA 
prit  5  qu'il  s*y  en  trouvoit  cependant,  mais 
que  ctlles-làfoufTroiem  infiniment  dcsaufre.f;^ 
que  leur  tegime  écoic  ordinairement  dépendant 
àts uhtyofhagei  mâles,  quoiqu'il fe  rencop- 
trât  un  Païsoii  les  Femel'cs  commandoient 
aux  Maies  ;  qu*au  refte ,  quoiqu'elles  ne  puf^ 
feat  pas  vivre  en  paix  entre  elles^cependant  au 
dehors^elles  éioicnt  polies,civiles,honctes,gra« 
cieufes,  bienfaifantes  &  fort  commodes  :  Qu'à 
l'égard  des  Ichiyophagesstï3k\ts  5  tous  leurs  Roif 
s'aflembloient  de  trente-(ix  lunes  en  trente  ûx 
]unes,(  £n  ce  Païs-là  on  ne  compte  ni  par  jours» 
niparmois^nipar  années,  mais  par  lunes.) 
qu'étant  aflemblez  ils  élifoient  chacun  pour 
leur  efpeceun  Souverain  Monarque.     Il  y  a 
des  Ichtyophages  blancs  &  noirs  5  il  y  en  a  de 
toutt:oir,  d'autres  blancs,   d'autres  bruns  ; 
il  s'y  en  trouve  de  gi'is,  d'enfumez  ,  6c^edî« 
ferentes  couleurs  :Tousindcpendans  les  uns 
des  autres^  excepté  que  les  gris   vivent  Air 
}e  commun»  htsUhtyophages  font  des  animauic 
t/fcccsd'hoounesraifonnables.  On  y  en  trou* 


(  6«  y 

T6  «neÎDfiMtêJcbruttf  :  Mats  il  t*y  €iiré£ 
cofttrc  aaâî  »  qui  ont  auunt  H'cfpf  it  que  le  plus   i 
rafînc  Carthapnm,     Il  y  en  a  qui  n*ont  que 
du  venire  ,  d*autres  qui  ont  des  qualités  par 
lefqueUes  ils  deviennent  chers  au  beau  (exe  » 
d*au-  res  qui  n*ont  qii*une  bouche  5c  des  oreil- 
les. d*auires  qui  écoutent  tout  ic  ne  àiftùt 
mot ,  d'aunes  qui  n*écoiirem  rien  5c  chantent 
prefque  touiours,d*aurrcs  qui  ne  (brtcnr  ja- 
mais  de  leur  parc,  i'au'res  qui  n*y  fontprcf* 
que  jamais      Ils  s'entreçoivent  fatis  fe  roA- 
nojirei  ils  vivent  cnfemble  (ans  s*aiixier,  5c 
me.  rent  fans  s*cntre^retter    II  y  en  a  beau* 
coup  qui  nefonthabiltez  que  de' peaux  de  Re« 
nard  d*au  rts  de  pe  lux  de  Loup  :  Mais  quand 
cette  peiu  leur  manque  à  quelque  eniroit ,  ils 
y  mettent  auiC 'ô    des  pièces  de  peau  de  Re- 
nard*    4ls  ont  dans  )»:ur  tcre  pour  cervelle» 
des  limes  fîiurdes.   Ilsonr  pour  armrs  défcti' 
fîvesôc    ffcnfivesdcs  plu-ncs  bien  taillées,  &' 
de  bon  papier    avec  dt  l'encre  double.     ll« 
ne  cr  ï  nt  point  qu'il  y  ait  de  Dieu.     -Ils  s'i- 
maginent que  les  âmes  meurent  avec  les  corps. 
Ils  croient   out  permis,  5c  qu'il  n'y  a  que  te 
fcan Uîe  de  défendu,  ils  adorent  leurs  Rois: 
5c  comme  ces  dignitezfont  élcft^ives,  ils  les 
briguent  avec  grand  foin  5c  beaucoup  depo 
litique.    Us  boivent  5c  mangent  en  commun, 
5c  fo  nt  fort  bien  nourris.  Le  p  us  grand  nom- 
bre ne  mange  que  du  poilTon.      Les  aunes 
mAnfijent  ce  qu'on  leur  préfeme.     IS  boivent 
tous  du  vin  j  5c  on  n'a  paj^éncor*^  pu  venir  • 
bout  de  leur  perfuader  de  s'en  abiîenir^ex* 
cepré  quand  ils  font  fous  j  alors  i's  vont  à  un 
parc  particulier ,  où  ils  ne  boivent  que  de  l'eau, 

5c 


ec  meurent  dans  une  ^ouce  foVit^ 

Enfin  nos  Romafm  arrivertncàlcKÀTiA^ 
MOPLm  .  premîtrc  Ville  du  côte  dunv^gc.  A 
pti/ieFaitnt  ils  entrezdansla  Ville  ,  que <îettx 
Ich.yi/phagti  vinrent  !es(aluer  de  )a  part  du 
Roi ,  &  les  prier  jPallei'  à  la  Cou. .  lis  la 
trouvèrent  fort  nooibreufcôt  fort  polie.  Le 
Prince  Us  reçut  partàitemeni  bien.  C'en  it  hq 
Ichtyophagt  d'cfprit  &  de  grande  probité,  ce 
qui  eft  race  dans  le  Pais,  il  avoitdc^inanic- 
les  fbithonêtes  &  toct  douces.  li  re^ui  les 
Etrangers  à  fa  tible  le  leur  fii  tan^de  carcf^ 
{^,  qu'il  Içs  obrligea  a  faire  quelque  (rjour  à 
ià  Cour.  llsypaiTeiem  quelques  lunes  fort 
^grcablemeni  îc  dans  toutes  fortes  de  p!ai(irs  : 
Sur  tout,  ils  cioent  charmez  de  la  politique 
an  Païs ,  f  refq^ie  tous  les  Uhtyophngts  d*  ignam 
tianojfU  naiflàtis  Miniftres  d'ttai  &  conlom* 
9^czdans  les  droits  de  toutes  les  PuifianctlT 


CHAPITRE    XIV. 

Voyage  di  U  Lune,  Mâgafm  de  Pu2 
ceUges»  Hifiotre  dté  Pucelage  de  fC 
fon. 


A  Près  que  les  Romains  curent  prîi  eongé 
du Koy d* IgnattanofU ,  ilsalltrent  à  plu-- 
ficurs  autres  Villes  de  Vlchtyofhape ,  où  ils  fu- 
rent très  bien  reçu».     On  les  d^f raïa  pat  tout, 
&  on  iiMrfaifoît  les  mêmes  honneurs  qu'au  . 
Prince.   Etant  à  Pftraal,  ils  apprirent  que  la 

ïloitc 


^  70  ) 
flotte  devoît  partir  à  la  pleine  Lune.  Ilscrfl^* 
renc  avoir  trouvé  une   occadon   favorabk 
pour  continuer  leur  voyage   Dans  ledefTcin 
d*en  profiter  4  ils  prièrent  qu*on  lesmeoac  à 
la  flotte.    On  les    con^uifit   fur  une  haute 
mont ^ne  entourée  d^Jne  vafte  campagne.  Ils 
virent  (ur  la  montagne  vingt-fept  vaiâeauxde 
ligne  d*un  équipage  tout  particulier*  Au  lieu 
de  rames,  cto*étoitpartoutquedes  ailes  de  . 
des  voiles  de  tomes  les  façons.  Ils  demander 
rem  à  quoi  on  dedinoit  ces  va^fTeaux.   On 
a*attend  ,  leur  dit-on  ,  quclcvent  pour  aller  à 
la  Lune.  Pîfonit  mit  a  lire^  Croyant  que 
c*étoit  une  exuravagance  :  Mais  Pymfoniui  en 
jugea  autrement ,  &  pria  les  Matelots  de  lui 
aprendre  comment  fefaifsit  ce  Voyage.  Tous 
les  ans  »  Mondeur,  lui  dit  un  Matelot  de  haut 
bord^  il  s'elcve  ici  pendant  deux  Lunes  des 
vents  furieux ,  à  la  faveur  dcfqucls  la  Tlotte 
que  vous  voye«  sVlcvevcrsla  Lune.  L'expe- 
rienee ,  TinJudrie  ôt-  l*intcrèt  nous  ont  ^pril 
cette  manCEuvre.   Les  Gens  de  ce  Pays  trafi- 
quent avec  les  H  «bilans dt  la  Lune.  Quoi  \  Il 
y  a  du  monde  dans  la  Lune  )  dit  Pomponlus, 
Oiii  ,  Mondeur  ,   lui  répondit  le    Matelot* 
C'eft  une  tcrr»  comme  celle  ci,  où  il  y  a  des. 
kommes,  àt%  femme«,  djes  villes  ,  des  riviè- 
res, comme  e»ce  pays.  ^A\%à\xPomponiuSp 
ce  n*eft  pas  le  tout  que  d*.»llcr,  comment 
revenir  ,  s'rl  vous^  plaii  ?  Monfieur  ,  reprit 
le  Matelot  aptes  que  letc^eux  Lunesdegrand 
vent  font  pa(Tecs:il  s'élève d*auire$  ventsqai  • 
ne  font  pas  (1  forts  ,   Ôc  qui  chaflênt  de  la 
Lune  \c\.  '  -^ 

.Kos  Romains  firent  partie  de  faire  le  voya|;^« 

11$ 


(  71  ) 

:lll  s*embtrquerent  avec  plus  de  deux  nîlti 

rferfonnes  qui  albient  trafiquer  a  !a  Lune. 
pie  vent  tut  û  fmpe(ueux;qu*après  une  heure 
tde  route,  ilf  perdirent  de  vue  la  Terre.  Puis 
lavan^AQi  toujours  dans  les  airs  >  le  quatriè- 
me  our  ils  découvrirent  deux  Lunes,  donc 
^  Tune  etoit  fous  leurs  pieds  ,  5c  Taurrt  fur 
leur  :ête.  iU  demandèrent  au  Pilote  à  laquelle 
des  Lunes  il  les conduifoit.  Vous  êtes  boni» 
leur  dît- il  :  Ne  voye^-yous  pas  bien  ,  que 
et  qui  vous  parok  être  une  Lune  au-dtâbus 
de  nous»  c*eft  ta  Terre  d*<»ù  nous  venons, 
8c  qu*tlJc  cft  la  Lune  du  Païs  où  nous  allons. 
Âpres  cette  inâru£kion  ils  furent  un  pen  plus 
retenus  dans  leurs  deaian<les.   Le  ^pticme 
)our  ils  ne  virent  pW  la  Lune,  que  comme 
■n  Monde  &  une  Terre    Le  huitième  i  s  y 
aliorderent  ,    Ôc    defeendircnt    au    AieJfaU, 
qui  eft  un  petit  Pa)  s  fort  joli.  A  peine  Pifon 
cât-il  apris  le  nom  du  lieu  où  il  ètoit ,  qu'il 
demanda   des  nouvelles  de  Mejjaline  *  Mais 
perfonne  ne  lui  en  put  dire>  âc  il  n'e«  tprîc 
que  huit  jours  après. 

Nos  Voyageurs  étant  un  peu  repofez  $  5c 
dèfîrant  avancer  dans  le  Pays  ,  allèrent  au 
PoJJidome  ,  où  ik  s*embarquertnt  fur  la  Mer 
dtSércmté ,  5t  firent  voile  au  Mmelas ,  ou  ils 
firent  quelque  fcjôur.  Pomponius  y  \it  une 
belle  Lunoije,  qui  lui  livra  de  fi  rudes ailaurs, 
qu'il  fe  rendit,  fon  Elclayc,  3c  la  pria  de  per* 
mettre  qu'il  portât  fes  chaînes.  La  Demoi* 
felle  charmée  de  (4  conquête  y  conicntii.  Pi- 
y«ï  ayant  fait  luffi  quelque  connoilTince,  ils 
engagèrent  la  compa^nieà  paflei  quelque  icms 
ZVLMemUs,  pour  s'informer  des  paniculari- 
-  tcz 


tes  du  Païf ,  afin  de  ne  pas  errer  de  cote 
cTautre  &  de  pouvoir  prendre  une  route 
£mre  aurcs  pariicular  tez,  on  leur  di    qu*il 
y  avuit  un  Vallon,  où  l'on  trouvoic  tout  ce 
qui  fe  pcrdoit  fur  ia  Terre  j  que  ce  Vallon  etof  c 
fituc  entre  le  Vtcnyltuiôc  ItCtnjllus^  qucd^ 
la  .   en  coto'iant  la  Mer  de  Nt^ar ,  ils  paflc» 
roient  parle  Fracdji^r  ,d*où ils  iroiem au Sftrl» 
IfUii  que  le  «.heminctoit  un  peu  1ong&  dif- 
ficile .  parceque  c'étoii  un  Païs  de  inoniagneSy 
mais  qu*i1s  (crtMeni  dcdonamagez  de  leurs  pei* 
nés  par  a    ue  de  la  plus  rares   Bibliothcqiae 
qu*on  pi.  ff  imaginer  i  puifqu  on  y  voit  tous 
les  Livrer  qui  «'m  été  0c  qui  (erum  faits  for 
la  Terre,  avec  les  noms  Jclfu  s  véritables  Âii« 
teuis.  IU|>rtTenr  unGuide,dc  allèrent au'i>i#- 
nyj$us ,  qui  eft  wne  pede  Ville  marchande.que 
lave  la  Merde  Ne^/^r.     Ils  n*y  firent  pas  lui 
lon^  rejour ,  à  caufe  de  Tardeur  qu*avo  t  Fi» 
fin  dtvt^ir  le  fameux  Vallon.      Ils  y  allèrent 
atec  leur  Guide  qui  s*appeiloit  AUnds,  &  qui 
leur  fcrvoitd'incetpr  te. 

[La  première  chofe  qui  frapat  les  yeux  de 

Pompon'iHs,  fut  un  grand  Se  vafle  hiagafin  di 

Pucelages  très-bien  ^a;ai   fie   (î  plein  ^  qu*à 

peine  pouvoit-on  marcher  dedans.    Nos  Ko* 

mawi  nt  f^avoient  ce  que  cVtoir.  llsvoïoicnC 

certaines  chofef,  faites  d'une  certaine  façon, 

qu'il  eft  plas   facile  d*imaginer  que  d'ccri- 

T*.     Al  y  en  avoitde  «ubans,  de  dragées ,  de 

confitMrcf,  d*or,  d'argent,  de  pain,  de  bled, 

de  toile,  de  pois,  dcfcves,  ci'efperance,  de 

bleus ,  de  verJ.s  de  rouges .  de  gris ,  de  blancs, 

de  noirs  ,  d'amarillis,  de  fatin,  de  dantelle, 

de  collation,  de  vin,  de  fruits,  de  pocile,  de 

jnufi^uci 


.    (  73  ( 
imufique  ,  de  peinture ,  de  belles  parolcf ,  <!• 

bonne  mine»  &c.  il  yenavoitqui  ponoient 
cinq  ,  (îx  ou  frpt  crans ,  de  quelque  fois  davan- 
tage, LU  avoient  tous  une  étiquette,  où  étoit 
le  nom  des  perfonnes  à  qui  ils  apartcnoicnt. 
l.e  hazard  voulut  que  Pomponias  combat  fur 
le  fîen  ,  qui  étoit  double  Ôc  de  peinture.    Il 
trouva'  fur  leBillet  :Pompokius  £t  Octa- 
viB.    Cela  le  dt  rougir.  Pijon  qui  s'eaa^er- 
ÇMi,  !c  prefla  d'en  dire  lacaule.    L'interpic- 
te  pour  lui  en  épargner  la  peine ,  dit ,  qu'appa- 
re minent  Mondeur  avoii  retrouvé  ton  Puce- 
lage.   Pifon  fe  mit  à  rire ,  ôc  demanda  fi  c'c- 
loii-la  des  Pucelages.    Menas  lui  dit  quViit. 
Cotb^eu,  continua  Pijcn  ,.  je  ne  Taurois  |a» 
mais  deviné:  Mais,  puirquecelaeftainfi ,  il 
faut  que  ie  cherche  le  mien  :  je  m*aper^ois 
que  Vomfonius  a  m' s  le  fien  dans  fa  ^oche$ 
î*en  pourrai  bien  faire  autant  :  il  cil  permis  à 
tout  le  monde  de  ^fendre  fon  bien  où  on  lo 
trouve.  A  force  de  chercher  il  trouva  celui  de 
Prifcus.  Bonne  découverte! s'écria- t-il.  Com- 
bien m'en  donnerez-vous,  Prijcus  .'  Celui-ci 
qui  croïoit  que  c'éioit  une  plaifanteriede  Pi* 
Jon  ,  lui  dit  qu'il  ^r  lui  donhoit.    Pifon  le  mit 
dans  fa  poche  ;  <k  nous  verrons  tantôt  rufage 
qu'il  en  fîr.     CeUr  trouva  celui  d*/!^r4/;«y, 
qui  étoit  plein  de  r&ùille.   Cétoit  un  vieux 
Pucelage  de   fer  »  qui  paroifioit  avoir  eU  là 
lame  fine  &  de  bonne  iren*.pe.  Il  l'attacha  au 
cafque  d*E^natius  »  fans  qu'il  s*en  aperçût. 
Prijcus  trouva  celui  de  Mejjalîne,  Ôc  dcman* 
da  à  Pifoh  combien  il  lui  en  donneroit.  Gardez* 
le  ,  lui  dit  Pifon  :   je   vous  l'achèterai  pll»^ 
cher  q|ie  vous  ne  penfe z  s  ic  vous  le  paiera 

J>  bien- 


(  74  )  ^  . 

bien.  Mais  ce  qui  me  tavhe ,  je  ne  i^auroii 
trouver  le  iniea  :  je  f^^i  cependant  qu'a  iret« 
zt  ans  \c  Pavois  place  à  fond  perdu.  ]^*eft« 
il  pas,  dit  PompQmui  ,  avec  celui  de  votr« 
foeur  \  Non,  dit  Pijon  :  je  n'ai  pas  ctc  jf«/>J- 
Ur  jufqu'a  ce  po»nt.  N'eft^il  pas ,  dit  Prt/cus, 
jivec  celui  de  Grecina  f  11  y  avoir  long-tcxns» 
rapanit  Pi/ê»»»  que  nous  ne  Tavions  plus^  ni 
Vun  ni  l'autre.  Egnaiius  s*écria  qu'il  avoît 
trouvé  celui  de  Celer  lur  une  botte  de  foin* 
Tout  le  monde  jetta  lesyeu&fur  lui ,  3c  fe  mit 
àrire,non  pastamdecequ'iïg»4/itfidifbir^qa« 
devoir  (ba  Pucelage  faire  le  pennache  furCon 
cafque.  Pomfomus  lui  demanda  celui  de  OeUr  , 
pour  voir  s*il  ctoii  feul  5  6c  i*ayant  trouve  de 
bon  alloi ,   il  le  rendit  à  -qui  il  aparcenoit. 

Il  n'-y  avoit  plus  que  Pifon  qui  ne  pouyoîf 
retrouve!  Ton  Puctlage.  Monfîcur ,  lui  dit  Me" 
nas ,  fi  vous  voulez  me  dire  votre  nom  >  \^ 
vous  aiderai  à  le  chercher.  En  vérité,  dit-i'i 
je  m'a  pelle  Pifon,  Moniteur ,  continua  Menas, 
il  y  a  ici  bien  des  Pucelages  de  ce  nom.    Lu 
mien  ,  dit  Plfin ,  eft  un  jeune  Pucelage ,  qui 
ne  peut  pas  avoir  plus  de  cinq  ans,  de  treize 
à  dix. huit ,  je  ne  me  trompe  pas   Voyez  un 
peu,  je  vous  prie,  11  vous  ne  lereconnojtrcz 
point  à  la  dent-    Il  doit  encore  maïqiicr.  Il 
faut  que  vous  fçachiez,  Monfitur,dit  Af#»4/, 
qu'il  n'y  a  point  icy  de  vieux  Pucelages,  ils  y 
viennent  tous  jcanes ,  ou  bien  ils  n'y  viennent 
pas  di|  tout;  Mais  par  hazardne  voiisapelle- 
riez  vous  pas  Sulfitius  Pifo  .*  Vous  l'avez  dir, 
repart  t  Pifon,  Si  vous  fçavez  de  mes  nou- 
velles, ne  me  faites  pas  languir  pour  me  Ic^ 
aprtnd;c.  Monfieur , ,  lui  dit  Mtnas  ^  je  fç-û 


ttt 


(75^ 
©îi  cft  votre  Pucelage.   On  l'a  (ait  voîr  aux 
Etats  de  notre  Pays,  comme  une  pièce  rare. 
EfFe£tivemenf  vous  l'ave/  mis  cent  foisal*c« 
preuve  »  c*e't  2*dire ,  que  toutes  les  perfbnnes 
qui  vous  ont  accorde  quelque  ^avêur>  feront 
imaginé  Pavair^  Se  vous  n*avez  pas  été  fâ- 
ché qu'elles  l*ayent  crû.     Il  cft  ,   Monfieur, 
de  plus  décent  crans  de  toutes  les  couleurs  5c 
de  toutes  les  efpeces  iniaginablc5«    Ccll  tn 
vericé  quelque    chofe  de  Fort  cuiieux.    Les 
Adminiftratêursrom  fait  mettre  dans  une  bo<^« 
tede  coton  pour  le  confcrver  ,  &  ils  l'unt  de- 
pofé  dans  le  cabinet  fecret  ,oii  Ton  garde  les 
Pucelages  dts  Rois ,  Reines  »  Princes  &  Prin- 
€e0€s,  Atteniez  moi  ici  un  moment^  je  vais 
chercher  celui  qui  en  a  la^ardc  ;  il  fera  ravi  de 
vous  voir.    Plfon  ne  f^avoit  que   pcnfer  de 
cette  harangue  :  Mais  agi^'ant  en  homme d*c(^ 
prit^  il  commença  à  en  t  ire  le  premier  j  5c  pour 
iie  pas  perdce  de  tems ,  ils  ft  mirent  a  vifîter 
tous  les  autres  Pucelages.    Ils  en  trouvèrent 
d'une  infinité  de  gens  de  leur  connoiflance.  M  c- 
mt  Pifon  y  trouva  celui  de  fa  Soeur,  qui  étoit 
noué  avec  un  beau  rilban  bleuaceluidu  jeu- 
ne V$tturms,  Il  ftjt  d'avis  de  le  prendre  :  maii 
auffi-iot  changeant  de  Icntiment ,  ma  foi ,  dit- 
il,  qu'elle  le  cherche,  (i  elle  en  a  affaire.   En- 
fin le  Cudode  des  Pucelages  Royaux  arriva , 
5c  après  les  premières  civilîtez,  il  introduifit 
les  Rom.û/is  dans  îe  Cabinet  (ecre».    Il  étoit 
fort  propre  5c  bien  garni.   Pifon  lui  deman«» 
^a  Ton  Pucelage.  Pendant  que  le  Cuftodc  ou- 
Vroit  U  bi-  c  e  5t  devclopoif  le  Pucelage ,  E^na» 
fîusàh à U  compagnie. (i  Pctnfontus avoit  vo'ia- 
gc,  je  croiiois  avoir  trouvé  quelque  chofe  qui 

r>   i  Tin- 


(  70 
Vîntereflc  -,  voîcî  un  Pucelage  întîfulc  :  Amtsb 

PaïKCissBDlTyR  &  Pompon  i  us. 
Celui-ci  fut  curieux  de  voir  la  pièce,    Topt 
le  monSe  Tad^fiira ,  parce  qu'elle  avoit  bonne 
mine  &cioitci*une  beauté  cxquifc.  Pomponms 
qui  fcavoit  de  quoi  il  s'agiffoîr ,  pria 4e  Cuftodt 
de  luien  faire  prefent  :  Ce  qu'il  ht  >  moïennant 
un  rccjpîflc  en  bonne  forme  pour  fa  décharge. 
Enfin  parûile  Pucelage  de  Pijon,  qlii  alla  de 
lui*mcaie  (e  mettre  fur  les  plumes  de  cafqu© 
de  (on'makrc,  où  il  fit  une  infinité  de  jolis 
tours  de  paffc-pffe.en  éparpillant  une  centaine 
d'étiquettes  ,  dont  il  étoit  environné.   Celef 
en  fil  la  lefturc.  Il  y  eût  quelques  noms  qui 
firent  rÔugirtantot  Jf^xn  de  tantôt  l'autre ,  feloa 
l'inicrct  que  chacun  y  prcnoir.    Après  s'ctrc 
divertis  quelque  tems  autour  de  cette  rare  piè- 
ce ,  Pif  on  en  fie  prefent  au  Cuftode ,  à  condi- 
tion qu'il  mctiroit  dans  Çts  Archives ,  qn'il 
étoit  venu  à  la  Lune ,  qu'il  avoit  vu  fon  Pu- 
•  celage,  &  qu'il  l'y  avoit  lai  (Te.   Auffibicn, 
ajoûia-t-il,  je  ne  le  portcrois  pas  loin:  J'ai  a 
Mtmlas  trertaine  inclin«tion  qui  vaut  bien  ut 
Pucelage. 


CHAPITRE     XY. 

Magàfm  d'Effnt.  Setref  de  la  Poudre  àt 
Projenion,  Mxurs  des  Hahttans  de  ïta^ 
caftor. 


L 


A  Compagnie  remercia  le  Cuftode,  efl 
(ortant*  du  Ma^afin  aux  Pucelage  ,    U 

-  ^,  Menas 


C  77*^ 

Idenas  la  fît  paffer  j,ar  un  enJroît  du'Valfon 

tout  plein  de  bouteilles  âc  Jde  Phiolct.   Vom. 

■  tonms  et vtciutc^ctoit  PApoticairerieduPaïs. 

11  cndit  fa  pcnfce  au  Gui^c,  qui  lui  Jïf  que 

CCS  Bouteilles  contenoieni  l'cfpnt  dt^ctuxdc 

i^l^r?  ^«»   i'^voient  perdu, ou  quiravoient 

Jailic  évaporer.  P//a«  rencontra  entre  autres 

bouteilles  un Hannap de  criftal  Fermé  hermetî- 

quement  avec  une  infcrîpiion  :  Sui^jcB 

^  I  s  o  N.    K'ed.ce  pas  là  mon  cfprit,  diV-il  à 

f^eTfasr  Oui  ,    Mon£eur  ,  lui    repondit  le 

Guide.   La  Bouteille  eft  fi   pleine  ,  qu^i!  n> 

en  peut  plus  entrer.  Il  vous  ertcepcndam  libre 

de  le  prendre.  Je  ne  vous  le  confeille  pas, 

dit  Celer,    Je  jure  Mercnn  que  vous  ne  le 

garderiez     pas    plus  long-tems   que   vôtre 

Pucelage.  Je  crois  qu'il  vaut  mieux  le  perdre 

^T  r^*\^"«^«"^-   n  eft  bien  ici.  La  boureilfe 

«ft  b!en  rerrace.Laiflrçzle,(î  vousm*en  croies 

■Du  moins,  quand  on  vousdcmandera ,  où  cft 

votre  efprit,  vous  pourrez  dire,  qu'il  eft  dans 

la  Lune  au  quatrième  ran^'dels  Flacons  de 

^«•îltal ,  numéro  fept  p'us  cinq  ;  tu  lieu  que 

JJ  vous  le  prenez ,  vous  ne  fçaurez  plus  au 

bout  d'une  heure  ce  qu'il  feradevenu-  Voilà, 

Mon  ,   de^quoî   voiis   vanger',  dit  Prîfcus, 

Voiez-Tous  auprès  de  cette  cruche  une  bou. 

««'Ile  quarrèe  ?  Que-  diVelle  >  reprit  ?îfon, 

ÎABTus  Cfler.   Voilà  une  Julie  petite  bou- 

««'11e,  qui  eontient  une  certaine  liqueur  claire 

comme  de  l'eau  d'i  roche.  Elle  fent  la  diaWc-  • 

'»•  de  Naples  \  pleine  bouche.   El'en'cft  pas 

tout  a  fait  pleine  j  mais  il  s'en  faut  peu.  V^us 

nie  paroîfTez  altéré  j  buvez  un  coup  de  votre 

Ciprit,  &  vous  nous  direz  s'il  ne /cm  pas.  urt 


(78) 
peu '€  brûlé.   Bidîn  ,  dit  Cthr  »  donncz*mc^ 

cela.    Il  prit  la  bouteille,  but  la  liqueur  ,  ôc 
s*en  prouva  fort  bien.    Pi  fin  caHâ  Cn  Han<^ 
nap,  &  but  ce  qui  ctoit  dedans  à  la  {antc  de 
la  Compagnie.  Pcmponms  trouva  un  petit  fil* 
conqui  porroit  fen  nom  :  Il  le  mit  à  (à  poche^ 
&  refolut  de  n>n  boire  la  liqaeur  que  quand 
ia  fortune  l*auroit  reoonduit  à  Kome.    Il  fc 
trouva  prefque  une  coque   pleine  de  Pefprît 
à^Egnaù'n  :  Il  avoir  un  petit  goutd*arineseci 
haut  qui  n'ctoftpasdcfagrrable  ,  à  la  barre  il 
étoit  un  peu  plat  f  mais  trois doigrs  aude(fbt7i 
il  croit  fort  (St  vigoureux  comme  du  \^  de 
fdltrne.  Prifcus  trouva  lui*mème  (à  bouteillif 
&  la  but ,   fans  attendre  qu'on  fe  aiequât  de 
lui.  Mais  ayant  trouvé  lâ  bouteille  de  C4/(7;yf 
il- n*en  piH  Jamais  boire  un  goutte  ,   tant  fa 
liqueur  cioit  acre  &  mordante  j  de  plus  elle 
avoit  un  goiit  de  defcfperc,  qui.étoit  de  fort 
mauvaifc-  odevr.   Il  chercha pac  tout  la  bou- 
teille de  Platcn  fans  la  pouvoir  trouver.  Menas, 
à  qui  il  s*en  éio'n  expliqué,  luiditquc  cePhi- 
lofophe  l*avoit  repriie.    Il  e{ld«ocau(n  venu 
à  la  Lune /dit  Prîjcus,  Oiii  ,  MonGeur  ,  la/ 
répartit  le  Guide.   Il  s'y  eft  même  Ci  bien  trou- 
vé, qu'il  s*y  tft  établi ,  6c  a  forme  une  Réj>fh 
blique  ,  que  les  Curieux  qui  viennent  en  ce 
Pays ,  ne  manquent  pas  d'aller  voir^  Où  eft- 
elle>  àhPrtfcks.  Elle  cft,  Monfieur, repartit 
Menss ,  entre  VArifioteÔi  YHelicon  (ur  le  bord 
delà  Mtr  pluvtetéfi.  Comme  vous  retourne- 
rez fans  doute  vous  rembarquer  au  Mejfalip 
vous  poui-rez  prendre  quelques  jours  d^av^nce. 
Du  MtJfjU  vous  irez  à  VHermh,de  VHermh 
kVAnfiou,  tnCommdtVjn(i0fi\ou$  trmi- 

vetc* 


/(  79  ) 
Veres  df  ux  chemins ,  donc  ctlut  qui  va  \  gao^ 
che  conduit  à  VEudoxt,  vous  lelaifferfS,  de 
vous  prenderez  cehiiquîva  à  droke.  llvooi 
conduira  au  Platon. 

Continuant  leur  chemin  dans  l'agrcableVaU 
Ion  9  ils  trouvèrent  un  vieux  Manufcric  qui 
avoit  apartenu  kNuma  Pûmfilms^  quiconie« 
fioit  la  manière  d*cxciter  les  tempêtes, de  fai- 
re tonner  5c  dtfctndre  la  foudre  fur  la  terre, 
lis  trouvèrent  un  autre  gros  Manufcrit  en  vc» 
Irn  bleu  à  lettres  d'or,  intitulé  iChuisolts 
Clavicula  SaLomomi  s  scontenaat 
trente-trois  mille  manières  différentes  de  faire 
de  Tor.      Fomfênms  en  lui  quelques  pages. 
Comme  il  vit  que  le  Livre  croit  enchaîné  à  un 
gros  marbre  ,  &  que  leur  Guide  eût  déclaré 
.  qu'il  n*étoit  pas  permis  de  Tenlever  >  il  fe  con- 
tenta de  copier  fur  fes  tablettes  la  manière  fa 
plas  facile  de  faire  la  Poudré  de  Projt^hon,  El- 
le étoit  conduis  en  ctt  termes  ;  Sur  a  qui 
mangea  Saturne  ,  croyant  dévorer  Jupiter. 
Id  bille  cf  charmante  Aurore  k  la  blonda 
chtvtUte   voit  des   ferles    d'une  excellente 
beauté ,  qu*elle  raréfie ,  éfaijjtt , enlevé , purge , 
détruit,  La  Mère  du  Monde  nait  dans   4$ 
leu'ja  tête  eft  verte  $  fes  cheveux  font  droits  , 
menus ,  ty  portent  des  fleurs  rouges  nue  les 
bons  ytux    dtfcerneront    bien.      Ces  fleurs 
fréfaries  par  Vulcain  ,   renfermées  dans  U 
ventre    d^un  cheval,  reffu/cite?it    aux  yeux 
de  Phœbus  naijfknt  cr  s*éleveni  vers  lui  pour 
lui  rendre   hommage,    il  les  tient    quelque 
ttms  dans  un  humide  fraîcheur  que  le  voU 
tigeaut 'V\:Ac^^ti    doit   dîljtper,     Remettesi4es 
dans  le  ventre  d*une  brebis  :  expoJeK,4es  mu 

D  4  hrA* 


hruUnt  Phcebus  ,  juj^u^k  te  qu*tl  Us  ait 
entièrement  de(fechéês.  La  Poudre  tni/k 
fur  Saturne  fait  lever  U  Lune,  Si  en  e» 
foudre  Venus  ,  Muffi-tot  U  Soleil  parait, 
tet ,  Aftre  fi  eh  armant  V  tant  defiré. 
Mais  fi  la  Nature  avait  formé  Jur  la^ 
tête  é^un  animal  ratfonnahU  le  Pourpre, 
dont  j*ai  parlé  ,  de  tout  çeU  tu  tirereîs  le 
Soleil. 

A  peine  Pifon  eut  il  emendu  la  l«^ur« 
de  cm  «ndroit  ,  qu*il  fe  mit  à  plaifaoter, 
difant  qu*il  avotc  la  Clrf  de  cet  Enigme  ^ 
&  que  s*il  nt  tenoit  qu'à  1a  Pourpre  qui 
croît  fur  la  tête,  ils  ferôient  riches  avant 
qu'il  fût  peu,  parce  qu*il  a  voit  trois  Efclaves, 
dont  les  ch.eveux  ctoiem  plus  rouges  que. 
du  faog  Sz  faillie  fit  rire  s  &  on  continua 
le  chemin.  E^^pi^/iMi  vit  une  grande  FaRcarte 
attachée  à  nn  Poteau  ,  dont  il  fe  contenta 
de  lire  le  titre  quiporcoit  :  Loi  Salk^^E. 
Celer  deiiianda  au  Guide  ce  que  c*ctoii  que 
certains  Oy féaux  qui  fe  chaufFoieni  au  Soleil 
Menas  lui  dit  que  c*étoient  des  Phœmx,  Ils 
firent  une  infinité  d'autres  queftions  fur  ce 
qu'ils  rencontrèrent,  de  leur  garde  les  facisfic 
amplement, 

Enfin  ils  arrivèrent  au  Iracaflor  ,  qui  «ft 
une  grande  Ville,  fituéeau  pied.d*une  hau- 
te montagne,  que  la  Merde  Neâiar  arrofe. 
Lcf  Habitaiis  de  Fracaftcr  font  grands,  H 
portent  de  longs  cheveux.  Us  ont  les  yeux 
bleus  6c  bien  fendus  ,  le  teint  blanc ,  le 
parler  fort , gracieux.  Les  Garçons  y  dif- 
putem  de  la  beauté  avec  des  Filles  ,  qui 
îom  les  mieux  faites  dtUX^ioe.  Elles  font 


t    \ 


un  peu  lu jettes  aux  pâles  couVuf«.  Maïs 
Is  compagnte  des  Hortmes  tes  guérit  cie  ccc 
accident.  Les  Lunoïfis  p  en  gênerai  ,  ou 
l*erprit  fort  b'cn  fait.  Leurs  Contrats  de 
Xiariage  font  fort  (împ'es  &  fort  commo- 
des ;  Elles  donnent  leur  foi  aux  Hommes  5c 
reçoivent  la  leur  ,  à  condition  qu'ils  joui- 
ront  enfemble  des  plaifirs  du  Mariage  au- 
tant de  ttms  qu'ils  5'aîmeront  que  (i  "un 
vient  à  fe  dcgoûrer  de  l*-iutrf  ,  il  lui  Yen 
pernaîs  de  chercher  fortune  ailleurs  .  fans 
que  l'autre ^y  puiffe  trouver  à  redire  ,  fauf 
à  fe  réunir  enfemble  ,  fi  la  fantaifie  leur  en 
vient.  Quelquefois  ils  ne  fe  marient  que 
pour  huit  jours  ,  un  mois  ,  plus  ou  moins. 
Pour  ce  qui  eft  des  Enfans  nez  dans  ces 
Wariages,  ''Etat  y  a  pourvu.  On  les  cîe- 
Te  en  commun  ;  les  Gatçon%  fcpacment 
^ans  de  fort  belles  Acadeuties ,  où  on  leur 
«prend  tout  ce  qui  peut  former  rerj5yit  3c 
Je  corps  ;  les  filles  (ont  fous  la  coniui'e 
»de  Dames  fages  5c  de  vertu  ,  qui  pr^îoent 
foin  de  leur  cducaiion.  .Elles  ont  ceU  de 
commode,  que  fi  elles  accordent  quelques 
faveurs  à  ceux  qui  font  afl'ez  heureux  que 
de  mériter  leurs  bonnes  grâces  ,  c'ics  en 
tont  quittes  pour  renvoyer  chercher  leurs- 
P«cel?,ges  au  Magafin.  E  les  font  d'une 
difcretion  ^tonname.  On  ne  peut  jamais 
rien  pénétrer  dans  Icuts.  intrigues  En- 
fin elles  font  d'ivn  fecret  imjUbeirabh  }  Se 
ont  une  iofinifé  de  belle?  qualiiez  On 
a  compofé  a  leur  loiiangc  urHymreq.  'elles 
chantent  adez  volontiers,  ôi  doiA  le  rtfiein 
eft. 

D  5  *   I^ 


(  »»  ) 

Ld  ftmmt  ijtVîmage  des  Dkuxi 
On  l*aimê ,  om  i*ad0re  en  tous  lieux ^ 


^mm 


C  H  A  PITRE    XV  r. 

Bibliothèque  du  SneHinsL  Séetnts  A  U 
Soéeté.  Doâlmne  de  Pifon  fur  U  Vérités 
Ce   que  c*eft  que  le  PuceUge. 

LEs    ^omMtns  alfertnt   du    Tracdfior   an 
Snellius  >  qui  eft  une  Ville  fort  bien  po- 
licée.     Lft  Habittos   y  parlent    naturtlle« 
ment  toutes,  fortes  de   langues.     CVft  ait 
Fa^xbo^rg    de  cette    Ville  qu*e(l   (îtuée  It 
fameuse  Bibliothèque ,  qui  contient  tous  les 
Livres  qui  ot«  ctc  faics  6c  qui  fe   feront  en. 
corefur  la  ferre.  Les  Romains  allèrent  falutt 
le    Bibliothécaire   nommé  Sdmar,  homme 
d'ef^ritSc  nniverfel,&  quiconnoit  parfaite* 
ment  les  Livres  qui  (ont  confiez  à  fa  garde. 
11  reçût  fort  bien  les  Romains,  &   leur  fit 
voir  la  Bibliothèque  ^  qui  a  <^arame    mille 
de  long  fur  cinq*  mille  de    large.  ,  Les  Ta- 
blettes en  font  magnifiques ,  ^  toutes  rsm* 
plies.     Les'  Livres  y    font  diftribuez  félon 
le  tems  quift    doivent    paroitrc.     Le  pre- 
mier qui  frapa  Egnatias  ,  fut  un  gros  in  fp* 
lio  qui  doit  être  imprimé  en  l*an  du  Mon- 
de   9999»  intitulé;     ViB$     DBS     SainTS 
Dl      LA       SOCl£Tfi*     pi       JbsUS      Lsu- 

'  tfur 


tcttr  ob(crvc  dans  la  Préface  ',   quVncort 

].<que  tous  ceux  qvi.  compofent  cette   Cotn- 

gnie  foïcnt  -Maints «    il  a  cependant  jugé  à 

f»ropos  d*écrire  la  vîe  de  ceux  qui  fe  font 
c  plus  dîftinguez  dans  la  Société.  Il  re- 
marque de  plus ,  qu*on  doit  prendre  le  cooa- 
xnencement  de  l*établi(Iènient  de  la  Socié- 
té en  Tan  du  monde  4000.  quand  ^i/ui 
ion  fondatevr  dit  au  premier  Profès  de  cet* 
te  Compagnie  :  Tu  ftras  aujourd'hui  en  Para* 
dis  Mvec  moi.  Celui  à  qui  Je/us  dit  ces  pa« 
roîes,  fût  pendant  la  rie  un  module  de  cha- 
rité Jefmtique.  Il  n*avoit  jannais  rien  tant 
aimé  que  le  bien  de  fon  prochain.  Com- 
me il  feroit  trop  long  de  £iire  Tanalyfe  de 
ce  pieux  Ouvrage  ,  )e  me  contenterai  dt 
citer  que^ues  Saints  ,  dont  les  noms  (bat 
écrits  en  rouge. 

On  Y  voit  entre  autres  Ifait  Evêque  de 
Jihodts  ic  jilixandre  Evêque  de  Difpolis  en 
Thraci»  Dans  la  Perfecucion  que  Thodors 
£pou(ê  de  JuftinitnfufchsLzux  Phitofophes, 
(il  edbonde  remarquer  avec  T Auteur,  que 
It  Compagnie  de  ^efuszdeê  Sujets  dans  tous 
les  Etats)  ces  deux  Prélats  qui  étoient  initiez 
aux  Myfteres  facre;s  de  TAmour  Philofophi- 
^ue,  répandirent  généreu/ement  leur  fâng 
pour  ThonnAir  de  la  Phïlofophie.  Enfuite 
on  voit  les  noms  de  Theodpfe  V^^tà^jintonme 
femme  de  Bellifaire ,  ôc  de  Bafien  Page  de 
Thtodora  ,  tous  deux  Martyrs  de  la  Société. 
'^mà^de  leur  eft  >«int  comme  Confe fleur. 
Onh'c  ^fuite  les  noms  d^une  infîhtîé  de 
Pontifes  Bomains  »  le  dernier  de  ces  Pcmtî- 
fts  cctit  en  lettres  rouges  eft  Jta»  XXIII. 

D  6  dont 


(16) 

fépondît  Sâmâr ,  je  fçaî  ce  qtie  vous  vonlea 
»  dîrt.     N*cft-ce  pai  un  TrAtti  d$  la  Confij*^^ 
fion  Auricmlairt  iontrt  U  Minifirt  I>MtlUf 
Oui  dit  Ptfrn  »  U  t^  imprima  comme  cc«  ' 
la  \  mifs  le  Titre  ëcrit  à  la  main  contient  : 
TrMduâiïon  Irawfoife  di  Pajfégts  Latins ,  qui 
•n$  quelque  raport  à  U  Cênfejftên,     Qu^efi-ce 
que  c*e(l»  Monfieur,  que  ctixt  Confef^n  f 
SI  vous  le  fçaviez ,  dit  Samar ,  9c  que  tous 
Toulufliez  roublier,  vous  n'auriez  qu*i  ff« 
rt  le  livre  dont  vous  avez  lu  le  Titre.     Je 
pots  vous  aflûrer  que  la  Conftjpon  Auricu^ 
hùn  n*eùt  iamais  de  plus  pitoïable    dcfea- 
feur  que  ce   Tradu^eur.       S*il   n*eft   pas 
plus  éclairé  fiir  les  autres  Articles  de  fa  Ère" 
Jigion  que  fur  celui-là ,  il  pourra  faire  0H« 
Yenemem  profeflion  d'ignorance ,  fans  apré« 
hender  de  fe  trop   humilier.     Au  rcfte^  îl 
eft'  mutile  queje  vousdife  ce  que  c'eft,  parce 
^^  que  cela  me  conduiroit  d»is  un  détail,  qtti 
Imie  pdurroit  que  vous  «nnuyer. 

Moniteur  dit  Pri/cus ,  voi^à  bien  des 
livres.  Vn  Homme  qui  fçauroit  tout  ce 
qui  eft  là-dédans ,  n'ignoreroit  rien.  Quedi- 
tes-vous,  Moniîeur  >  reprit  Samar,  J'ai 
lu  une  infinité  de  ces  Livres;  i*en  fais  lire 
Un  grand  nombre  par  des  gens  qui  m*en 
font  î'analyfe  j  8c  cependant  je  vous  jure 
que  )*i;{nore  encore  bien  dt$  chofes  >  mê- 
me «(lemiellfs  à  l'honnête  homme.  Par 
exemple  je  ne  fçaî  pas  en  quoi  confîfte  la 
Veritt*  ;  3c  «tous  autres  Gens  de  l'autre 
Monde  ,  (ï  vous  le  fçavez  ,Ôc  que  vous  vou- 
liez m'en  inftruire ,  vous  m'obligerez  fenfi- 
hlement. 


(«7) 

,       Byarfft  Celer ^  plufiturs  forte«  ê^tf entent 

'.fcoiquc  la   Vertti  foii  unt ,  cll«  a  pluficurs 
^       ncbes.      Il  y  a  des  VtrtteK  iterneUis,     Jt 
expliquerai,   dit  Egnatius,     Il  y  a  des 
ntex^  Phyfiques  ,   continua  Celer,     Bon  , 
fft  pour  moi ,  dit   Pifon  5    c'eft  juftenicnt 
i  de  mon  gibier  :  mais  n'y    luruit-il    pa# 
es  Veriftz,  pdffageres  pour  Pompenius  >  Vouf 
e  taillez  bien  dt  l'ouvrage  ,  dit  Sêtnan 
mment  pourrai- je    retenir  tant  de  chofes 
4  la  fois  >    que  cela  ne  vous  cmbarraffe  pas» 
pMonficur  ^  dit  Egnatms  :    Pifon  âura  foia  ^ 
d*cgaycr  la  converfation. 

Les  VeritesL  éiermlles  font  celles  qui  exif- 
tem  indepcndcmmcnt  de  nous,  ôç  qui  mê- 
me font  malgré  les  Dieux ,  de  malgré  nouf. 
Les  Dieux  peuvent- ils  faire  un  bacon  Çznê 
deux  bouts  ,  une  triangle  fans  trois  angles  \ 
Pi/en  ircme  avec  tout  fon    fçavoir  faire  , 
peut  il  empêcher  que  le  tout    ne    foit  plut 
grand  que  fa  partiel   Voilà, dit  PiJom,d% 
ylaîfantes  Vtrttez.  étemelles  ,  que  vous  nous 
détaillez.     Que  vous  ai-jc  fait  ,  pour  me 
mettre  en  ieuî  Morbleu,  ne  me  prenez  pas 
pour    garand    d'une     fauffetc-      ytnx9i%et  » 
quand    l'cntens  faire  des  fuppofitions  fcm- 
blablts   aux  vôtres.      Il  n'arrive  que  trop 
A>uvent  que     la  partie   eu  plus  grande  que 
le  tour.     Quand  }e  penfe  à  Jupiter,  que  je 
m'en  forme  une  idée  comme  d'une  être  in- 
fini, cette  penfce  n*cft  qu'un    mode  ,   une 
modification,      ou   (î     vous    voulez*  une 
nouvelle  entité    de  mon  ame.     Ce   mode, 
cette   modification  ,  cette  entité  n'eft    pas 
mgo  ame.     Si  c'ctoit  mon  ame  »  faurols 

bica 


bf«fi    pfuf    plutôt  fait  de    le  coRccv#tr  ti 
égard  à  mon  ame»   qu'à  fes  difcreni    acci*' 
dcn^s.     Comme  i\  arrive   fouvcnt  ,  qu'en- 
penfant  à  cela,  ie  petife  aufll  àautrechofè»^ 
on  De  peut  pas  dire  ,  que  Tidre   que  j'ai  de' 
l'inre    infini    eft  mon  ame  en  tant  qu'elle 
penfe  à  l'Etre  infini;  puifqu'en  penfani  ea 
mcmetems  à  Efnatius,  quoiqu'il  loit  renfer- 
mé dans  l'idée  de  l'Etre  infini*  qui  contient 
tous  les  autres  Etres,  ce  font  cependant  deux 
differens  rapofts  ,   que  mon  ame  ne  peut 
avoir    qu'aui^nt    qu'eUc   cft     modfîée    ài^ 
verfement.     Je  pen(e  à  l'Infini  .  qui  tft l'E- 
tre îouvetaîn  ,  voila  un  des  modes  demoit 
amr  }    je  penfe  en  mcme  tems  à  Egnatius , 
qui  fft  fini  ,  voi  à  r>n  autre   mode.     Mais, 
ces  deux  mod*»»-  ne    conftituent    pas   toute 
«non  ame  ,  pHifqu'elle  peut  en  aVoir  en  mc- 
me tenos  une  infinité    d*aurres.      Or  cette 
pcrO^c    par  laquel'e    ie    réfléchis  fur  l'Etre 
în^nî,  n>{V,   pour  ainfi  dire  ,    qu'une  par- 
ti*^ (  paiîîy  moi  ce  mot  )  Je  mon  ame  ^  mais 
Uîf  partie,    qui    f'étend    à   Vit^fini  ,    puif- 
q  /e]le  Te   porte  <V  fe  mcfure  à  l'Etre  infini» 
Sx  "'*me  ^ft  ce  qu'ele  penfe  ♦  la  prnfée  doit 
c  re  ce  qu'elle   reprcfente.     Ergo  par  con- 
lè-:uent  ,  mon    cbet    E^riMîtus  ,  mon   ame 
et  nt  un    Erre  créé,   fini,   borné,  n'a  pas 
lan:  d'étendue  que  fon  tnode  .   fa  nio^ff^ca- 
|i  n,    fou    ^mhé   qui  fopr  infitie*  ,  parct 
qu'ils  ^e  portent   à  un   objet   infini.     Vous 
raifonncz,  dit  Pci^pnnÎHS,  à  que  ques  prin- 
cipes ^'rcs  ,  !\(ltz   jiiftes,  iufqu'n    la  confe- 
^uenci^  mais,  pour  vous  en  faire  fentirl'ab- 

Ùxdut,  dites- oioi  ce  que  c'cil  que  et  mode, 

'  cette 


N. 


.    (    «9  )  .    .      _        . 

^m€  modification,  cettt  tnnti ,  <\vA  tient  l 
qui  procède  ,'  qui  eft  uit  .accident  de  votr« 
auie,  fans  ccperûiant  ccrc  votre  ame« 

Vou»  lui  en  demandez  trop,  dit  Prifcus. 
Je  ne  croyois  pasmcmc,  qu'il  en  fçûttant. 
Je   vois  bien,  dit  Pifcn  ,  qu'on  ne  vous  a 
point  donne  d*eau  fraîche  en  vous  mettant 
au  tombeau.     Si ,  comme  moi ,  vous  n'a- 
viez fait  votre  Metaphv;fique    qu'après  être 
paflc    Maître  en  Fhyfîque ,   vous  n'auriex 
pas  de   peine  à* concevoir,    que  la   partie 
peuç  être  plus   grande  que  tout.     Je  m*hu- 
manifera^    jufqu'a    vous  tendre  cette  vérité 
fendble    par     une    Expérience     Phyfiquew 
Un    One*  d'Encens  eft   plus  qu'un  Grain  j 
par  confcquent,  G  je  vous  démontre  ,  qua 
ce  Grain  eft  ,   phyfiquemcnt  parlant,    pkf 
que  rOnce  ,  j'aurai  gagné.     Je  le^rouve. 
L'EflTcncc  du  corps  confifte  dans  l^phdu'é» 
Ulargûenr,  la  longueur  &  la  profondeur.  .De 
l'Once  d'Encens   dciachezen    un  Grain  de 
le  reduiffez  en  fumce,  il  s'étend  dans  toute 
la  fallç  ,  au  lieu  que  'l'Once  n'en   occupe 
qu'une    très-petite    place.      Ce  qui     f?ape 
vos  narines  eft  un   corps,  fcnfible ,  qui  fait 
imprcdion  fur  vous,  3c    qui  affede  yotre 
odorat.     Ce  corps   eft     étendu,     puifqu'il 
agit   fuV  toutes  les  perfonnes  qui  font  dans 
la    Salle;    or  il   remplit  la  Salle,   ce  n'eft 
cependant  qu'une  partie  de  l'once  qui  n'en 
occupe  qu'une  tres-pcite  place  ;  Ergo-,  par 
.     confeqiïent  la  partie  eft  plus  grande  que  le 
tout,  fc  le  tout  eft  plus  petit  que  fa  part^ie. 
Vous  êtes  ,  dit  Cr/<rr,  aufti  fçavant  en  Phy- 
qiie   qu'cjtt  Methaphyque.     Si   oa   bcûloii 


f  Once  comme  le  Grain  ,  |qut  itvxtnivok 
votre  Sophilme  \  Il  i*en  iroit  en  fumée,  dit 
Pûwponiuy.  Corblcu  ,  répartît  Pi/on  ,  à 
quoi  Diable  ,  Egnatius  a-t^il  penfô  de  me 
faire  débiter  cet  fàdaifes  }  Si  i*ai  mal  dît  » 
prenez  tous  en  à  lui  ;  qu*il  continue  (a  tbe« 
fe  ,  il  y  fera  plus  embaraifë  que  moi.  J'en 
ai  afièz  dit ,  pour  me  faire  entendre  des  Per« 
Tonnes  dVfprit  ,  répondit  Egnatim,  Quand 
on  a  une  fois  un  Principe  ,  on  va  loin» 
principalement  quand  on  à  refprit  auf&  vif 
que  Pifon. 

Je  vous  jure  Rollux  &  fcs  autels  ^  dit  PU 
fên  ,  que  je  ne  vous  en  dirai  pas  davaAtage 
fur  les  Veritez,  Phyfiqtas  que  vous  en  avea 
débité  (ur  les    éternelles.    De  toutes  les  Ve» 
rinz  il  n*y  en  a  point  de  plus  fenfible  que 
la  Verhe  Phyfique,    Tout  ce  qui  eft  réel, 
qui  4|^  &  qui  't(k  oppofé  au  néant ,  eft 
identifié  dans  une  Verùé  d'Etre  fort  phyfi- 
que ;  j'explique  ma   penfée.   Je  vois   Grf 
€ina  dans  Teau  :  je  l'engage  à  gagner  terre: 
)€  la   renverfe  fur   le  gazon  j  je  fais  avec 
elle  ce  que  Jupiter  a  fait  avec  Danaé ,  Aie- 
mené    Ênrofe ,  Semelé ,  &  une  infîniié  d'au- 
tres,   avec  lefquelles  il  ne  s'ennuyoit  pas. 
Voilà  ce  qu'on  apfitle  une  Vérité  Phyfique, 
Deux  corps  joints  enfcmble  ,  Ôc  doiiez  de 
la  venu  procréative  ,   ont   alTcz  d'efficace 
pour  en  faire  un   troificme.    Y  a-t-il  rien 
de  plus  Phyfique  l  je  fuis  Pifon  5  Rome  la 
Capitale   du  Monde  exifle  s  ^lous  femmes  * 
dans  la  Lune  :  toutes  Veritez  Phyfiques  :  j'en 
ai  dit   aflcz   pour   des    Pcffonncs  'd'efpnfi 
Vous  me  raillez  ,  reprit  Egnatius. 

'Pour 


(   51  ) 
?our  moi  t  continua  Pomponiuff  vous  né 
me  raillez  pas.  Je  vous  abandonne  les  Vi^ 
rit  ex,  pajfagérts.    Ceft,    repartir  Pifon,  ce 
qu'il  y  a  de    plus  beau  a   traiter'  fur  ceft# 
Queftion.      Concevez  une  chofc  réelle  >  de 
qui  cependant  ne'  fubfide  pas  ^  vous  aurtx 
une  Vérité  faffagire.     Ma  propofition  vous 
fait  rire  j  elle  quadre    cependant    prfalte« 
ment  DÎen  avec  le  bon-fens.     Le  Putelagi  , 
en  gênerai,   c'eft  un  chofe  réelle,   êc  qui 
cependant  ne  fubilde  pas  ;    ce  qu*il  m*eft 
facile  de  vous  démontrer.     Pour  cefler  d'ê- 
tre, bI  faut  qu'une  chofe  foit.     Or   un  Fu^ 
ttlagt  peut  ceflcr  d'ctre  t   Par  ccnfeqaenr , 
tl   faut-  qu'il  foit ,  &  qu*il  exifle.     Item  :  On 
ne  perd  que  ce  qu'on  a ,  Se  on  ne-  peut  pas 
perdre  ce   qu'on  a  pas }  niais  il  n'y  a  pref- 
que  perfonne  qui  n'ait  perdu  Ton  Pucelage  ^ 
témoin  le  Magafln  que  nous  avons  vu  l'iti- 
tre  jour ,  aind  le  Pucelage  f  ft  quelque  chofe  de 
réel  ,  puifqu'on  peut  l'avoir  5c    le  perdre  .* 
Par  confequent,  il  y  a  des  Pucelages -,  mais 
ces  Pucelages  ne  font  ni  corps ,  ni  cfprit  } 
tout     corps  eft  étendu  en    longcur  ,    lar* 
geur   &  profondeur  j  ot  le  Pucelage,  n'eft 
rien  de  tout  cela  ;  par  confequent  il  n'eft 
pas  corps.     Tout  ce  qui  eft  efprit ,  penfe^ 
mais  un  Pucelage  ne  penfe  pas }  ainfil'on  ne 
peut    pas   dire  qu'il    foit  efprit.      On   ne 
conçoit   rien  qui  fubfifte,  ^  qui  ne  foit  ou 
corps,  ou   tfprit,ou  l'un  &  l'autre)  mais 
le    Pucelage   n'eft  ni  l'un  ni   l'autre  $  ainfî 
il  n'cxifte   pas.      Il  y   a  des  Pucelages  ,  je 
veus  Tay  prouve.     Il  n'y  en  a  pas,  je  votis 
Tai  démontrée    Voilà  un  plaifant  Sophif^ 


...  ( 90 

U,  âtt  CiUr.     Je  fuis  répondît  Ptfen,  âêa$, 

nr  belle  humeur  ,  &  )e  me  fens  en  ciatdft 
Youi  donner  dcsprcuvesdeU  folidûc  de  moft 
îu^emeat. 


<«.'•«>.«  *b 


fCHA  P  IT  RE    XVII. 

fluèffton  curUufe  ,    5V/  y  a  uni   CrÉatan 
nubtU    qui  au  fon  Pucelagt.  \ 

PRcfez-mo'  ,  fe  vous  prie  ,  continua  PU 
fon,  unr  arfcntîon   ^avorab'c.     Ce  que 
j'iî  à  vous  propofer  i  m  ère  (Te  tout  lemonHe. 
Croyez- vous  au*iî  y    ait  ^ur  terre  uneCréa* 
ture  nubtlt  ouï  ait  f$n  Pucelage  }  Oièi  ,ie  le 
croîs,  d't  Prîfcus,     Le  Sage,  doit  fe  meitre 
au>de<ru5  ^^9  plaîfirs  des  ^ens.       La  raifoa 
do  •  le  <^omîrer.     La  chair  doit  lui  obfïr  .• 
Et  fupofé    que    le  Saste  ne   veuille  ^ts  fc 
marier ,  il  peut  &    doit  £>arder  fon  Pucelage. 
Il  'e  peur ,  parce  qu'il  eO  maître  de  (es  paf- 
fî#"s.     Il  le  doî^  :  la  Virginité  fût  toûjouri 
un  bel  ornement.     Je  ne  connois  pas  de  ver- 
tu   qui  d'ftingue  p^us  l'homme  des  betès» 
que  la  continence.      Moins  on  s*adonne  aux 
plaifîrs  des  fers,  plus  on  a    ÎVCprii  libre  & 
dégagé  des  objets ,  qui  l^cmpcchtnt  de  con- 
templer la  figeffe.      Plus  une  Conquête  a 
de  charmes  èc  d'appas  «  plus  elle  eft  proora 
à  troubler  !e  coeur.       Je  ne  reconnoii  p'us 
1t  Sage  dans  €ts  émon'ons  volontaires ,  ou 
U  chair  domine  fur  i'efprit^Ccs  fcrviccsain- 


(  93  ) 
S  »  qui  nous  attachtnt  à  robjet  Je  nos 

rs  »  fcmcnt  rfifdavige.     L'amour  &  la 
erté     {ont  deux    chofet   diametralemeac 
ppoCccs. 
JuU^u'a  prcfent^  ditSdmdrp  j*aToîs  crA 
«.•■^^uc   la  chafteté  nVtoit  pas  une    Venu   RO" 
fnaint  s   Mais  vous  en  parlez  en  terme*  fi 
«na^aîfiqqet  »   qu*il    pai'v^it  bien  que  vous 
Cfes    pcnciré  de   ce  que    vous  di^es  :  Tat 
teà  jours  eu  ,  dit  EgnattHs  ,  une  eftime  par« 
ciculierc  pour   les    Perfonnes     chaftes  ;    ic 
Tcfpeéte  ii  rcvere  la  chafteté  \  mais  fe  ne 
f  uts   la  pratiquer  t   fai  cru  que  c^ctoit    la 
saarque  d'un  efprtt  bien  fait  »  que  d*aimcr 
ce  qui  eft  aimable.      Nous   eftimons  d*an 
prix  infini  les  Statues  «   qui   font  TOuvra^e 
des  Maires  de  TArt  :  cependant  les  mieux 
laites  n*ont  n'en  qui   aproche   d*un    corpi 
bien  forme:  Qe    plus  elles  (ont  deftitucef 
de  vie  Ôc  de  mouvement  3  tinfi  elles  ne  peo- 
Tenc    répondre    à    notre  eftime  :     Au  liea 
qu'une  jeune  Perfonne    belle  &   bien  faito 
à  cous  les  avantage  dt  la   Statue     la    plus 
parfaite  ,  Se   outre    cela   répond   à    notre 
ampur  ,  Ôc    nous  aime  autant  ,  de  quelque 
**        fois  plus  que    nous    ne  l'aimons.       Pour- 
quoi  les  Dieux  ont-ils  fait  la   Beauté,  (î  ce 
n'eft  pour  tracer  un  crayon  dç  leur  image  > 
Plus  ane  chufe  aproche  de  la  Divinité ,  plus 
elle  eft  digne  de  nocre  refpcé^  5c  de  notre 
amour.     C'eft  aimer  les  Pieux,  que  d'aî- 
mer  ce  qui  'eur  rtîTemble.     Il  fuàît    d*c« 
coûter  la  Nature  3t  de  la  laiflf  r  agir.     Cet- 
te excellente   Maxcrcfle  captive    d'elle- m^- 


(94) 
mm  mot  ccrors  ^s  i'a^cablc  joag  dts  pTi 

tendres  pUifîrs  dt  Tamour. 

Vous  partez  ivftc  ,  dii  /'i/^.     Les  D^ 
•ot  aime  5c  aimem  toMt  lei  fOurs.     Pour^^ 
qoot  n*aijiitnoBS  noas  pas  l   Ne  voiu  loo^ 
Tcnez-^otts  pîus  »  die  Pemponius ,   combiea 
il  vous  en   a  corné  ,*  pour  avoir  voulu    les 
inuter  !  Jt  penfe  qn*il  y  paroi(  encore.  Je 
nie  Aûs&ieo  dcdommagé  depuis  ce  teins*  là» 
reparut  Pijor.^     Après  avoir  iettc  mon  pre* 
mier  feu  »  j'ai  hur  choix  de  deux  Maîtref^ 
Tes  y  dont  l'une    m'accorde  tout  ce  que  je 
Teux ,  celle-là  eft  pour  mon  corps  :   L'au- 
tre me  refuie  tout  esccpféf  qu^elle   me  per« 
met  de  fut  éciire  quelque  fois,  &  qu'elle 
me  fait  volontiers  rcponfe:  Nous  avons  cer« 
tains  tems  »  où  nous   nous  parlons  %     maif 
fc  n*ai  pu  encore  obtenir  d'elle  qu'un  baî- 
fer  fiu- les  aimables  lèvres,  encore  fùi- il  par 
manière  de  carême  accompagne  de  la  moi'« 
tic  d'un   fouâct.     Je    crois  qu'elle  n'en  fît 
la  grimace  ,  que  peur  me  faire  valoir  la  fa* 
veur  que  ie  lui  tvois  extorquée..     Sansdou« 
te  y  dit  PrifcMS ,   que  (î  elle  vous  eût  donné 
le   fouâet  p  vous  l'en  eudiez  remercie }    Il 
faut  tout  fûutfrir  des  Dames  ,  repartit  Pi- 
fon.     Que  U  iage  dit  Prtfcus  ,   cft  éloigné 
d'avoir  de  telles  pcnfées  !  je  fuis  charme  , 
dit  C^Ur  ,  d9S  Icntimens  de  Prifcus,     Son 
amhoriîe   eft   d'un    grand  poids  ,  puifqu'il 
ne  d  t  rien^qu'il  ne  pratique  ;  je  crois  a u(^ 
fi  bien  que  vous ,  dit  Pomponius  ,  que  Pr//- 
€us  a  Ton    Pucelage  :  Mais  »  combien  lui  a- 
tvil  coulé  à  lé  garder:  j'aime  une  Vertu  fa- 
cile: je  dois,  repartit  Egnafius ,  ttndielfrfi 

m 


(  9H) 

ce  témoignage  ,  qui  c*eft  le  plus  hooi* 

hoimne  que  je  connoifle-:  ie  Tai  vûcle* 

^  de  }e  fuis  tcmoin  de  rinnoceficcdefef 

urs  s   je  ne  l'aï  jamais  vu  fréquenter  les 

aines  5     5c  je    rcpondrois  fur  ma  icte  , 

*il  a  encor  (on  Pucelage.     Morbleu^  dtl 

i/on  ,  vous  la  perderie2  ,  Croïez-voHs  que 

fm  Jaat  que   vous  étiez  à  Tannée  a  faire 
ordrt  Ia  foujfiert  aux  Enntmts  du  Nom  Rom 
Ain:  croïezvous,dis-je,  que  Pri/cHs  ,  qui 
i-f  inter«ile  d  fort  à  la  confer Atidn  du  Genre 
■&u(uaia  ,,fàt  le  voir  détruire  fans  s*yop- 
foicr  }  Peut-être  a»t»il  donne  autant  de  Ci- 
loïens  SL  Rome  f  que  vous  avez   tué    d*en* 
j  nemis    à   U    guerre.     Q^i'ea  peniez-vous  « 
PriCcus  \  La  Philofophie  con(iile*t-eileàre« 
cevoir  de  tous  coiez  un  enccas  qu*on  n*a 
pas  mérité  f  (Jn  *  peu  de  grandeur  d'ame  ( 
5c    avouez   que -vous  ne    f^avez  ce  qu*e(t 
devenu  votre  Pucelage.     Vous   êtes  Hjin* 
me^  &  de  plus  Romain  j  c^en  eft  aflez  pour 
▼oui   excufer.     Prifcus  ne   répondit    rien  \ 
niais  rougit   en   fouriant.     Poir   moi,  dit 
Celer  ,  je  fiiis  du  fentimenl  d'E^natitéSi  3c 
je  mettrois  ma  icte  que  Prifcus  eft  encore 
Vierge.     Kc  voulez. vous   pas  ,  dit  Pifon  à 
Pom^tnius  ,  y  mettcc  aaili  la  votre  ^   je  ne 
répons  de  peiTonne,  dit  Pamponîits*     Vous 
faites  bien  ,  dit  Pifon,  Au  rcfte .  dixfrifcHf, 
Voire   (îknce     fait  que  je    voo&  épargne. 
Bites  tout  ce  que  vous   vouJrez  ,    répon- 
dit   Prîjms  :  c'eft  fans  confequence.     Vous 
Oïe  le    payerez  ,  \i  réprit    Plfon  i     Recon. 
noûfcz    vous  ,    dit.il  ,  en  tirant  de  fa    po. 
che  le  Pucelage  ,dc  Prijct^si  de  qui  ^^  re 

Bijou 


(96) 
3\\on  f  Oh  !  qu*ll  cft  jolî  !  Oh  !  qo^îl    eit 

aimable  !  il   dl  tout   confît  dans  la   plus 
fublime  Philofophie.    Le  Jage  peut  i-r  d4nt 
^Arderjen  Puulagt.  Je  ne  cênnoispas  dez/er* 
tu  qui  difiirégue  plus  P homme  des  bêtes,  qne 
la    continence.     Vous  c  es    mordant  ,    du 
EgnMtïus  j  ie  fuis  pcrfuaae  que  c*e(l  un  tour 
de   votre  fa^on      Vous  avez  pris  ce  Puce- 
lage dans  le  Magâfin,  0c  vous  avez  chan- 
ge l'ctiquetfc.^  Lifez  ,  repartit  Pîfon  .-Cor- 
bleu  «  ce  n*eft  pas  là  de  «mon  écriture.     U 
se  vous  en  impofe  pas  ,  dit  Prijcus  :   Ccft 
une  toli  de  ma  jeuneÛè.     L'Hommeleplus 
fage  eft  celui  qui  paroi  t  le  moin  s  fou  :  j.*ai  » 
comme  vous  ,  aime  la  Beauté  avant  qu« 
d'aimer  la  iagefle  :  Mais  ie  me  luis  fî  bien 
retire  de  ce  penchant ,  que  je  ne  crois  pas 
avoir  fait  de  folie  depuis  rage  de  vingt-cinq 
ans.     Bon ,  dit  Pifon  ;  >*ai  encote  ftpi  aas  à 
me  divertir  ;  après  lefquels  je  pourrai  pen- 
'  fer  à  la  (àgeife.  Pour  peu  que  je  f^ache  garder 
]fis  dehors  ,  jt  uedcférpere  pas  de  trouver 
à  cinquante  ans  des  Egnatius  &.  des  Celer  , 
qui  jureront  (ur  leur  tête  que  \t  fuis  plus 
chafte  que  jD/4»/,     Vous  prouvez  aflez  bien , 
dit  Celer  ,  que  Pri/cus  a  aimé  ,  mais   vous 
n'en  pouvez   rien  conclure  pour  la  théfe  gé- 
nérale. En  railonnant  fdon  ma  Logique, ré- 
partit Pî/t»,lafhefe  générale  eft  drmontrée; 
it  fans  trop  philofopher,  l'Homme  du  mon- 
de ,  dont  la  venu  eft  la  moins  fii(pefte  ,  celui 
pour  le  Pucelage  duquel  dtui   iJluftrcs  Ro' 
Plains  expofcnt  leur  tcte  ,    un    philofophc 
qui  eft  l'exemple  de  la  Ville  éc  de  la  Cour, 
doit  avoir  fon   Pucelage  ,   ou  perfonne  ne 


r 

I 


{97) 
fhi  il  ne  !*a  pair j  ainfi  qui  ofc  fc  vanter  <?• 

Tavoir^  Dt  plus^  fai  lù  de  bons  fli  de  fçi- 
vans  Auteurs  d'une  cruditi«n  confoia» 
mce  ,  qui  répondent  caihégoriquement  à  )a 
f'  Queftion  propofce  ,  &  décident  qwV/  n*y 
ajur  la  titre  aucune  Créa lur 9  nubile ,  qui  me'4* 
re  avec  j on  Pucelage.  Jevouslos  citerai  vo- 
lontiers «  de  quoique  tes  PaOagcs  v«us  paroi(« 
femun  peu  tirez  de  loin^  je  vqus  prit  -de 
ne  les  pas  rejeitcr  ,  parce  que  \t  fuis  fonde 
en  bons  &  anciens  Mannfcrits  qui  con« 
tiennent  de»  vcri^ezinterc fiantes.  Pour  com- 
mencer par  les  Poètes  »  vous  f^avez  cet 
Ycrs  d*^H0rMce* 

Audtet  CîViS  dcufjfe  ferrum , 
g«<?  graves  Perft  tneUus  périrent  / 
.  Kara  Jwventus, 

t-edode  Btquetîus  dans /on  Comnien- 
ttire  fur  Horace ,  explique  ainfi  ce  Paflàge  l 
il  efi  rare  de  trouver  des  jeunes  Gens  qui 
n'ayent  aigutjé  leur  lame  pour  percer  ce  qu'il  y 
*  de  meilleur  dans  la  Ville.  Cela  ne  prouve 
rien,  dit  Celer.  CorbUu  ,  dit  Plfon  ,  voui 
êtes  aufii  vif  que  moi*,  Da  moram.  J  ai  rra« 
dition.  fecoûtcz-moi  feulement  en  patience. 
L*amottrcux  Ovide  étoit  du  nnème  fentimcnt 
\v: Horace,  il  s'exprime  en  ces  termes; 

Cur  ego  pop  negem  mtnuî  mihi  C^farîs  ird  , 
Cum  vîdeammites  hoftibusejjè  Deos. 

Ce  que  le  favant  Trr//«;  tra^^it  fort  bien  , 
f n  proum  le  fens  de  l'Auteur  à  la  volée  ; 
^  T  &  §ludnd 


(9*) 
fludnd^e  vpisâk^û,  ^mUs  Dieux  me  trattiHâ 
$m  emmemifji  mfmsfas  mtr,  qtie  UcoUre  da 
Ceié^rne  m'éMchssri,  Ce  paflàgceft  expliqué 
phis  clairement  par  no  autre ,  où  le  mêm» 
Auteur  dit  t 

An  ntfcis  Ungês  Kephus  tjfk  manms  ? 

Ce  qui  dgaifie  :  hle  ffavez»vêus  fas  qui 
Us  Rêh  l'ont  fins  long  que  le  bras  r  Par 
Mifcure  ,  dît  Celer  ^  cela,  ne  prouve  cacorc 
n'en.  Donnez-^voes  patience  »  dit  Pifon» 
Vtrple  ,  le  chaftc  Virgile  cft  clair  fur  Tar- 
tide  t 

Psnditnr  interiê  *!•»/  emmfotentis  Olympia 

Ce  que  Aidrcns  Yehrianus  traduit  :  je  donné 

Ufouns, »...    Ah  >  s*ccria    Prifcus, 

faites-nous  quartier  fur  cet  article  »  ou  du 
moins  dites  quelque  chofe  de  fenfé.  J*y  fuis, 
dit  Pifin^  Il  faut  vous  contenter.  Je  m'en 
tiens  à  Horace.  Vous  f^avez  ce  qu'il  reu 
dire  par  ct$  mots  : 

JEqti^  loge  necejfttas 
Sortïtur    inpgnes  er  tmos  ? 
Omne  eafa»  movet  urna  nomenl 

Ttxierus  leur  donne  ce  fens  ;  C*efl  une  \uf* 

$$  Loi  que  Uneeejfité  a  établie,  que  les  grands, 

^  les  petits  doivent  remuer  dans  fume  eiè 

touffe  fait.  Comment,  dit  Pemponius\votr9 

Coramootateur    interprète- t-il   ce     paffage 

é*HorêCê  i  ♦ 

mrâi 


<  9^  I 

Karâi  far  vus  Ontx  Mllcîtty  Cadum, 
^i  nunc  Sulpicijs  accubat  homis^ 

Autant  que  je  m'«n  puis  (buir#nîr ,  ré- 

>arnt  Pifen ,  il  l'explique  ainû  :  U  icrafer€ 

yNard/és  ,  ^i#i  V oblige  par  un  fufliu  hcrnhU 

.  ^^y^  coutiotr  fans  remuer  Us  fetits  va/es  qui 

I  ^ntientunt  une  ligueur  prêcieufe.  y^voh  biea 

j  prévu  dit    Prijcus  ,  qu*iî  faudroii  capituler 

\  avec  vouç.  Non  je  me  rends,  reprit  P'tfors, 

*uai$  a    condition  que  nous  ne  t'etiendronc 

pas  plus  long  tenas  ici   Monûeur  le  Biblio» 

*hc  aire.      J^aime  micui  îaiflfer  la  Qucftion 

^«Jecife,  que  de  me  brouiller  avec  vous. 

Nos  Rornains  ,  en  continuant  ce  difcours» 
fonircnt  de  ia  Bibliothèque  ,  &  prieicnt 
Sàmar  de  vouloir  bien  leur  accorder  la  gra- 
^«  <it  Us  y  accompagner  les  jours  fuivans  : 
^*  qu'il  leur  promit  d'autant  plus  volon- 
tiers ,  qu'il  avoit  prit  beaucoup  de  plaidr 
^  )'ur  converfation.  B  dit  à  Prifius ,  en 
W  ferrant  la  main  : 

§lB*une  fiame  mal  êtetnf$ 
^^ facile  à  rallumer/ 
Zt  qu\aves  peu  de  comtraîntê 
Cn  recommence  d^ aimer  ! 

Vous  ctesde  nôtre  fcntiment ,  dît  Pôm^ 
pônius  icela  me  fait  plaifir.  Vous  nous  obli- 
Jerez  de  nous  faire  part  de  vos  lumîtres. 
lleuez*moi  ,  je  vous  prie  ,  de  côté  pour 
demain  quelque  livre  d'cfprît ,  qui  en  vail- 
k  la  peine.     £t  moi^  Monfieur  ,  dit  Pi  fin» 


}e  vous  pne  ie  m>n  choifîr  qu«lqu*an  tfal 
mê  diverttfle.    Je   fuit   tout    mciancoliqu* 
<i*avoir  parle  des  chofes  férieufes.   Il  n'y  a^ 
dit  Samar  ,  aucun  livic  qui  ne  tous  p«i(Ic 
fournir  matière  de  rire  ,  de  la  manière  dont 
Votu  interpt'etcz   les  Auteurs.     Pour   vous 
occuper  jufqu^à  demain  ,   void  un  petit  Li- 
tre que  je  vous  confie,    qui  vous  divertira  $ 
il  tft  tout  plein  d'erprîr.    Comment  F«pel* 
Uzvous  ,  Moniteur  l  dit  Pi/on,     Ce  fomT^ 
die  Sdmar  ,  quatre  petites  lettres  écrites  À 
,.  un  Abbe  de  la  Trapi,  eût  à  la  bonne  foi  5c 
au  jugement  prés,  il  y  a  beaucoup  d*erpric« 
On   y   raifonne  peu  ^  ^uflî    n*eft*ce  pas  !• 
fort  de  TAuteur,      Entre    les  Pcrfon&agcs 
de  cette  Comédie,  jl  y  a  un  Chevalier ,  qu» 
îe  crois  de  vos  Parens»    Je   pourrai  peut* 
être  demain  vous  montrer ,  Meflleurs ,  vôtre 
HiAoire  écrite  par  un  de  vous.   La  choff 
en  vaudra  bien  la  peine ,  dit  Fomponim.  Oa 
lui  a  donné  votre   nom  ,  repartit  Samar^ 
C*eft  une  Pièce  aifez  cuiieufe  :  Mais  je  croif 
que  la  prudence  m'obligera  de  ne  vow  b 
pas  communiquer.  La  Compagnie  (e  fé^ri 
jufqu'au  jour  (ttivant* 


c»» 


(lOl) 


CHAPITRE     XXVIil. 

'SmIu  de  Ci  qui  fe  pafa  dfns  la  Biffliotheque, 

L* Aurore  avoit  dcja  répandu  fes  rayoni 
d^rez  fur  les  campagnes  ,  fie  le»  ^^c* 
taux  lumineux  du  bîond  Phœhus  commen- 
^oient  leur  rapide  courfe ,  quand  les  Romains 
^  rendirent  chez  Samar  ,  pour  coatinuer 
la  rifite  de  le  Biblioiheqtie.  Pendant  1»  nuit 
lis  avoient  eu  le  tems  de  faire  Tcflcxion 
fur  le  peu  d'ordre  qu*lU  avoient  obfcrvc  1# 
jOwr  prcccàem  ;  &  jugeant  bi^n  qu'ils  nt 
pourroîent  jamais  voir  toutes  les  beautea 
que  renferinoicnt  ce  grand  Vai fléau  ,  t'il*^ 
continuoient  de  la  forte,  PrifcUs  propofil 
à  la  Compagnie  de  prier  Samar  ,  de  Ituf 
faire  voir  &  de  leHr  expliquer  ce  qu'il  y 
ivoit  de  plus  confîderable  ,  fans  faire  dt< 
queftions  inutiles.  On  y  confeniit  facilement, 
excepte  Pifon  qui  avoit  peine  à  faire  trèvt 
de  railleries.  Il  fe  rendit  enfin  par  complaî- 
fance.  Ils  trouvèrent  Samar  \  qui  les  at- 
tendoit,  &  qui  les  conduiiit  à  la  Bibliothè- 
que. Ils  \\x{  firent  part  du  traité  qu'ils  avoient 
feit  avec  Piforip  6l  le  prièrent  de  contenter 
leur  curiofiié. 

Ce  Vaifleau  ,  leur  dît  Samar ,  dont  la 
vafte  étendue  a  de  quoi  vous  furprendrc, 
cft  l'Ouvrage  de  la  Nature.  Un  Génie  y  pré* 
(îde  ,  ôc  je  ne  fuis  ici  que  l'Exécuteur  d« 
fts  Qxiït%.  Il  JOa'cft  iiDgoffible  de  vous  di« 

E  3  re 


te  comactt ,  ai  par  qad  acdJent  icf  II* 
▼»»  <pe     votts     Toicz   fbm    Tenos    ici. 
Qod^ies  locfeooes  qoe  foiem   !«$    Annales 
de  ce  Pais  ,  cHes  n'en  foiuaiinBieineixnon$. 
Se  fc  crois ,  pour  toos  itrc  en   confidence 
Bu>Q  fentimem,  qae  le  Gcnie  ,  qui  prcfide 
id  ,  en  eft  rAotciir/    Il  fê  maaifefte  quel- 
qoc  ^Ns  par  la  paro!e  ,  tftànd  '}«  fuis  feulf 
Mais  ,  ^  ni  moi ,  ni   aucun  antre  ne   l*a  ja- 
maif  vu.     l!  a  difpofc  les  Livres  dasàsunor* 
dre  affez  Sicile.       Sur  la  droice  vous  voici 
tout  et  qui  regarde  la  FdhU ,  U  Poèjte   & 
Vwfl^irt.    Dej^au're  côic,  tout  ce  qui  nat- 
te àt%  Arts  ,  an  Scitnus  de  la  fkUofophie  , 
de  la  Mytholêgû  fit  de  la  Tbeolope.     De  plut, 
il  7  a  des  quaniers   des  Tablettes  affcfte» 
à  certsÎDS  Auteurs.     Tout  ce  qui    regardé 
Epicurt  tSi  fotis  Ton  titre  ,  aind  des  autres, 
Une  grande  leûiirein*aapris,  que  les  honW 
fiaes  font   tefs    aujourd'hui   qu*ils  ont   toû- 
^urs  ctc  ,  &  qu'ils  feront  toujours  ce  qu*iJi 
font    aujourd'hui.     Ils   parohront   changer 
de  Police  &  de  Religion  ,  mais  ce  feront 
toujours  mêmes  mœurs  3c  mêmes  inclÎBSN 
tions.     Les  noms  des  (êé^cs  f<n'ont  difer^s , . 
nais  ce  feront  les  mêmes   femimens»     L^ 
Monde*   par  exemple ^  aujourd'hui  cft    cli- 
vifc  en  deux  fenrimens  :  La  Morale  à'Ejà- 
ture  eft  la    Pbilofophie  des  Gens  de  Qualité 
fie    Zenon  n*^a  que  peu  dc5c£^ateurs;  encore 
ae  doit  il  pis  les  choifîr  dan»  le  grand  moJ»- 
de.     Vous  avez  vit ,  forts  douie,  Egnaths  t 
fdfqu*à  quel  poi^t  Mecemts  a  ponc  le  luxCr 
Difciple   Met  d*Epicure  ^  il  ne  s'atach©it  « 
2a  volupié  fie  n'aimoit  la  vie^  qu*cii  fuivaot 

tel 


h 


rJés  Maximes  et  ce  philofophtf.     Dans  a«tfx 

I  règnes  Pifon  pourra  voir  à  la  Cour  un  Phi- 

[iorophe  dans  la   ^urpre ,  qui  prêchera   lâ 

f  dodrine  de    Zenon  ,  en  fuivant  la  Morak 

I  é*Epicuri^     Seneque,ct  fera  fonnom^don- 

f  nera  un  grand   lu{lV«  à  la  Philoniphîe  dei 

*  Stoïciens  x  mais  ,  comme  la  Morale  à*Epicu^ 

re  flate   beaucoup  plus  Us  fens  ^  elle    aura 

toujours  Ve    defllis      Dans  mille  ans  »   dans 

deux  mille  ans, on  ne  parlera  prefque  plus 

à* Epicuriens  ,    ni  de  Stoïciens.     Ce  n'cft  pas 

qu'il  doive   arriver  pendant  ce  tems  une  (â 

grande   révolution  dans  la  nature  ,  qu'elle 

deviennent  enntmie  des  plaifirsdesfens,  ou 

qu'il  ne  fe  trouve  encore  des  efprits  fuptr- 

\|es,  qui   ne  fe  faflcnt  un  plaifîr  d'adopter 

Ene  Morale  (cvcre  ,  pourvu  qu'on  ne   les 

oblige  pas  à    la  pratiquer  t    Mais  d'autres 

Hommes  •    en    changeant    quelque   choft 

dans  \tt  Maximes  de  ces  Philofophes  ,  de 

les  couvrant    du  manteau  de  la  Religion  ^ 

qui  fera  alors  dominante  ,  s'en  emparéronfC 

fi  bien  ,    qu'on  les  croira    Auteurs  dHini 

nouvelle    Sageffe  ,  &  ils  donneront    leurs 

uoms  à  leurs  Sénateurs*     Ceux  qu'on  apcl- 

Ic  aujourd'hui  E/>iV«r/>wi  feront  appeliez  alors 

Moliniftes  ,  ôc  on  appellera  Janftnîftes  ccujc 

qu'on  non^me  prcfenicment  S/oïc/V»/ 

Quelle  relation ,  dit  Pifon^  y  aura*t-il  tni 
tre  les  Molimftis  &  les  EpicurUns?  Ce  fera 
repondit  Samar,  la  même  chofe  fous  deux 
noms  diferens  j  8c  le  peu  de  difercnce 
qu'il  y  auia  ,  confîftera  en  ce  que  les  Ai#- 
Ùniftis  augmenteront  la  licence  que  les  E» 
(icHriens  ÀonncnK^AX^  hommes.'    Ce  feront 


(  '04  ) 
it$  trêmes  Principes»  maïs. les  eoii(<Equen<* 

ces  des  AI<?/;»/y/« ,  feront  plus  outrées.     De 
plus,  ils  adopteront  le  Principe    des    Sfat* 
€iens  ,  qui    donne  tout  au    Libre  «Arbitre  : 
Ainfî    rendant  I*hommc  maître  de  (on  boa« 
lieur  ou  de   Ton  malheur  »  il  ne  faudra  pas 
être  furpris»  &*ils  lui  permettent   dans    leur 
Morale  relâchée,  tout  ce  qui  peut    le  ren- 
dre heureux  ^  pourvu  qui*il  n*ait  point  d*aii« 
tre  intention  que  le  plaifîr  ,  &  que  par  un« 
criminelle  audace,  il  ne  prétende   pas   par 
fa  conduite  oflfcnfer  les  Dieux,     Et  les  Jaft' 
ftnifîes  \  dit  Plf^n.     Ils  abandonneront ,  d/i 
Samar,  le  Principe  des  Stoïciens  fur  la  for- 
ce imaginaire  du  Libre  Arbitre  ^  mais  i/i 
ne.s*en  écarteront  pas  beaucoup,  puifqu'ik 
admettront    une    volonté   Viéborieufe  dans 
les  Dieux  pour  les  déterminer  à  fuivrc  le 
bien  &  à  éviter  le  mal  ;    ce  qui  leur  tiea* 
dra  lieu  de   Libre- Arbitre  ,  puitque  le  Icif 
ne  fera  plus  qu'un  inftrument .  qui  fc  cyr« 
tentera  d'avoir  Thonneur  de  concourir  arec 
la  volonté  Divine  ,  qui  ^u1  fera  faite  le  bien. 
Ils  s*im;»gineront,   qus  THomnie  étant  en* 
touré  de  miferes,  de  peines  ,  de  maladies^ 
€c  de  plus   obli^^é  de  fuoir  la  rigourcufe  loi 
de  ta  mort,  i\   taut  qu'il' (e  foit  attire   ces 
dif^raccs  par  <]uc'que  infndion  3es  or^rci 
du  Souverain  Et  e  quM  Ta  créé;  que  de  là 
eA  venue  la  foib'eflc  de  (a  volonté  pour  Itt 
bien ,  de  fjn  penchant  pour  le  mal  \  qu'enfui- 
te  fon  Créateur    voulant    le  remettre  dam 
Ton  prem'cr  état ,  aura  (uivant  eux  envoyé 
la  S.igeflefur  la  terre  pourdiminuer  le.  ptids 
de  la  colicupiicence ,  X  ^u*eu  é^^ard  à  cet^ 

te 


iàgeu<6  ,  \é  Libre- Arbitre  de"  rKdfinmé 

ctevra  des  nouvelles  forets  j  que  les  mérîtei 

Me    la   Sagefle  détermineront  le   Créateur  \ 

faite   âans  la  Créature  le  bien  qu^il  en  ext- 

^e.       AUTéftc  ils  feront  grtnds  Prêcheurs  de 

3eunet   de    Pénitences  ,  «le    Retraites,   dt 

Mortî^cationl  ,   d*amour  de  la  pauvreté  , 

en  un    mot   de  toutes  les    peines  imagina* 

blés    qui  peuvent  mortifier  la    chair  j  En 

quoi  ils  «différeront  des  Molhîfies  ,  qui  étant 

|>1us  annis  dVùx-mcmes ,  dcjie  voulant  pas 

détruire  en  eux  l'image  de  la.  ■Divinité ,  ne 

demàndtsront  ,    pour    expiition    des    plut 

grands  crimes^  que   le  (impie  aveu  de  fes 

defordrts  -,  mo'iennant  quoi  jls  prétendront , 

que    les  Dieux   feront  obligez  de    les  o«« 

'bH«r  ,   ou  ils  les  y  contraindront  par  Brefr^ 

Bulles  5c  Conftitutiôns  venant  de  Rûtm, 

Je  ne  f^ai  ,  dît  Pomfonîus ,  fî  des  Gens^ 

qui    doivent  agir  fi  cavalièrement  avec    les 

Dieux  ^  feront  bien  perfuadez  de  leur  exif^ 

ttnce^     Oiii ,  répartit  Sdmar  ,  ils  croiront 

aux   Dieux    en  leur  manière.     Mais  ,  vous 

autres  Rôftiains  >  vous  êtes  des  pauvres  Gens 

en  matière  de  Religion.     Les  (îccles  pofte* 

tîcurs*  rafîneront  b&n  fur  vous.      Que  ne 

Couvriez  vous  du  nom  de,  myilcrc   l'Ênle- 

Vemcnt  à'Euroft  >   ou  la   érofTeffc  de  D4» . 

HÂé  \  On-fç^ît   bie  n   que  les  Dieux  ne  haïf* 

fent  pas  le  Sexe  3  il  ne  s*agii  que  d'envclo- 

(1er  leurs   adions    de    termes    myftiques  j 

pour  les  rendrt  liînies   Se  facrées,  Ac  fur 

tout    d*exiger  du  Peuple  de  croire  ce  qu'il 

At  tomrfvcnd  point.     AmfhjtrUn  rtmcr de 

te  Dieux  de^  Tavoir  fait  cocu  ,   mais   on 

n'a 


/ 


*      f   TOé  > 

ft*jsi  pas  crû  que  Jupiter  en  fut  momsr  adâG 
lett  pour  avoir  foaiUc  le  lie  ^Aicment  ^ 
de  cela  parccqu*on  s*y  eft  malpris  pour  an- 
noncer cette  nouvelle  au  Feupre.  Lea 
Dieux  raiToooent  aotremeac  que  les  Hoin« 
nés. 

Je  n'ai  encore  rencontré  perfon ne  ^  àxt 
Pifon  ,  qui  raifonnât  conxne  vous.     Maïs  , 
dites-moi  ,   je  vous  prie^  quels  Livres  (ont 
dans  cette  Tablette  ^  Volontiers»  dit  Samar, 
Tous   les    Livres  que  vous  voyez  fous  le 
nom  d*Epiciére  contiennent  (a  Morale  ,  ov 
y  ont  un  raport  eftentîel  >  comme  font.Ef- 
€ébart ,  Céiramutl ,  Soto,  AMi ,  Se  une  infi» 
nitc  d*autres  •  qu*il  feroit  trop  long  de  vout 
détailler.     Il  n*en  eft  pas  tout  fait  de  mt* 
me  des  Livres,  qui  font  fous  le  titre  deZr**- 
710H  f  parce  que  comme  on  a  mis  dans  uit 
même  endroit  tous  les  Ouvrages  de  la  0»« 
gregAtion  de  Saint  Maur,  il  ne  laiilcpasque 
de  8*7  en   trouver  quelques»  uns ,  qui  apir* 
tienncarà  Ja  Tablettes  à^Epicure.     Quoique 
ces  Auteurs  doivent  entreprendre  la  défon- 
ce de  la  Morale  de  Zenon  &  du  Suiùjmi  Ir 
plus   ferere»   &  que    pour    cet   effets  ils 
doivent  mettre  au  jour  les  Ouvrages  dç  tour 
lès  PhfMophes,   qui  les  ont  précédez  dntfr 
leurs  fcntimens/ fur  tout  d*AHguftm  Bhilo» 
fo]p\\e  Africain  ,  il  fe   trouvera    cependant 
parmi   eux  des  Epicuriens  cachez,  comme 
Martianai  &  Aîorjfaucon ,.  qui  donneront  des» 
Editions  de  Jérôme  &  de  Chr'jfpftome ^  donr 
lie  premier  aura  de  grandes  quereîles  avec 
k  Vùxiaio^iit  Africain  ,,S^  l'autre  f^radans- 


j 


1 

[  (  '07  ) 

11^  Princit>es  Anti-Janfêmftêi  fiir  le  Libre! 
-  Arbitre. 

*■       Par   Mercure ^i\i  Pîfon ,  ^TikmWtiitïiVLtk 
l'I^ivre  qui    avoit    tiré   des  Tablettes    de  la 
'    Congrégation  de  Saint  Maur  ,  Ces    Auteurs 
traiteront  de  tout  autre  chofe  que  de  la  Mo» 
yale.  Je  n'aîiamaîs  tant  vu  dcNudicez,  que 
€!epui«un  moment ,  que  je  feiiillette  ce  Li'« 
Trc.   N'cft-cc  pas ,  dit  Samar .  V Antiquité  ex* 
flitjuée  ,  Ouvrage  Latin  François,  avec  det 
figures  >   jufte  ,  dit  Pijon.  C*e(V  dommagt  , 
que  les  ligures  enfoient  Ci  mal  gravées  ^  il  y 
auroit  du  plaidr  à  les  voir.     Aptochez ,  Pom* 
fonius  ;  que  penfez  vous  de  ce  Sacrifice  de 
Prt4/>e  ^  Puis  prenant  tantôt  un  Tome^  tan- 
tôt l'autre  >   il  difoit  félonies   rencontres  s 
Corbleu ,  Grecina  éioit  aufli  belles  que  cet- 
te Ventés  :  Voila  un  triomphe  marin ,  dont 
la  Venus  à  tous  les  traits  dt  Me ffaline  :  Ahï 
Pomponius  •  voilà  un  Adonis ,  qui  vous  re(^ 
femble  en  perfeflion  s   Ces  Grâces  doivent 
avoir  froid  $  mais  les  divinitez  font  impaH* 
£btes:  Corbleu  (bit  dé  l*âne  de  Graveur  i 
ua  Menufier  avec  fon  rabot  en  feroit  au- 
tant g  voila  des  traits  affreux   0c  groiftcrs. 
ï>ites-moi  ,  Mondeur  le    Bibliothécaire,  ce 
téVtvt  traite-til  de  jeunes  /  de  pénitences 
&  de  mortifications  f    L'Auteur  fera  trop 
fage  répartit  Samar ,  pour  prêcher  ce  qu'il 
n*aura  jamais  pratique  ;   Non  ,  Mondeur  ^ 
ce  Livre  ne  tra'te  que  des  Dieux  ,  des    guer- 
res, des  cdiRces  ,  des  fépulcres  8(  des  ha- 
billemens  dci  Anciens  j   ou    plutôt  ,    c'cft 
une  Compilations  de    Figures  prifes  de  cote 
^  d'auu't  5  &    mifes  ji  peu  près  (elon  l'or- 

£  6  dre 


(  ,08  ) 

if  ats    tetns.     Ne  demandez  ï   v\uitat 
txi  critiqiK,  ni  explication  des'  images  :  il 
ne  vous  éprendra  que  ce  que  vos  yeux'  peu* 
tcut  voir  ,   excepte  >  s'il  l'encontre  dts  Pic-» 
cet    qui  aient  ctë  expliquées  par  quelque 
Savaac  t  alors  il  vous  les  peinturera  fîdele^ 
ftient»  en  copiant  avec  exaditude  l*Âuteur^ 
qui  lui  aura  devclopc  des  Myfteies  iâCoimus» 
Si  quelque  fois  il  perfonnîfie  à  tort  ou  à  tra« 
vers  quelque  nom ,  c*e(l  moins  par  malice  qutt 
pav  défaut  àt  jvigement.     Par  une  fuite  du 
it)ème  défaut  «il  mettra  (t>Ti  Latin  txéff  to* 
chf  de  fon  François  \  ce  qui  y  ferareconnoî* 
tte  ^\MCit\irsGallîciftnes,    Quelques  lambeaux 
pris  décote  Se  d*autre  relèveront  Ton  Ouvra* 
ge,  mais  ils  feront  tort  à  fon  ftile  ,  domiltf 
feront  piro5t«  le  foibîc.  Pour  fepicquerd*^- 
audition,  n  fe  fera  honneur  de<  penfcesdel 
lipicuritns\cs  plus  fcelerats.     Un  infâme  Pe^ 
trpne,  qui  fera  pendant  fa  Vie  Tlntendanf 
6ts  plaifirs  de   Néron  »  fera  fon  Auteur  fa' 
milier.     Les   Hiftôires  de  &^artilla  ^  dt  là 
Matrone  d*h''f>hefe  ,  Ôt  le  repas   de  TrimaU 
ciun  feront  des  preuves  auténtiques  des  fâtti 
^uMl  avancera.    Je  fuis  même   furpris  com« 
jljfm  lln'Bura  pas  fait  entrer  dan«  fon  Ou^' 
Vragc  l'HiftoiN  d^Cirté  ^  dt'  Pêlienos  $  non 
plus  que    les  Oies  CsiCtéts  ,    quoi  qu'il  ait 
10 4  hé  cette  matière*      Sofi  Ouvrage  fe-l* 
d'abord  aflcz  bien  reçu,   5c  pourra  tiirithif 
Ifts  L'braires  &c,  l'Auteur,  mais  enfin  il tom« 
i>era  (t  bas ,  qu'il  fera  mepHfé  de  toui  Vt  mon* 
4c,  parce  qu'on  fe  convaincra,  qu'il  aura 
ctc  mil  exécuté.     Le^^cflcin  éioit  bon*niaIi 

au  dc^usde  la  ponce  de  TAuitur, 

'  CHA. 


f 

l 


CHAPITRE    XIX. 

^  CatédogH€  de  quelqutslÀVrtideU  ÈiUio*^ 
the^Mw   de  la  Lunt* 

PËnciant  que  Samâr  (i\Co\t  \t  pànegyrl* 
que  du  Livre  àtV  Anitqmti  expliquée  ôc  té* 
pre(cat^  «&  %urcs  |  C^/er  donna  à  Pomfâ* 
Hius  un  Manufcrit  »  <]u*il  tvoît  trouva  fiK 
k  tacMe  av«t  c«  Titre  .*  CatâUft^e  des  iji 
wrgs  d€  Ix  Bihlhthiqttê  di  ià  Lutn  X  Tome  cln^ 
uns\  article  dix- neuf  t  l^vns  de  la  CùmpA^ 
gmê  dé  Jifus.  Pomponms  lût  quelques  Tl^ 
tîts  »  entre  autrifiteui-c{« 

La  vie  dé  Mfmfiêur  CoUiert  ArthiviqUê  di 
•Rouen»  pdtU  Pir4i\x&tt,     ^  Qyiim 

^  V«îcî  ù  A  autre  CAtatogtte  qui  coum  iitlê 

Ttàité  (k  r Amour  du  bîenPtiWîc ,  par  Kl»' 
le  Duc  d' Antin ,  dcàié  a  M.  le  ftuc  de  NoaîUc^»! 

Réflexion  fur  lâ  Vie  des-Percs  du  DePert,  p34 
M.  I* Archevêque  deCambray>'dcdiié  l  M.  \t 
Cardinal  de  Rohan. 

Traîu'du  rti^prisdesUicaféâncèSipar  Ma» 
dïittie  (a  Duchedè  de  Saim-Aignail ,  dedic  à 
Madame  ia  Ducheilê  la  Mère» 

Ancien  Traite  du  mérite  dti bons  AutetiTij 

Itm  de  la  Comédie  que  de  ropera  i  par  Ma* 

ckime  la  Duthede  de  Oefvres  »  dedi^  à  Madame 

^  Maréchale  de  VUlars. 

E  f  Traite 


EU^is  dis  Cianctiiirs  de  France  ;  par  Sfi 

gauU  s  dédie  à,  Af.  de  Pomchanralm 
Vu  de  Monfietér  U  Cardinal  de  Koaille  ,  JÎr^ 
%        chevêque  de  ^hn%,parfiic\ithomtg. 
Problèmes  politiques^  ecclefiafliques  tsf"  jefui^ 

tiques,  far  Daaiei ,   dédié  à  Mtfsefors 

du  Parlement, 
Traité  der  droits  des  Parlement  par  lauyenci^ 

commenté  far  de  Laïtre  j  à  Komc,detêX 

J^mes'  in  folio. 
Tiê  de  Philippe  Duc  d*Or\tzns  ,  Régent  ié 

France  jufquUn  t;  17.  par  Tellicr  j  k 

La  Flccfae. 
Traité  des  Intriguas  par  Caaffin*  revn  par 

Gallois  X.  tomes  in  4, 
^  Direction  definterejjée  des  Sutifantesg^far 
^       Pi  la  Rue  ^  à  f  «moik. 

Traité 

t  Taîtc  de  Textrëine  emiuydcl*în<ïiffcrcnce 
torcét,  par  Madame  de  Rupermondt  ^  dcdié 
à  la  Maréchale  d*£ftrées. 

Traite  dct  agrcmens  &  de«  charmci  de 
tinconftance,  par  Madame  d'Evicux*,  dedic 
à  Madame  de  M^iUebois. 
k^  Trahé  du  rcfpc^  qu'on  doit  aax  Princes  du 
^ng*  P«r  M.  le  Chevalier  deRohin,  dedié 
à  M.  de  Richelieu. 

"  Traite  des  avantages  qu'on  tire  en  •'élevant 
au-deflus  de  fa  condition  par  le  Commerce  du 
grand  monde  ^  niis  «n  lumière  ptrRouiTeau  ^ 

dédié  à  Nointel, 

^  Traité  des  compigntes&  des  SocîetcîdesDi- 

snes>parM.de  la  Tremoille>dedié  à  M.de  Mont- 

bafon; 

Traite 


AWtfH  de  V Emulation  tntre  les  Profeffturs  iê 
\  Bih€t^ii{m  ,■  far  Force. 

\Traifé  de  rjiumiltté  ,  par  L^czs  y  commtnti 
\  pdr   d'AiMbonne, 

Za  Direflion  d'Intention  pour  Us  AâUûns  ini 
différente^ ,  par  Martincau. 

JDc  l^Abftinence  du  l^n  par  Lt  F«rtc. 

JD^   PEdHcation  des  Enfam  ,  far  Saoadon^ 

J>f^  dûâies  Amufetmns  ,  far  Teurnemme, 

Fendant  qu«  Pompomut  IiToit*ce  Cacalo^ 
gue  ^  Pijon  rimerromptc,  pour  lui  faire  1* 
leé^urc  de  quelques  -Livres  de  la  Congrega* 
tiott  de  S.  Maur ,  dont  Egnatim  lui  a? oit 
donné  le  Catalogue.  Il  lut  z 

Trmté  de  ^importance  de  vivre  en  Con^rega^ 
tion  r  fof^t^  fe  fouflraire  À  la  JuridiHiof^ 
Epifc^alt  r  far  ^'Yfard  v^Andoufiaf. 
Traita  méthodique  de  U  Rat/on  ^  de  Vufagê 
du  Bon^Stns ,  far  %zmit'}Azxxh%  f  Ain* 
uur  de  la  Rapfodie  ,  intiadie  ,  Trait t 
de  la  Confeffwn  auriculaire  ^  contre  kf 
(  Miniftre  Daillé.. 

I>eir 

Yraîtcdc  la  fine  Goqncteric  pratiquée  dans 
lies  Provinces,  par  Madame  de  Vrillac» dédié* 
à  Madame  de  Braban  * 

Traite  de  la  Vérité ,  par  M.  le  Comte  d*0f«2  î 
dédié  à  M.  le  Duc  d*£lbeof. 

Traité  des  plaifirs  dt  Vamour ,  par  M.  leMar» 

qnisdcGervresjdediéà  M.  le  Duc  de  S.Sinnoitk 

Traité  de  lia  fureté  du  Commerce,  parM« 

de  Coiigny  ^dédié  à  M.  TAbW  de  Buflv.    , 

Traite 


(iti) 

pif  drvoin  de  V  Amitié ,  de  la  RetêHHâij^ag^rà 
V  di  la  Bonnp-Fâi  ,  far  Richard  Bri^ 
dct  ,  dédié  à  Monfieur  Rampûoux  ^  ^ 
Lagny  »   chez,  Ckarles  Mercier. 

Dé  VUttlué  dti  Penfiom  Momajiiques  ,  fûu^ 
$cnfervertg/prîf  de  Pauvreté,  far  Mont* 
^acoQ  ,  didié  à  la  Famille  d*Èi\ré^s. 

Opmmentaire  fur   le  Traité  de    iXftilhé 
Penffûtts  Memaftiques ,  far  Martin 
quet  ,^  dédié  au  Prepdent  Lambert. 

Traité  du  Mérite  far  Marcland  ,  re^upar  H- 
fan  ,  augmenté  far  Haudard ,  mis  en  Itt» 
mierefar  Ma-Qloire-Lo<  »  dit  Ruftao.  ] 

'^IfoUpe  four^  Us  Frères  ConiJièrs  ,  far  Thr* 
b^QJd  /  dédié  à  Monfieur  Roger  <]# 
Cbàuuforc 

^     ZH 

T^ait<?  dé  l'Adu!tci-e  ,  ^ar  le  Cardihal  d# 

^oligàac»  dedicàMad  la  DuchefTe  du  Maiaèi' 

|Traî(c  dés  mauvaifes  Paroles  êc  des  Diftours 

tmpertinetis,  f>arM.  le  Codaté  de  Chifoloft^ 

4cdic  à  Mad.  la  Princtfïe  de  Comy  la  Mcre. 

Traite  de  rimpuifTancè,  par  M.Danfecune^ 
Itvii  ôc  corrigé  par  M.  de  la  Rochcpot. 

Triité  de  l*Àmbyr  du  Prochain,  nouvelle 
panière  de  cacher  Tes  défauts^  par  Madame  de 
Beaufremont  «  dédié  à  Madame  de  Chacillon  3^ 
THôtel  de  Conty. 

Traité  de  rihipértînthce ,  par  M.  le  bue  d^ 
Louvigny ,  de  lie  à  Madame  de  Montbafon. 

Traité  <\ts  Pofturfcs  de  1* Aretih,  par  la  Fillon, 
^dié  à  Madame  la  DûcheCTe  de  Luynts. 

Traité  dc^  Douceurs  du  Cocuâge  ,  par  Mad. 
de  Kionafteroles^  dédié  à  Madainft  d(  ^eile.    ' 

Tr4i;é 


Dr  t*t7fa^elqu*on  doit  fdire  du  RevinudesBim 
neficêl ,  par  La  Prade  ,' dédié  k Mr  de 
Befons  ,  Archevêque  de  Roiien/ . 

Tra^ifé  de  l*  Agiotage  isr  fa  pratique ,  à  Vufagê 
des  Officiers  de  laCongregation  deS.  Maar« 
par  Bonnecafe,  dédié  à  Mr  Law. 

Z,a  vit  du  Commandeur  <^*AIigre }  avec  un  Ca* 
talogue  des  bons  Livres  qui  peuvent  fof» 
mer  une  Bibliothèque ,  far  Brainmeiet. 

Pendant  tette  lefture,  Prifcus  avoit  mî| 
la  main  Air  un  autre  Catalogue,  qu'il  donna 
à  lire  à  Pifon^  Voici  quelques  uns  des  Livres^ 
dont  il  faifoit  menLJoii. 

X«  Vte^  la  Mort  du  Comte  de  Horn  ,  par  U 

Secrétaire  de  la  Compagnie  des  Indes, 
'/ivan^tures  du  Cardinal    Âlberojai  ,  par  le 
.  Marquis  de  Giiinaido. 

Hiftoirê 

Traita  4e  la  Méthode  d'accorder  pludeurs 
amies ,  k  les  faire  vivre  enlemble  avec  cordia- 
iftc ,  par  Madame  de  Maifons  >  dedic  à  M.  d« 
Wonthafon. 

Traite  du  plus  fin  purai^ne.parlaPrefidemé 
^  ïillon ,  dedic  à  Madamfde  Boyer. 

Traite  de  la  moderatian  des  DefîrS,  flc  de  la 
parfaite  continence,  par  Madame  Defeffàrts, 
Atèi\t  à  Madame  la  Duchelfe  de  Boiiillon. 

Difpute  rédigée  en  forme  de  difcours  fkmi* 
liers  fur  laNoblcffe&l'Extradion,  par  Mad. 
de  Jonfac,  dedic  à  Mademoifelle  Maran, 

Averiiiremchr  pour  la  Jeaneiîedela  maniera 
dont  on  enut  ckez  Caûcl ,  par  J4.  le  Ehic  de  U 

Trcm^iUc, 


du) 

iBiftoirt  ii  U  Naifanci  du  Prînu  de  GaBci 

f  Koine^  didiè  à  la  Prince  fi  5obieskî. 
ta  Vie   de  U  Ducheffè  de  Berry  ,  par  Mr 

Madîllon^  tMêque  de  Cltrmont. 
Manière  d'af  rendre  à  parler  aux  Perroquets, 

par  la  Duchejfe  i^Vamadour  ^fe  débité 
r        chet,  U  Villcford. 
fiiftoiredu  iA\S\{S\^\  ,parleJ>uc  de\A  VoTCt§ 

dédiée  à  Mejpeun  du  Parlement. 

TrcmoîlIe,dcdicà  M.  le  Prîncc  de  Monibazofl# 
La  troiCéme  édition  eft  fous  la  Prcffc. 

Réflexions  fur  la  honte  où  jette  la  bairefTed'uil 
choix  indigne,  avec  une  petite  Nouvelle  écrite 
à  la  main^  venant  agréablement  au  fujet  par 
M  ad.  de  Lomaria,  dédiées  à  Mad.de  la  V^erne. 

Traité  des  devoirs  de  Phonncte-homme ,  par 
M.  le  Duc  du  Maine  ^  dediét  à  M.  le  Premin 
Prefident, 

Tableau  de  l'amour  ^  con(îderé  dans  l'etal 
du  Mariage  >  par  Mademoifelle  de  Duras }  de* 
dté  à  Mademoifelle  de  ChoileôU. 

Le  parfait  Négociant,  traduction  nouvelle, 
par  M.  le  Duc  de  la  Force. 

Traité  des  avantag^du  Commerce ,  îhïàem* 

Hiftoire  Generalemla  Folice&  de  fcs  Pro- 
grez ,  par  M.  d*Argenfon  le  fils ,  dédié  à  M,  If 
Carde  des  Sceaux. 

Didertation  Hiftorique  fur  lesRichcfTesde 
la  Compagnie  des  Indes,  &  de  (on  Commerce 
floridam  dans  les  quatre  Parties  du  Monde, 
avec  le  dénombrement  de  Tes  Comptoirs  le 
long  du  Fleuve  Mifllfïïpi ,  par  M.  Crozat,  di* 
àié  à  M.  le  Maréchal  d^Ëttrées. 


Vejtrtpttan  àé  la  Magdelaîne  de  Tralfnrfil 
far  ^'Argenfon ,  dédit  à  Monfigur  Da« 
gucfleau  Chancelier,  «) 

JSigtraitê  de  la  Qomteffe  ^'Armagnac  aux  Fti 
les   de  Sainte   Marie  ,  far  Charles  de 
I.^rratnc^  dédié  au  Duc  de  Nbailles. 
JJs  S^ualitez  requifes  dans  un  Evêque ,  par 
Du  Bois,  Archevêque  de  Cambrai ,  dédié 
à  Mr  l*Evêquf  (/fiantes. 
^talfé  du  Cocuage  c?'  de  fes  avantages,  fûf, 

le  Maréchal  de  Villars. 
J^s  ^^alitex,  requifes  dans  un  Souflei  peur 
(treinjurieu^  ,par  le  Duc  4*Eftréc8,  dedii 
au  Prince  ciiÇtr\ts,GrandEcuyer. 
Syftemepbur  réduire  les  Moines  rentex,  à  Pen» 
[ton  congrue ,  aiîn  de  faire  part  de  leuf$ 
grands  biens  aux  pauvres  Gentilshommes, 
quifef&nt  ruinez. à  l* armée,  par  Va»» 
nier,  dédié  au  Cardinal  Du  Ihis^ 

Que  Diable  ,  Monfîeur  le  BibUothecatf 
re  ,  continua  Pifon,  qu'eft-ce  que  tout  ccl» 
veut    dire  .'  Ma  foi  ,   je  n*y  connois  tiertw 
IF  y  a  bien  des  Hiftoires  attachées  ,  dit  54- 
^ar  y  à  tout  ce  que  vous  avez  lu.  Les  mvh 
railles  ont  des  orciiles.  Je  ne  puis  pas  biew 
^*     vous  dire  ici  de  quoi  il  s'agit  5  mais  peut* 
être  qut  nous  aurons  occafîon  d'en  parlçr 
un  jour  i  ôc' je  me  ferai  un  phidr   de  con- 
tenter   votre    curiofité.    "Et   pourquoi   pa« 
prefentement  r  dit  Pomponius^  Voyez-Yo«$» 
dit    Samar  ,' ct%iz  Compagnie  ,    qui  entre 
par  là- bas   \  S'ils   nous  entcndoicni   parler 
de   ces   matières  ,  ils  croiroient    que    nouf 
cabalkrions  cantrc  l'Etat,  parce  qu'ils  n'y 


^teniroSent  tîen.     Il  s*agicdcl'Htftoired*ùA 
autre   Monde  »     &  d*un  autre   (îecle  ^  qui 
vous  doit  être  fort  indifereni  :  Ainfî  remct^ 
tons  cela  ,   je    vous  prie  ,  à  un  autre   foif. 
Dires-moi  du  moins  ,  répartit  Pomfonius , 
qui  font  ces  MefHeurs  que  je  vois   là  bas. 
Ce  Grand  >   dit  Samar ,  que  vous  voïei 
au  milieu  ,  c*e(l   nôtre  Magidrat.     Les  di- 
gnités chez  nous  Ani  .éleftives  ,  8c  le  mé- 
rite y  a  or;Jinairement  plus  dé  part  que    là 
faveur^     Celui  que  vous  voïez ,  Ôc  qui  nous 
gouverne    aujouri'hut,     a  cic     long-temi 
Grand  Picvot  ,    Ôc  c*cioit  fon  véritable  ta- 
lent.    C'fft  un  homme  hardi  ,    intrépide  , 
entreprenant,  d'un  cfprit  vif  3c  penciraîif  j 
fier,  ambitieux  ,   fupcrbe  ,    ceconome,  ho- 
ncte,  qui  ne  l>ait  pas  le  fexe,  non  pas  qu'il 
«n  abule  ,-  itiais  i^  ed  bien  aile  de  voir  une 
belle  pcrfonnc.     Il  a  trois  ou  quatre  Gar- 
çons qui  promettent  beaucoup  :  Il  les  avan- 
ce le  plus  qu'il  peut.     Il  fait  peur  à*  voir  5 
J4  efl:  plus    noir  qu'un  Egyptien  i  II  ne  peut 
^oufFi  ir  perfonne  qui    partage   le    Miniftere 
4ivec  lui.     Sontems  finira,  autant  que  nous 
pouvons  le  prévoir,  pour  ne  pouvoir  s*en* 
{«■vire  a\ec  ceux  qui  gouverneht  avec  lui. 
L'au  oiirc   du    Diredeur   des   Finances  lui 
eft  rnfurporfablci  mais  il  fuccombcra  :  Qui- 
conque a  de  l'argent  a  toujours  raifon.  Le 
Magiftiat  que  nous  avions  avant  lui  >    cft 
un  homme  intègre  de  de  probi/é.     Sontems 
étant  fini,  on  nt  pouvoir  pas  mieux  fiirc  , 
pour  le   faire  regretter,  que  de  lui   Tubro* 
ger  ceiui  qu'on  a  mis  à  fa  place.     On  ef- 
yxt  cejienJâm  qu*il   pouna    revenir    fur 


<n7) 

i^#aii  ;  Mais  on  aprcucac  que  ti  itmaîs  fa 

fortune  lui  eft  favorabie  >    il  ne  facrHîe  au 

mainîifn  de  fa  propre  grandeur  ce  qu'il  « 

acquis  de  réputation.     I)  a  une  nombrciife 

IFanaille-     Il  n*eft  pas  riche  $  il  doit:  com* 

ment  ^ire  \  Pour  peu  qu'on  ait  de  naturel 

^   qu'on  aime  (et  cnfans  ,  on  s'atachc  ail 

-falide,  en  abandonnant  une  vaine  téfut%» 

tioD  qui  ne  raporte  aucuh  profit. 

Ceux  que  vous  voi'cz  avec  nôrre  MagiA 
trat  font  nos  principaux  Officiers  d*ar« 
mée.  Il  y  en  a  peu  parmi  eux  qui  con« 
noiflfent  la  véritable  géncrodté.  Une  de 
nos  Damet  a  dit  daninne  chanfon  ,  que  le 
plus  vievx  s'étoit  fait  nvocquer  de  lui.  On 
dit  de  Tautre  p  que  fa  Femme  a  le  cœur 
fendre.  Celui-ci  eft  un  fou  &  un  brutal  , 
qui  ne  laîflèra  pas  d*en^ns.  L'autre  ne  hit 
plus  rien  depuis  qu'il  fe  voit  dans  le  pre* 
mier  rang.  Celui-ci  i  plus  l'air  d'un  Ma<*^ 
giCtrat  que^l^un  General.  L'autre  eft  un 
rougueux  ^  grand  hâbleur,  qui  ne  parle mc« 
me  aux  Damçs  que  de  feu  &  de  fang.  Il 
y  a  des  Prçtendans  au  Commandement  ^ 
qui  font  gens  de  mérite  ^  mais  en  petit  iiom« 
bre  i  la  plufpavt  font  jeunes  Gens  ,  qui 
n*ont  rien  de  rec«mmandable  que  leur  N6« 
bledV  T'en  ai  vu  un  qui  eft  mort ,  être 
Grand  Maître  d'un  Ordr#  Militaire  fans 
avoir  îamais  tirce  r^pce  que  ponr  faire  dii 
fleuret.  Nos  Dames  ont  de  la  vertu ,  elles 
confevvent  la  politefle,  flc  foutiennent  avec 
^clat  la  beauté  de  leur  Sexe  ;  Quoiqu'elles 
a'icnt  dtt,  manière?  fort  faciles  ,  il  tft  rare 
qu  PO  oblifBn*  d'elles  quelque  faveur  ,     ^ 


«loffif  qii*Ofi  ne  (oie  beau&  biea^fiut^oabfctil 
^u*on  n*aye  beaucoup d'efprit^  de  naiflance, 
•uc«  qui  vaut  tout  cela,  à  moini  qu'on  nf 
leur   faflè  de     magtiifîques   preTens.     Elles' 
font    très  fages  s  Elles   ne  youdroient  pas, 
pour  une  baj^atclle ,  rien  faire  contre  leut 
honneur. 


CHAPITRE     XX. 

Htftesre  du  Druide  de  Medoe.  Ordre  du. 
PAv'iUon»  Per trait  du  Prince  de  Bt» 
Irfan^ 

PEndant  que  Santar  s*^tendoît  fur  Id 
louanges  des  Dames»  Egnatius  qui  s'a» 
inufoit  à  lire  les  Titres  des  Livres .,  tomba 
à  la  .Tablette  des  Livres  preux  ,  fur  trois 
petits  Tomes  in  douze i  reliez  à  la  J^^J^ 
nifle ,  intitulez  :  Les  Miracles  du  C«.X>.  K.  Il 
«n  prit  un  ,  &  lût  quelques  pages  ,  àc  ûn 
fort  édifie  de  la.fainre  vie  de  ci  Prélat.  Ju- 
geant ,  que  ce  pourroit  erre  du  gibier  pouf 
Pi/on  ,  il  lui  fit  part  de  fi  découverte.  Ce- 
lui-ci ,  (ans  fe  donner  la  peine  de  ies  lire  ^ 
demanda  au  Bibliothécaire  ce  que  c'étotf. 
Samar  fe  fit  un  peu  prier  pour  lui  en  dire 
fa  penfée.  Mais  Pijon  Ven  pria  de  fi  boa- 
ne  grâce  au  nom  de  la  Compagnie  »  qu'il 
ne  pût  fe  dtrpfînfer  de  s'expliquer. 

Vous  n^aurez  »  dit  il  ,  qu'en  l'an  du  mon* 
de  fept- mille  fept -cens- douze  qu quinze^ 
ou  environ  #  il  y  turâ  dans  les  Gaules  un 

P;uï« 


(  "9  ) 

Ji]:>ruS<Ic  pleîa  d*an  vr«i  mcrîfe.    Vont  t^t^ 
^ez    fans  «Soute  ,  que  les  Druides  fom  let 
I Prêtres   de  cette  Natioiu      Entre  ces    Prê« 
fCres   ,      il  y    en  a  de  plus  e'ievcz  en  digniië 
les    uns  que  Tes  autres.     Celui  dont  il    s'a* 
l^it  9   fera  un  des   Princes  des  Prêtres   de  Ùk 
M'atton.     Ces  Prêtas  font  obligez,  parleur 
Sacerdoce  ^    à  mener  une  vie  exemplaire  t 
chafte  ,  modérée  ,  exempte  de  padions ,  5c 
de   plus  à  engager  te   Peuple   a  fe  formef 
fur    leur  exemple.     Le  Druide  de  Medoc  ^ 
dont    parlent  ces  Livres,  fera  le  Prince  de 
Cbn  tems  le  mieux  fait  de  le  plus  accompli. 
11   )oiadra     à    Tavantage     d'une    Natflan* 
ce    Royale  toutes  les  plus   excellentes  qua« 
litez,  qui 'peuvent  former  un  grand  Hom* 
t&e»      Il  brillera  entre  les  Druides  de  foo 
tems  par  la  foliditc  de  foir  j^ement    Ôc  la 
pénétration    de   Ton  efprit»     Quelque  cm« 
brotilllce  que  doive  être  la  Religion  Gauloifi  , 
îl   n*j  aura   de  ton  tems  ,     ni  Seâe  ,  ni 
Parti ,  dont  il  |ie  puiflè  rendre  les  opinionf 
probables  par  laAibtilité  de  Ton  génie.     Et 
'  quoiqu'il  puiflTe  paroitre  changer  de  fentt* 
ment  dans  le  fond  il  fera  toujours  le  mê<« 
me  ,  c*cft-a-dirc    un   Prélat    éclairé ,    fça« 
Vant  ,  8c   brûlant  de  zèle  pour  Ja   Convcr« 
fion    des  Pécheurs.    Onje  verra  porter  la 
charité    ju(qu*à  fe    famîlîarifer  avec  touteîr 
les   Dames  de  la  Cour  de  deux  Rois  &  de« 
mi  ,  pour  les  convertir  &  les  engager  à  pra* 
tiquer  la  vertu.     Sa   conduite  pleine  d*hoii« 
nêteté  Ôc  de  douceur  fera  fufpeâe  aux  Ma* 
ris  jaloux.      Il  préfervera  cependant  par  fon 
Ç](çmple  la  Cour  de  ion  Koî  de  tous  les 

mius 


(    TIO   ) 

hiatfx  qui  font  la  fuite  de  la  corruption  tfel 
mœurs.     Ne  doutez  pa  s    qu*il-  ne  (bit  ex« 
po(é  a  la  mcdifancc.     Il  eft  impofHble  d'ê- 
tre beau  ,  bien  faic,  d'avoir  de  rcfprK^  dt 
la   naifTanci  ,  de  grandes  riche^es  ^  ,  <c    de 
Çt  famiHarifcr  avec  les  Dames ,  i'zns  qu*on 
y  trouve  à  redire.     Sa  vertu  lui  attirera  des 
ennemis  implacables.     Quelque;  Dames  é% 
la  Cour  ,  dont  il  mcprilera  les  offres  ,    pi- 
quée au  vif  du   plus    fenfible    aâ^ront   qii» 
des   Femmes  puiiTe ne  recevoir  ,    cbrrom* 
pront  un  de  Tes  Domeftiques  ,  afin  de  (çâ- 
voir  les  noms  de  toutes  les  Dames  »   à  la 
converfi^  defquclles  la  charité  de  ce  Pon- 
tife s*eiiploycra.     Le  perfide  Vaîct    trahi» 
ra  iufv]u*aux  plus  fecrettes    penfées  de  Çon 
Maître.     Les  Dames  outrances  attribueras! 
au    Druïie  de  Medoc  toutes  les  débauches 
de  fcs  Pénitentes  s  &  fous  le  titre  ironique 
de  Miracle  du  C.  D.  R.  feront  de  lui  un  por« 
trait  affreux  ,  de  lui  in:pMîQront  tout  ce  que 
les  crimes  les  plus  énormes  oat  de  phis  fce^ 
Icrat  :  Mais  rien  ne  fera  capable  d*ébranlcr 
la  vertu  du  Pontife.    (1  découvrira  par  (c% 
Emiâaires  d'où  vient  le  coup  11  convaincra 
It  piftolet  fur  la  gorge,    fon  perfide   Do- 
•leftiqqcdela  part  qu'il  aiira  eu  à  cemyftere 
d*inîquité  ^  Se  par  une^generofité  vrayement 
Hoyale,.  il  lui  donnera  la  vie  6c  la  liberté j 
à  condition  que  s'il  eft  affex  téméraire  pour 
continuer  un  ouvrage    aufli  déteftable  ,  il 
ipetjra  dans  la  Préface  du  quatrième  Tome^ 
que  le  Druide  de  Medoc  l'ayant  çonvaioctt 
4e  fon  crime  a  eu  affe?  de  grandeur  d'ami 
pour  le  lui  pardoçnfr^ 


7«  ne  croyoîs  pas ,  dît  Priftta  y  iplî  fé 

dât   rencontrer  tant  de  vcrru  chez  les  lar- 

fear«s.    Ce  Dr«ïde  fera  dig«e  d'être  Romain  i 

11  c A   aura  tout  le  mérite.   Je   troiiTt  cetto 

fnaniere  d*infulter  les  geni  les  plus  ourra« 

gemnt€$.     Quoi  alFeéler    de    dire  du   bien 

d*un    Homnie,  pour  le  déchirer  plusciuef* 

1  emc nt  \   Donner  à  Tes  Avions  le  tirrt  de 

J^irâcles  ,  pendant  qu*on  les  peint  avec  def 

couleurs  les  plus  noires,  c*eft  une  chofe  itim 

Migne,  je  ne  dis  pas  d*un  honnête  homme, 

Riais  d^un  efprit  ^ofte.     Kos  Oiureurs  no 

ibnt-  pas   tombez  dans  ce  défaut.   Quand 

X>grfjûfihtpes  entreprit    Phiiîfft  Roi  de  Ma* 

€9doitte  »   il   ne  prit  pas  des  détours*  pour 

Itfi    reprocher   Tes   vices.    Tout  le  monde 

i^att   avec   i|fiel  véhémence   Ciuron    atta« 

e|ua    Antoine,    Monfieur  ,  repartit   Samâr^ 

Je  Titre  de  ce  Livre  eft   une   Satyre   de» 

plus  mordantes.     Le  (îccte  où    ce   Livra 

paraîtra  ^   .iie'<<«rt    que  rrop  fécond   en 

Ecrrvaos  (loceres.    Il  fe  trouvera  ^t%  Au* 

tcivs  aflèz  hardis  pour  ne  ménager  ni  la 

pourpre  ,    ni  le  fceptre  $  &   ils   auroiît  le 

malheur  d'éprouver  que  tous  1rs  Princes 

ii*blit  pas  la  vertu  dés   Druides  ,    0c  |i*ûat. 

pas  \z  generofitc  de  Ton   Altefle  de  Mtdç€^ 

l\  n'y  a  c^  la-Terité  qui  ofFeofe.  Quelque 

.    (cande -que  «TOUS    paroîfle  i*aâion   de  ce 

pruide  y  elle  n*e{l  •.  pas  extraordinaire ,  puî(^ 

que  laiiSuit   un   attentat    de*  c^tte    nature 

Impuni,  il  perfuadera  le  Public  de  (on  in« 

«ocence^  6c  convaincra  fes  ennemis  de  ca- 

Tpmnic. .  Mr ,  dit  dUr ,  je  crois  que  ce  Dmide, 

d^it  defcendi't  de  vous  en  droite  ligne  }  de 


(  1»»  ; 

k  manître  «ont  yous  défendez  fou  pare?^ 
Il  faut  que  vos  *  imerêcs  foient   communs 
avec  les  (iens.  Si  Mr ,  dit  Pomfonius  ,  vi  voit  du 
teins  de  ce  Druide^  ^  que  je  lui  ciytendifie 
tenir  un  pareil   ingage»   jfe  in'imaginerofs 
qu*il    ne  juftifieroic   le  Druide  de    Mtdoc, 
que   pour  gagner  les  bonnes   grâces    àti 
Dames  de  Ton  parti.    Vous   en  penierex» 
Meiiieurs  «    ce  qu*il  vous  plaira  »   rcparril 
Samar',  mais  je  Tous  déclare  foi  de  LunoiSj 
que  les  feuls  intérêt^  dt  ia  vérité  ofFearéa 
m*ont  engagée  à  prendre  .fa  défenfe.  J*aivâ 
de  fî  beaux  Eloges  de  ce  Poniifc  dans  lei 
Livres  de  ce  tems  où  Ton  parle  de4ui,  que 
)e  Caii  convaincu  que  le  Prince  d'Argentine 
fera  le  plus  honcce  homme  de  Ton  fiéclei 
Avotiez  ,  dit  i^ifm  ,   qu*il  eft/  heveux  de 
vous  avoir  pour  Avocat.    Je  vous  laiilè  à 
penfer  (î  la  leûure  de   fci   MiracUs  noul 
eût  donné  de  lui  Tidée  que  vous  foûbaitei 
que  nous  en  ajons.   Pour  mol»  dit  P^mf^ 
nius ,  i'euffe  lu  le  Livre  ,  &  i*eu&è  conclu 
que  le  Saint  qu*on  y  fête ,-  devoit  être  la 
plus  grand    fcelerat  ôc   l*homme  le   p{|if 
abominable  de  Ton  tems.     Il  «ft  fôcheux 
d'irriter  un  homme  qui  /çan  écririez  puifque 
It  moindre    chofe  qu*ofi   sifquc  >  en  Tof 
fenfant,  eft  ce  que:  nous  avodsdc:  pluf'pré* 
<!$eux  »  f^avoii^  laréfuution^  l'jionneur.^ 
Le  Druide  y  pourvoira  ,   répartit  Sumari 
il  employera   btilement   une   partie  de  Tes 
revenus  à  retirer  les  Exemplaires  ,  qui  fé 
feront  répandus  de  cette  Edition^  qui  deviendra 
anfl!  rare^da«sles  Gri9#^/<^ .  quei  les  Pucelages 


de  vingt  ans  k  font  à  ^omê  ,  s'il  en  faut 
croire   Pi/on. 

Qu*eft  ce  que  c'eft ,  dit  Egnatius ,  que  ce 
Bâtiment   magnifique    que  je   découvre  la-* 
bas    le  long  de  la  rivière    qui  y  fait  face , 
d*un   coté  8c  de  Taurre  donne  fur  un  grand 
)ârdin  ?  Ceft  ,   npittitSamar  ,  Tanciennc 
demeure  des  Hois  du  ^^s.     On  confervc 
ce  Bâtiment  à  caufe  de  ce  gros  Pavillon  que 
vous  voyez  au  milieu  /  pour  perpetaer  la 
mémoire  d*un  Ordre  de  Chevalerie  qui  y  â' 
été   fndituc.      Aîegas  Roi  de   cette  Nation 
laiAa  en  mourant  pour  héritier  de  Ton  Em- 
pire un  Tils  unique  >  qui  à  peine  avoit  foi* 
xante -treize  Luncst  II  fut  aflèz  long-tems 
fous  la  Tutelle  des  Orands  du   Royaume , 
qui   pour  fa  fureté  ,  Tavoient  ,  pour  eind 
dire  ,  enfermé  dans  ce  Pavillon  avec  leurs 
Enfàns.     Le    jeune    Prince    à  qui  Tefprif 
venoit  avec  les  années ,  voyant  le  dur  eC- 
clavage  où*  on  le   réduifoi:  ,   de  ]*avis  des 
jeunes    Seigneurs    qui     étoient  avec    lui , 
înftîtua  un  Ordre  desjChevaUrie ,  qu*i]  apclla'*' 
V Ordre  du  Pavillon.  Les  Grands  furent  bien-   ^ 
tôt  avertis  de  ce  trait  du  jeune  Prince*  Us 
connurent  facilement   qu'il  foupiroit    après 
la    liberté.    Us  la  lui  accordèrent ,  ôc   c» 
Prince  depuis  qu'il  Teut  obtenue  ,    ne  fît 
plus  6t  Chevalier  s  du  Pavillon  ,  excepié  lorf- 
qu'il  étoit   en   cojere    contre  'quelque  Sei- 
gneur ^  alors    ]e    vous  fais  ,    lui  dîfoir-i], 
chevalier  du  Pavillon.   C'éroît  lui  dire  ho- 
ACtemem  qu'il  gardât.  les  arrêts.  Sans  doa« 
te  ,  repattit  Prifcus ,  <\ue  ce  Prince  fut  un 
grand  Monarque  ,  puifque  dans  (a  plus  ten- 

f   a  dre 


ért  jeunedetl  donnoic  de  (!  Iicll«$jnâr^ptt 
4e  Ton  cfprit. 

Il  trouva ,  répondit  Ssmâr  «  Ton  Royao^^ 
me  daDf  un  très  bon    état.    Kelojan  foa 
Onde  ,  qui  prit  la  gouverAeinent  des  a^ 
faircs  ,  s*ctoic  diftingué  dans  le  Cohfei)  k 
au  Camp  par  la  f^udcnce  ',  Ton  habileté  & 
fâ   bravoure.    Il   paflbtt  pour  le   Sefgneuf 
le  plus  accompli  ,  le  meilleur  Capitaine  Ai 
le  plus  fage  Confeiller  de  (on  tems.    Af^- 
gas,   à  qui  Ton  mérite  étoit  fufpeél,  &  qitf 
ne  Toyoir  qu*avec  ialoude   briller  dans  Coa 
l^eveu  lies  vertus  qu*il  croyoîc  devoir  apaiw 
tenir  à  Ton  Fils  ,  ti*avoit  pas  pour  lut  tous 
les  égards  qui  étoient  dûs  à  fa   Naifiàocc   ' 
Ce  ne  fut  qu*à  regrec  qu'il  laifTa  en  moa>i 
rant  (on  Fils  fous  fa  TutcUe ,  de  telle  ma* 
niere   cependant  ,  qtt*en   lui    donsant  lis 
principaux  de  la  Cour  pour  adjoints  dans 
r  Autorité  Souveraine ,  il  lui  a  voit  )ié  ici 
maint  d*une  fa^on  ,    qui   auroit   été  une 
fourcc  éternelle  de  di vidons,  (i  les  Grandi» 
qui  aprehendoient  les  défordres  inévitables 
d'une  Guerre  Civile  ,   i\e  lui   eufTem  cédé 
de  bonne  grâce  ce  que  Mê^as  lui  av^it  oté, 
6c  ce  qui  lui  apartenoit  par  le  droit  de  (à 
Kaiflance.    A   peine  fiitil  déclaré  Prince» 
qu*il    commença    (on    AdminiAration  par 
rccompeiifer  la  vertu  de  punir  le  vice.  Tous 
ceux   qui  avoient  abufé  du   maniment  dts 
Finances ,  pendant  le  Règne  d«  Me^Ms ,  (ti- 
rent obligez  de  rendre  au  Prince  ce  qu'ils 
avoient  volé  au- Peuple ,  il  honora  le  Sénat 
de  fa  p.  oteftion ,  &  l«i  donna  les  mar«)ues 
les  plus  feuibUs  da  fes  bonaes  grâces ,  en 

confiaoi 


^omfiant  a  tu  de  de  (es  Membres  le  (ècret 
«les   afFâiret»  le  prenant  pour  Chef  de  fou 
KZonCeïX  Se  Miniftre  de  rÊmpire.   Le  Sénat 
^iiâ4  de  fa  profperité  &  idolâtre  de  fa  pro- 
pre   grandeur  crut. que  le  tems  Àoit  venu^ 
<iu*il  pourrotc  fe  mêler  des  affaires  de  !'£• 
tM.t  ,  dont  il  y  avoic  long-tems  qu'il  défîroit 
4voir   connoifTance.    Il  paya   fon  Bienfait 
teur    d'ingratitude/  &  par  des  remontrant 
ces   trop  hardies  &  entreprenantes  mérita 
là    difgrace.  Le  Prince  ôta  fa  confiance  au 
Mînidre  y  8c  la  donna  à  un  Seigneur  qu*ii 
<j^rûc   la  mieux  mériter     Les   Sénateurs  ir« 
rit  ex  d*un  affrotvt   qui  retomboit  fur  eu«« 
étonnèrent  quelques  marques  de  méconten- 
tement.    Quelques-uns    furent    punis    de 
t*Exfl  pour  intimider  les    autres.   Les  En- 
nemi! de  TEtat  toujours   prêts  à  profiter 
d^  (ef  diifèntions  armèrent  de  toHs  cotez  | 
Mais  ils  eurent  le  chagrin  de  voir  leur  Paya 
, devenir  le  Théâtre  delà  Querre  >  0c  leurs 
Yrl^es  6c  leurs  campagnes  être    en   proy« 
aux  armes  endémies.   De  fi  grands  mou« 
Vemeni  ne  peurent  fe  faire  qu'avec  des  dé- 
perifes   exorbitantes.  ~  Le  Prince  ,    pour  y 
Tubvenir,  donna  pour  un  tems  à  une  cho« 
fe  aiîcz   comtçune  le  prix  6l   la  valeur  de 
Targent.     I!  paya  les  dettes  de  TEtat  ,  fie 
la  paix  avec  fes  Voifins  ,  diminua  les  fmv 
pots ,  humilia  le  lénat  rebelle  à  fes  ordres  ^ 
calma  les  différends  furvenu;  entre  les  Phî- 
lofophes  au  fujet  de  la  Religion  ,  fc  don- 
na en  tout  tems  des  marques  d'un   efpric 
vif,  (ubl»me,  agîflant,  pénétrant  5c  univer- 
ffl.    Il  r^ût  braver  les  jicrils  fans  haïa.dei 
*  B  I  i'iiiat^ 


ritat  ,  rttint  le  Peuple  fie  les  Princes  dans 
le  refpe^,  fit  («mir  Ton  tuthorîté  à  ceux 
qui  a  voient  voulu  lui  difputer  le  Gouvcr- 
tiement  ,  fie  fît  convenir  tout  !•  monde 
qtit ,  depuis  TOrigine  de  la  Monarchie , 
jamais  on  ii*JVoic  vu  régner  un  Prince  fi 
adif  fie  fi  vigilant.  11  méprifa  le  SeJiar, 
iufqii'à  le  rapeller  de  Ton  exil ,  lui  rendre 
Ton  turhorité ,  fie  donner  fa  confiance  à  fon 
Miniflre  |  moins  p^r  umidité  ,  que  pouf 
«prendre  aux  Sénateurs  ,  que ,  puiA|u*il 
pouvoit  régner  fans  eux  ,  il  ne  craignotf 
pas  qu^ils  ohfkm  tenter  de  vouloir  regnef 

arvcc  lui.    il  aima  Tes  £nfans •  Saof 

vous  faire  tort,  Monfîeur  le  Bibliothécaire  , 
dît   Pi  fin ,   n*éces-vouff    point    Panegyrifte 
de    vôtre    métier  ?    Corbleu ,    vous  ditcl 
dii  bien   de  tout    le  monde.    Si  i*avois  un 
Auteur  à    choifir   pour  écrire  ma  vie  ,    j« 
iî*en  prendrois  pas  d*atttre  que  vous.  Apréi 
TEloge  magnifique  que  vous  avez  fait  de 
vôtre   Druide  de  Medûc  ,   je  vous  croyoîs 
cpuifc  ea  loiianges  :  mais  vous  venez  de 
nous  faire  du  Fiînce  de  Reiofan  un  Portrait 
,des    plus    beaux    fie    ^t%    plus    avantageux 
qu'on  puiffe  faire  d'une  Perfbnne  de  fa  Qua- 
lité    Vos  Ancêtres  n*ont-ils^  pas  reçu  quel- 
que gratification  de  lui  !  Vous  me  connoi{-> 
fez  peu ,    repartit  Samar.    Je  ne  vends  pal 
mes  louanges  au  poids  de  l'or.  Je  fçai  rea- 
dre  iuftice  au   mérite  ^  mais  n'exigez  rien 
davantage  de  moi.    Si  le  Prince  de  Rtlofa» 
eut  cû  moinsde  belles qualitez»  je  n*enauroif 
pas  tant  dit  de  bien.   Il  fe  trouve  àflez  de 
perfonnes   qui   difenc  du  tnal  des  Princes. 

SouffiiCa 


X<raf&e2  <pk*â}»  motn«  im  le ul  honunt  VOuf 
parle  en  leur  £iveur* 


CHAPITRE    XXf. 

Eloge  littéraire  d'un  Savant  Homme,  Pom* 
ponim  c?*  Pîfoii  vont  au  Menetas  ,  ok 
iU  Je  marient  four  trois  jour s^ 


ÏE  fiiis  charmé  de  votre  converfatiofl» 
ilit  Pomponius  ;  &  |e    (bûhattcrois  en 
pouvoir  profiter  plut  long-tems  \  mais  une 
partie  de   plaîfir  que  j'ai  faîte  avec  Pifen, 
m'en  privera  pour  quelques  jours.   Te  vous 
laiâe  ces  Meflieurs.  Pifm  Je  moi  nous  allons 
prendre  congé  de  vous  pour  une  huitaine» 
Pifon,  avant  que  de  quitter  Samar ,  luirent 
dit  les  quatre  petites  Lettres  qu'il  lui  avoic 
prêtées  ,  en  lui  dehiandant  qui  pourroic  ea   • 
être  TAuteur.  Ce  fera,  lui  répondit S/fW4r, 
un  Icht^ophage  n«ir  »  d'une  origine   a0èa 
incertaine.   Si  vous  n'étiez  pas  C\  preiTez  de 
partir ,  je  vous  fcrois  voir  un  petit  Ouvrage  « 
où  il   tachera  de  fc   défendre  contre  quel- 
ques  Auteurs     qui   ne  Tcpar^^neront     pas. 
Comme  iK  fera  iiifatuc  de  (a  prctendut^  No- 
bledè,  il  s'y  tracera  une  efpece  de  Genea. 
Ic^ie,  pour  prouver  qn'il  defccnd  de  Rondin 
hilis  Médecin  de  Vontevraud  ,  célèbre,  dans 
SAhlais.    P^r  reffemblance  de  Aom/i^e 

F  4  fwa 


(  iiS  ) 

fera  tarent  de  quelques  mcchins  Âutevrs^^ 
qui  auront  écrit  an    Hccle  avant  lui»    Il  ft 
dira    Allie  de   quelques   Magîftrats   Ôc  .au- 
tres Perfonnes  dt  diftind^ion  :  Mais  ce  qui 
divertira  le  Public,   il  ne  dira  rien  ,.  ni  d« 
Ton  Père ,   ni  de  fa  Mère.   Me  croyez  pat 
qu*il  doive  venir  au  inonde  foos  une  feuille 
de    chou.    Il  paflera  prudeipirient   fous  /t- 
lence    un    article   qui    ne  Taideroît    pas  à 
|)rouver  Tes  fcizc  Quartiers.    Pour  celui» là  ^ 
Mon(îeur>  dit  Pomfonms  ,  il  faut  qu'il  doi- 
ve avoir  peu  de  mérite  ,.  puifque  vous  n% 
faites  pas  fon  Panégyrique.   Ce  n*cft  pas« 
repartit  Samdr  »    faute  qu*il  ne  doive  faiir 
bien  du    papier«     Une   Vte  d$  Caffiêdêre^ 
qu'on  lui  imputera ,  lui  fera  honneur ,  quoi» 
qu'il  n*y  ait  pas  plus  de  part  que  vous.    Lct 
Ouvragef  de  Gregoln  le  Grand  Pontife  Rom 
tnain   qu'il  mettra  au  jour  ,  feront  un  mo- 
nument éternel  de  fon  ignorance  ,-  de  foa 
|»eu  de  goût  &  du  défaut  de^fon  jugcmenr. 
Vingt   ans  après  fa  mort   on  fera  obligé 
d*en  donner  une  autre  Edition  fur  les  me* 
moires  que  le  S^avant  Ichfyofhdge  Coûtant 
«ura  laiflèz.    Sur  la  fin  de  fer  jours  il  en- 
treprendra de  corriger  0c  d*ampHfier  un  an- 
cien Catalogm^de  DruuUi  Gaulois  i  mais  il 
travaillera  avec  tant  de  précipitation  5c  fi 
peu  de  lumière  ,  que  fon  Ouvrage  ne  fera 
utile  qu*à  cçux  qui  voudront  faire  des  Li- 
tanies.  Bien  loin  de  s*ctendre  un  peu  fur 
diaque  Druide  ,  comme  un  Homme  habi- 
le qui  auroit  du  «jugement,  ne  manqucioit 
pas  de  faire  »  il  ne  mettra   avec  Tannée  d« 
|Mr  Vie  que  leur  î^oia ,  ou  tout  au  plus 

queiijii} 


S*^  re^que  Ip^theie  maligne  ou  honorabk  {t2 
n  qu*i]i  auront  favorifé  le  Smcifmt ,  doni 
il  fera   profeflîon  extérieure.  De  plus    pour 
grodir  (on  Ouvrage  »  il  le  chargera  du  Re- 
cueil inmilc  de  plufîeurs  vieHIes  pancartes  , 
qu'il  prendra  pour  labafe  de  (on  Ouvrage» 
q'ioique  dans  le  corps  il  ne  s'es  ferve  que 
pour   le  nom  8c  le  tems  où  aura  vccu  le 
I>riade  dont  elles  feront  mention»     Il  n'ou* 
bliera   pas  de  raporter  la  Lettre  de  Baja^et 
empereur   Turc  à  AleKanire  V  1.  Pontife 
^Qfnaîn  ,  pour  le  prier  de  faire  Ctbo  Cardi- 
»al  parfait.     Ce  qui    fera  un  trait  des  plus 
malins  de  TOuvrage  de  cet  Ichtyofhage ,  au- 
quel  cependant  on    ne  fera  pas  lou^eVat- 
tenticyi  nc'ceflaîre  ,  quoiqu'il  doive  raponer 
cette  Pièce  dans  les  inftrumcns  de  fon  pre- 
mier Tome.  Son  humeur  eiiportce  &  vin- 
dicative    Monfieur  ^  dit  Cettr  ,  tn  in* 

tcrroxnpam  Samar-,  vous  nous  avez  fait  un 
Portrait  (î   avantageux  du  Dru'iie    de  Af#- 
Joc  Se  du  Prince  de  Kelofd»  ,  que  te  plains 
ccr     hhtyophage   de  n*étre  ni  Druide  ,    ni 
Prince.     Il  fera  l*un  &  l'autre  ,    répondit 
Saméir  ,   mais  cela  i^e  m'engagera  pas  a  lui 
^  prodiguer  mon  encens,  puifqu'il  ne  fera  re» 
^vable  d'une  de  ces  qualiiez  qu'à  ia  coùu- 
me  ,  3c  qu'iV  n'obtiendra  Tauire  qn'avçc  bri- 
gues, Ciba'esÔc  faftion$,&  qu'jprès  l'avoir 
obtenue  il  fe  contentera  du  titre,  6c  aban- 
donnera les  affaires  au  caprice  de  fon  fecre- 
taire.   le  fijai  rendre  au  vrai  mérite  ce   o  j| 
iui  aparrienf.     La  faufîc  vertu  ncmepK^J^, 
mais.  Pour  rendre  juftice  a  un  V^ommc^  ^  quand 
'Je    a'cn  puis  pas  dire  de  tici\  ,  y^  ne   puii 

ï  I  m*eaii 


m*€nflAtf  ^  dire  ce  que  i*efi  (ça?.  Mon* 
Crvr,  dit  Plj'em  ,  je  mettrai  û  W>n  ordre  à 
mes  affaire* ,  <|Be  ie  tous  obligerai  de  di« 
fc  do  biea  de  i&ot  «  ina^é  q«e  Tons  en 
aiez  Sas  tout  )e  tous  promets  par  Af/« 
rfrvf  ,  de  œ  iaaaît  me  mc^er  d'écrire. 
Vo«tt  déchirez  trop  impitoyablement  ,un 
paarre  Aa'enr  qui  (bavent  n'écrit  qse  pour 
ttn  oocc  de  fiimce  »  6c  à  qoi  le  iitre  de  S^» 
Tâiulait  p*BS  de  pla^fir  qae  dix  .mille  livret 
de  reme.  McdTenrs,  ievons  foohaîte  le  bon 
iov^  iu'qa'à  rbonnear  de  vous  revoir. 

Ptm^ênius  &  Pîftn  reprirent  le  chemin 
du  MtmtUsy  où  l'amoorles  rapcloit.  Leurt 
Dames  avotem  auaiH  d'impatience  de  les 
f  eroir  ,  qu'ils  cemoignoient  d'cnTprcâ«menf 
à  fe  rendre  auprès  d*cl*e?.  Ils  re  furent  paf 
long-tcms  fars  avoir  le  ptaifir  de  les  entre- 
tenir.  Les  Luncifts  font  fort  polies  &  fore 
engageantes^  Elles  ont  autant  de  venu  que 
de  beauté ,  5c  fçavent  retenir  par  leur  mé« 
rite  les  Pe  (bnnes  dont  eVes  acceptent  !• 
fervice  Ap.cs  pludeurs  Parties  de  plai* 
fit  ,  cù  nos  Romains  avoient  iciir  de  toutes 
les  douceurs  que  Vtnus  rcpand  fur  les  yeux 
êc  fur  les  lèvres  des  Amans  ,  ils  réfolurent,  . 
comme  ils  avoient  peu  de  lems ,  d'époufef 
leurs  Dam^s  pour  tro^s  jours,  (e^on  la  cotîw 
t urne  du  Piïs  qui  permet  de  fe  marier 
pour  autant  de  trms  que  l'on  veut.  Les 
îardins  de  Mat  cl cf:fe  furent  choifîs  pour  cet- 
*•  Fcte.  Touifs  les  Pc: (ornes  de  diûirâion 
é\3  ï4eneUs  y  'ureni  invitées.  File  frt  des 
plus  iTii;in!fiques.  Les  repas  étoient  ex- 
quis &   tels  que*  les  cuflcot  ordonnez  Lu* 

•  cuUf 


êUlU  ou  Canf'emouhns.  La  MnCque  étok 
de  la  compoiitioa  i*Orphée.  Les  Grâces 
avaient  inyMfé-tes  jeux  i  kr  les  Génies  d« 
Menanâri  ,  de  Ttrence  ôc  de  MoUtn  avoienc 
compofc  la  Commédie.  ^  Une  Avanture^ok 
la  fortune  Çt  plût  à  fignaltr  fa  bizarrerie  , 
égaya  la  Fcte.  Les  Lumis  ont  accoutumé 
d^ealever  la  première  nuit  àts  aopces  > 
Us  nouvelles  Mariées  à  l'iAuc  dil'^rcpas» 
lorsque  les  Dames  leur  ont  voilé  les  yeux. 
11  cft  rare  que  celui  qui  fait  Tenlevemmc 
n'obtienne  la  première  laveur ,  quand  il 
l^air  bien  ménager  fa  fortune.  Les  nou- 
'veaux  Ma'riez  s*y  oppofe  »  &  ne  font  pat 
:f*û)ours  les  plus  îons»  On  avoitdéja  com- 
aiencé  la  cérémonie  »  les  nouvelles  Epou* 
£ces  étoient  voilces ,  3c  les  jeunes  Seigneurs 
du  i^tf»e/4x  faifoient  tous  leurs  efforts  pou 
les  enlever  ,  lorfque  Pompcnius  6c  Pifof^ 
voyant  qu'ils  ne  pouvoienc  fe  défendre  con- 
-cre  la  multitude  .  Se  qu'ils  feroîent  oblige^ 
de  cedçr  au  grand  nombre  >  prirent  parti 
d'enlever  chacun  leur  Dame  :  Mais  le  ha« 
zart  permit  que  Pùmp^mus  prît  celle  de 
Pifin  êi.  Pîfên  celle  de  Pompânmt,  Les  jeu- 
nes Segneurs  Lunoîs  qui  s'aperçurent  dtt 
.  l'erreur ,  fongerent  moi(is  à  les  en  avertir  , 
<]tt*à  les  engager  à  couronner  l'avanture. 
^Ils  feignirent  encore  quelques  efforts  pour 
enlever  les  Belles,  &  laiflcrent  échaper  in- 
fenHblement  les  Romains  avec  leur  proïcf. 
Ils  prirent  chacun  une  allée  diferente  ^  au 
bout  de  laquelle  l'amour  leur  avoit  prépa* 
ré  un  Ht  de  gazon  j  U  croyant  poOrder  cha- 
cun foA  Epoafe  •   ils   joiiirent  des  pbiGrt 


(ut)         ,^  , 

jptrmîs  atir     per(bnn«s  unies  enftmble*     n, 
•peine  curent-ils  confbmsië   leurs    délices  » 
que  dévoilant  les    Beautcz  qui  étoient  en« 
tre  leurs  bras  ,  ils  furent  tous  quatre  éga- 
lement furpris  de  Terreur  où  ils  étoicnt  tom- 
bez i    fie    n'ofant    contredire    ouvertement 
Tancienne  coutume  de  ne  dévoiler  les  Da-. 
lues  qj|*apTès  les  plaifîrs  re^us,   ils  s'en  tif> 
rent  cFâcun  à  c^  qu'ils  avoient.     Quand  on 
voulut  f«  mocquer  d'eux ,  lorfqu'ils  rejoigni- 
rent I  a  Compagnie ,  ils  déclarèrent ,  qu'ils  prc* 
roîent  pour   Epoufcs  celles  ^ue  la  fortune 
leur  avoii  données»     Les  deux  jours  fui  van« 
fe  paflTerent    ce  irme  les  prejniers  ,  en  jeux 
en  ianfrsÔc  phifirs.  Mais  nos  R^w^îHifiireBl 
fort  furpr»     dans    les  libcnez   que  le  ma- 
riage leur  pe  mettoit  de  prendre  avec  leurt 
Epoufes  ,  de  voir  qu'elles   avoient  au  de(^  ^ 
fous  du  ^ein    gauche   un  trou  bouché' pat 
un  criftal  des  p'ns  clairs  ;    a»  travers  du- 
quel on  leur  voyoit  le  cœitr.     Si    nos  R^ 
'piahes  tvoitm  trne  fer  être  femblable ,  ceb 
•  tioxn  feroit  d'un  grand  ufage.    P«ii s  examinant 
la  ftrué^ure  des    coeurs  de  'eurs  D-mts,  ili 
trouvèrent  qu*i'8  portoieni  toutes  leurs  pen- 
fécs  en  lettres  hiérog')  phiques.     Ils  eudenl 
été   long-»ems  à  les  expliquer  :  mais    leun 
Dames  leur   en  donnèrent  la   Clef ,  ôt    ili 
conrnreni  qu'ils  étoient  autant  aimez  qu'ils 
aimoient.      /'//i»  leul  foupirort.     Il  rûifo»» 
liairé  moins  de  majefte  fur  îe  vifage  desR*- 
maints f  pourvu    qu'elles  euffeni  eu  une  fe- 
-nétre    au  coeur  ,    fembltble  à  celle  des  JLi^ 
mijef.     Elles  ne  nous  ep  impofcroieni  pà« 
c&uime  cUcf  fpnt  »  dilbit^il  »  s'd  aous  étoit 


Bbre    c'c  fîre.auflj.tnt  fur  leur  cttat    ci 
4a*el1es  ont    dans  Pamc.     Qu*un   Mari 'À- 
Foic  heureux   de    pouvoir  connoîcrc  par  cet 
indice    (î  un  autre  ne  part^ifre  pas  avec  lui 
des    plaidrs  qui  lui  (ont  dûs  !    Il  s'inforiiia 
de  quelle  manière  Icsr  venoit  un  ornement 
fi  utile  êi  n  ncctiTàire.     Aprenant  qu'elles 
siaiflbient  ainfî  ,  il  fouhaita    plufîeurs   foit 
q«*il  fut  £p(Iible  aux  Dames  Komaînesà'zc^ 
coucher^dans  la. Lune*  Pomfomu s  n*étoit  pas 
d*une  opinion  contraire  $  mais  voyant  qu'il 
•étoît  inutile  d'y  penfer  j  il  propofa  à  P$f(m 
de    cominuer   leur  piaiiîr  ,  fans  s'amufer  à 
des    fouhaits   inutiles  ^    ce  qu'il    n'eût   pas 
beaucoup  de  peine    à  lui   perfuader.     Les 
trois  (ours  étant  expirez  ,  ils  firent  de  ma« 
gnifiques   prcfens  a  leuis    Dames  >  6c    les 
prièrent  ,   que     s'ils  ctoient  aflez    heureux 
pour  devenir  Pères  dans  la  Lune ,  elles  doiii> 
joafient   leurs  noms  ^ux  .£i:fans  dont  elles 
feroiem  les  Mères.     La  Dame  avec  laqueU 
le   Pomponms  avoit  eu  commerce   eût  une 
fille  ,  qu'elle   apela  ,Pcpo  du  nom  de  (ba 
Père ,  flt  celle  que  Pfjon  avoit  époufce  eue 
un  Gardon  qu'elle  nomma  Sulpict,     Nous 
pourrons    raconter  dans  la  (uite  les  Avan» 
turcs  de  ces  deux  Perfonncs     Nos  Rcmaint 
après  avoir  pris  congé  de  leurs  Dames ,  alle^ 
xent  an  Magafîa  àt$  Pucela^^es .  cù  hcmponiut 
.  fc  douroît  que  le  (ien  pouvojt  ctre  retourné, 
EfiTe^tivement  il  le  trouva  à  la  porte  ,  où  il 
prcno  '  un  peu  l'air',  6c  fc  repofo't  des  fatigues 
qu'il  avoit  eues  au  A'enelas,  11  le  reprit  ^  6t  ils 
continuèrent  leur  chemin  versle5;;<///Mi,  où 
ib  arrivereULt  au  teiLs  qu'ils  avoism  promis» 
■  F7  CHA, 


(  IJ4  > 


CHAPITRE     XXil. 

^sumjcrh  C  Med Ailles  dg  la  BiMotkequi  di 
U  Lun$.    Cpnverfdthm  des  Romains 

PR  itcus  ttar  dît  Vpie  pendant  qu*iU 
a  voient  été  abfens ,  Samsr  leur  a  voit  fàii 
Toîr  les  Manufcrits  5t  les  Médailles  69  Ut  Bu 
UiotHequt.  Qu*y  avez* vois  trouvé  de  remar* 

quable  f  dit  Pi/on.  Peudtchofe  ,  rcpoiàic 
Prifcus.  Sdmdr  les  eftimt  fort ,  flc  je  croîs 
^ne  c*eft  ce  qui  fait  tout  leur  prix.     Ce  n'eft 

Cf  qu*il  n*7  en  ait  de  fort  beaux ,  foit  en  roa< 
luir,  écorce  d'arbre  >  ou  parchemin,   K 
nous  en  a  fait  voir  treme-fept  d'unmcmeou- 
▼rage   qui  font  prefque  tous  diferehs.  L'an 
dit  bleu  ,>où  l'autre  di^oug^  ^  l'unaifirotece 
.que  l'autre  nie.     En/ùite  pour  nous  convain- 
cre de  l'utilité  des  Manufcrits >  il  nousa  fait 
voir  deux  éditions  diferemesde  cet  ouvrage, 
dont  une  favcfrife  les  Epicuriens  ,  Se  l'autre 
fîiâtrent  \tStoïcifwe  \  toutes  deux  fondces  ea 
bons  6c  anciens  Manufcrits, de  l*autôritcdef> 
quels  il  n'eft  non  plus  permis  de  douter  que 
Je  la  divin  té  de  Phœhui  :  ce  qui  m'a  perfua-    . 
dé  que  ces  pièces  étoîcnt   cxcellftifes  pour 
prouver  toutes  'es  opinions  qu'on  veutdéfen* 
dre.      Il  nous  a  fait  voir  des  Matîu'cntsfuppo- 
/ez,  fifemb'ab'es  aux  vernît)  es,  que  >'il  ne 
ffiouspetit  averti  de  la  f(»iirberie,  nousieseul* 
fiontous    cruségalem^'m  bons. 

Vous  ne  nous  parlez^ t>«  dit  BgnâùuSièt 


la  /bperckerîe  ,  dont  il  nous  a  fait  Iliiftofre. 
Four  flioi  i*en  ai  bicti  ri ,  dit  ÙtUr,     Voici  à 
peu    près   ce  que  c*ejft  ;   Pendant    environ 
niHle   ans  »    tous  les   Sçavans  attribueront 
âi   plaude  ,  Cictron  ,   Tetence  ,  lîorac$,  Vir* 
gîip  ,  Catulle ,  MdrtiaffBc  une  infinité  d'iutrea . 
Auteurs  pofterieurs  «dont  je  ne  T^ai  û  i*ai  bien 
fetejiu  Us  noms,  (  ils  s'appellercm  je  croi ,  Gê" 
lafi  ,  Gfêgoire ,  Auguftin  ,  Ambrotff ,  Bilaire  , 
Pro/per,  Vulgence ,U  autres,  )  touslesouTra« 
ges  qui  portent  leur  nom }  fondez  en  cela  fur 
d*asicîen«  Manufcrifs»  0t  fur  une  Tradition 
fidèle,  qui  fans  difcontinuer  dépuis  la  via  de  cet 
Auteurs  fUfqu'aqx  decles  pofterieurs,  fera  foi 
c^ue  les  ouvrages  qu'on  leur  attribuera  feront 
d>ux  ,  &  leot  auront  été  attribue?  en  tout 
tems.  Cependant  un  Jchfyfifhage  noir  s  *infcrf* 
ra  en  feux  contre  I*auiôritc  des  Manuscrits  8c 
l'uniformité  de  la  Tradition  :  il  s'ataquera  d'I* 
bord  aux  àuttws  Rcmains ,  5c  hrt  voir  qu'ils 
A>nt  ilipporr:^,  qu'il  n'y  a  rien  de  plus  incertain 
que  ce  que  Î'H  -ftoiie  dira  5  que  Cic^rcn  ,  Teren» 
ie  X  H9race  .  F/r^i7«nefont  que  des  noms  chi«* 
ineriqucs^  dent  ées  Auteurs  aronynn  es  auront 
orné« leurs  ouvrages.      Il  étendra  (on  grand 
prinlîpe  par  un  Py^honifine  ctudié  à    tout  ce  1 
qui  regarde t:a  la  Re>igion ,  &  fera  voir  qu'on 
en  aura  impofé  au  nnonc'e  Totis  h  titre  fpe* 
cietix  de  bons  &  anciens  Manufcrits  qui  fai« 
fofcnt  foi  de  ce  qu'pn  avoit  avance  î  Mais  il 
aura  le  malheur  de  débiter  fonSxOcme  dans 
un  tems  où  on  fera  fi   frrt  infatirc  du  mtritc 
des  Manufcrits  ,  qu'il  ferax  blit,é  fou* peine  H« 
de^ebt ïffarce  ,  l  chanter  la  Paltncdie  ;  ce  qu'il 
fera  de  très- bonne  grâce  >  en  avouant  qu'il 
*'  faut 


Rm  ptrféf  comme  la  multitude  «  q«o?qu'ot 
pcnfe  autrement.     Qvwi»  dk  Pompcnms  ,mn 
homme  convaincu  par  fou  étude ,  fou  expé- 
rience 6c  (en  travail   qu*ane  chofen^cftpas, 
croïamde  plttsavoirTcvidence  du  contraire, 
dira  et  pend  a  r^t  de  btKche  qu*une  chofc  ta 
noir,  quoiqu'il  f oit perfuadé qu'elle  eft blan- 
che t  il  fera  bien  plus»  aioura  Einatiiés  \no» 
obftantfa  Pa^ynodie.il  entreprendra  de  dan- 
ner  dam  Ton  Syûcine  le  Recueil  du  rc  ulcae 
de  toutes  les  Affembléts  géifénUts  dês  Pontifa 
de  fa  Religion:  Il  ne  faudra  pas  moins  que  Paii- 
thoritë  du  Princt  pour  le  difpenfer  d*un  tra« 
irail  (î  épineux.  1efça«s bien, dit  Prifcus,(\u» 
les  hommes  font  fous  ^  ouis  fai  admiré  qu*ua 
S^avant  doive  poner  Texcrayagancc  H  lo  a 
Sénmar  nous  a  raconté  au    Tu  jet  des  Manu(^ 
cn'ts  ,  une  Hîftoire  qui  ne  vaut  pas  mieux 
4<ie  la  première.     Il  arrivera»  nous  a- t-ildir> 
qu'on  pouflèra  (t  loin  l'affcâion  qu*on'aura 
pour  4.a  vénérable  Ai^tîquîtc  ,  que  dans  un  £• 
cat  de 5  mieux  policez  on  res^ardera  comme  Itf 
premiers  hommes  du  (îecle  ceux  qui  <fiiw 
rontle  mieux  dcchifrerun  Manufcri  •     Alurs 
le  Druide  Je  Sidan ,  ialoux  de  Tantiqu'té  de 
là  race  voudra  prouver  par  un  vieux  MJkiuA' 
crit,  quîil  defccnd  en  droiic  ligne  d'un  Em- 
pereur dçs4jâules,  II  fera  feiiillcter  les  anciens 
Regiftres^anatiquc^d•Mn  repaire  a'khtyofha^ 
Itss  &  prouvera  au  jugement  des  eAperis, 
quoi  qo'rn  >'epit  du  bon  fens ,  que  l'Empereur 
dont  i'  préienJ  dc^Lcndre,  aura  été  Père  avant 
rage  de^  neuf  ans.-    Mais  té  Prircc  let^nani 
jugement  irrité  *on're  l'in'olence  &  l'i^^no- 
raoce  àt%  Dcchlirewri  uc  Maoukrits>  le^  en» 

voycra 


▼oyerâ  cent  mille  loin  de  U  perfonnt  «prtnJ 
^re  à  lire  f  ou  du  moins  à  débiter  kuri for Aet«» 
les  avec  plus  de  précamion. 

£ntre  autres Manufcrits,  dît  Citer,  il  nom 
«n  a  fait  roir  uii  en  parchemin  ,  écrit  en^ec» 
tres«l*or,  intitulé  :  *  hijhin  de  VOrdredeU 
Cdtùtte,  dtdié  à  Menjeigniur  le  Druide  Menl. 
Inftituteur  de  l*Ordre.  Cette  pièce  eft  remplît 
des  plus  joHes  poliflônneries  du  mondet  de 
pourra  avoir  foB  ufage»  pui(<)u*clle  contient 
en  abrégé  la  Vie  de  tous  les  Princes ,  Stim 
gnears  &  Druides  »  qui  feroftt  Chevalier  de 
cet  Ordre.  C*eft  untilTude  failUesdcdepoii»* 
tes  <i*erprit  qo*on  ne  petK  payer,  entre  autret 
chofes  il  y  a  la  Fîi«  du  Chat  Majerdome  de  MoiW 
feigoeur  Ueal.    Ce  Clut  voyant  un  iour  un 

Simi§ 

♦  Pour  dmner  au  jujle^ Origine  du  Regîmeni 
ele  la  Catotie,  Ufaut/çavoir  que  les  r Ailleurs  qui 
formèrent  ce  f  retendu  Régiment  éÊ$  commence» 
fnent  de  U  Minorité  di  Loïds  XV*  onte&en  vue 
€es  exfre/ftous  qui  ontpaffé  en  pre-werlfes ,  il  lui 
fam  VI sç  Calotte  de  plomW  >  il  n'a  pas  de  plomb 
dans  la  tête.  Sur  eeprincife  il  plût  uux  railleuré. 
tp'duxfetits  Maîtres  de  la  Cour  d*enrolUr  dam 
€0  Régiment  tout  ceux  qu'ils  crurent  mériter  d*ê» 
ire  relevés,  pour  des  défauts  ridicules  z^pouf  der 
fautes grojfteres  :  tr  comme  la  raillerie  ne  t'attam 
(he  qu'à  ceux  qui  en  valent  la  peine, on  n'enrolla 
farmi  les  troupes  de  la  Calotte  que  desperjonnes, 
la  plupart  connues i^  dtftinguees,  ou  par  leure 
emplois  ou  par  leur  naijfance ,  ou  par  Ituf  efprit. 
Une  petite  Addition  Àla  fift  de  rgt  Ouvragé 
achèvera  d*édaiwr  l'UiA^lst  delà  Calouç^ 


i^kqBdretTQ& 
qpalitc  d«  Mjotre 
«TH^A^étc  tf«e^ce^-aiK£akMc£ur« 
ji^ii  ii«fllHfi,pni  ■  ni'il«*irriii  re^  posr 
Il  ÂfcattéebtaUtqa'aBsorccande  papier 
§[EMrf  CBK^  la  aaâi»<fn a*^^! bon ,  ni  à 
r»-Jr,aboBâjÊrice  Ckatdb-ic,s*avi(à  d^OD 

£ûre  pUific  aa 

Il  (c  oMt  ca  campagne  : 

kaSowtsdtU  Maifon   avcr- 

â  WÊMthÊ^  le  rcdrcat  dans  leurs  cel* 

Le  lli<fcffdowii   neiroaTam  pas  de 

ni  à  la  care  »  fè  reflonrâl 

l'il  «ffoît  icnti  pîaficnrs  lots  amovr  de  fo» 

q«t  Un  ctoîr  alèi 

U.covt  an  flakc^  entre  dans  h 

cikambre  de  ion  Maigres  Ta  dansk  cabiacr, 

m  0  tronre  (on  Akeâeocciipce  à  compoTer 

■nanple  coMneacaireruT%    Vte  de  MdrfPi 

Jês  PeUams  ^Smvsmt*  de  USsmsrhâimê  im 

Pemi^WÊ^.  •L*odewfTapefonneB,4clitipro« 

set  ém  gâ»icr.  Le  Maiocdome  (itreue  de  tovi 

cotez  dbns  k  cabinet  fans  rien  trouver.     li 

^apcfçok  (ealement,  *qne  ph»  il  aprocbe  de 

Ion  Makre ,  phis  Todear  agit  fur  loi  $  Enfîo 

il  fijtre  (on Maître,  &  reconnoit  qu'il  pour* 

ra  flire  capture.  Le  Toilàqui^mpelelong 

.de  («^s  fan^bes.     Un  pied  au  defliis  il  trouve 

comme  une  éponge  feche  quM  prend  d*abord 

pour  uneSouHst  Mais  ayant  reconnu  (on  cr« 

reur,  i!  avance  Ôc  lui  dûtouAle  le  corps  plot 

luut  (ans  rien  trouver  ;  plus  il  monte»  plui 

il  fent  Todevr.     ])  fcmet  en  embufcide  fui 

l'cpaule  de  Ton  Alteflîe  %  8c  entendant  un  petit 

bruil«  il  aprocbc  ion  mufcaii  de  rorcilie  de 

Moa« 


?  t»9  >        . 
Monfeî^lieur.     En  mcmc  leflat  le  Suifi  s*i2 
^nce  pour  voîr  qui  eft  cotui  qui  frape  à  la 

e\Tf  i^  coaîs  conime  il  avançoit  un  peu  trop 
tctc^,  ilfefentit  pris  au  coller  par  le  Chat 
dui; remporta  bienjoïeuxau  MarfordoAe,  k 
mî  il  le  conligna  4  pour  être  mis  en  civette» 
pour  le  repas  de  (on  AlteflTe.     C^toît  le  pluî 
folî  Rat  du  Mondes  ilavoit  fait  fesHumanî* 
tezaa  PleJJts ,  Ôc  un  cours  de  Rhétorique  au« 
^ejuùes  fous  Perée,     Montenpnis  lui  avoir  en* 
fctgBé  laPhilorophie,&  Huhi  la  Théologie. 
Ilavoit  reçu  le  Bonnet  de  Doâeurde  la  Ma» 
Ibn  de  fiavarte.     £n  fuife  il  ëtoit  devenu  Di*> 
re£leur  dtsMomaUs ,  qui  Tavoient  remercié  da 
fcs  fcrvîces  ^  parce  qu'il  nrangeoit  toutes  leurs 
chandcles.     Il  avoit  été  trop  heureux  d'entrer 
tn  condition  chez  fpn  Alicfle,  qui  lui  avolc 
donné  une  de  fes  chambres  Vuides,  avecTO^ 
fice  deSuiJfedt  fa  tête.  Comment^  dit  Pomé 
fomus ,  avez- vous  retenu  touref  ces  folies  t 
On  retient  plutôt ,  dit  Prijcus  »  une  Hiftorietta 
de  cette  nature^  qu'un  Précepte  de  Philofophie» 
Avcz-vous  été  auiZi  cornent  des  Médailles^ 
^ue  des  Manufcrh  '\  dit  Pifin,     C*e(l  à  peu- 
près  la  même  chofe ,  conrinua  Prifcus.     Mail 
a  ceqoenous4it54fyi4r>  on  fera  encore  plut 
fou  au  fujet  dt»  Médailles  quedesManufcritt. 
Elles*  feront  hors  de  prix.     Les  Perfonnes  mè« 
;  mes  dcdiftin£Vion  le  feront  un  mérite  de  les 
connoitre.   Il  fo  trouvera  même  des  Dames 
qui  (k  piqueront  de  cette  fcience.  Il  y  aura 
d'habiles  Antiquaires   qui  vendront  iu(qu*à 
leur  Patrimoine  pour  fe faire  un  Cabinet  com« 
plet  de  Médailles.  Que  fera-ce  donc  que  cet 
Médailles  ^  àh  Pomfonius.  Ce  fera»  repartit 


(  t40  ) 
XpfMfiusi  noitt  MoAnoïe  d'tnioiirdliiir ,  ceîl 
ledc9  ûecics  ^ui  nous  auront  précède  ^  &  de 
ceux  qQfnous  (uÎTront.  Comme  cette  Moit- 
ftoïe  deviendra  rare  »  on  fe  piquera  d*en  avoir 
pour  connoitre  le  Prince  ,  &  en  cirer  quel* 
quesconnoiflances  pour  l*hiftoire;     Cela  me 
pare jt  fore  fujet  à  cautien,  dicCr/#r,  parce 
qu*il  n*y  a  a  rien  de  plus  facile  à  contrefairCr 
S'il  eftvrai»  co;nme  ^4«74r  nous  l'a  dit  $  que 
les  Médailles  doivent  être  hors  de  prix  ,  qui 
peut  empêcher  un  impofteur  qui  s'yconnoi- 
tra  d*en  fraper  ,  fur  rout  de  celles  c^i  maiw 
queront  \   L*Arc  des  connoifleurs  ,  ajouta 
le  Bibliothécaire  »  ne  s*ctendra   pat  fi  lein 
qu*on(e  Pimaginera.     Les  plus  habiles  fool 
fiijces  à  fe  tromper. 

Mais  peut-on  fça  voir  ,  McfTeurs,  ce  qui  s'eft 
paflédans  vôtre  Voyage  ?  AufCtôt  PomfênÎHt 
£c^part  à  la  Compagnie  des  Avanturcs  qui  leur 
^toienc  arrivées  pendant  leur  Mariage  de  trois 
fOurs:  ce  qui  la  divertit  »  excepté  Pnftus,f\\i\ 
pour  értrer de femblables noces»  propoû  de 
quiter  ce  Pays.     Egnatius  fat  d*avis  de  faire 
]e  tour  de  la  I<ene ,  avant  que  d*en  forur. 
Par    PolUix ,   die  Pijon  ,  nous  hÎTernerons 
donc  ici.  Corbleu ,  nous  en  avons  pour  p-us 
d'un  an.      Si    vous  vou^e?  tant    courir    ja 
promets  que  i'ivai  vous  attendre  au  Menelat» 
St  qu'y  ferez- vous  f  dit  Egnatius,     Ce  que 
voue  n'êtes  plus  enâgedehire«  repartit ?//«». 
C'eft  une  louable  coûtutneencePaïs,  de  fê 
marier  pour  autant  de  tems  que   l'on  veut. 
C>rbleu|ie  m'y  marierai  tous  les  jours  pour 
vingt-quatre  heures.     Si  Pompomus  veut  m'en 
«rqû-e^  ilcA  faraauca«tau  trscaftor.    li  en 

Sêu 


i* 


l  w  ) 

Hbrà  plus  \  portée  ilc  ravoir  fonPuetlige  q«âiii 
Kovs  partirons.     Pour  moi ,  MefCeurs ,  dît 
P^fnponiuSy  )e  ne  trouve  bien  ici.     Quelque 
penchant  que  i*aie  pour  rimour  »  rien  ne  m« 
charme  tant  que  la  vue  d'une  belle  Biblioch*» 
^[ue.      Quand  je  vois  des  Livres ,  \t  fuis  dans 
mon  élément.  Où  irons- nous  pour  être  mieux 
qu*ici  I   il  y  I  encore  une  infinité  de  chofet 
^U€  nous  n*aYons  pas  vues.     Skmârtik.  hom« 
me  d'efprit ,  obli£;eant,  gracieux  «  &  ^ont  la 
cpnvrrlation  nous  dcdommagera  aflts  du  piaî* 
Ût  que  nous  pourrions  avoir  à  parcourir  la  Lu- 
ae.      Nous  fommes  maître  de  notre   temf. 
Ifous  n'avons  pas  quitte  Romt ,  pour  y  retour» 
ner  (i-tôt.     Quand  nous  palTcrions  iciunluA 
tre  ,  nous  y  trouverions  toujours  de  quoi  noua 
divcrttr.     Reftons  encore  ici  quelque  tems  , 
aous  verrons  toujours,  bien  le  rcfte.     QuanJ 
Pî/qh  r«ntira  fes  befoins,  en  deux  ou   troit 
jours  if  peut  fc  rendre  au  MtneUs  ^  ou  (i  no« 
ers  Compagnie  lui  ed  trop  precitufe  pour  la 
quîtcr  i*aivu  au  Snellïus  plus  d'une  belle  per« 
ibnne  capable  de  captiver  un  coeur.     Vouf 
avez  raifoh ,  dit  Egnatîus  5  allons  voir  de  com- 
pagnie les  Dames ,  5c  faifons  Tamourpouf 
pifên ,  afin  de  l'engager  à  refter  ici.  Vous  at-» 
triftez  Prlfms,  dît  Pifon-y  je  lis  Ton  cbagrin 
l«r  Ton  vifage:   Mais  faifons  mieux-,  il  faut 
contenter  tout  le  monde  ,  quand  on  le- peur.' 
Tachons  de  lui  procurer  auprès  du  MagiArai' 
Tcminente  qualité  de  ProfeUeur  en  Philofb- 
phîe.     Ah'  !  dit  Pomponius ,  j'en  fuis  î  j'auroii 
bien  envie  de  voir  les  Lunols  devenir  Sttïciensjf 
Je  les  ai  afll«  étudiez  ,  ils  ne  me  paroifleni 
fis  beaucoup  de  vocations  pouv  cela,  princi.^ 

paleî 


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piîemcfit  les  Damef  -,  encore  Vâu^«{|  mura* 
Itre  d'un  parti  que  de  n'en  tenir  tuam.    J« 
▼otts  ptie  donc»  mon  chtrPrifcus,  de  voue 
cefoudre  à  prendre  le  titre  de  PKilofophe 
<Uns  U  Lune }  &  nênie  en  cas  de  befoin  ,  des 
kttres  deNaturalifation  :  Tout  Tous  y  engage  i 
Tamour  de  la  fageffie ,  un  beau  champ  oà 
Yous  pourrex  travailler  fans  aprekender  lef 
préjugez  )  la  complalfance  que  je  crois  que 
vous  avez  pour  nous  -,  &  le  (ervice  que  voui 
rendrez  à  la  République  Lunoife.  J'accepte  le 
parti  9  die  Prifcus ,  mais  à  condition  que  voui 
&  Pïfon  vous  vous  rendrezalHdus  à  mes  leçons 
êc  que  vous  en  profiterez.  Je  ne  retourne  plus 
à  Pccole,  dit  Ptfon  ,  i*aî  ^(^  trop  fo iicttc  : 
de  plus  vous  feriez  un  habile  homme  ,  C 
vous  pouviez  me  convaincre  delà  fauileté  d'un 
fêul  princt^t à* Eficure,  Il  n'eft  pas  befoin  de 
vous  dire  que  je  fuisSeélateur  de  fa  Morale  | 
personne  n'endoute  :  Mais  ce  qu*il  cft  bon  qu« 
vousr<çachiez»  c'eftque  je  n'en  fuivrai  iamaîjt 
d'autre  f  à  moins  que  vous  ne  m'en  donniez 
une  plus  commode.  En  maiiere  de  moeurs 
de  religion  8c  de  f  entimens ,  j'aime  à  tenir  le 
large.  La  Fhilofophie  d'JSfifure  eft  (i  naturelle» 
qu'avant  qu'il  nous  eût  invité  a^plaifir>  toute 
la  Nature  y  conCpiroit.  .  Il  n>  {as  enfcigné 
la  volupté  i  il  l'a  trouve  établie  ,  &  û  bien 
enracinée  dans  le  coeur  dts  homines,  que  je 
cpnnois  un  Philofophe  des  plus  fevcres,  quia 
crû  avoir  été  fou  jufqu'à  l'âge  de  vingt  cinq 
ans»  parce  qu'il  n'avoitceffé  d'aimer  qu'en  ce 
f  ems.  Par  un  argument  tout  contraire ,  il  aurofe 
du  conclure  qu'il  n*avoitété  fage  que  jufqu'à 
ce  tems^  pui/qu'il  Jc  peut  nrendre  pour  Te- 
«  poque 


(  uî  r 

j^bque  dt  la  folît.  *  La  vcrîtiUt  iagcflê  ni 

conlifle  pas  dans  la  fpccylation  de  quelque! 

aaajrimcs  outrées.  C e(l être fage, félon  mon 

limff  ^quede  fuÎTrcle  penchant  delà  NaturcJ 

id*ii:iiitef  les  Dieux,  de  marchtr  fur  les  traces 

dk9  l^ros^,  de  dt  vivre  comme  ont  vécu  nof 

Sf)(pres.  Je  croîs  que  Prifcus  avec  toute  fa  Phi- 

lOTophîe  ne  perfuadeVaà  perfonne  qutl'amouf 

Als   belles  chofes  ne  foitpasun  fcntimèntfn^ 

tkrîeur  qui  nous e(l  infpîrë  parla  Nature^  qu« 

Ai-fc  ?  qui  mit  avec  nous,  qoi  vit  avee  nous/ 

Et  «lean  avec  nous.  11  ne  peut  pas  nier  que 

fes  Dieux  ayent  aimé  ,   &  aiment  tous  les 

ffcirs.  L'amour  t^  fi  eflentiel  à  la  divinité, 

q[U*otez  Pamour  il  h*y  a  plus  de  Dieux.Que 

nos  P^res  ayent  attné  notre  exiftence    en 

«ft  uae  preuve  convaincante  :  AinQ  ainaer, 

être  aimé  ,  félon  moi ,  doit  faire  toute  la 

béatitude  de  Vhomme. 

*  C'eft  raîfonner  en  parfait  Kpîeuntn  ,  re* 
partît  fr/y^«/.  Mais  fi  fe  vous  difois ,  qu'autant 
qu'ua  amour  bien  réglé  peut  è.re  utile ,  il  n'y 
â  rien  de  plus  nuifiWe  que  cet  amour,  poitf 
peu  qu'il  prçnnele  large.  L'amour  que  la  Na-' 
turc  410US  infpire  efttfn  amour  déréglé  ,  qui 
donne  tout  aux  fens,  qui  gâte  l'efpritencor- 
lt>mpam  le  cœur.Pour  peu  que  je  me  fentifle  de 
iîfpofition  a  nierVexiftencc  de  nos  Dieux,  rien 
ÈC  feroît  pks  capable  de  m*y  déterminer  qut 
ft'urs  amours  infâmes.  Nous  puniffjns  ai 
dernier  fupiiceles  adultères.  Une  l^^yf 4/f  con- 
vaîncuë  d'impureté  eft  enterrée  toute  fîvr^J 
Cependant  nous  adorons  de£  Dieux  qui  ont 
comiûis  toutes  les  efpeccs  imaginables  d'îa.» 
purctez  5  *  qai  plus  eft,  nouspoKOnslecriV 
1  ■'    =■  me 


\ 


(  I4<  > 


rtHH^ 


CHAPITRE    XXIII. 

yugtmtnt  dt  Samar  fur  Ut    3^urnéUififrm 
Traits  d*hîfioirt. 

A  Pris  les  premiers  complîmenf^  Pêm» 
ponius  demanda  à  Samar  ce  que  c*ctoic 
.^e  le  livre qu*il  tenoit  fous  (on  bras.      C*eft, 
repanit  Samar,  un  Journal  de  Trévoux,  Pour- 
roiuon  fi^avoir,  Mondf  ur,  ce  que  chante  ce  ]i« 
Vre/dit  P//6».  Ceft,  rcponditS4m4r,unab*-egé 
av<cla  critique  de  quelques  livres,  qui  doi- 
vent paroitrel*an  cinq  mille  fept  ou  huit-cent 
&  lui  vans.  On  fera  bien  des  livres  en  ce  cems- 
là  9    àh  CeUr.    Il  me  parole  que  la  plupart 
des  livres  que  j*ai  vus  dans  voire  Biblioihec)tie  , 
paroîironi  dans  ces  ficelés.  Vdusavez  railon  » 
repanit  ^^im^r  :Mais  quoique  ces  Hccles  doi- 
vent erre  fçavsns  il  ne  fera  cependant  pet  m» 
d'écrire  qu*avec  beaucoup  de  précaution.  Il 
y  aura  des  Sçavaos  qui  feront  la  .4 erreur  des 
mauvais  Auteurs.  Pa  exemple^  le  livre  qile 
vous  me  voyez   eft  excellent.    In  voici  le 
delfein  qui  eft  parfaitement  bien  exécuté.  D«ins 
tous  les  Etats  les  mieux  poifcez  il  fe  trouvera 
àts  gens  de  mérite  &  d*érudi.  ion  vêrfez  dans 
toutes  fortes  de  Icîences  ,  qui  sVrigeront  un 
Tribunal  de    Littérature ,  où  ils  pcfcront  au 
poi4s   du  bons-fens  &  du  fçavoir  tous  les 
livres  nouveaux  qui  paroitront.    Celui  que 
je    tiens    fera    écrit    par    Remonituen    Ichm 
t*jofhagi  noir  ,  h  )mme  d*e{prit^  denaiflânce 
^  d*érudition  »  f^avaat  ^  poli  ^  honcte,  iiu 

dici  eiur 


(    Î47) 
Vicieux  «  qu!  pendant  un  long  cours  â*innéei 
tiendra  dans  le  Koyaume  (ies  Laudes  la  place 
^'Afaihn ,  6c  d)(l*ibucra  aux  Auteur5le  prix  de 
rhonneurôc  delà  répuration«  fe!on  qi)*i  s  au- 
ront bien  ou  mil  réu il:  dans  leurs  ouvrages    H* 
ne  travail  era  dans  les  piemieres  anntes  que 
pour  les  Sça  vans   Son  ouvrante  fera  un  Reçue  il 
choifi  de  ce  qu'ily^ura  de  meilleur  dans  les 
Ma  hcmatiques,  l'H  (loireôc  les  btaix  Arts  : 
Kfais  faifani  reflexion  vers  la  tin  de  fes  jours  ^ 
Tur  futilité  que  e  publ.c  pourroii  leurer  de  (es 
f<ça vantes  occupaiions.  s*il  s*abaifloit  jufqu'aux 
matîeie^t  qui  peuvent  inrere  (Ter  tout  It  monde t 
il  Ce  rrè  era  dans  les- oifpiites  qui    rendtont 
alors  ptoblem^t  iqucs   la  plupart  des  articles 
de  la  Foi  domina'^r;.  Aïo  s  ce  S^avant  aban- 
donnant Pécude  frche    es  Mathcmaiques,  de 
de  ce  qui  puuvoit  mériter  Tactenirondcs  per- 
fonnes  d'e(prit ,  voguera  a  pleines  voiles  fur 
la  mer  orageufe  de  laScholaftique.  U>  Pontife 
Rrmaîn  donnera  une  Bu'Ie,  qui  partagera  les 
fentimcns.  Le  Journa  (le  n'ignorant  pas  c^'il 
vaut  mieux  prendre  un  parti  que  de  demeurer 
neutre,    quand  'es  chufes  s\ chauffent  ,  fc 
déclarera  pour  le  Pomife  Ôc  ramifiera  Jans  Cot^ 
ouvrage  tout  ce  qui  favonferâ  la  caufe2((7i»4/»^. 
Il  eft  vrai  que  les  5{avans  en  murmu.cronti 
Quelques-uns  même  feront  d'afl^z  mauvais 
goût  pour  ne  vouloir  plus  lire  fon  ouvrage  : 
Mais  en  rccompenfe.  If  s  Dames  de  fon  parti 
fe  feront  un  plaifîr  de  l'avoir,  &  lui  rendront 
la  iuftice  qu'il  mérite. 

Il  ne  fera  paslefculjourna'tf^ede  fontems. 
11  yen  aura  à  Parts,  tx\  Hollande ,  à  Ltipftt, 
9l  autres  cadroits«  dom  la  crit  ique  5c  ics  loiian* 

G   %  gel 


|:et  feront  également  dcfîrces  o«  tprehe»^ 
dccs  des  Auteurs.  Quoique  le  m^rftc  d^oii 
Ecrivain  ne  dépende  pas  de  leur  ji^ement,  il 
(èra  cependant  d*ufi  grand  poids  dans  la  Liue^ 
rature.  Il  y  aura  des  livres  qui  iront  iufqu*à 
la  cinquième  Edition  ,  qui  fans  eux  ,  (%m 
roiem  rcftez  chez  le  Libraire  pour  orner  ùl 
boutique.  Par  exemple  :  On  ne  pourra  riea 
voir  de  pluspitoyablequele/'oeigsf  i«/4  M^g^ 
dilaim ,  dit  dg  U  SsiMt  Batiim,  Un  'îraYer# 
perpétuel  régnera  dans  cet  ouvrage  qui  fera 
écritendcpitdela  rilfon  &  du  bonsiens.  Ce 
fera  un  Poc:neoùroii  ne  trouvera  ni  rime  ni 
raiion.  U  n*y  aura  mcm«  point  d'homme  d*ef- 
prit  qui  en  le  lifant  ne  s*imacinc  qu*il  aura 
été  fait  cïprès  contre  toutes  les  règles  de  la 
pocfls  de  du  fens  commun  pour  divertir  'e 
Leâeur.  On  pourra  croire ,  que  quelque  iospie 
y  )otc  les  Dieux  6c  la  Religion*  Rien  moin^ 
que  tout  cela  Le  Poème  fera  compofé  de  faag 
froid  par  un  Ichfyophsithtandes  plus  aai^eret 
^  des  plus  mortifiez.  lUe  compofera  par  dé- 
votion >  5(  cour'  l*édifîcation  du  public  .-  Et 
avec  ces  bonnes  intentions ,  je  crois  qu*it 
n*auroit  pas  cteiufqu'a  la  féconde  Edition  fans 
les  Jûurnal.Aes.  Us  en  feront  des analy fës  des 
plus  plaifances  qu'on  puilTe  vofr.  Ils  en  déta* 
citeront  quelques  vers  qu'ils  feront  paroîtra 
dans  tout  leur  ridicule.  Enfin  on  fera  curieux 
de  voirun  livre,  fur  lequel  ils  auroui  exerce 
leur  belle  humeur  j  ^  l'Auteur  leur  fera  rede- 
vable do  plaifir  que  foti  ouvrage  donnera  aux 
pcrionncs  d'elpiit, 

%*i\  fc  trouve  parmi  les  Tournaît^es  qtr*4« 
ques  perfuaocsdoatlareligiou^ouUs  intérêts 

parti* 


(149)       ^ 
particuliers  contrebalancent  l*cqDtt^i  le  ptiif 

grand  nombre  rendra  toujours  juftice*  Non 

feulement  leur  fîécle  leur  (era  redevable  de 

leurs fçavames  réflexions^ mais  je  crois cpi*il» 

ie  purgeront  des  mauvais  Aiiteurs. 

Qu'entendez  vous  y  s'il  vt)u$  plaît ,  dit  Prif' 

€u$  ,  psir  mauvais  Auteurs  l  Je  nef^ai  û  nous 

«n  avons  tous  deux  la  même  iàét.  Poin*  moi  > 

f.e  m* imagine  qu*un  mauvais  Auttur  eft  im 

homme  qui  écrit  (ans  but  &  fans  deiTein  ^  feu- 

leinent4>our  écrire  tTel  eft  Vichtyophage  noir 

qui  doit  donner  les  Ouvrages  de  Grégoire  U 

Grand ,  que  vous  avez  dfépeint  avec  de  fî 

désagréables  couleurs.    J:*entens  encore  par 

un  mauvais  Auteur,  un  homme  qui  ne  prouve 

rien  de  ce  qu'il  avance  ,  &  qui  voltige  de 

branche  en  branche  dans  un  Ouvrage^  qm  doic 

être  folidc  :  ou  bien  qui  dans  un  Ouvrage 

badin  Fait  pour  fe  divertir^  garde  avec  la  dtc^ 

niere  exaâitude  les  règles  de^la  Grammaire. 

Pour  moi^  dans  un  femblable  ouvrage,  un 

beau  feu  me  plaît  jun  ingénieux  defordre^  un 

mélange  étudié  (ont  de  mon  goût.  J'aime  le 

brillant  6c  une  petite digre/Tton  maligne». ou 

pleine  d'efprit  $  ou  même  quelquefois  des  en« 

droits  lanpuidans,  pourvu  qu'ils  ne  rampent 

pas  &  qu'ils  ne  (ervent  qu'à  donner  du  luflre  a- 

d'autres  endroits ,  où  TÂuteur  ùSc  voir  la 

force  de  fon  génie }  cela  ne  me  paroi:  pas  un 

défaut.  Je  ne  dontferois  pas  non  plus  le  nom 

de  mauvais  Auteur  \  un  EcîWsi'm,  qui  traite- 

roit  une  matière  qui  ne  feroit  pas  de  mon  goût. 

Je  ne  fuis  pas  Epicurien ,  mais  quand  il  plaira 

a  Pi/on  d'écrire  les  maximes  de  fa  Scde ,  pour- 

Vû^u'il  conclue  ju^e^  autant  que  la  matière 

G  3  peut 


pcutlepcrtncttrc,  8c  qu  il  ne  pêche  ni  contre 
les  règles  dubonsfens^  ni  contre  les  lumières 
de  la  raifon ,  je  le  regarderai  cômoie  un  habile 
homme ,  bien  que  je  ne  fois  pas  de  (on  opi* 
nion.  Nootfomrnes,  àuSamar  ,  à  peu- prés 
dq  même  fentimcnt    je  demande  cependant 
autre  chofe  que  du  bons  fensAt  deU  raifoa 
dans  un  ouvrage.  La  délicaiefle  dans  les  peiw 
fces ,  IVlégance  dans  le  tour  des  phrafes ,  !• 
choix  dans  les  mots  »  fosc  des  cbofes  qui  a» 
doivent  pas  être  négligées,  &  qui  feules  font 
ibuf  ciît  capables  de  foûtcnir  un  livre.    Telt^ 
Plaque  Rbmanqui  doit  paroitredanslefiecis 
de  RemonitHen  fera  Touvrage  du  Druide  d« 
Cambrai  y^  n*aura  pas  en  efFet  d'iutre  mérite» 
Il  péchera  ménae  contre  la  vérité  de  PHiftoire. 
Il  s'écartera  à" Homère  i  En  un  mot  il  n*aura 
d'autre  fondement  que  tes  idées  creiiTes  dit 
Prélat  :  mais  ce  Roman  fera  bien  écrit.  L*Âa« 
teury  fera   briller  (ornaient  pour  les  ll(>/»4jfi. 
On  croira  y  voir  le  portrait  de  quelques  per« 
fonhes  de  la  Cour.  Il  n'en  faudra  pas  davan* 
rage  pour  lui  donner  la  vogite.  Tous  les  au* 
très  Ouvrages  du  Druide  de  CaHibrai  fcrooi 
avec  le  rems  enfevelis  dans  un  éternel  oubli. 
Son  feul  TeUmaque  rendra  Ton  nom  immor* 
(el }  5c  les  Amateurs  des  pièces  fabuleufes  fbû« 
hâtteront  que  le  Prélat  n*cut  ja^iais  écrit  qus 
des  Romans,  Il  arriva  dans  le  nnême  décie, 
quf  deux  Ichfyo^ha^es  noïTS  écriront  en  même 
tems  fur  un  même  fufet.  L'un  ne  rat^nne* 
ra  pas  6c ,  5c  l'autre  parlera  mal  :  ce  qui  fera 
4ireà  un  habile  Critique,  que  l'un.auroit  dâ 
aprendre  à  raifonner  à  l'autre  «  ^ui  luiauroti 
apris  à  parler. 


J*at  peine  à  croire ,  die  Celer,  qu'il  y  aîc  dci 

perfbnncs  qui  écrivent  en  dépit  du  bon  (tnSm 

R.î%n  de  plus  commun  ^  repartit  54/yf4rj  de  au 

.  Contraire  rien  de  plus  rare  que  les  bons  livres. 

I^es  Auteurs,  dit  Prifcus,  ne  (ont  pas  les  feuli 

<)ui   pèchent  contre  la  raifon.   ht%  perfonnes 

les  plus diiV nouées  ont  leur  ^oible ,  c'ell-à-dire» 

cjuelque  défaut  d*cfprit  qui  me  couvain^  que 

cela  provient  du  fonds  de  l'homme.  3*ai  Vk 

autrefois  je  ne  f^ai  quelle  Hifloire  oui  Auteur 

par  des  fat^s  authentiques  flc  choin$  convain*  . 

quoit  les  hommes  ,  tnème  ies  plu<(  élevez  en 

dignité,  d'imprudence  5c  d*ihdiicretion,  pour 

ne  pas  dfre  de  ïo\\t.  Voici  quelques  ^its  qui 

Çc  font   placez  dans  ma  mémoire,      v 

Cilcpan^,  Druide  \u  premier  rang,  bel  hom- 
me ,  bien  fait  ,  plein  d'e(prit  ,  homme  de 
cabinet,  (\:^\  ackoit  5c  rufé  Politique,  aptèf 
avoir  dunné  pludeurs  marque^  de  (a  fufHfance^ 
fu  chargé  p.tr  (on  Prince  d'aller  à  la  Cour 
du  (loi  dcsSarmafes ,  pour  quelques  inttrèts 
qui  C(oient  communs  entre  les  deux  Cou« 
tonnes.  Le  D.u'ide  parut  avec  éclat  chez  les 
Sdrmates,  On  admira  ie  brillant  de  fon  eC' 
prie.  Son  bon  air ,  fa  riche  taille  lut  gagne- 
renr  le  cœiir  des  Dames.  Plufieursalpirerenc 
au  plaifîrde  lui  faire  porter  leurs  chaînés  mais 
aucune  n*y  rétilTît  fi  bien  que  la  Reine  dti 
Pays  II  foutin:  quelque  tems  contre  fes  ap« 
pat  9  mais  enfin  ilfut  obligé  dtCe  rendre.  La 
PrinceiTe  fîere  de  fa  conquête  ,  le  traita  ea 
enclave  $  5c  fi  quelquefois cl!elainbitecha|>er 
quelques  oeiKa  jes  fayorables ,  fa  bouche  audli- 
t6t  les  defavouotf.  Je  vous  laiffe  à  penier 
^uci  train  prenoient  les  affres  de  fon  grinça 

G  4  pendant 


petidant  qu*î1  s*amu(bit  à  faire  I^amouf  t  Is 
Reine.;  Sa  Négociation  échoua  :  En  un  mot, 
fon  Prince  fut  obligé  de  le  rapeler  s  &  il  tic 
remporta  de  fon  Ambaflàde  ^que  la  conBifîon 
d'avoir  laiilé  dépérir  les  affaires  entVe  Tes 
mains  s  fans  avoir  pu  obtenir  de  la  Princefle 
quelque  faveur  qui  le  dédommageât. 

Saliiru  ,  Général  d'Armée  de  la  Katîoa^ 
Catéloife ,  homme  verfé  dans  les  affaires  Sl 
qui  manioît  également  bien  la  pkime  Bc  l'ç* 
fée,  fut  chargé  par  fon  Roi-de  faire  unTrat« 
té  avec  ceux  qui  habitent  le  long  de  la  Mer 
Adriatique,  Sa  Ck)mmiflîon  fût  fecrette.    IL 
IVxecuta  avec  plus  de  fidélité  que  de  prudence. 
Son  Roi  4nourut  peu  de  tems  apréf  ^ôc  le^% 
Prince  qui  lui  fucceda  >  ayant  engagé  tous  les 
Alliez  de  (à  Couronne ,  à  lui  communiquée 
tous  les  Traitez  que  (es  Predece (leurs  avoient 
faits  avec  eux ,  entre  autres  on  lui  remit  ea 
0iaîn  celui  dont  je  vous  parle.    Le  Prince 
fut  extrciçemem  furpris devoir  qu'il  s'agifFoit 
par  ce  Traité ,  de  l'éloigner  de  la  Couj^onne  }. 
^  3c  qne  le  Général  des  Armées  avoir  non  feu- 
lement traité  pour  cela  avec  les  peuples  qui 
harbitent  les  Terres  que  baigne  la  Mer  Adria» 
tique,  mais  même  qu'il avoit engagé  dans  ta. 
mcme  ligue  les  iberiens  ,  8c  les  Allobroges ,  8c. 
plufîeurs  autres  peuples.  Le  Prince  faincnir- 
ie  Général  des  Armées,  &  lui  como?unique 
ks  Traitez.  Salliru  Icii  avoua ,  en  difant  qu*il 
lï*avoit  fait  qu'exécuter  les  ordres  duTeu  Roi^ 
dont  il  fournit  tes  originaux  ,  (àiisquoif^  tcte 
en  eût   répondu.     S'élbignant   enfuite  de- la 
Cour,  il  échapa  à  la  veangeanceflc  aurelTen- 
ymcmdu  nouveauPriflce,  4ontpeu  t  peu  îi 

mérita. 


ififcrîtâ  les  bonnes  grâces  par  fa  femme.^ 

Entre  hi  Druides  de  Ja  même  Nation  r 
Cîeêtis  fîîfi  d'un  Père  dont  le  cerveau  n'croit 
pas  des  mieux  timbre*,  eût  le  malheurdc  fe 
voir  déshérite.  11  chercha  dans  le  Sacerdoce 
à  fe  de  jommagerdes  biens,  dont  la  folie  de 
fbn  Père  le  privoi^  Il  fut'  c!evé  avec  les  pre- 
miers Dfuïdes  de  ^a  Nation.  Ilacquirpar 
fon  travail  une  éloquence  qui  le  diftingua  , 
quoi  qu'e  lene  lê  mît  pas  encore  au  rang  des 
ptemîers Orat<îur5.  Pneurra ,  Grand  Prêfe 
du  Tcmplo  àtyimen ,  ceffi  de  vivre  î  les  Drui- 
des de  la  prcTiiere  diftîndion  brguercntfa 
place.  Le  Roy  qui  devoit  y  nommer^  fe  vit 
îbllrcifc  par  ce  qt^'il  yavoîtJe  plus  grand  à 
la  Cour.  Son  propre  Nevea  la  lui  demanda 
pour  le  Druide  MoneUs y\  .]U'  un<lefes  favo- 
ris étoîi  redevable  de  fon  éducation  ,  5r  qui 
téîoit  un  de*  plurhabiles  Orateurs  de  (on  rems. 
Lefloî  fans  avoir  égard  aux  recomman  i.itîons, 
confulta  fon  Moula,  félon  '*avi«  du^^uc'  il  nom- 
ma Çleotîs,  Il  envoie  un  Offi  lerdç  fc^  Gar- 
des lui  en  porter  la  nouvel!';.  CUotlt^  qtii  n'af* 
piroit  pas  à  une  fi  haute  fortune,  furp  is  de 
Vair  un  Officier  de  la  Garde  ,  'gnorantcegue 
portoit  fa commi(Tîoii,^rut  qu'il  vcnoit  pour 
Tarrcier.  Il  veut  chercher  fa  fureté  dans  la 
fuite,  maïs  fans  lurent  ^onner  le  terni,  on  lui 
fignifie  la  grâce  du  Prince.  D'abord ilcroîc 
qîi'on  'uî  en  imnofe  s  enfin  il  ceie  ôt  devient 
Grand  Prêtre  Les  Seigneurs  y  trouvèrent  )i 
redire .  Vl4t54e  Roi  'eur  impo'a  filence.  ~  On 
fît  enr en  ^re  à  Cltoùs  qu*àprés-la  bonîé  du  Prin- 
ce, i'n'étoît  redevable  de  ce  potte  qu'à  ion 
doqucûce.     Il  n'eo  fa  Un  pas  davantage  pour 

G  5  le 


<  tT4  ) 

le  pcrfuid cr ,  qu*i  étoit  le  plus  habîle  OrateiV 

de  ronrem*.  Iltrouvib'en-fot  uneoccaiîoa 
folemnelle  de  parler  en  |,  bHc  »  &  ti  eût  la  fo- 
lie de  $*y  exposer ,  qiiuiquM  '^ù:  bien  ^ue  le  ne- 
veux ciuRoi  quîav  '  U  •icitf  pour  inautre» 
j  dur  prcfider.  1'  paya  d'effron  trie  :  mais  à 
peine  eûiil  debirrq  .eiqi.es  périodes»  qu*oti* 
bitanr  fon  difcours  il  fût  i/bligé  c!*obeir  bon* 
tridfment  aux  ordres  ài^  P  tnce  oui  lui  com- 
manda de  defccndre  de  la  Tribune. 

On  n*auroît  ianaafs  fait,  dit  Pif  a  «  /i  dO 
Toutoit  raconter  toutes  ^es  fo^iesdes  hoiiunes. 
Oft  un  cbamp  fort  fpacieux  »  dit  F.gnanuu. 
Il  n*j  a  perfonne  fur  ce  ^t(  qui  ne  putde  pro- 
duire une  hiftoire  de  Ton  fond.  Ceb  m*  plaïc 
quand  on  fe  rend  juftice,  dit  Pomponitéi.  Qu'en 
penfes  vous,  Monfîeurle  Bilborbecaire.' Je 
ne  cor^nofs  pas  aCez  Mcnfieur  »  rcpon«Jil 
Samar  «  pour  en  pouvoir  fuger  .*  mais  Ym 
une  grâce  a  vous  demander  :  |e  ne  croii 
f\$  qu'^  vous  ayezHeiTeinde  vnu5  rembarquer 
cette  a>nnée  au  Mtff'U  Si  vous  ériezjjliii- 
meur  À  rcf^cr  ici  un  mois ,  if  me  ferois  un 
trai  p^aifîr  ^prcs  ce  tems  de  vgois  accom- 
pagner, nf»n«^cutement  à  voir  cequM  y  a  de 
Mre  en  ce  F  ts  »  mais  œcme  Je  fcrofs  ravî 
que  vous  vouîufT^cz  mep^rme  crede  vouf  (un 
Vre  dans  vos  voyages*  je  quitte  ois  aLune 
ivec  ptaifîr  ,  pour  ère  de  v'>tr-  comv^snie. 
,On  n*a  peur-êrre  )«nç) ^î<  vu  <fc  Lnno^s  à  Rome^ 
W  fe  pourra  que  le*  Dames  ne  prennen  pat 
moins  de  pïaifîr  à  me  vo'r  que  Te^  aurai  à  leur 
farelacour.  T<»ut'e  iwon  e  iccepra  cesnf- 
firts  avec  iuïe,  fit  on  ^iV  charme  q«*i!vatî tût 
4u«  dêcUcompa^oie,  |ln';i  cm  c^^tPjon,  à 


«^^incequll  aroît  6\t  des  Dîmes  ne  plâr  piti 
If  feftfuvint  q'tMIlui  avoit  parlé  de  leur  HiT« 
foire.  Il  le  pria  de  la  lui  communiquer ,  a  fîii 
<|u*it  pur  !a  consulter  fur cer article:  hiUsSa-m 
fftar  le  pria  itCt  l»onne  grâce  deTen  difpen* 
ier ,  en  lui  promettant  de  ne  pas  courir  fur  fe» 
brifces,  qu*il  confentic  aufC  qu*il  fur  de  la  par- 
tie :  après  quoi  la  compagnie  pria  Samsr,  (i 
Tes  affaires  le  lut  pernectuiem  de  les  conduire 
le  jour  fuivanc  au  Château  des  Larerespoîi  il 
leur  avoit  dit  que  '*Or  he  du  Pavillon  avoit  été 
inftitué.  Samar  s*enga?ea  de  leur  faire  voir  Te» 
beau  ez  de  ce  Palais.  Us  prreni  congelé  lui, 
&  paderem  le  refte  de  la  journée  à  voir  les 
édiÛLt$  publics  du  SmllMSm 


CHAPITRE     XXI V^ 

htftoîrê  dtf  Prince  it  Kelofan^ 

'  E  ioiir  fuîvint  ils  allèrent  penrire  Samar 
chex  lui  pour  aller  au  Chateau'.  Dans 
le  chem  n  ,  Pri/î:»;  leur  dit,  qu*ilatmoii  à  en» 
tendre  dire  Jiib'cn  des  autres,  qu'il  lui  avoit 
lâir  un  porrrait  fî  avanta^jeuxdu  Prince  de  Rf- 
lûfan,  qa'il  étoit  curieux  de  fçaroirfon  Hi(^ 
toireé  Vous  ne  pouviez ,  lui  dit  Samar  ,  me 
faire  de  propofi'ion  q  li  me  fut  plus  agréable. 
]*aîn[\eà  [parler  des  grands  Hommes.  Je  vou« 
fecst  volontiers  un  abrégé  de  là  Vie  de  ce 
Prince 

Il  éroi'  peîf  fils  du  R^î  5/7t/^ ,  Prince  fîir. 
aommé/s  Jiifit ,  à  rauf«  de  fon  amour  pour 

G  6  Vé<^té. 


* 


{  M6  ) 

téquhé.  Hglêfân  ,  dans  fes  plus  îeuner-aii^ 
nccf ,  donna  desmarquesd'unefprit  si^,  ai(c^ 
jfcnetmnr  ^.  a£^if ,  fli  latfla  entrevoir  les  ver* 
ni$qu*onavû  briller  aveocantdVdat  pendaae 
(on  Règne.  L'amour  fut  (on  défaut ,  fi  cepcn* 
dant  c*eneftun-:  car  il  ^ut avouer  que  cette 
padlon  a  quelque  chofe  de  fî  doux  &  de  fî  na— 
turel ,  qu'il  n'eft  pas  befoin  d*cire  Epicurien 
pour  aimer  ^  il  ruÂrd'ctrebomme;  Relofan 
aitna  dès qu*ilfiu  encratdé  féconnoître.  Ses 
premières  inclinations  lui  attirèrent  quelques 
difgracesde  fês  Oouverneurs»     Il  eût  à  )>eu« 

{rcs  mf  me  fortune  que  Pifoni  Mats  il  fçût  fl 
ien  gagner  leur  amitié  ^  qu*un  déceux  qui 
avoiem  foin  de  fon  cdacatton ,  devint  le  Mt^ 
Jlidre  fecret  de.fes  p!a<fîrs  lèt  plus  cachez.. 
Quoi  qu*il  fut  Prince  ,  beau  &  bien-fait  «  il 
eûr  \^  maihf  ur  ic  trouver  des  iîllcs  alTcz  fîeres- 
pdbr  méprîfcr  fes  bonnes  grâces.     Wne  Dc- 
inoife  le  qui  fer  voit  la  Prfnccflçfa  Mcre^  cul 
afTèz  d\ippas  pour  charmer  (on  cœur.      \jZ> 
rencontrant  au  haut  d'un  efcalicr,  ilvoulpt* 
}ui  donner  des  imarquesfeniîbles  d«  fon  amour^. 
mais  la   Demoifcllc  s^oubliant  dans  une  cir«> 
confiance,  Ci  délicate,  aprocha^Oi  anain  de  lâ 
foùe  du  Prince  arec  fî  peu  3e. polir efle,  qu'elle 
le  ictra  du   haut  en  bas  de  ^efci^lier,  où  î! 
penfà  trouver  la  fin  de  fe«fours«  Le  fait  éc*a* 
ta.     La  PrincefTe  (a  Mère  loiia  Paaîo«*de  U 
Demoife''e ,  ôr  blâma  fon  fils,      Mais  Relàjan, 
à.  qui  un  ^u.  d'expérience  a  voit  montré  ,  qiM 
toutes  lès  hîles  nVtoient  pas  de  l*humeur  d« 
celle  qui  lui  nvoii  apris  a  faite  dfs  faur.tpcril* 
I^ux  fur  l'efcall'cr  ,  chercha  fortune. ailUurjr. 
llareHva  une  iafiâité.de.  jeunes  caars  qal 


fM7> 
Thr€fi»  Tttî  fâîrc  kommage.     Une  ComeJienr*- 

«c  ,  belle  comme  les  amours,  eût  l'honneur 
dfi  lut  faire  porter  (esxhaines.     Ses  Goiiver- 
jieurs  auentifs  à  toutes  Tes  démarches ,  furent 
indignez  «j^une înclinatton  fi ~m^1  placée.     Le 
Prince  Ton  Perc  en  fût  irrité}  Ton  avoît  ré- 
éblii  à  la  Gourde  faire  foùer  à  îaA Comédien» 
ne  un  perf«nnage  qu'on  ne  joué  jamais  deux 
ft>\r.     Peu  *'en  fallut,  qu*à  un  Bat  où  elle 
p^râtdèguiféë  en  Page  ^  elle  ne  payât  pour  li 
roUe  du  Prînc;  :  Mais  les  Dieux  permirent 
qu*(]ne  ieune  Demoifelle  aufTî  belle   que  no- 
ble lui  enli'vârfa  conquête.    Rehfan  vit  naître 
des  firuitsde  ce  nouvel ei%agement.  Il  vecoa* 
nut  facilement  (on  fang  dans  les  nobîés  inçlî* 
nations  que  firent  paronre  les  Seigneurs  qui 
lui  cioienrredevables-cfe  leur  naiflance.     La~ 
Kof  Ton   Onde  pour  fixer  (es  paillons    lai 
propofâ  de  fe  marier ,  <Sc  lui  offrit  fa  propre 
xllé ,  que  dis-ie  ?  t^ne  Frinccflc  digne  du  thrâ- 
nc  ,  fî  on  ne  regardoit  que  fes  vertus  ôcfon 
médite  «  mais  qui  avoit  le  ma'hcur  d'être  le' 
ftuird'One  inclinât  on  peu  réglée  du  Roi.    La 
Pi  încefTc,  Mei  c  du  Prince  de  Rebfan,  à  qui  cer» 
te  Alliance  ne  plaifeit  pas  ,  s'y  oppufa  de  tou- 
tes Tes  forces.     Le  Roi  qui  eh  fut  averti ,  mit 
desefpion?  fufques  dans  %n  cabinet ,  afin  de- 
f^voir  quels  refibrtf  elle  feroit  jouer  pour 
éviter  ce  Mariage.   Cdïus  fut  un  de  ceui  dont 
le  Roi  feferv^tlc  p^usutiemeitt.   Outre  qu*rl 
épioh  parfaitement  bien  tout  ce  qui  h  pàflort 
«bezia  PrinceTFe  ,  ^  qu'il  en  tai(cttun  fidèle 
rapori,  il  perfuadoit  au  Prince  dont  il  avoit 
les  bonne5   grâces  d'époulerla  fi. le  du  Roi, 
Jla  Princcffe,  NTcrf  dcS:MU/4»  voyant  avet 


éfonnemeiit  »  qoe  le  Roi  ^toit  informé  j» 
tour  ce  qui  Te  pafToit  chez  elle  ,  aprc»  avorr 
fub^onnc  pluïieurs  pcrfonnes  »  découvrit 
entîn  le  manège  de  C^/^^.  Elle  le  chaffa  de 
(on  P.ilais  avec  indignarion  |  ôc  en  oppro« 
bre  éternel  de  fa  perfidie  »  lui  donna  te  fur« 
aom  de  Gérrulus  :^Ce  qui  fit  que  depuis 
ce  rems  là  on  ne  F^apeUa  plus  ,  que  Caittt 
Cârrulits.  Mats  tous  les  efforts  de  'a  Fnn« 
celle  furent  inutiles.  Le  Roi  rçi«t  ù  bien 
ménager  l'cfprit  du  Prince  de  Relo/an  ,  qu*tk 
€>b  tnt  Ton  confen^ement  pour  le  Mariage 
tant  defîré.  lmaatnrz»vous  ,  quelle  fût  la 
fureufi  de  ta  Princ»(1e  ,  quand  elle  a  prît 
cette  nouvelle.  S^m  Ffls  fm  quelque  tems 
fânf  l*ofer  voir ,  3c  n*eût  pas  d*autre  cxcufe 
à  lui  faire,  fi  non  qu*il  av«;îi  érc  oblige  dV/Tjrïr 
à  îa  volonté  abroUc  du  Roi.  Plu^eurs  F  I^ 
ïti  furent  le  frui^  de  ce  Mariage  ,  mais  ua 
Garçon  Ciani  né ,  la  Princeâe  Mcrc  , 
«leitaiK  bas  fa  fîenc  ,  (e  reconcilia  avec  fa 
Bru ,  de  re^û:  avec  pîaifir  dans  (çs  I>ras  le 
jeune  Prince    qu'elle  avoit  oui   au  moQ- 

4t. 

Ne  croye*  p^sque  Tjimour  occupât  fi 
Ibrt  le  Prii^ce  de  Belofân  ,  qu*i'  ne  pcnfât 
pas  à  autre  chofe.  CVtoii  prefque  la  moîa- 
2re  de  fes  occupav'ons.  Quand  il  s*agif^ 
loir  d*acquerir  dé  Phonneur  dans  le  champ 
de  Mars,  on  auroit  dit  qu*il  étoit  né  des 
dents  du  Drajon  que  Cddmm  tua,  tant  la 
Guerre  rèrabtoM  cfe  fbn  élément.  On  Pa 
tu  un  million  de  foi»  par  une  géncroftté 
trop  ïémer^iire  prodiguer  fon  fang  fi  pré^ 
cicuil  à  TEiac.     On  ÏU  va  ajpfcudre  le  me. 

ticr 


L 


iS«r  <fe  îa  Guerre  avc«.  U  docilité  d*un  Sck 
dat    Se    le  courage  d*un  Prince.      Il  afroiv 
coït  les  périls  ^   il  Dravoit  le   hazards  -  avec 
une    intrépidité  (  qui    fàifuit    trembler     le» 
plus  hardis  >    &    qui   coûtoit     quelqucfoia 
t>eaucoup  df  fang  a  TEtar  |  parce  que  coiaa 
te  la  Nob  cff:  ,    animée  par/  (on  exempte  , 
volo  t   à  h   gbirc.      Il  n'y  avoit   patot  de 
brave      qui   ne  fe    fii    dans    le   perif    ua 
potnr    d'honneur  de    couvrir   te  Prince  de 
ion   corps  &  de  fon  épée.     Qu^mi  pendaht 
le    tcms  de   guerre  ,    on  ne  lui  permettoît 
pas     de     porter   les   aVmes»  on  te   voyok 
dans  fon    Palais  auifi  tranquile  que  s^il   ne 
fe     fut   ps   agt   d\in   Royaume    aitquet  il 
'    avoit  droit  d*afpiver«     Cooune  on  connoi& 
fbit  r^â-ivîté  de  ton  génie  ,  on  faifoi*  pli>« 
lieurs  confonûures  en  Tair  fur  fcs  (Kcupa* 
tions^        Le5    uns  difotenr  qu'il    cbercbotc 
la  Pierre    Phîtofrphaîc,  5f  qu'il  ne  fe  Tcr- 
Toit  de  Tes  rtchcfles  &  ue  ta  pénétration  de 
ion  efprit  ,  que  pour  faire  naiire  le  Soleil 
entre  Tes  mains.      D'haut res  croyoicnr  qiril 
é  udioit    tes  chofes  'es   pltis  cachées  dans  te 
Kature,  Se   qu'il     rtai?    avide  de  pénétret 
Us  caufes  fecre^tes  de  mille  rvei^cmens  b^ 
carres   qu'  art! vent  tous   «es  jours.     Cem 
qui  luirendofênt  itftice  éioient  Cf>nvafiîrus^ 
qu'»^   n'employoit   (on    loifir    qu'à    acqeev 
fir  de  nouve  !c5  çonio  (Tances  ,   flc  à  feper- 
ffétitnner  dans   TArr  de   régner.     H  aima 
la   Peinture  8c  y    exce'îa.       Il    gravoitavec 
une  dîîîcatfffe  furprenanfe^  5c  ■'cvn  vit  for- 
tir  de  (es    m^irs  wne  nouvelle  compo(îrio.e^ 
4|tti  (itr|à£m  ca  éclat  Us  rubis  6f,  les  p^er- 

ici 


f  1^6  ) 

tes  precîeufcs  :  Mais  il  ne  donnoit  j  cei 
chofèsqiM  Ittcms  dont  il  •voit  befbîn  pour 
ft  ddaflèr  refpnt.  Qutrr^  on  Tapeloic  ao 
Confetl  ,  il  y  faifoit  paroirre  une  ctenduif 
d'cfprii  n  prodigieufe  fit  une  prudence  û 
confommée  que  le  Roi  Ton  Oncle  coa^nc 
de  la  jalobfie  de  Ton  mérire  ;  ^  poar  ré* 
compcnfe  de  fel  fervtces  &  de  Tes  confeili 
ne  lui  témoigna  que  de  la  froideur  .-  rant 
il  e(l  vrai  qi'un  naérite  didm^uc  eft  un 
défaut  qu*bn  ne    pardonne  famaif.      Quoi- 

Îue  le  Prince  de  Rthjan   fut  fenfib'e     aut 
oideurs  du  Roi  ,  il  ne  lui  manqua  îamafs- 
de  refpeft.     S'il  parioit  que'que    fois  avec 
liberté ,  ce  n'éroit  que*  pour   le  bien    de   *E'» 
tar.     On  le    traitoit*  quelquefois     de    Fro7g>m 
diur  ,   aaiÏÏ  bieti   que  deux  autres  Princes,   . 
avec   qui  il  avoit  lié    une  étroite-   amitié '$ 
parce  que   ne   pouvant  a  prouver  toutes  lef 
^urts  des  Généraux  d'armée  ,    ils  les  re  ew 
voient    avec  l'authori'é    que  leur   donnoic 
leur  Naitfance.     Le    Roi    à  qui  on  rapor^ 
toit  tous  les  difcours  de  fon     Neveu    vo«- 
lut    éprouver   s''ils     prtorenr  (Vûn  fond  d^ 
Içavoir,  où  s'îîs  n'é'orrnt   quei'eflFèi  d*uao 
îmii^inaîon  fchiiiffi*ç.  IT  ]eci)nrulta  un  Jour 
Ibr  'e  c:»mp-inenr  «ié  ^on  'Xrmce.  Le  Prince 
iui  enfî:  voir  lès  défaut!»,  6c  lui  prcdn  que  fi 
e'ie   redoti  dans  cetreiituation,  elle  feroit 
îmmjnqnab'emen  bartauë.  Ce  qui  ar»  iva  ,  fie 
persil  tdï  'e  Roi ,  quoiqu'un  peu  tard,  de  la  ca- 
pac'féi<'ron  M-veti. 

IMuf  donni  le  Com  ni  a  ti'.^fm«nr  des  Ar- 
mées .5c  mtf  la  foraine  Hr  j'fetat  /n^re  Gia 
mains-:  Mars  des  Pcrlonncs  d'un  trop  grand 

cr« 


«re<3!t  >  mat  întentîonez  pour  le  ?rîiiee  ie 
Jtelofan»  penferent   le   perdre.     Ce  n*ctoît 
plus  lui  qui  commandoit  Tarmée.     Il  trou-' 
voit  à  chaque  pas  qu*il  fai(bit ,  des  ordres 
par  ccrîe  ^  fur  lefquels  il  devoit  régler  (à 
conduite.      Les    Généraux  qui     commaii* 
doieat  fous  lui  ,  forent   les   premiers  à  It 
trahir^  &    il  fe   vit  conduire  impîtoyable* 
ment  à  la  boucherie.     Il  n'y  eût  que    fan 
grand  caurage  ôc  celui  de  quelques-uns  des 
ficns  ,  qui  le  retira  du   péril.     Mais   bien 
loin  que   oct  accident  diminuât  fa    gloire  > 
on  Ten  eftima ,  Se  on  Ten  aima  davantage, 
parc«  qu*on  fçavoit  à  qui  il  étoit  redevable 
de  fa  mauvaife  fortune.      11  fe  releva  avec 
cclac  ,  6c  porta  Tes  armes  en  '3erhte,  oik  les 
lauriers  naquirent  par  tout  (bus  Tes  pas.    U 
£t  briller  dans  cette  occafion  Ton  courage  ^ 
ۈ  valeur  Se    fi    prudence.     L*envie  >   qui 
s^atache  toujours   à   calomnier  les  Grand» 
Homn^es^  n'ayant   pasde  prife  (ùrfagcné* 
xofîté,  fema  le  bruit  de  Tes  amours  préten- 
dus avec    b    Aeine  du  Pais  :  mais  l'ayant 
quitté   auffirtôt  qu'il  eût  exécute   fa   conv 
midlon  »   il   fit   bien   voir  qu'il   n'y  avotl 
rien  en  Jerbi$  qui  pût  Py  retenir.     Il  re- 
vint couvert  de  Tauners  à   la  Cour,  où  la 
B;ort  ayan^  enlevé  les  Enfàns  6c  ïts  Petitt- 
Tils  de  ion  Oncle  »   on  ne  manqua  pas  de 
Taccufer  de  les   avoir   empoifonnez ,   par- 
ce qu'une  Gonronne  vaut  bien   un  crime^ 
Il  &x  d'amant  plus  fenfible  à  cette   calom. 
tiie  f  que  le  Roi  paroifToit  y'  ajouter  foi  ç; 
ks  Dieux  permirent     qu'il    eût   une  oc. 

€aGo« 


/i. .    -^> 


(  î<»  ) 

c^fîoB  infigfie  de  détruire  cet  '  bniitf  fji 
cfaeux. 

Megés  ayant  ctifé  de  virre  la'iïa  pour 
Dérider  de  Ton  Empire  un  arrière  PeiiW 
Jils  »  âgé  fculeatent  de  cinq  an»  ,  dont  lo 
Prince  prit  un  (î  grand  foin  >  qu*il  régna 
plufîfHrs  années  dang  une  parfaire  famé. 
>i*€ft*ce  pas,  dit  Pi/on,  ce  Pimce  qui  inf^ 
titua  VOrdre  du  PaiilUon  ,  &  donc  Bjlofam 
prit  la  tutelle  \  Oiii ,  réparait  Samar-^  mais 
il  faut  prendre  ces  articles  d*un  peu  plut 
haut. 

M9gAs  ;  ^ui  cofmoiflbit  le  mérite  de  fou 
Keveu  ,  de  q  i  f^avoit.   quM'étoit  univer* 
fellemenr    aimé  de   tout  le  monde  \  qui  de 
plus  avoit  picre  trop  facilement  TortiUe  à 
ceux   qui  avoient    eu  Piof^lence  de  lui  re* 
prcfènter  qu'il  afpiroit  à  la    Couronne  «  %L 
qu*i'  avoit  empoifonné  la  Famille  Royale* 
t'abandonna  entièrement  aux  mauvaifes  'm« 
prenions  qa*it  avoit  de  Ton  Neveu.     Quel- 
ques mois  avant  fa  mort  il  ^t    (on  Te(b« 
trtent ,  dans  lequel  il   laiffbit ,  à  la  venté , 
au  Prince  de  Reb/an  le    Gouvernement  da 
Royaume>maison  lui  donnoitpoura^^joimi 
dans  le  maniement  des   Affaires   plufieurs 
Seigneurs,  (ans  lesquels  il  ne  devoit    rien 
crncturc.     De  plus ,  il  l'exciuoit  de  ^a  Tu* 
tele  du  Petit  Prince  ^  de  la  donnoit  à  fon 
fis  Naturel.     £a  un  mot,  il  ^ioii  lesoiainl 
à  fon   Neveu  9  dételle  forte  quM   n*auroil 
eu  que  le  titre  de  Gouverneur  de  TEm^irCi 
pen.lant  que  les  Seigneurs  eh  eufTent  eu  11 
Gouvernement  ,  de    q«*un   autie  cÂt  cté 
maure  de  la  f  erfonna  da  &oi  ;  ce  qui  étoii 

In 


donner  des  marques  trop  Ctt^tiVtt  St 
trop  outrageantes  de  la  défiance  qu'on  a  voit 
de  lut.  Par  un  trait  de  prudence  »  il  fi^ûc 
fe  rendre  maître  âts  affaires  «  fans  qu*il  y 
eut  de  troublt  dans  l'Etat» 


CHAPITRE     XXV. 

«r    Suite  de  i'Hiftoire  du  Printe  de  Relofan^ 
Banque  Royale, 

A  UAHiôt, continua 54W4r,  que  Me^as  etK 
ccfTc   de  vivre  ,    le  Prince  de  Relofat^ 
affèmbla  les  Seigneurs  du  Royaume  ,  &  le 
Scnat   qui    ctoit  dcpofitaire    du  Tcftament 
du  feu  Roi.  Afin  que  r'en  ne  pût^ troubler 
la  Compagnie  ,   il  €ui  foin  de  faire  mertr* 
des  troupes  en  armes  autour  du  PaUik ,  oh 
Von  étoit  aCe.iiblc  ;  et   qui    rttiril  tout   le 
monde   dans  le  refpca.    Il  dit  à  l'Affcna- 
h\ée\    que  quoique  le    Gouvernement    de 
TEmpire  'ui  apanint  par  fa  Naiflance  peu* 
dant  Ja  Uinoritc  du  Roi,    il   éioit  cepen- 
dant ben  aile  de  faire  pan  à  la  Compagnie 
du   Codicile*    de    Megas     qui    le     dcclaroit 
Gouverneur  du  Royaume.  On  lut  le  Codu 
elle  &  enfuiie  le  Teftament  ,  fur  lequel  le 
Prince  fit  quelques'  reflexions.      Il  fit  fcn- 
tir    les   inconveniens  qui  pourroiem  naître 
du  peu  d'autkorùé  qu'on  lui  donaoit.     Il 

dc« 

*  Voyez,  à  la  fin  de  c$t  Onvrâie  la  ChreiA^ 
fiêe  de  SOiCrmçIcc.  » 


éfclarà  que  foA  rang  6c  fa  nsàttzùct  Im  éï 
iennoient  davantage ,  ôc  demanda  à  la  Coib» 
pagnic,  fî  on  ne  le  reconnoiflbit  pas  pour 
Ibuverain  Admîntftrateur  du  Royaume  !  Le* 
opinions  lui  furent  favorables.  Ayant  obcen» 
le  principal  de  ce  qu'il  fouhaitoit ,  il  con- 
gédia l'A  tf emblée  pour  ce  moment.  Dans 
les  Séances  fuivantes  il  agit  en  Souverain^ 
êc   fit  cailêr  le  Teftament  de  Megas  «.  fe  fit 
déclarer  Tuteur  du  jeune  Prince,  Se  com- 
mît à  la  Surintendance  de   fon    EdHcatîon 
le  Seigneur  que  le  Jl^oi  a  voit  chargé  de  la 
Tutele.    11  difpofà   du    Gouvernement  de 
l'Etat  d'une  manière  qui  contenta  tout  le 
monde  ,  iJ  partagea  les  Affaires  entre  les 
Seigneurs  ,   ce   qui  leur   fût  d^autant  plus 
ftgréable ,  que  fous  le  Règne  de  Megas  ils 
A'avoient    eu  aucune    part  au    Gouverne- 
ment. Il  à'wifz  tes  affaires  en  differens  Con» 
ièils  «  6c  trouva  le  moyen  d'occuper  la  Ko< 
blede,  qui  dans  l'oiAveté  auroit  pu  lui  faire 
de  la  peine. 

Dans  ces  commencemens  le  Sénat  A:  les 
Kobles  croient  fatisfairs  de  la  conduite  du 
Prince  de  Ktlofan  :  Mais  les  Philofqphes» 
qui  ne  s'accordoient  pas  mieux  en  ce  tems- 
là  qu'aujourd^hui  ,  ùxr  les  matières  de  Re« 
Ifgion,  l'occupèrent  pendant  tour  fbn  Re* 
gne  à  calmer  leurs  différends.  Il  fe  déclara 
d'abord  a ffez  ouvertement  pour  les  Stoïciens^ 
ce  qui  offenfa  les  EftcuritHs  ,  qui  avoient 
dominé  fous  le  Règne  précèdent.  Quoique 
le  Peuple,  qui  aime  la  nouveauté,  ne  prit 
aucun  par:i  ,  &  laiilàt  aux  Philofophesle 
foin  de  terminer  leurs  démêlez ,  il  ne^  fiit 


fài  fSiAi  it  voir  humilier  les  ÈfUnneni^ 
qui    pour    avoir  abufé  de  leur  crédit  fem» 
bioienc  avoir  mérite  d*être  immolez  à    la 
'hai»e  publique  ;  quoiqu^il  en  foit ,  le  Princt 
qui  les  avoit  irritez  ,  ne  fût  pas  long^temi 
ians  cproirv«r  les  effets  de  leurs   intrigues. 
Il  i^egiioit  tajerkie  un  Prince  qui  leur  ctoif 
favorable ,  &  qui  avoit  par  fa  naidànce  plut 
de   droit  a  la  Couronne  des  Lungts  que  le  ' 
Prince  Je  Bslofan^^mih  le  premier  avoit  re- 
noncé à  Tes  prétentions,  en  prenant  poife^ 
iîondela  Couronne  de^erhh.  Rebfan  ,  qui 
mTQÎt   toujours   eu  quelque  demclc    fecreC 
avec  lui  y   le  mcnageoit  moins  comme  (on 
IPaVent ,  que  comme  un  Prince  qui  devoît 
tout  àJa  Cour  jnne  dts  Larges,     Dans  les  AI* 
lances  qu'il  fit  avec  les  Priaces  (es  voiiins^ 
il  contra^a  pour  le  Ko\  6t  Jer^ie ,  stCfèn  in» 
-f^ù  ,  ou  pltubt  maigre  lui,  ôc  voulut  roblf* 
-ger  par    les  armes  «    à   fe  foiîmetcre  aux 
'traitez,  faits  ^  &  à  tei  miner  la  guerre  qu'iS 
^aifoit    à  fon    BeaM^Ptn  i     le      Miail)r« 
du  Roi  de  5^fr^ie ,  qui   ctoit  un  Minillredii 
premier  rang»  5c   un  des  plus  coafommes 
Politiques  de  fon  tems»  confeilla  à  fon  Maî« 
tre  de  méprifer  Rf/c/i«.     celui-ci  porta  fet 
armes  tnjtrbtej  oiii!  eut  quelque  fuccès  , 
6c  fît    tanf  qu'il  engage*  le  Roi  de  Jerbiê 
à  fe  dc^ai'-e  de  (on  MiniCtre.     Apres  cela  il 
obtint   de    lui  tout  ce  qu'il  voulut.     Vous 
^«^ayez  qu'un  Lion  eft  fort  traitab  e,  quand 
e>n  lui  a  Hmé   les  dents  5c  coupe   les  on- 
gles.    Je  vous  détaillerai  dans  la  fuite  plus 
au  long  les  caufcs  ,  les  évenemens  &    let 
iùfte  df  cette   guerre  j  mais  il  txoit  nece(« 

i:ir« 


(  166  ) 
fairt  que   vous  en  eunicz  une  légère  îJ^  ^ 
ataat  que  je    vous  p^rlafle  de  l'ordre  qu« 
JUi^4»  init  aux  Finances- 
Pendant  qu*il  cic.it  occupé  à  cette  guer- 
re «  il  entreprit  d*acqui  er  les  dette?  de  Tfi- 
tat«    ce  qui   n  cioit  pas  facile,    parce  qui 
le    Peuple    qui  ne  comribuoit  que  oialgré 
lui  à  une  ^ucirr     qui  Te  taitoic  a  un  Prin- 
ce qu'il  auMOK ,  nV^oit  pas  d'humeur  2  inpor* 
ier  de  nouveaux  impôts ^   d'autant  g^us  qu'il 
éton  accabc  des  ancienj^/qiiiavoieni  fubiîi^ 
lé  en  leiiis  ue  paix  comme  en  icms  de  guer- 
re,   il  Te  fe.rvit  d'un  nouveau  roo)eii,   pour 
engager  '^   Pctple  a aporter  lui  u  cme    foi 
argent  au  TUicor  du   Prince*     Pour  faire 
.Voii  au  Peuple  quM    n'avait  *pas  befbin   de 
{es    fublidet  ,   il  le  decharga   àt.s  arrcragif 
de  railles  ^    &   de   quelques  autres  (abfîdes , 
qui  ne  puuvoienc  tourner   qu^au  pru6t  def 
*Iraitans«      £nfuite  v  il    établie  une    hanqtu 
^o^ali  g  dont  le  ne  vous  raporterai  pas  le 
S)iiciue  ,  parce  que  perfonne  ne  l'a  jamais 
l^Uimême  celui  qui  en  croit  leDireûeur.  Je 
vous  dirai  ieulcmeni  ce  qui  en  a  paru. 

Le  Prince  cooipof.*  uneCompagmedê  Idâf» 
tluinds  qu'il  favorifade  tout  ion  pouvoir. 
Ces  Marchanda  dévoient  trafiquer  par  mer 
dans  tous  les  Pais.  De  plus ,  on  leur  don- 
jnoit  en  propre  une  Région  éloignée  & 
tJicuhe  ;  mais  qu'ils  doivent  faire  défricher 
te  cultiver.  Cela  ne  (e  pouvoit  faire 
ians  des  grandes  dépcrfes.  On  propoiî 
au  public  de  mettre  fur  cette  Compa- 
gnie de  Targent  a  inteict.  On  propofa 
«tes  ji6ti»»i  qui  dévoile  rapotter  un  cer^ 

taio 


la  «Ithitr;   8c   poar   tendre  l'tpptf  pitit 

^ndble.  on  admetttiic  au   fecie»  des  afFiî* 

ares  de  la  Compagnie  ceux  qui   avoicnc  ac- 

4]uis  cinq'iaaie  Avions  :  cependant  coinmt 

^llcs  ctoient  ^rop  hautes  pour  écre  négociées 

y ar  (OUI  le  mondt,  on  fit  des  EiiUts  dtbMfim 

^u€  ,   qui  valoieiu  dix,  cent,    cinq  cent  , 

initie  livret  4   pour  les  ufagcs  des  in  cre(Ièz« 

Comme  ces  Bi  iets  n'a  voient  pas  de  valeur 

întrinfeque,  puifqu'ils  n'ctoiem  que  de  pa« 

pier«  âc  le  Piince  leur  en  donna  une  ex  ri  n- 

fequc  »  ordonna  qu'ils  fcroient  re^ûs  dans  \m 

Commerce  ,   de  promit  que  leur  valeur  fe- 

roic  ^xe  ,   &    qu'ils  ne  haufleroient    ni  ne 

diminueroi^m  pas.  Le  Public  cyoît  fort  £â- 

tiguc  du  prix   que  l'on  donaoit  a  l'argent  s 

On  le  hautloit  &  bii(Ibt«  feljn  que  iescof^ 

fircs  du    Prince  étoient  pleins   ou  vtiiJes  , 

ce  qui  «pportoit  toûiours  du  defbrdie  dans 

le   Négoce.      On  fût  ravi  de    trouver  un 

moyen  qui  coupoit    de    retranchait    routes 

ces  diminutions  0c  ces  augmentations.     Le 

Prince   pour  convaincre    le    Public   Je    la 

ilncerité  de  (es  intentions,  permit  à  la  Coti^ 

pagnie  de  prendre   un  vingtième  de  profit 

-fur   les   Billets.     Pour  profiter  du  bénéfice 

des  cbangemens  qui  étoient  abolis  »    tout 

Jemoi^e  courut  porter  Ton  argeMt  à!a  San* 

ique  dc^e^ût  du  papier  en  échange. 

On  peut  dire  que  ce  f^iUme  aurolt  pA 
rc'iifnr,  étant  apuyé  comme  il  l'^toit  de 
toute  rauthoritc  du  Prince  ,  fi  le  public  y 
eût  mis  fa  confiance.  Mais  après  que  le 
Peuple  eût  jette  Ton  premier  feu  ,  &  qu'il 
coc  fait  attention   que   celui  qui  avoit   pii 

don» 


tfonner  du  prix  au  papier >  f  Ofirroir  quand 
il  lai  pitiroir,  le  luiut«ril  chercha  à  rcaU{«t 
fes    Bil}ets.  hes  uns  ^K oient  de    non  /ellef 
acquKitions ,  qu'ils  payofent  avec  les  Billets 
au  double  de  ce  qu'elles  valoient  :  Les  autres 
4  la  faveur  des  Billets  «  remroient  dans  dci 
Brens  qu'ils  avoient  aliénez  t    Les    aunes 
par  le    même     moyen     acquifoient  leurs 
dettes  ,    eu    CA    diaiimioieiit    la      rente. 
Ceux   qui    ne    pùrcnc    fe   (ervir     <fe    ces 
moyens»  achetèrent  une  quantité  prodigîea- 
it  de  toutes  (ortes  de  Marchandifes»  qu'ik 
fayoient  au  de-là  de  leur  valeur,  fans  aj^ 
prclKnder  d'y  rien  perdre  j  parce  qu^ayanl 
gagne  lur  !«s  Aû'ons  de  la  Banque  au  de-là 
du  centuple   de  ce   qu^ils  y    avoient  mis, 
quand  ti(<aie    ils  auroient  perdu  la  moitié 
fur  les  noarchandifes  adietees  ,  ils  auroient 
•encore    fait    un     gain    très    confi-derajle. 
On  vit   in^me   dct  Seigneurs   de  la   Cour 
réalifcr     par     ce    moyen   leurs    efFfts  ea 
papier  «   comme  faurat  occaOon  de  vous  It 
dire  dans  la  (uire. 

Le  Royaume  éioît  déia  prefque  rei»^ 
ph'  de  papier  ,  Se  plus  de  la  moitié  de 
î'or  3c  de  Targeni  de  r'ttat  éioit  entré  à 
la  lanque  ,  c'cft  à*dire  entre  les  mains 
duPiince^  lorsque  deux  Mimûres  ^'fitat, 
qui  gouver noient  fous  fon  autharîté,  ya- 
ïoux  du  fuccès  que  le  Drredeur  des  Fi- 
naoces  avoir  eu  dans  (on  Agiotage  ,  iiï» 
retent  fa  perte.  Il  n'rtoit  pas  facile  de  le 
perdr«  dans  Teiprit  du  Prince  ,  parce  que 
I(tlôfan'  s^voh  befoin  d'argeiit,  &  que  le  Di- 
rcûeur  faifoit  venir  dans  fes  coffres  toutes 

tel 


Ridienes  du  Royaume.  Us   r^foturem 
^«    lui  faire   perilfe  *(on   crédit  dans  le   Pu- 
%>lf  c    Comme  il  y  a  toûiours  dans  les  Ecatt 
^^es   Contemplatifs  ,   qui  pafTent  leur  tems 
a     critiquer  le  Gouvernement  ,  il  (e  trouva 
^^uiîeur^  perfonncs  qui  parlèrent  hautement 
contre  les  Billets  ,  prmcipalemeut  les  Mar- 
diands   qui  voyoienc   penr    leur  Commer- 
ce.   On  leur  donnoit  à  la  vérité  à  la  Sari* 
c^ue  de    Targenc   d'une    nouvelle    fabrique 
jpour  leurs   befoiiis  les  plus  prcHans  i  mafs 
c*<tojt  eil  fî  petite  quantité,  ôc  cela  dura  & 
^cu,   que  ne   pouvant   négocier,   ptufieurt 
fennereut  leurs  magafins  :  même  quelques 
Marchands    de    la    Compagnie  ,    qui    nt 
Yoy oient    qu*avec  chagrin  que   les  Adion- 
nak^s  fîiTent  un  C^ps  de  Banque  ,  feigni* 
T«m  de  fouffrir  du  malheur  des  tems«  Ceux 
dont  to^t  le  bien  confîftoit  en  Rentes  conC' 
tïtués  ,   fe  voyant  rcmbourfez   en  papier , 
xnouroient  de  faim  avec  leurs  Billets  ^  qui 
outre  qu'ils  ne  prodttifoicnt  rien ,  nVtoient 
pas   replis  chez  les  Marchands   pour  leur 
valeur. 

Lts  Minières  eurent  foin  de  faire  entet- 
dre  toutes  ces  plaiiites.au  Prince,  ôe  ne 
manquèrent  pas  de  les  groflir.  Ils  lui  pro* 
poferent  de  contenter  le  Peuple  ,  qui  de- 
mandott  l'abrogation  des  Billets  ;  que  ce 
si'ctoît  pas  une  chofe  à  faire  tout  d'un  coup  > 
mais  qu'on  pourroit  en  venir  à  bout  avec 
.  le  tems,  fi  on  les  dîminuoit  peu  à  peu.  Le 
Prince  y  cOnfentit  ,  fc  l'on  vit  paroître  u» 
Edit  ,  qui  diminuoit  les  Billets  d'un  dixié« 
xne«  Xre  Peuple  fut  furprit  d'une  chofe  fi 

H  peu 


peu  atteoduf .     Ceux  dont  toute  lâ  (bmi? 
ne  confiftoii  en  papier  ,   voyant   un  com« 
mencement  de  diminution  *  firent  un  bruit 
terrible.     On  le  fou^eve.    On  va  fcdiiieu- 
fement  entourer  k   Palais  dii  Prince.    On 
implore   le   fecours  d*un  des  plus  •  putflanf 
Seigneur  dt   la  Cour.   On  mahraite  le  Dî« 
Ttùeuf  des    Finances  ,    &    tout  le  mondt 
crie  au  brcin,  à  Timpodure  de  à  ia  trom« 
peric.    On    ne   porte    plus    d'argent   à    la 
Banque  ,    puiTque   Tes    Billets   étoient    ium 
jets     à    diminu'îon.     On     aimoit    encore 
mieux   voir   diminuer   l'argent    entre    fet 
ipains  que  le  papier  ;   parce  que  le  papiet 
n*âyant    aucun    prit   »    il   reftoit/  toûjoura 
aflez  de  valeur  intrinfeque  à  l'argent,  pour 
le   vanger  des  caprices  d'un   Min  ftre  d'E- 
tat i  outre  qu'on  l'avoit  mis  fort  haut  »  5c 
qu'it  étoit  affez  problable   qu'on  l'augmen- 
teroit  autant  que  les  BiVets  dimfnueroient. 
Le  Prince  étonne  du  mouvement  du  Peu- 
ple ,  &  plus   fenfîble. encore    au   diTcredît 
que  la  diminution  des  Billets  avoît  aporîc, 
fe    vangea  fur  les   Miniftres   qui   l'ayoient 
fi  mal  conseillé,   en  banit  uit  de  la  Cour 
ôc  du  Min'ftcre  ,  &  maltraita  l'autre  de  la 
main,    lia   recours  au   Diredeur  àt%  Fi- 
nances   pour    réparer    It    mal.      Mais    la 
confiance  cicit    perdue,   fie  l'Agiotage  vît 
în^e^fibl<^mc^t  tomber  la  fortine  de  fey  Par- 
ti(ans  ;  on  inventa  les  Comptes  en  Banque 
éc  les  Vircmens,  pour  facili  er  le  Négoce. 
On  créa  pour  une  fomme  confidcrable  do 
renies  fur  un  fond  public |  mais  les  Billets 
perdirent  (dut  leur  crédit.    La  Banque  fe 

diiZJpa, 


.(«71) 
JiiSipm,   Il  n'y  eût  que  It  feule  Compagnie 

qui    Ce  foûiint  par  rcfpcrancc  qu'elle  avoit 
dans    les  vaiflTeaux  de  Ton  commerce.    En» 
fin    le    Prince  abolit]  pour  toujours  les  Bi!* 
|«ts    j  ce  qui  cpuifa  tout   le  monde  ,  parce 
C|ue     le    Roi  -retenant    devers   lui    l'argent 
qu«  4a  Banque  lui  avoît  aporrc  ,  ou  le  fai- 
làKt  pafTer  dans  les  Pays  étrangers  pour  ac- 
quîccr    les   dettes  de  TErat,  ou  pour  d'au* 
ti-^s  motifs  qu'il  n'cioit  pas  permis  au  Peu* 
pie  d«  pénétrer,  il  ne  s'en  faifoit  point  de 
circulation  dans  le  Royaume  :  ce  qui  mit 
le>  Commerce  très-bas.   Mats  Kekfan  avoit 
fcs   raifons  pour   agir  de  la  forte.  Ce  Prin- 
ce  politique  fçavoit  ,  que  l'argent  cioit  le 
plus  puiffant  redort  qu'il  pût  faire  agf'r  dans 
les  circonftances  délicates  où«  il  fe  trouvoft. 
11  croît  à  la  veille  de  voir  de  grandes  révo- 
lutions dans  l'Etat ,  d  le   jeune  Roi  cellbît 
de  vivre.    Il   n'étoit  pas  fâché  de  diminuer 
les  facultez  d'un  Peuple  mutin  &   fcdicieuv, 
qai    auroit  pu    favorifer  un   Parti  qui    lui 
ctoît  oppofc.    Ainfi  il  prenoit  (es    mefuref 
de  loin  ,  en  homme  fagc  ôc  prudent,    C'é- 
toit  à  tort    qu'on    le  taxoit  cTavarice.    On   * 
ne  pénétroit  pas  afiez  dans   Tes  deffeins.  Il 
donna  en  plufieurs  occafions  aifcz  de  mar- 
ques de  Ton  definterefTement ,   pour  n'être 
pas  foupcofiné  de  ce  vice.    D^ins  le   c»m- 
naençement  de  fon  Règne  il  établit  une  Cham- 
bre de  Juftice,  pour  connoître des  malver- 
faiions  de  ceux  ,  qui  avoient  manié  les  Fi- 
nances   fous  le   Règne   de   Megas.     Cette 
Chambre  fit  revenir  au  Prince  l'argent,  que 
des  fcclerats    de    Maliotiers   avoiem  volé 

Ha.  au 


n 


tu  f eaple  ;  At  RtUféut ,  hitn  loin  a*efi  ftù' 
fiter,  nt   s'ea    fervir  que   pour    payer  les 
Troupes  de  les  Officiers»  qui  depuis  un  tems 
confiderable  n*avoiefit  rien  touche  de  leur 
paye,  i^eplusy  un  de  (es  principaux  0£  Jen^ 
siommc  Datijfé  ,  lui  ayant  iaiflc  par  fon  Tcftjp 
ment  la    Terre  de  ChiLi\  qui  vaut  vii^- 
deux  mille  livres  de  rente  »  il  le  contenta  df 
là  bonne  volonté  de  ce  Seigneur,  de  ne  vou- 
lut   rien   toucher  de  fon  Bien  ^  qu'd  iàxfU 
toat  entier  aux  Héritiers. 


CHAPITRE     XXVI.] 

Suiuài  VHîfipîti  du  l^incedê  Rclofan; 

NE  nouf   avez-TOus  j)a5  dît  ,    feprfi 
Pomfomtés  »  que  le  Prince  de  Reiojani 
avoît  eu  de  granJ  de.nclcz  avec   le  Sénat  ^ 
Cela  eft  vrai  ,  répondit  Samar,    Mais  pouf 
.  ^daircir  ce  fait  ,  il  nous  fait  remonter  atf 
commencement  de  fon  Règne. 

A  peine  étoît-il  fur  le  Thrône  ,  <]uc  l«f 
KptCHriems ,  qu*il  avoit  di(graciez  ,  cabale- 
rent  fecretemem  contre  TËut»  Ils  ne  foo» 
frôlent  \  qu*avec  peine  de  (e  voir  ,exclus 
du  maniement  àts  araires.  Un  Dr'uïdt 
de  leur  Sede,  qui  avoir  gouverné  fous  le 
Règne  de  Megas  ^Ct  vit  éloigné  de  la  Cour, 
contre  fon  intention  j  cVtoit  fon  véritable 
élément,  il  ne  lui  manquoit  aucune  da 
qualités  d'un  bon  Cdurciiao,  il  ctoit  fbur« 


î  ^7J  ) 

lie  9  mdtoît  »  nifê  «  imnguant ,  hardi*  ^  t^in^« 
raire  >     entreprenant  &  d'une  duplicité  far- 
prenantc    il  ranipoît  derant    Megas  avec 
iMtaiit  de  fouplefle  ,  qu'il  avoir  de    fierté 
pour    ceux  qflt  attendoienr    quelque    grâce 
de  lui.  Il  étoît  comme  le  Dieu  des  Drui- 
des.    C'ccoic  vers  ItS,  qu'ils  poftoiem  ton; 
leurs   vceux  }  ôc  ils  ne  recevoient]  de   bien 
du    Prince    que   par    (es    mains   :  Mais  il 
«voit  le  difçernement  Ç\  jufte  ,  qu'il  n'a  ja- 
mais   obligé  que  des  in^ats,  comme  il  l'a 
depuis  a  Hure  plufîeurs  fois.   Le  Prince   de 
'Relofan  l'envoya  à  cent  mille.de  la   ColK 
Ce    repofèr   des  fatigues   qu*il  avoir  eues: 
Maïs   l'efprit    intriguant  de  ce   Druide  ne 
lui   permit  pas  d'y  refter  en  repos.  Il  mie 
tous  ceux  de  fa  Se£^e  en  campagne  ,  pout 
~  vanger   l'affront    qu'il   avott   reçu.     Il   fut 
cau(c    que    le    Seigneur    Jumanalfide    fu( 
«quelque  rems  difgracté    du   Prince  ,.  pour 
lui  avoir  m' s  en  main  une  de  fes  Lettres. 
IXe*  plus  y   un  de^  plus  infolens   Fe.fonna- 
ges  de  fa  Se^e  eut  la  témérité  &  l'impu- 
dence de  faire  peinJre  fur  une  toile  trois 
potences  ,'   au  defTus    defque'lcs^  étoit    un 
Paon ,  qui  fe  miroit  dans  fa  queue.   Il  eue 
mcme  l'effronterie  de  mettre  cette  infâme 
peinture  à  la  porte  dû   Palais  "lu  Prince  de 
Relofan  ,  qui  la  fît  expofer  dans  une    gaU 
lerie;   promettant    recompenfe   à' celui  qui 
rcxpliqueroîr.     Perfonne    n'ofa    tenter    de 
déchifrer  iln    énigme  û   bifarre.    L'Auteur 
•  de  cette  folie  pouffa  Tinfoience  jufqu'a  l'ex- 
pliquer lui-même  ^  4c  fit  courir  (ei  vers  : 

H  5  Jiiê 


(   '74) 

Sfurcïnafqne  tuas  Crux  tihi  trina  notât, 
Çlua  régnas  arte  agnovit  Pkbs  afque  Senants-, 

Bine  Ytbt,  Princeps,  Crui  débita  primé 
fuit  ^ 

Cântemftûs  credas  Divos ,  Relofane  ,  fecufM 

Dignus  eris  :  Mercts  tertia  fit  Julerum, 

\lt\  Princt  vindicatif  n'auroft  paf  m9> 
€fié  de  punir  l*audace  de  ce  verHficateiiri 
mais  Rslojan  ,  par  grandeur  d*amt ,  laïUi 
cette  témériic  impunie.  Tour  \€  monde  ad- 
mira fa  modération.  On  ce^Ta  pour  un  rems 
de  mcdire  d*.un  Prince,  qui  ctoit  infenfible 
aux  injures  ,  6c  donc  la  conduite  prouvoit 
aflet  qu*il  n'y  a  que  la  vérité  qui  offenft ; 
Xlais  on  cherclia  ailleurs  dequoi  lui  doniMi 
de  r.cxcrcice. 

Dam  les  commencfmcnf  de  (on  Rcgn» 
il  avoic    recherché    TAliiance    de   tous  let 
Princes  fes  voifins  ,    principalement   celi« 
d'un  Prince  infiilaire  ,  dont  les  forces  lai- 
rit i mes  lui  éioient  formidables.    11  envoya 
dans  Ton  lie  le  Druide  Jufdob  pour  traiter 
avec  lui.    Ce  Miniftre  rculîîi  avec  tant  de 
bonheur  dans  (a  Négociation,  qi^e  cela  lui 
gagna  cnticren^ent  les  bonnes  grâces  de  fou 
Prince.    Au  lieu    de  s!arrcter  à  de    vaini 
préliminaires   »    il    avOit   fait  dé  (i    îoxxti 
remifes  d'argent  aux  principaux  *  Seiijncufl 
de  rifle  ,   qu'en  fort   peu  de  tems  il  les 
détermina    pccunierement  à     lui    accorder* 
tout  ce  qu'il  fouliaitoit  :  Relojan  traita  en^ 
core  avec  deiuc  autres  PuilTances  \  Ôc  s*é.ant 

réunis 


i^ 


.(175) 

Aisenfemblc,  ilsHrent  une  Ligue  o/Tenfivtf 

<lcfen(îve ,  qu*il$  qualifièrent  cit^adruplg 

lliame,  Faifant  enfuite  attention ,  qu'il  n*j 

it  pas  de  Puiflance  qui  pût  leur  refider^ 

ils  im  mirent  en  tête  ^e  donner  la  loi  à  tout  U 

^ay  s ,  &  principalement  au  Roy  de  Jerhie,  que 

le  Prince  deRelofan  n'avoit  pas  fujei  d*aimer 

«depuis  quefoti  Miniftre  avoit  follicitcle  Sénat 

^es  Lauges  pour  le  faire  déclarer  Tuteur  du 

îeune  Roi  de  Gouverneur  de  TEmpire.  Relofat^ 

avoît  affez  heureufement  paré  ce  coup  par  la 

faveur  .du  Sindic  du  Sénat ,  qui  rejetta  la  re* 

j^ucte  du  Miniftre  du  Roi  de  Jerhi.  Kdofan 

rccompcnfa  ce  fervice  duSceau&  de  la  pre« 

sniere   dignité   de   la   Magiflsature    :  Mais 

n'ignorant  pas  que  le  Roi  de  "^erhîe  pourroit 

£iire  d*autr.ts  tematfves  ^  il  fît  pour  fes  intérêts 

Ijl  Ligue  4  dont  je  vous  ai  prié.  Les  EpicU" 

thnst  qui  fça voient  toutes  (ts  démarches  5c 

€\\jâ  avoiènt  un  aSront  indgne  à  vanger,  fe 

Ji^rent  avec  le  Roi  de  J-erhiCfôc  engagèrent 

^ans  leur  parti  les  Principaux  Seigneurs  de  la 

Cour  entre-autres  le  Prince  de  Jamt^n ,  qui 

avoit  été'  exclus  de  la  Tutelle  du  jeune  RoL 

^lofannt  s'éîoit  pas  contente  de  !ui  faire,  cet* 

affront;  mais  poulfint  plus  loin  le  refTen»  iment, 

il    Tavoit  dépouillé  de   tous   les  Droits  9t 

Privilèges  ,  dont  Megas  Ton  Pcre  l'avoit  ho»i 

jK>ré.   Ce  Prince  pouvoit  cm  redoutable  à 

^ehjkn  par  une  itifinité  de  belles  qua1iiezqu{ 

jpclatoient  en  lui    Son  erprit.fubliaic,  fâpru» 

-dence  confbwmée,  fa  gcnérofttc  ,  fes  grandi 

i)iens,  <5c  la.coniioi(rancc  qu*il  avoit  de  la  j^ueiw 

rfe,  pour  y  avoir  recueilli  pkifîeurs  lauriers, 

éioicnt  des  veritts  irop^  brillantes  pour  n*ctrç 

H  4      .  pas 


tasfurpeftei.lls  ioignirent  à  ce  Seigneur  toUt 
:s  mcconteiisdcrfitat,  6c  firent  un  ptrtifbr- 
Biidable  ,  qui  renfermofc  des  gens  de  toute 
condition  9  des  Dames  ^  des  Druides^  des  Gé« 
n^aux  d* Armée  ,  àct  OfHciers ,  des  Prîncef 
de  des  sénateurs.  La  partie  fut  lice  fî  fecrecc- 
ment ,  quoique  tout  fe  pafsât  dans  la  mcme 
Ville  où  refidoit  Relofan ,  que  les  premiers 
avis  qu*il  en  reçût  vinrent  du  Roi  lofubîrc 
fon  Ami.  Il  chargea  Tes  Minières  de  veiller  I 
cette  affaire:  Mais  le  my  (1ère  éroit  impénctra- 
de.   Quelques  foupçons  qu*on  eut  ,  on  ne 
pouvoic  avoir  de  prife  fur  perfonne.    Lc< 
Minières  donnèrent  des  efp'ons  fecrets  à  ceux 
qu'ils  foupçonnerent  d'avoir  part  à  cette  ia« 
tiigue  ;  rien  n*cclatoit. 

On  vit  paroitre  fur  les  frontières  du  Hoyait- 
mc  des  gei)s  armez  ,  qui-  fous  prétexte  de 
contrebande»  couvrirent  prefque  toutTËtat.  . 
Ils  n'avoient  p«s  de  Ckef  de  diftinfVion  qui 
parût  }  Se  l'on  ik  courir  le  bruit,  que  c'éto/t 
des  troupes  qui  avoient  été  congédiées .  qui 
s*étotent  réiinis  enfemble  pour  vivre.  Ils 
avançoient  toûiours  dans  le  RoyaiAnc ,  &  il 
*  yen  avoit  iufques  près  de  quarante  mille  dans 
Jes  environs  de  la  Capitale  de  TEmpire.  La 
D)(cipline  militaire  de  ces  gens  étoit  excclUo- 
te.  Ils  ne  faiibient  tort  à  perfonne  ,  &  vu 
voient  de  ce  qu*ils  vendoitnt  en  fraude ,  com- 
me fel,  épiées  ,  denteUes^Std.  Enfin  la  cor- 
îuration  devoir  éclater  un  certain  fOur  marqué, 
Ws  dévoient  entrer  dans  la  Capitale  «  environ^ 
ner  le  Palais  du  Prince  dtRehjan,  fe  faifirde 
luî>  fc  rendre  mait'-esde  la  perfonne  du  jeu- 
M  lloi  #  ^  &ii:e  déclarer  le  JLoi  de  >r^«f 

Cou- 


IS<nivfmeOT*lc   AmîB-'ftratctir  du  Roy^ame 
rfes  taupes      Le  Mînîftre  du  Roî  dt  Serbie 
confia  les  papîers  qui  regardoîenr  cette  affaire 
^   un  Sefgnenr  dt  (on  Vsys ,  pour  le«  porter  au 
^in»ftre  d*Ftat  du  Roi  de  Jerh'i.   La  vofrur« 
de  ccSie'gneur  fe  rompu  en  padanr  un  gué. 
11  négligea  rour,iuïqu*à  fa  propre  vie,  pour 
-fâiiver  la  c^flfètfç  eu  éto'em  'es  papiers.  \}n% 
Il  grande  atrfnt'Ofi   ^ev  nt  fufpc^^e  rux  gens 
T^u"  le  conduifeienf.  Les  E^^'ons  furenr  aT«îr- 
lîs.     La  Cour  le  fcaû  au(îî-tôt.  On  exp-dfe 
lin  ordre  pour  an'eterle  SeTgneur  ^  fe  faiitr 
de  la  ita<?%ttc.    Après  que  les  Mîniftres  Teu- 
l-ent ouverte  ,  ils  y  trouvèrent  p^ufîcurs  papiers 
^cr«'s  en  ckiffre  ,  qu'il  nVtoît  pas  f;tcti|pie  lire , 
i8c  quelque-  autres  en  iherîen^  qui  découvrirent 
tout  e  mvfte'-e.  Le  Mînif^'-e  de  j^rr^/V  averti  de 
ceants'étoî»  pa'^V.Sc  ne  s'imagrîn.mrpa* qu'on 
eut  çûU  curîofitc  de  voir  ce  quic'roii  dans  la 
ckffette  recbma  le  Seigneur ,  comme  (uici  de 
ion  Roî,  5c  Ic^  panteis,   comme  i^^ant  ^t% 
Wemoifes   de    TAmbaflade,    On  relâcha   le 
Se«<;neur^  m'»!' on  retînt  les  papier*    Quel- 
ques tours- Apre»  les   Minlftres  IMrV'terent  i 
une  conférence ,  pc^-^ant  laoyelle  il  enve»ve« 
rrnt  me'tre  'e  fcellé  cV»ez  ItSîf  îl«  le   ronduî- 
firen^  tnf'iite  à  <bn  Hôrc' ,  ou   1  fur  fort  fîir« 
prts  de  "trouver  a  la  porte  une  comrîïgn'ede 
gens  de  i>uerre  ,  qu'on  chargea  de  répondre  de 
ÎV  perrorne.   QiJclq"es  iours  arré^on  lecon- 
du'fî»  fou?  la  même  eTcorte  en  Ton  Pays.  Les 
*  gens  armez  qu»  ^'étoient  rép.mdus  d?rs  le  Ro« 
yanme ,  voyant  leur  coup  manové  fe  retiterent. 
Ma'Sû»ur  ne"  ^«t    p'^s  ca^rré  av(Tî-tôt.   Helofan 
£t  arrêter  le  Piince  de  Jamun  6i  la  Prîn- 

H  >  ceCe 


tasrurpeftet.llf  joignirent  à  ce  Seigneur  to^ 
:s  méconteiisderEtat»  6c  firent  un  parti  for- 
Biidable ,  qui  renfermoit  des  gens  de  toute 
condition ,  des  Dames ,  àe$  Druides  ,  é^s  Gc« 
n^aux  d* Armée  ,  àtt  OfH tiers,  des  Princes 
de  des  ^énareurs.  La  partie  fut  liée  fî  fccretc« 
ment ,  quoique  tout  fe  pafsâc  dans  la  œcmt 
Ville  où  refîdoit  Relofan ,  que  les  premiers 
avis  qu*il  en  reçût  vinrent  du  Roi  Infubire 
fon  Ami.  Il  chargea  Tes  Minières  de  veiller  I 
cette  affaire  :  Mais  le  myftere  étoit  împénctra* 
de.   Quelques  foupçons  qu*on  eut  ,  on  ne 
pouvoie  avoir  de  prife  fur  perfbnne.     Ld 
Minières  donnèrent  des  efp'ons  fecrets  à  ceux 
qu*ils  foup^nnerent  d*avoir  part  à  cette  ia« 
tiigue  :  rien  n*écla:ott. 

On  vit  paroitre  fur  les  frontières  duKoyait- 
mc  des  gei>s  armez  ,  qui*  fous  prétexte  de 
contrebande»  couvrirent  prefque  tout  l'Etat. 
Ils  n'avoient  p«s  de  Ckef  de  diftinfVion  qui 
parut  j  Se  l'on  ât  courir  le  bruit ,  que  c'étoie 
des  troupes  qui  avoîent  été  congédiées .  qui 
s*étoîent  réiinis  enfemble    pour  vivre.    iJs 
avançoîem  toujours  dans  le  RoyaiAne ,  &  il 
*  y  en  avoit  iufques  près  de  quarante  mille  dans 
les  environs  de  la  Capiula  de  TEmpire.  La 
D'fcfpline  militaire  de  ces  gens  étoit  e)rcelleii« 
te.  Ils  ne  faiibient  tort  à  perfonne  >  &  vu 
voient  de  ce  qu'ils  vendoitnt  en  fraude ,  com- 
me fely  épices  ,  dcmeMes^fitd.  Enfin  la  con- 
iuratîon  devoir  éclater  un  certain  iour  marqué, 
II5  dévoient  entrer  dans  la  Capitale»  environ- 
ner le  Palais  du  Prince  dtRehjan,  fe  faifirde 
lui,  fc rendre  mait'-esde  la  perfonne  du  jeu- 
M  &oi  #  ^  faiie  déclarer  le  JCoi  de  3*rùk 


\ 


f5oavemettr*lc  AmîB'ftratctir  du  Rov^ame 
des  Laugis      Le  Mîniftre  du  Roi  de  Terbîg 
confia  les  paprcrs  qui  regardoîcnr  cette  affiiVe 
â   un  Seignenr  dt  (on  Pay« ,  pour  le«  porrer  au 
Mîn'ftre  d'Etat  du  Rôîdc  Jerh'e,   La  vofrur« 
de  ccSit'gncur  (ê  rompî'  en  padanr  un  gué. 
11  négligea  rour/îuTqu'à  fa  propre  vîc,  pour 
'fàiîver  ?a  c'affètre  eu  éto'em  'es  papiers.  Un« 
^  er^nde  atrfnr'^fi  ^e v  nt  TuffC^^e  rux  getis 
T^u-  le  conduffb^enf.  Les  E^P'onf  furcnr  ater- 
tîs.     La  Cour  le  fcaît  auiîî-tôt.  On  exp-dîe 
Ijn  ordre  pour  arrêter  le  Seîsneur  ^  fe  faiitr 
de  la  ita<?%tte.    Après  que  les  Mtniftres  Teu- 
Tenf  ouverte  ,  îls  y  trouvèrent  plnfieurs  papiers 
^cr»*s  en  ckiffre  ,  qu'il  nVtoit  pas  f;tci^|^e  lire , 
i8c  quelque- autres  en  iherîen^Quî  découvrirent 
tout  e  mvftere.  Le  Mîni(^''e  de  5?r^/V  averti  de 
ceqnisVtoî»  pa'^V.Sc  ne  s*imas'în<inr  pas  qu'on 
eut  ?âU  curîofitc  de  voir  ce  quic'roii  dans  la 
ckflette  recbma  le  Seigneur ,  comme  (uici  de 
ion  Roî,   5c  le^  panteis,   comme  i^*anf  (^ts 
l^emoîfes   de    l'Ambaflade,    On  relâcha   le 
Sc'î^neur^  m'tîs  on  retîntes  papier*    Quel- 
ques îours-Aprc>  les   Mjntftres  l'ir votèrent  i 
une  conférence ,  pe^^-^ant  laouelle  il  enve»ve« 
r^nt  me'tre  ^e  fcellé  chez  liSîf  Ils  le   ronduî- 
fîrertt  tnf'iite  à  <bn  H  ôrc' ,  où   1  fur  fort  fîir« 
pris  de  trouver  a  la  pone  une  comp;>2n*ede 
gens  de  ijuerre ,  qu'on  charçea  de  répondre  de 
fV  personne.   Quelq"es  ioiirs  arrrson  leco'n- 
du'fî»  fous  la  mrme  efcorte  en  Ton  Pays.  Les 
•  gens  armez  qu»  5'rtoient  rép.^ndusdrrsle  Ro« 
yanme ,  voyant  leur  coup  manovr  fe  retiterent, 
Ma'Sû»ur  ne' ^ut    p'^s  ca^rré  ai(Tî-tôr.   Peîofan 
£t  arrêter  le  Piince  de  Jatnun  6i  la  Prîti- 

H  >  ceCt 


(  I7«  ) 

€e(Te  fon^poufc     On  les  fèpara,  &  on  le§ 

exila  aufli-bicn  que  les  Princes  leurs  enfâns  - 
en  diffcTcns  endroits  On  mît  aux  arrêts  pre(^ 
^ueious  leurs  t^omediques  &  leurs  Officiers  < 
mèaie  iufqu'à  desfîllesdc  leur  n\aik>n.  Ob 
arrêta  pareillement  une  infinité  d*aucres  per* 
fbnnes  de  diftin£lion  que  Ton  accufbic  d'avoir 
eu  partà  laconiuraiion.  Quelques  Seigneurs, 
entre  autres  unlntrodu^eur  de^AmbaHadeurs, 
crurent  devoir  chercher  leur  fùretc  dans  la 
fuite.  Son  Secrétaire  n*cpargna  pas  le  Prince 
de  Relofau  d«ins  quelques  Libelles  qu'il  fit 
courir.  •  Les  feuls  Druides  Epicuriens  qui 
avoient  ctc  l*ame  de  la  Conjuration  ,  furent 
exempt  de  la  tempête,  parce  qu'on  crût  de- 
voir ménager  desfçclcrats  qui  pouvoien:  fai- 
re encore  plus  de  mal  qu'ils  n  en  avoient  fait. 
Kclofan  fit  couler  d-s  troupes  fur  les  frontiè- 
res île  Jerhie ,  fous  préiexte  d'engager  le  Roi 
duPiiisa  (e  foumettre  à  Taut-  rite  desquatre 
PiiifTintes  conteJerécs;  m.^is  cnefFet,  pour 
pun  »•  Ton  aitcn»at  contre  le  Gouvernement; 
Oa  exila  quclquej-ufis  des  Principaux  Sena- 
tfiMs.  La  compagnie  députa  au  Prince  pour 
fçavoir  la  ca'ïfe  i.ic  'eur  disgrâce  ,  offrant  de 
lc5  punir  s*'ls  ct<»:cnt  coupables  j  mais  les 
M  n-ftres  répondirent  qu'on  les  avoit  éloi- 
gnez pour  des  chofcs  qui  demandoicnt  le 
fcc/et. 

Pendant  que  r.irm»^e  aoiiffbit  en  ^erb!e,]e 
Prince  de  Rtl  fan  clicrchoit  a  charmer lecha- 
grinqiic  lui  avoir  donné  ^cette  Comuratîon 
chez  Kl  I^r  (1  riTe  ^o  ^7'/-faii'le ,  qui  ioivînoit 
à  iireb'*ii'téi'|i\ine  de  'bnrans  tous  les  a 're- 
mens  d*an  efpat  bien  ^àir.    \5a  jour  q<i<^  le 

Priac« 


(  179  ) 
^ffînce  redetauoic  chez  elle  def  peines  du  ci« 
binct ,   il  le  fentit  frapc  d'un  furieux  ma'  de 
tcte.      Enfuite   la  fluxion  fe  déchargeant  fuc 
l'oeil,  elle  rcndômmagea  fi  fort,  quelesM.e- 
d«c\ns  crurent  qu'il  Icperdroit.     Il  en  avoic 
déjà  (acrific  un  au  bien  de  l'Etat»  Qiiand  on 
vu  \e  péril  où  ctoit  l'amre,  chacun  en  raifon^ 
na  à  (a  manjere  5  5c  le  Chancellier  fut  dirpenCé 
de  fa  ire  le  (ceau  pour  avoir  dit  indifcretemeiK 
que  Cl  le  Prince  de  R^/j/4»,itoit  avci'gle,  il 
faUoit  choifir  un  autre  Prince  pout  gouverner 
Vl^au    Relojan    qui     aprit  les.  fen'imens  du 
Chancelier  dans  les  plus  vive»  douleur?  de  Ton 
n\al,  lui  envoya   un  Secrétaire^  d'Etat  pici  a 
tout  faire  pour  luiredenaod^r  lasSccaux,  L<{ 
Chancelier  quid'aillcuisctoitauflidifgracicdje 
^  vi)ë,afFt  ^ade  les  rendre  aveciiioin>d«  peine 
%u*l  n*cn  Avoit  eu  à  les  recevoir. ï^ePeuple  îoû- 
V*Hvs  fjiesipfaftt  ,  fit  courir  une  hîfl.>iredé{à- 
y^O^aijeuQ^aurjRri-nce,  au  fujet  de  fable  (Turc. 
H  ai«iojit*,  djfoivon  jinujilen^fotune  Dame 
del^  f^^c  idô-Js.Pfinçefl^.j^r^''^^-  -  II^îccIa- 
M/a  ^affio'iîi'fa  fiJle,  3c  Upria  de  féconder 
Ces  in«wUnation£.     LaPrinceife  fort  obéilfan- 
Ui  aux  o^'irtfS'  je  Ton  cher  Papa,  dit  àja  Da» 
tne^n'e,!le  voubi,t  pafî'ei*  une  après- midi  avec 
lyi^db^  0*vihetre^m  ce^fc  faKeqravec  a£lioi| 
de  ?race.. .  CijW.ort>eHçfiu.ari;i^e.Ja  Pi;inc9^ 
fe  envova  un  Patfe  prier  (on  rcre  defavenic 
Voir-, ôc  qu'il  ne  çeraro't  point   fcsp;is.     Lé 
ÎTvnce  vient.  Q^ianl  la  Princefle  l'entend  en- 
trer,  elle  fe  Itve,  6<  paff^îni  par  dcriere  la 
chaife  de  liOi^iie,    elle    la  renverfe  à  ferre 
avec  la  chaife  ,  &  dit  à  Ton  Perc  qu'il  Tavoit 
belle.     La  Û^mc  cofliprit  dcquoi  il  s'agillbit  5 


(   ilo  ) 

3c  Toyantle  ?rtnce  en  dirpodcion  de  la  careflêr 
de  près  I  lui   donna  un  coqp  de    pied    aa 
TÎfage.    Le  talon  du  foulier  adrcffadanjr  l'œil 
du  Prince,  &  le  penft  faire  fauter  de   latêtc. 
Se  (entant  bl elTé  il  fe  retira  confus,  &    là 
Daroedeaanda  permKïiondes'éloignerde  la 
Cour,  ce  que  la  Princefle  Jerdrth  par  graadeur 
d'âme  luirefufa.     Elle  la  retint  même  à  (on 
fcryice,en  lui  ordonnant  le  fecret  fur  ce  qui 
f*ëtott  pafl^.  Cequ'ily  a  à  remarquer  fur  cette 
hiiloire  »    c^eft    qu*elle  n'a    d'autre  fonda- 
ment  que  les  inclinât k>ns  du  Prince^  qui  ne 
haïdottpas  e  ^ext,  Ôc  l'accident  de  (on  œil. 
Cependant  el^e  s*eft  répandue  (î  univerfelle* 
oient  dans  rfalpire>  qu'il  n'y  a  que  les  per- 
ionnes  de  difccrnement  qui  la  croient  fàu^ 
Je  ne  comprend  p^sbien,  dit  Pifom,  quel 
Ofage  on  pouvoit  faire  de  Ton  difcernenrent 
pour  juger  de  ce  (air.     C'efV,  ditStf^T^^r  que 
jespcrfbnnes  qui  a  voient  rcpahdufceffehiftoi* 
re ,  avoient  auparavant  accuCé  le  Prince  de 
porter  trop  loifl  l'amour  paternel  envers  la 
Princefle    Jerdreh,     ils  diïoient    qu'il  ^tott 
idolâtre  de  les  belles  mains ^  de  r^pandoient 

|)lufleurs  bruits  dcfavantàgeux  à  ^'honneur  de 
'un 5c  de  l'autre,  fans  faire  attention  qu'il 
S'a^ilfuitd'unPcre  &  d'uheFi.Mc.  Maislci 
Princei  roBtfujetsactrecalomaics. 


*• 

f 


■  ■  ■  ■  ■ 

CHAPITRE     XXVIL 

'^uem  di  Jerbît ,  Sa  fin,    {Entrepnfis 
Senai  ré^rimits, 

PIndanf  que  cela  fe  pafloît  à  laCour  «  l'Ar* 
mée  fàifoie  quelques  lei^crs  progrez  en 
^irblt',  fit  le   Mtnfftre  du  Roi  avec  toute  fa 
yolirîque  ,  ne  pur  empêcher    qu*tl'ene  fit  la 
conquctede  quelques  Villes.  Il  femapluiteurf 
X> t belles  fédir  eux  fie  iniurtéb  au  Prince  de  R§* 
iûjan.    Il  fit  p<iifer  des  déclarât  ion  «^réduifanrefl 
ibusle  nom  du  Roi  de  ^^r^iV,  pour  enfza^er 
Tarmce  à  fe  révolter  contre  le  Prince  de  R<- 
h  fan.     Le  Rot  de  ^erbit  s*a  procha  tuf*mcme 
fie  la  frontière;  mats  un  Prince  du  Sang,  qui 
commandoit  dansTarméede  LMigfs,  ^ût  fi 
bien  le  contenir  dans  le  devoir  q«i'elîe  a^it 
aivec  autant  de  vigueur  contre  la  Jer^r  ,que 
£  ce  n*e\it  pas  été  un  Pays  allié.     Le    Mî« 
m'ftre  du  Roîde  yerhk,  pour  faire  divcrfîon 
«nga^^ea  quelques  Seigneurs  des  cotes  mari* 
tiûies  .les  Lan^^es  è  une  révolte,     l!  figtia  avec 
cinr  une  Ligue  ofFenfîve  fie  defïenfîve.     Le 
Prmce  de  Relafau  fit  couper  le  cdu  a    iroî» 
des -pi  \$  fi^'pux  :  les  autreit  sVrrfuirenr,  fie 
le  Miniftrceù-le  chai^rindevoîréchoner  (èf 
deireins.     Le  Setii»  quî  avott  quelque  încli^ 
n.irion  pour  le  Roî  de  jfrr^/V,'?  rendît  atten» 
tif  à  ttHirc*  les  démarches  du  Prince  de   Re^  ; 
lu  fan  \  iKiff  ^a  de'e  contrecarrer  pa«-des  re«^ 
montrances  efTtre])renantes  ,  ficfembla  vou^^ 
loirpartaget  i*Attiasité  fouyeraùic  avec  lui; 
"  H  7  ~"  Tan| 


Ttmqwefon  \Miiftre  avoît  tenu  les  Scesintp 
i!  étoit  fur  que  (esdemarchesTeroieni  a  prou- 
vées, parce  qu'il  lesfouttendrofc  auConfeil: 
mais  depuis  fa  dif^tace  il  fe  vit  expofc  au  ref- 
iênttmem  du  Prince,  llnefùt  pas  long-Tcmt 
(ans  en  ép-ouver  les  effet.  Le  Seigneur  d'Or- 
/tfriiw  9  à  qui  le  Prince  avoit  confirmes  Sceaux, 
huniil'-^  le  %enat  en  toutes  manières.  IlTo- 
bligeade'vc«tr  ?  pied  en  habit  de  cérémonie 
au  Palais  du  Prince  ,  où  il  eut  l'affront  de 
YOir  les  Seigneurs  primer.  On  biffa  fes  Ré» 
giftre,  fie  on  Tob'igea  d'ériger  l'OÔîce  du  nou- 
veau Mas;iftrat  etrHiarge  de  Vice- Chancelier. 
On  lui  drfpndit  defe  mêler  des  affaires  d'E- 
tat, 3t  on  Ini^rdonna  de  borrer  fes  foins  a 
iend«*e  la  iu(\ice  au  peuple.~Cc  coup  fût  fca- 
fib^e  au  Sénat,  il  n'oubîia  tien  pour  s'eiï 
Vanîzer.  Les  billets  lui  fournirent  un  beau 
prrrexte  pour  exercer  fesp^/Tfons.  1'  fronda 
airec  tout**  fon  autorité  t  -Mais  fa  conduite  de* 
venant  déplus  tn plus  odieufe  au  Pruice;  le 
Sénat  fe  vit  eloiiiné  He  la  Vilîe  capi'ale  y  3c 
obligé  de  f;ire  fon  féiour  dans  un  hameau, 
où  il  nianquoft  pluficurs  chofes  nécclfai- 
res. 

jPcn  ^ahtcek  trouSlesdomefttque*  ,la  gnefJ 
re  fe  fi^ifoit  heurettfement  en  Jerèie,  Le  ^câ 
de  ce  pay^ ,  poUr  éloigner  Ic^  malheurs  qu'une 
atniée  enirairie  toiii«»u«'s  itec  t\\^,  confentiè 
pcnir  quel  >uc^  e  in  s  à  un  trêve.  H</<?/*7»  profita 
de  cet  interval ,  pourl»  if^frc  ententlre  par  fcf 
Amb^fTaJeiir*.  qu'il  n'étoii  retievabledc  fes 
maux  qu'.i  l'cfprTf  fedi">itx  5f  tn  rigMant  de 
ion  Vl.ihi(Vre  , /qu'il  4'avottr  broiiiUé  avec  toït^ 
vitsïu,tuif£jLSLCMim^àis,iJC{\it  la  guerre, oii 


(  1«3   ) 

si  vcnoît  de  Tén^^ager  contre  fon  Beaii-?efé 
9c     contre  le  Monarque    de     Germanie    fi 
^aifoit  contre  )a  foi  publique  ;  &   que  ]*aïant 
^ncrepi'ife   dans  des    circoni^ances  criantes, 
^le  lui  feroît  louiours    ru'incufe/  parce  que 
l>ien  des  Pu»flanccsavoieniinierêtdercmpê- 
<her  de  s'agrandir  $  qu'il  rrouveroit  en  (on  che- 
mia  autant  dVnncmis  que  dcPrince(;ques*il 
Vouioit  entendre  a  une  bonne  paix,on  lut  abaii« 
donneroit   la  Jerbie  ,àom    on  lyiavoit  con- 
tcfté  jufqu'alors  ta  pollellions  que  déplus  on 
fcroii  les  conditions  des  Princes  le?  enfans  (î 
avantageufcs ,  qu'il  n'auroit  que  fujet  de  (c 
louer  de  la  manier    do^t  on  menapcroit  fei 
intérêts^  qu'on  ne  lui  demani^oit  tutre  chofe 
que  d'éloigner  Ton  Mniftre,  dont  refp'it  tur- 
bulent n'cioit  propre  qu'à  mettre  la  combii^ 
tio  n  &  le  defordre  par  rcut. 

La  Reine  c\ue  Relofan  avoîtgâgncepardes 
intérêts  particuliers ,  &   qui  c  oit  benaifed^ 
faire  encrer  dans  le   Miniftere  un  Gr-mauld  » 
afin  d'avoir  un  hornme  qui  dépendit  d'el'e  ,  fai- 
Toriia  le?  propofi'ions  de  R.  loian.    Le  MiniÇi 
tre  de  Jerhu  fût  cout^edic  'ans  rec^/rrpenfej 
di  pour    Prtipeclitr  de  remuer,  on  feignit   d^ 
lui  faire  fiire  ion  prc'cè'-  par  'e  i/ratid  Di«n  de 
la  Terre  ^  pAur    'occupe;  roi»  entier  à  fe  dé^ 
fendre       Le  Hoi  »^e  Jerlie   en  n  tons fes  in- 
térêts au  Princp  de  Reicjar} ,   qui  {ç  voyant  ar- 
bi'redr  fa  forfune  ,»g't  avec  routera  gchéro- 
fiic  qu'on  avoit  Hru  t^V^'crri  de  lui      il  fol- 
licitaBfcâr  le  Roi  .^c  ^Urh't  aupics  Réfutes 
les  Puffa'^cts,  avec  li-faueMcs  i'    'e  fH''  en 
paix  ,  8c  in'liqiia  un  Con;,ic« .  oiïT»^"  ev.imj- 
li€roii  fes  prcicnlions.     L  retira fes  troupes. 


du) 

6e  TecompenlJ  le»  Ofiîct'ers,  quf  aroTcnt  h 
mieux  fervi ,  avec  du  j^apier  qui  en  ce  icms-^J 
étou  rargeBtdiipa)s,  llnpeîaîes  Seigneurs 
qu*i)  avoii  exiles,  donna  la  liberté  à  ceux 
^u*il  TCtenoii  en  arrêt,  6c  fît  un  exemple  Je 
fuftfce  terrible. 

Un  Prince   Çtrmaîn,  A'Iîë   du  Monarque 
du  pays  6c  de  tous  tes  Seigneurs  de  l'BiTifHre» 
parent  même  "du  Prince  de  tielojah  ,^r\x  d^ng 
le  vin  une  «ffcrolution  indigne  de  (on  raâg. 
L*Agiotage  en  papier  dominoit.      Ploiieurfl 
perfonnes  y  faifoieni  fortune.     Le  Seigneur 
Cermaîn feignit  dt  vouloir  trafiquer.  Un  Cour- 
tier de  Banque  levât  roaver  dans  fbn  auberge 
avec  1rs  eftets  |  mais  au  lieu   de  trafiquer  , 
le  Seij^neur  Belgique  aidé  de  deux  autres  ,  le 
poignarda.     Après  avoir  fait  le  coup,  il  fore 
de  l'auberge; on  rarrêreîfon  procès    lui  tft 
6",  &  îlcflconlainrcà  perdie  ^a  vie  parla 
barre.    Tous  loSeigreur?  les  parent  allèrent 
demander  fa^race.     Le  Prince  de  Kf /«/«}} la 
refila.   Ils  lui    demandèrent  qu*att  moias on 
cbangf'ât  le  genre  He  Tuplic^  >  Ôc  qu*on  If  fil 
mour  r  p^r  ÎVpf  e ,  parte  que  l'infamie  de  l'au* 
tr«  ^itpli\:e  rcî^nil>croit  fur  la  famille;  maisili 
Vcbvînrenf  f  en  ,  &  ne  purent  avo  r  du  Prin- 
ce ou^  fC5  paro'es  remarquables  :  Ce  ne  fera 
fasle  'fplice  ,quil*A  mérité,  mats  faâiion  t^m 
deshctmerera  votre  famil'e. 

Peu  de  «ems  après  arn'va  la  décadence  dcl 
bîllers  donr  ie  vouf  aï  pn'^  :  ccgjiifÙTla 
père  le  la  fo  tUnec'u  Seigneur  c**Gr/<^R#  Le 
Prinflg  lui  rc'îrp  les  Sceaux  6c  les  rendit  a» 
Cb.ince'cr,  quî.'^^Vmdta  r'ans  la  fuite? pre* 
.Venir  les  deCrs  du  Pimce  6c  à  faire  icut  ce 

/  qui 


ifuî  poUTôît  lut  être  agréable.     Sar^ptttatiOli 
tn  pâtit  un  peu  ,  parce  que  le  peuple  «  qui  n* 
fçait  pas  de  quelle  confcquciice  il  eft,  qu'il  f 
ait  une  bonne  corrcfpondance  entre  le  Princ# 
ïc  fcs  Miniftres  ,  blâme  toûiouri  ceux  qu'il 
voit  donner  aveuglement  danf  les  voloates 
du  Princ«.      Il  fe  fcrvit  de  fa  faveur  pourri» 
comtiioder  le  Seqar  *vec  le  Prince  ,   qui  lui 
permit  Je  revenir  à  la  Ville  faire  fesfondionf 
ordinaires,  fans  beaucoup  s'embareflèr  qu*il 
remuât  ^  ou  qu*il  v^emeurât  tranquile. 
^   Une  autre  chofe  occupoit  alors  le  Prîoc* 
Jie  Rilofan. .  Il  auroit  bien  voulu  terminer  let 
difercnsdesPhiIoropbcs;cepen4^nt  iîy  trouvoît 
des  difHcuUez  prefque  inTurmontables.  Il  fit 
tous  fcs  efforts  pour  les  faire  entrer  dans  un  ac« 
commodément  :  Mais  il  /eroit  plus  facile^  com- 
me vous  le  f^avez,  de  faire  Tympatifer  le  feu 
avec  l'eau»  que  de  faire  convenir  desmêmet 
Principes,  lesPhilorophe'deJiferensfeôes  î 
Quelques-uns  parcomplaifance  pour  lui ,   fi- 
gnerentto^t  ce  qu'il  voulut:  emre  autres  It 
fimeux  Druide 5ffV/4»# ,  qui  (e  Hiftingua  pen« 
dant  toute  fa  vie  par  (on  inconftance ,  en  for* 
te  qu'on  VapptWoh  le  Brodtqum  du  Pétj  s,  par- 
ce qu*il  fe  tournoit  de  tous  cotez  ,  ou  pour 
mieux  dire,  c'ctoit  une  giroiietre  rouge, qui 
tournoit  à  tousses  vents  qui  foufloierit  auprès 
d'ielle.   Dans  fes  premières  années  il  fe  piqua 
de  Morale  févert  ,  &  en  retint  cela  de  bon» 
qu'au  moinsfes  moeurs  furent  irrëprçbenfîbles: 
Mats  comme  il  a'f  toit  f^avant  que   par  les 
gens  qui  l'apf^hoient,  il  fut  un  tems  Stêicien  » 
parce  qu'il  (uccedoît  à  »n  Druide  Smcîen,  \\ 
ctdfvinc  Eficuritn  en  prenant  la  pUce  d'un 

Druïdf 


(   »t6*) 
Dniïde  FftcurUn,     Il  fe  metamorphora  ttlttS 
Bnem dans  f  et  état,  quM  n'croirprefquepliif 
reconooiflable.  11  devint  rcnnemi  implacable 
des  StûKÎens,  &  fâc  «n  des  grands   reâortf 
qu*on  fît  jolierpourdétruirun  pays  tout  peu* 
f\e  6e  Stoteiens.     Enfuite  le  venr  changea  s 
11  redevint  Smcitns ,  jufqu'au  point  d*ainaer 
mieux  perdre  les  bonnes  grâces  de  Ton  Roi ^qtte 
de   favorifer  tes  E^ia^r^sns*     Enfin  il  fît  en* 
€ore  un  demi  tour  y  de  fut  au/TI  grand  enoemi 
^tiStoïcitBs ,  qu'il  leur  a  voit  étc  attache»     £n 
«nmot»  ilfûiconflam  dans  fon  inconfiaih 
ce. 

I  Le    Pfînc^  vojant    qu'il    ne     pouvait 
accorder  les  Pkilorophes  ,  les  abandonna  à 
leur  fens  reprouvé ,  &  remarqua  fort  iudicieu« 
Icmcm  qu'ils  n*avoient  jamaif   ctc  plis  am- 
enez les  uns  contre  les  autres»  que  lorfqu'il 
Tes  avoit  crûs  reconciliez,  il  ne  s'occupa  plus 
cnfuite  qu*a  faire  fleurir  la  paix  5c  le  com- 
merce dans  TEtat,  de  à  reparer  le  tort  que  les 
billets  avoient  caufé.     Ce  Prince  cioit  verita* 
blement  grand  par  une  infinité  de  belles  qua^ 
lîtez  qu'il  fît  éclater  en  toutes  fortes  d*occa- 
fions.   Quoiqu'il  eût  humilié  le  Sénat»  il  ne 
l'aprehendoitp^s»  &  ilnelecrût  lamaisdigne 
de  fa  colère  11  fîtalfezpatoitrelo  mépris  qu'il 
enfaifoit,  en  le  iaiflant  agir  dans  une  affaire 
qui  eût  beaucoup  d'éclat.     A  peine  leSenat 
fût-il  repris  fcs  forces,  qu'il  voulut  les  exer* 
cerfurceux  qui  s'éioient  enrichis  à  la  Banque* 

II  s'attaqua  au  Seig;neurdc£^9»^';  qui  y  avoit 
fait  une  fortune  étonnante  »  &*qui  par  une 
fage  précaution  avoit  f^û  réalifcr  Tes  effets 
de  papier ,  avant  qu'ils  cuiTçnt  perdu  leur  cré^ 

dit 


(t«7V        ^ 
cRf.     Ce  Seîgncttr  qui  ^toîf^  fort  fcniibtô 

fur  If  point  d'honneur  ,   n*eût   pas   plutôt 

a  prit  qu'on  l'accufoit    d'avoir    malverfé  à 

la  fia  nqiie  ,  où  il  avoit  eu  quelque  infpeoj 

tîon  ,  qu'il  en  porta  Tes  plainief  au  Prince, 

#t  en  demanda  des  Commidâires  -  pour   (k 

f  uftifier*     Le  Prince  lui  dit  de  fe  mettre  au 

deCus  ài^%  bruits   qu'on  faifoit  courir  :  MafS 

le  Sénat  ayant  voulu  prendre  connoiflanct 

^e  la  coniiuite  de  ce  Seigneur  ,  le  Prince  Itt  ^ 

laîâa  agir  avec  une  pleine  liberté;  de  leSef« 

gneur  (e  juftiiia  d'une  manière  d'autant  ptin 

irréprochable  ,  qu'il  avoit  pour  juges  fespro» 

près  ennemis. 

Quelque  cdat   qn*eufTênt  au   dehors  les 

vertus  du  Prince  de  Relofan  ,  elles  n*é: oient  ' 

pas  moift«   folides  pour   fa  conduite  partU 

<uliere.     Un  Poète  ,    ilont  la  reine  •  fem- 

bloit  avoir  quelque  choTe  de  divin  ,   abu^ 

de  Ton  talent  pour  médire  du  Prince.      Il 

décrivit  en  fix  Oies  ,  qu'il  qualifia  de  Ph  i« 

XiPFTQ2'V>  toutes   les  injures   »  les   fàuK 

bruits^  les  médifances,  les    calomnies ,  que 

le  Peuple  avoit  répandus  contre  le  Prince , 

qui  ne  fît  que  s'en  mocquer.      11  reconniit 

qu'il   y  avoit  de    l'efprit  dans  les   Vers  , 

mais    qu*ils  contenoienr  bien  des  fauflètez 

6t  laiifaaux  Dieux  le  foin  de  le  vanger.     Le 

Ciel  à  trop  d'inierct  à  ménâ-rer  ^a  rcputa- 

lioi^  des  Princes  pour  la  lai  (fer  flétrir    im-^ 

.punement.     Le  Poëte  fût  puni  par  un  rude 

exil,  &  peut-être  qu'une   main  vangcreffè 

éteindra    un  fOur  dans  le  (ang  cette  fureur 

de  rimer. 

Je  vous  ai  déjà  parlé  plufieurs  fois  de  h 

Pria- 


(  .tt  y 

fnnctntyerdnh.  Elle  n'étoif  pasifMtns  ex? 
pofce  à  la  calomnie  que  (on  Père.        Elle 
mourut  dans  Tes  couches  t  On  fçaît  qu'il  eft  a& 
fez  ordinaire  aux   Femmes  de  paierie  iii- 
1  *it  à  la  nature  dans  ces  douloureux    mo- 
ments.    Je  vous  racfoiiterai  volontiers  la  Fa« 
ble  qu'on   débite  de  fa  mort  ,  pour  votif 
convaincre  qu'il    n'y    a   perfonne   exempt 
ét$  coups  de  langue ,  puifqu'on  déchire  fi 
impitoyablement  les*  Perfonnes  de  la  pre- 
mière   dignité.      Cette  Princefle    quelque! 
tonécf   après  la  mort  de  (on  premier    Mari 
donna  la  main  6c  fa  foi  à  un  Seigneur  de  fa 
Cour,    qui  n'avoir  prefque  pas  d'autre    mé- 
rite que  celui  de  plaire  à  la  Prince iïe.     Un 
jour  qu'elle  étoit  à  uble  avec  Ion  Mari  ôc 
It   Prince  de  Relo/an  i  ce  Prince  qu'on  fèii 
toujours    amoureux  de  fa  Fille  ,     s'amii* 
foit  à  ce  qu'on  die  •  à  conrer   àes     doH« 
ceurs  à  la  Princeffc   au    lieu  de   manger. 
Le    Mari  de  la   PrinceCe    qu'on   (uppofc 
jaloux,  ne  pouvant  rou(Frirce  manège, dit 
quelques  paroles  qui    marquoient  (on  indi- 
gna ion.     Le  Prince  les  releva  ,  en  lui   let- 
tant  une  adiette  à  la  tête.      Ils  ft  levèrent 
de  table      i^W^Tii»  met  la  main  à  l'cpce.   La 
Prtnce(fè  le  defarme  ,  les  appaife.     On  fe 
remet  à  table.   Le  Prince  adore  les  divf* 
nés  mains  de  la  Princeife.     Nouveau  hijet 
de  querelle      Kxlofun  (e  lève  de  table ,  ^our 
fraper   le  Mari  delà  Princefle.   Elle  fe met 
entre  deux  »  &  reçoit  de  Ton  Père  un  coup 
de  pied  dans  le  ventre.    Elle  écoit  grolTe. 
Cette  opération  un  peu   trop    violente  sc« 
cèlera  (es   couches*    Elle  mit  |u    m^ndt 

deux 


itn  cnfalis»  <iom  on  prcteaJ  qu'un  tptt* 

t«noii  au     Prince  ,  Ôc  l'aurre    au   Mari  8 

Mais  comme  ils  n*etfrcm  pas  de  vi«,«  %n 

ne  peut  pas  conjtâurer    par  leurs  inclina* 

tions  ce  qui  en  pouvoic  être.     La  Princt& 

le  perdit  (on  lair.     Une  fiéirre  violente  ac« 

compagna  les  autres  n^auvaifes  fuites  de  Ce$ 

couches  précipitées.     £lle  c^ila  de    vivre  « 

fur   te     poiiit    d'accomplir    Ton    cinquiéoit 

hiAxe.        Ce   Prince   fuporta  ùl  mort   avec 

une  grandeur  d*anie  ,  qui  perfuada  tout  le 

monde  qu*ii  n*avoit  aime  la   PrinceflTe  jFrr- 

4rgh  ,    que  comme  uqk  Père  doit  aimer  (à 

fille.       Cependant   la  calomnie    fût     plus 

puisante   que  la  vérité ,  5c  \p  ne  fçai  (i  oiu 

tre  £#  Vajfjrie,  dont  la  probité  ne  pouvoic 

£tre    fufpeéie  à  perfonne  ,  on  eût    trouvé 

un   fcut  OfHcier   de  la  Prince^  ,    qui  eûl 

rendu  )u(lict  à  fa  ûgcife  Ôc  à .  l'innocenct 

tfe  fon  Pcrc.  . 

Ùa  trait  de  calomnie  des  plus  affreux  i 
qus  j*ai    oublie   de  vous  conter»  vous  per« 
fuadera  quelles   peines  ce  Prince  a  eu  à  la 
furmoncer*    Je   vous  ai  dit  que  Megas  Ta- 
yoit    fub^onné    d'afpirer   à    la    Couronne. 
JLes  ennnmis  du  Prince  le  croyoient  G.   ca- 
pable de  commettre   un  crime  pour  y, par* 
venir ,  que  le  Mjpiftre  d*un  Roi  étranger  « 
ennemi   du    Prince  »  eût  la  hardiefle  de  lui 
ioïpofer   dans     une    lettre  qui  fût  rendue 
publique 9  par  quelles  voyes  il  vouloit  mon* 
ter  furie  trône»  aux  dépens  de  la  vie  du 
jeune  Roi.     D'autres   répandirent  le  bruit 

Sue  le  Prince  ayant  mis  un  jour  une  pou(^ 
creodoriferame(ùria  maia  du  jeune  Roi« 

afin 


(  190   ) 

MB  qu'a  la  refpirât,  le  Gonvcmcw  dm 
ftid  Koi  foufiBa  la  poufÏÏcre,  fc  fit  lavcf 
la  main  du  Roi,  comme  fî  on  y  eut  mis 
du  foifon.  D'autres  enfin  difent,  que  le 
Prince  ayant  fait  iervir  la  collation  dans 
un  de  fej  Châteaux  au  jeune  Roi ,  le  Gou- 
verneur ne  voulut  pas  permettre,  que  le 
Roi  mangeât  auire  chofe  que  <»' qu'il  avoît 
aporté  avec  lui.  Mais  ces  difcours  popu« 
laircs  n'ayant  aucun  fondement  ,  Te  font 
détruits  d'ewc- mêmes ,  Ôc  aon  vu  le  Roi, 
plein  de  vie  Ôc   de  famé  ,  faire  les  délices 

du  Peuple 

Grâces  aux  Dieux  ,  dit  Ptfon,  nous  voî« 
cî^au    Château.     Je   croîs  que    Monfîcur 
auroit    allongé    ion    Hiftoire    d'une    heu- 
re ,    s'il    y   eut   eu   encore   une   lieue    de 
chemin  a  faire.   Je  lui  ai   cent  fois  fouhai- 
té  le  défaut  à^Bgnatius,  J'aurois  mieux   ai* 
mé  qu'il  n'eut  pas  tant  charge  fon  Hiftoi- 
re, Ôc  qu'il  «ut  été  plus  court.  Vcus  vou* 
dricz    peut-être  ,    dit  Samar ,    que    j'eufle 
fait  comme  celui  qui  en  un  quart   d'heurt 
raconta    toute    l'Hifteire    du .  monde   de« 
puis  fa  création.    Vous   n'y  êtes  pas  ,  re- 
partit Pijon  :   Mais    je  voudrofs    que   vous 
ne  m'eufïiez  dit  que  la  moitié  de  l'H.ftoirt 
^e  Relofan,  Se  lai  (Té   l'autre   moitié   à  de- 
viner/ Le   petit    portrait 'que   vous    nous 
en  avez  fait    l'autre  jour  eft  plus  de  mon 
goût    qMe    vôtre    grand   détail.     De    plus, 
il     faut    vous    en     croire     fur     votre   pa- 
role Je  ne  fçai,  (îtout  le  monde  diroit  au- 
tant de  bien  de  ce  Prince  que  vous  en  di- 
tes.    Vous    np  lui  donnez  pas  un  feul  vice , 

ce 


<  Î9'  ) 

quî  fait  que  je  vous  fubçônne  de  n$^ 

te  rie.  Il  n*y  a  point  d'honiine  »  qui  n'aît 
quelque  défaut.  Tracer  ie  portrait  d'u« 
homme  fans  tache,  c'eft  me  pas  vouloir  ctrt 
^rû.  Vous  avez,  dit  Samar,  un (î grand 
penchant  à  croire  du  mal  des  autres,  que 
vous  i>e  r^auriea  en  enten  ire  dire  du  bien. 
Je  vous  ai  reprcfcnié  le  Prince  de  RiUja^ 
tel  quM  ctoit.  J'aurois  pu  vous  le  repré- 
fenter  tel  qu'il  âuroit  dû  être.  Quelque 
grand  qu'il  fut  il  pouvoit  encore  cirt 
plus  grand.  En  voici  aflez  fur  fon  article, 
dit  Pijffn,  Je  vous  promets  de  croire  de  lui 
tout  le  bien  que  vous  en  penfcz  5  mais  à 
condition  que  vous  ne  m'en  parlerez  plus. 
Prifcus  doit  être  content  de  vôtre  narré. 
Je  l'ai .  écouté  par  complaifance  pour  lui. 
Cela  doit  vous  fulErer 


«• 


CHAPITRE     XXVIII.   j 

Defcrîptîon  dit  Chitiâi*.     Portrt^  de  nueU 
q'*es    Dames, 


E 


Tant  arrivez  au  Château  ;  î1s-trouverent!o 
,,-j  Concierge  à  la  pone,  comme  cela  doit 
toujours  refaire  dans,  une  naaifpn  bien  ré- 
glée. Il  leur  demanda  un  Billet  de  famé. 
Samar  qui  connoifloit  Taîr  du  bureau  ,  dit  ^ 
aux  Romains  ;  que  ce  Vionfieur  étoit  cu- 
rieux des  belles  chofes  ;  &  qu'il  les ,  prioît 
s'ils  avoicnt  quelques  médailles  de    Tibère  , 


(  Î9X  ) 

it  lui  et  faire  préfent  :  Ce  qui  fût  exéco* 
te  à  la  fatisfadion  de  Monfieur  le  itou* 
verntur*  Après  cela  il  n*y  eût  rieo  qu*oa 
ne  leur  fit  voir.  La  première  Sale  étoic 
tcaduë  de  tapiiTerie  de  la  Couronne  & 
reprcfentoit  THiftoire  du  Règne  de  Megas. 
Il  y  avoit  tant  d'cveneœens  qui  reflên- 
toient  la  Bible,  que  PomfonÎMs  demanda  i 
yoir  les  autres  Âpartemens.  On  condui* 
fit  les  Romains  dans  une  Galerie,  où  les 
Daines  du  Règne  de  Mt$as  étoient  rcpré- 
•fentcesau  naturel.  Pi/on  Ce  plût  farta  re- 
garder cette  aimable  peinture.  Il  v  eût 
quelques  Damés  qui  furent  du  goût  dt 
CeUr  ôi  d'Egnatiusî  Mais  Ptijcns  lestrou- 
voit  trop  découverte  s  de  Pemfonius  qui 
n'étoit  pas  fiché  de  voir  de  b^les  chofes , 
dit  qu*elles  n*aurotent  pas  eu  befôin  de 
cbemife  ,  C\  elles  en  eu0ènt  montré  autam 
par  tout.  En  fuite  on  conduire  les  Â<7m«i»/ 
par  un  efcalier  deiobé  au  pavillon  on 
rOrdre  de  ce  nom  avoit  été  inftitué.  Ils 
y  virent  un  Portrait  du  Roi  petit-iiU  dt 
Meîâs  f  4|ui  portoit  au  cou  V Ordre  dn  Pa* 
%fiilon»  avec  une  Médaille  où  ctoient  ces 
mots  :  Jo  préfère  U  liberté  à  la  vie,  11$  In- 
rent  la  lifte  desXh«valiers  de  cet  Ordre, 
te  defcendirent  par  un  efcalier  tournant  ) 
dans  une  Galerie,  où  étoient  repréfentécs 
les  Dames  &  1c*  Princefles  qui  avoicntvè* 
eu  fous  le  Règne  de  ce  Roi.  il  y  en  avoit 
de  toutes  les  façons  ,  5c  ce  qui  faifoit 
plaifir  à  voir  elles  étoient  toutes  belles. 
Jamais  une  Dame .  ne  ie  fait  tirer  ^  quand 
elle  vient  fur  le  retour.  Il  y  en  avoit  quel- 
ques 


'<|tfèf     unes ,     qui  éioltnt    brM^es     i*\xné 
gunnpe.   Prifcus  les  trouvoît  a(Tez  modtdes. 
J^omponius  en    ayant  ^envifagc    une    qui 
fotis     fou   voile  cAckoir  plus    d*âppas    que 
faînaîs  les    Poètes    n'en   attribuerenc  à  la 
Dceire    de    Cithere  ,    fût    curieux  de  fçai 
voir    qui    c'ctoit    Ôc  demanda  à  S^mar    s'il 
ccort    poflîble  qu'une    Dame  eût  rciini  en 
elle   tant  de  beauté  4c  tant   de  charmes.  Elle 
et  oit   encore  jplus  belle,  dit  Samàr  -,  qu'el- 
le    ne    vous  paroit.     Le     Peintre    n'a   pas 
rcuili    à  tirer  fa  bouche.     Il  y  avoitfur fes 
IcVres    mille  agrcmens  que  le  Peintre   n'a 
pu    imiter.     Cette  Dame  ctoit  fille  du  Prin- 
ee    àe  Btlofan,     Qaûi,  die  Pi/on.»  eft-cc  la 

Princefle  Jerdreb  \    Corbleu  ,   elle» 

19 on.  repartit 54iw<ir}c'cft  fa  cadette.     Cet* 

te    Dame  qui  fembloit   n'être    au    monde 

que  pour  monter  fur  leThrône,  après  avoir 

noéctité  à  fond  fur  le   nrant  des  chofes  du 

monde ,   le  méprifa  avec  toutes  fes   pom* 

peSy    &    fc  retira  en  Ichtyophagtt,     Elle  f 

vccût  quelques  tems  fans  emploi;  mais  (on 

:anérire  ,  plutôt  que   fa  nailfance  l'ayant  dif- 

ttfiguce  ,  elle   fut   élue  PrinceiTe  du  pays» 

ï^e  Prince    de  Rjêlifan  eût  beaucoup  mieux 

«imc  qu'cl'e  eût    confemi   à   affermir   fon 

thrône  par  une  nouvelle     alliance  ,  que  dt 

renoncer  aux  doux   piaifirs    de   PHymen. 

K'ayant  pu  vaincre  fa  réfolution  ,  il  lui  fit 

4ans   Pétat  qu^clle  avoit  choifi  tout  le  bica 

qu'elle  pouvoit  attendre  d'un   Perepuiffam- 

inent    riche.     Les  fréquentes  vifites    qu'il 

lui  rendit    furent  fufpeâës  au  Pfuple     mé» 

^ifant,  qui  débita  ,  qu'après   la  mort  de  la 

Pnnctfle  Jtrdrth  ,  le  Prince  pour  ne  pas 

1  avoir 


^ae^qafsdiTcours'dont  le  contretoup  retomba 
furU  Gouvernante.  Au  rcftc,  il  faut  avouer, 
que  la  VilUjêrt  (  voici  Ton  Portrait  derrière 
la  porte  au-deflus  du  ballai  )  avoît  un  talenc 
tout  particulier  pour  aprendre  à  parler  aux 
Peroquets. 

ht  cette  Dame  »  dit  Celer,  qui  tient  un 
livre  à  fa  main  \  Vous  vous  trompez  ,  dit 
Samar  5  c*eft  une  tabatière   faite  en  forme 
de  livre.    Je  vous  en  ai  dcja  parlé.    C'eft 
TEpoufe  du  Prince  de  Jamun.    Elle  excel- 
loit  dans  l^art  de  bien  joiier.    jamais  Dame 
ne  joua  p!us  beau  «  ni  plus  gros   jeu^  Elle 
îoiiv)it  en  PrincelTe,    &  perdoit  en  Reine* 
Soit  qu'elle  gagnât  ,   ou  qu'elle  perdit,  elle 
etoit  toujours  d'une  humeur  égale  ,  &  m  fe 
fachoit  que  fur  le  poiilt  d*honneur.  Quand 
le  Prince  de  Rehfan  priva  fon  Miti  des  TU 
très  dont  le  Roi  Me^raz  l'avoit  honoré,  el- 
le  I*alla  trouver  jùfqucs  daiufon  fon  Cabinet, 
&  lui  dit  d*un  ton  capable  de  l'intimider, 
que  s*tl  étoic  alTez  hardi    pour   faire  quel* 
quechofe  contre  ron*Èpoux,  il  ne  mourroie 
jamais  que  de  fa  main  :  cependant  elle  ne  lui 
tint  pas  parole.    Cette  Dame  ctoît  Comtedè 
6* Eu,  Elle  fc  ferviides  Privilèges  d'un  Pays, 
où  l'on  n'eft  pas  obligé  d'éxecuter  tout  ce 
qu*on  promet. 

Quelle  eft  cette  jeune  perfbnnc,  dît  Fgna* 
tîus  ,  qui  ^a  Tair  fi  doux  3c  Çi  tendre  >  On 
voit  à  fcs  pieds  une  Couronne  renverfée, 
Hclas  î  dit  Samar,  ce  fut  une  icune  Demoi- 
felle,  que  l'ambition  dcmefurée  de  fon  Père 
donna  en  mariage  à  un  Prince ,  qui  la  prit  à 
caufe  de  fon  bien  ;  Mais  le  Prince  fon  Père 
ft'a^am  pflyé  fa  dot  qu'en  ppier  ,  fon  Mari, 

aprcf 


^  (   T^7  ) 
Apr^s  vroÎT  pafle  un  mois  en  fa  Compagnie» 

la  renvoya  chez  Ton  Père ,  lui  déclarant  qu*i! 

ne  la  recevroit  que  lorrqu'eile  auroit  réaUfé 

ion  papier  en  argent  comptant. 


■• 


CHAPITRE     XXIX. 

Portraits  de  quelques  Seigneurs» 

Sjt  MAR  expHqua  encore  quelques  Ta^ 
bleaux  ,  5c  n*oublia  pas  celui  d'une  D'à* 
me,  qui  avoit  ctc  fort  lang-iems  Epoufe 
légitime  d*un  Itoi  ,  fans  cependant  être 
Keine.  \h  allèrent  enfuite  dans  une  Sale  » 
dont  les  murailles  étoient  incruftées  de  mar« 
bre;  dWpace  en  efpace  il  y  avait  des  pilaftres 
de  vtî'îîieil ,  contre  lefcjuels  étoient  appuycei 
les  (latuësen  bronze  des  Seigneurs  de  là  Cour 
du  Prince  de  Relofan. 

Le  premier  fur  qui  i\s  jettcrenf  la  vue, 
Aoit  habil'c  en  Sui/lt  ,  5c  tenoit  un«  per- 
tuifanne  en  fa  mafn.  Samar  leur  dit ,  que 
le  SeigneiH*  dont  ils  voyoient  la  Statue, 
avcHt  été  itn  des  Courtifans  les  plus  accom- 
plis de  Ton  tems  ,  qu'étant  Cadet  de  famiU 
le  5t  cherchant  fortune,  il  fut  charmé  des 
appas  d'une  Princcflè  ,  qui  ne  lui  fut  pas 
cruelle.  Mais  le  Roi  hiegas  interrompit 
leurs  piaifîcs  ,  fans  pouvoir  détruire  leur 
inclination.  ApFés  la  mort  du  Roi  ,  la 
Princefîe  le  produifit  chez  le  Prince  de  Re^ 
lojan ,  qui  l'honora  de  la  charge  de  C^ipi- 
taine  de  Ces  Gardes  Suites  s  ce  qui  ctoit  la 
plus  haute  fortune  ,   où  il  pouvoit    alor« 

1  3  afpircr. 


(  Î9«  ) 

t^pîrer  »  8c  le  pofte  qui  lut  conyenoît  It 
mieux.  Son  frère  qui  ctoic  un  Druide 
de  diftin^ion ,  fût  û  reconnoiffant  de  C€tr€ 
grâce  qu'il  n*eùt  point  dans  la  fuite  d*aucre 
Religion  que  te  le  du  Prince. 

Quel  eft  cet  autre  ,  dit  Celtr  qui  â  Taîr 
ù  maie  /  C*t(l  repondit  Sathur  ,  le  Prince 
de  îiidoc  ,  qui  s'eft  vu  jeune ,  Chef  «i%inf 
illuftre  Fannt  le.  Il  employa  fcs  pre* 
inieres  aimées  à  la  guerre.  Ap  es  la  mort 
du  Hoi  Mtgas ,  Kelofan  le  broiiilla  avec  le 
Prince  de  Jamun.  afin  qu'ils  le  laiilaflfent 
en  repos  pendant  qu'ils  fcroient  occupes 
i  terminer  leur  diferends  particuliers:  Mais 
RtUfan  le  favorifoit  en  fout  pour  contre- 
carrer le  Prince  de  Jmmun  ,  qui  fuccomba 
dans  cette  occadon  le  Prince  de  Ntdoc  , 
qui  avoit  un  Confeil  fort  interreifé  ,  trou- 
va  ^  môyea   à  u  foyéux  des.  iwîcr*  à« 

Banque  ,  d'augmenter  Ton  Domaine  ,  dt 
payer  les  dettes  de  fa  maifon  »  le  de  retl* 
rer  les  Terres  que  Tes  Pères  avoient  alié- 
nées. Il  fût  fort  reconnoiiïant  envers  le 
Prince  de  Relofmn ,  de  lui  avoir  procuré 
tous  ces  avantages  {  ce  quil  témoigna  par 
l'attachement  inviolables  ,  qu'il  eût  en 
tout  lems  pour  Tes  intérêt^.  Il  perdit  fon 
Epoufe  aflpz  jeune;  tV  les  Epicuriens  ^ 
qui  ne  ceHIoiem  de  calomnier  la  Famille  du 
Prince  de  Relofan  répandirent  le  bruit 
que  la  Princefle  d'/c^/yo/^^^/V  quiitcroîtron 
pays  pour  époufer  le  Prince  de  i^edoe  :  Mail 
ces  calomnies  fe  détrijifîrent  d'elles  inêmes. 
Ce  Prince  avoit  du  cœur.,  de  l'erprit&  de 
l'axnour  pour  les  bcHes  Lettres.  Il  emen- 
^oic   paràitemenc'  bien   Tes   intérêts  ,    ^ 

1m 


les  (^avott    Itacnager  fort  avantageufement» 
On  lai  en  faifoit  un  vice^  mats  il  y  trouvoit 
Ion  compte. 

Quel    eft ,  $*ii  vous  plaît,  dii  Pomponwt 
ceieune  Seigneur  quia  fi     bon     air!  G*eft 
répondit    Samar  ,  le    f/ere  du    Priace  de 
Nedjc.      Ce  Seigneur  épouTant  le»  imerêcs 
du  Prince  iSc  de  (a  Famille  «feignit  unio^ir  de 
faire  une  partie  de  chaflit,  âc  quitta  fa  patrie 
pour  aller  dans  un  pays  où  il  f^avoit  qu'on 
îalfoit  la  guerre:  Mais   ce  nVcoit  pas  tanc 
Tamour    des  armes  qu'il  Tavoit   engagé   à 
cette    détiiarcbe  »    qu'une  pique  contre  le 
Prmce  de  Jamun.     il   fçavoît  que  le  Prin- 
ce de  Vexrot ,  fils  aine  du  Prince  de  Jamun, 
avoit  fait  des  depcnfes  confiderab'cs   pour 
paroltre  avec  éclat  dans  cette  guerre  :  C*e(l 
ce  qui  l'avoit    engagé  à  y  aller  pour  t'édip* 
fer,      Effedivement ,     quoiqu'il    s'enfallut 
bieau-coup  qu'il   n'eût  un  équipage  prQjpr-j 
tionné  à  A  natOance,  comme  elle  lui  don^ 
noit  le  pasau-deflus  de   V$xrotj  &  que  ce 
ii>(^  pas   le  train   qui  donne  le  courage,  il 
parût  à  l'Armée  comme  un  Héros.     Le  Gé« 
néral  q  it   étoit  un  homme  confommé  ad« 
mira  fouvent  en  lui  dans  un  âge     fort  ten» 
die  d^s  vertus  miliiaires,.  qu     ne  fontor- 
dinairement  que  lé  fruit  Je   Texpcrienice  , 
qu*on  acquiert  pir  un  <^rand  nobnbe  d'an- 
nées de  ferv  ces.     Apres  que   cette  guerre 
ftit  terminée  ,  Le  Sei^^ncur  de  Nédûcxoyzm 
gea  dans  diferentcs  Cjurs,  où  il  em  plu* 
fîeurs  bonnes  fortunés.    'Sa   beauic     jointe 
•    à  fa   riche  taille,  à  la  vivacité  de  fon  ef^ 
prit  »  à  fa  poiitcfle  <Sc  à  fes  manières  eiTga* 
géantes,  lui  procura  les  bonnes  grâces  des 

1  4  Uames 


(   lOO  ) 

Dames  »  qui  fouvent  Ce  dîrptiroîenr  rh< 
oeur  cl*avoii  part  dans  r«n  eftinir^  Il  rc» 
vint  enfuite  dans  les  Laugts  où  le  Pricre^ 
de  Rclofan  le  re^ût  arec  toutes  les  mar. 
ques  d*honneur  ducs  à  Ta  naiâance.  Il 
lui  donna  des  bons  gouverneniens*  P.  l'^ad* 
mit  èzn»  les  Confeib  »  &  n'oublia  rien  d« 
ce  qui  pouvoi:  favorifer  fa  fortune. 

Le  Druide  que  vous  voyez  à  cote  <i« 
lui,  fut  un  prodige  en  (on  tems.  C'étoit 
fon  frère;  Mats  il  ct0it  fi  tare  d«  voit 
des  Seigneurs  de  cette  naaifon  entrer  dans 
le  Sacerdoce  »  qu*on  admira  le  mcprts  gé« 
nereux  que  faifoit  ce  Prince  de  tout  ce 
qu*une  fortune  (flevce  à  de  brillant  »  puiA 
c|^iie  dans  Tctat  où  on  Tavoit  engage  ,  il  re« 
nonçoit  à  l*honneiir  de  ciieillif  des lauriert 
dans  le  champ  de  Mars  :  ce  qui  avoit  toû* 
iours  été  b  glorieufe  occupation  de  Tes  iU 
kiftres  Ancêtres.' 

Quel  eft .  celui  ,    dit  Prlfcus ,  qui  cft  dift 
gracie    d'un  œil  \  Ccft ,  repondit  Satnar  , 

le   Seigneur  de Prince    aulli    brave 

.  que  fon  cpce,  né  pour  les  plaifi'S  5  mais 
qui  en  facrifia  les  douceurs^  aux  délices  dit 
cabinet.  La  Cavalierie  le  vit  fouvent  à  {^ 
tête,  moins  comme  un  Général, qui  comoie 
un  Héros,  quila -conduHoit  àla  viftoire.  W 
étoit  d*ulie  humeur  doiue  5c  tranquile,  en- 
nemi de  toutes  les  broiiillcries  que  1rs  fac- 
tieux fot.t  narre  dans  un  Etat  inviolaUo- 
in-nt  ataché  aux  intérêts  de  foi^ELoi ,  amateur 
de  h  paix,  ennemi  de  la  fourberie  ,  ôc  qui  dana 
la  de^aJence  des  billets  de  Banque^  don- 
na une  preuve  de  desinterclTcment  des  plu» 
graadeiSâ   en    o&am    de  i*ar^ent     con}p. 

taïki 


rant  aox  perfonnes  qui  avoîént  reçu  des 
billets  de  lui  pour  quelques  acquindons 
qu'il  avoir  faites» 

Vous  voyez  de  ce  côtc-cî  dewc  Sef- 
gtieurs  ,  qui  étoient  frères  ,■  mais  d'une  hu« 
meur  bietv  différente.  L'ainc  fe  vit  par 
droit  de  primogeniture ,  Gouverneur  de 
Province,  Générale  d'armée ,^  Chevalier  de» 
Ordres  ,  6c  titré  de  tous  les  honneurs 
qu'un  Gentilhomme  pouvoit  efperer.  Le 
Cadet,  homme  de  cœur  &  d'efprit,  cher- 
cha fortune  dans  le  champ  de  Mars,  Il 
fût  un  des  plus  expérimentez  ,  des  plus 
hardis  &  de  plus  fage»  Capitaines  de  (on 
tems:  Maison  eut  bien  de  la  peine  à  ren- 
dre jufti'ce  à  fon  mérite.  Si  on  lui  donna  qifel» 
que  commandement  dans  les  armées,:  c'eft 
qu'on  ne  pouvoit  lui  réfufer  ce  ^u'il  avoir 
mérité  à  la  pointe  de  l'épée.  Le  Prince  de 
ILtloCan  et  oit  d  perfuadé  du  peu  de.roerire 
de  l'aîné  ,  qu'spréhendant  que  fon  fils 
sie  marchât  fur  Çt%  traces  ,  i!  avoit  réfolu 
de  lui  6ter  la  furvivance  du  Gouvernement 
de  (on  Père  )  mais  les  prières  du  jeune 
Koi  furent  un  obftacle  invincible  à  ce  defl«in» 


CHAPITRE     XXX. 

Continuation^  du  mimi  fujet, 

Q'Jel  cft,  dît  Pîfon  f  celui-ci  qui  s'ap- 
puie fur  un  ancre  de  navire  ?  C'eft 
répondit  Samar ,  le  frère  du  Prince  de 
^4WA»,.&.  un  des  fiîs^du  Koijdtgai,  qui  fut 

rcde» 


pederaMc  à  ta  doucear  de  (on  tempcff»-^ 
ment  de  n*»voir  pas  (ubi  le  même  foTtqu* 
ion  frète  pendant  le  Règne  du  Prince  d« 
Mofân,  Ce  Seigneur  ccoit  d*une  humeur 
n  douce  que  cela  alh>it  prefque  iufqii'à 
ftnfènflbtliié  ,  ce  qui  lui  procura  le  bon- 
tieur  de  ioiiir  en  paix  de  Tes  grands  biens. 
On  lai(Te  volontiers  en  repos  un  homme  qu*on 
ii*aprehende  paF. 

Ce  Druide  ,  que  tous  votez  quatre  pi* 
laftres  au  de (lous  de  lui ,  fut  bien  d*un  au* 
ire  humeur»  Il  ne  Ç\m  prefque  redevable 
qu*à  (on  efprit  broiiitlon  de  la  Pourpre 
dont  il  fut  honoré.  S«n  père  qtiî  avoie 
porté  long  tems  les  armes  avec,  honneur  fous 
le  Re^ne  de  Megas  ,  re^ût  tn  recompen- 
fe  de  fes  (èrvices  le  l^mple  de  Lûtià 
pour  ce  fils ,  qui  fe  comporta  dans  les  coni» 
mencemens  aflez  bien,  comme  €*eft^  l*or* 
dînaire  .*  Mais  ce  Orirïle  d*un  efprit  agif« 
^nt  p.  fut  bteo-tot  las  du  repos  ,  i\  Ct 
brouilla  avec  le  Seigneur  dti  Pays  :  il  fe 
fit  un  mérite  de  fa  querelle  il  inrereflâ 
toutes  les  Fuiffances  dans  les  broiiilleries* 
Me^^sr^  pour  le  tenir  dans  le  refpeé^  ,  Ta* 
procha  de  h  perfonne  «  &  lui  donna  la 
Temple  de  Xeum/i,  Le  Druide  de  la  Cour» 
qui  coniK>if{<>ir  refprit  intriguant  du  Pre* 
ht  »  fe  douta  bien  qu*it  feroit  tout  fon  pof^ 
fiofe  pou*  gigner  1rs  bonnes  grâces  du 
Koi^qut  l'a  voit  d^abord  reçu  aC*a  froide- 
jpaent.  I'  réfolut  d^^nc  de  le  conver  ir  ,  5c  de 
lui  faire,  abiure»'  le  Stotctfme  ,  dont  il  faîfoic 
profefïïoo  ouverte.  L*tpas  étoit  fédiiifam, 
^fqu'il  **aj»'(r  ît  des  bonnes  grâces  du 
Friace.     1*9  Moula  lui  propofa  d^accep'er 


^       (    20J    ) 

les    dogmes    d*Kficure  ,    s'il   vouloîe   faire 

fortune    à  la  Cour.     "Ne  croyez  pas  lui 

^,  dit-il  ,  que  vous  puiilîez   faire  changer 

9,  de  femiment  à  nôtre  Roi.  C'efl  un  Prince 

•9   éclairé,  qui  ne  fait  rien  qu'avec  de  bon« 

0,  nés  5e  folides  raifons.     Il  ne  fe  determi- 

»•  ne  pas  facilemenc  ^  mais  quand  il  a  fait 

9,  un  choix,  rien  ne  peut  le  faire  changer 

9/dt  femiment.     Il    a  fucc  les    Maximes 

,g  Epîcurienes  avec  le  lait.     Je    vous    fure 

9,   foi  de  Moula  que.  fon  Gouverneur  (  j*en« 

a,  tens  le  Druide  qui    Gouverna  l'Empire 

9»  pendant  fa  Minorité  )   étoit  un  des  pins 

9«  beaux  ornemens  de   nôtre  Sede;     C'eil 

«»  tout  yous  dire  ,  qu'il  étoit  revctu   de  la 

,9  Pourpre    Romaine,      Il  infpira  fts  fenti- 

mens  à  fon  Elevé ,  qui  profita  (1  bien  de 

fes  indrudipns»  qu*il  feroit  au(fî    facile 

„  de    compter  les  ctoilles  qui  brillent    au 

,9  firmament ,    les    grains   de    fable    que 

,9  la  Mer  jette  fur  fes  bords,  les  brins  d*her- 

„  be  ,  dont    la  terre  fe    couvre  au    prin- 

pf  tems ,   ou  les  feiiilles  qui    ornent  les  ar* 

,p  bres  ,  que  dire  combien   de    fois  notre 

,,  invincible  Vlonarque  a  mis  en    pratique 

^  les    Préceptes  de  nôtre    Sexte,  ^  Croyez- 

„  moi  ,    vous  ferîez  fort  mal  reçu ,  de  vc« 

„  nir  prêcher îa  Reforme  à  la  Cour.     C'eft 

„  ailèz  que    le  Prince   (bit  d*ifti    opinion  , 

„  pour  que  tout  le  monde  U  futvc.     Il  n'y 

,p  a  pas    même  jufqn'aux  Dames  ,  qui  fe 

„    trouven;  bien  de    nôtre     Morale.     On 

.,  peut  dans  nos   feniimens  ,  faire    tout  ce 

„  qu'on     veut  ,    pourvu  qu'on    fcan;lali(e 

„  perfonne»  ou  qu'on  ne  prétendent  pas  of- 

u  fenfer  les  Dieux  :  Quoi  de  plus  commo- 

16  de  î 


99 


(  i04  y  

'„  it)  Prélat,  voici  la  voyeque  vous  dev^z^ 
^  fuivre ,  point  de  fortune  autrement.  Si  motx 
^  amitié  vous  accommode ,  elle  cil  à  ce  prijc^ 

Sa   Grandeur   fit  un  û  bon  ufage  de   wes- 
pieux  documens ,    que  le  lendemain  à  foa 
réveil  il  fe  trouva    metamorphofc   en    Ef>i* 
€urifn  du  premier  rang;  &  jamais  la  Selle 
B*eiii  de   plut  zélé, 'de  plus  turbulent   »   ni 
de   plus  paiÏÏonné  déf^nfeun     On  lui  fout'^- 
nit  les  moyens  de  vivre    à  fosaife^  conmiff 
tout  bon    FfncMrit»  doit  âirt.     On  le  revê- 
tît de  b  Pourpre  |  &  bien  des  gens  euflêar 
fbuhaitc   qu'on    lui    eut  donné    un  licoa.. 
Jlirjiff  çelTl.  de  vivre,  flt  !e  Prince  de  Xm^ 
ma  cefla   de  recevoir  des  faveur»  du  Prtn*. 
ce  ;  mais  il  n*en  fin  pas  plus  tranquil»  pour 
cela»     Le  Prince  de  Kelofan  avoit  un  Soik 
verain  méprîi  pour  lui  y  cependant  quelque 
chofe  qu'il  pût  iaire>  il  ne  pût  jamais  ]»- 
réduire  à  demettrer  en    repos.     Il  broÎMlIa, 
toujours  ,  toujours  il  remua.     On  dit  mc« 
me   que    fes  cendres    après   fa  mort      n«ï 
peuvent   demeurer  en  place.. 

Qu«  vois  je,, dit  Prïjcus  ,  au- fond  de  1^ 
galerie  /  Voui  voyez,  t^ît  Samrr,  le  Prince- 
de  RûUfan  av  ec  (on  Fils.  Quoi  ,  dit  ^« 
fon ,  ce  Seigneur  qui  a  l*aic  d  majtftuetuc 
•ft  Fila  du  Prince  de  Rolofan  \  Oiii  ,rapantc 
Samar^  Il  eût  prefquc  les  mêmes  inclina» 
tîons.  que  fon  Père  ^  mais  fes  pafliQns  ne  . 
furent  pas  û  violantes.  U^  aima  ,.  maî^avec 
diftrrction..  Quoique  l'amour  porte  un 
ffannbeau  ^  il  ne  peut  prefque  pas  decou« 
tkîr  lei  inclinations  de  c«  Prince. 

Ah   Dieux  f  que  vois-ié  >  f'ccW*  P^m^ 
fpntU^iu    Vo.  Ci^blè  proche  d*ûn   Druide  f 


flOfJ 

Non  ,  repartît  Samar.  Ce  font  cfeux  Mt^ 
niftres  d*Ëtat.  Celui  qui  vous  a  fait  peur 
fût  redevable  de  (a  fortune  à  fon  integrî-* 
ré*  Mé^M  Aibçonnoit  it  violemment  le 
Piînrce  de  Relofa n  d'avoir  empoifonné  la 
IFaraille  Royale ,  qu'i^l  nomma  le  Seigneur 
é'Orfarine  pour  coiinoitre  dte  crime.  Ce 
Seigneur  croit  un  des  plus  cctairez  Magii^ 
fraiS'  de  (an  rems*..  Il  eût  ct^  idoponble  ait 
Prince  de  Retofém  dé  lur  en  impofer  s*it 
eût  été  coupable.  De  plus  ,  ce  Setgneur 
ctoit  inviolablement  attaché  à  Megas ,  à  qui 
il  étoit  redevable  de  fà  fortune.  Il  prit 
connoiflànce  de  l'affaire ,  s'informa  à  fond* 
de  tout  ce  qu*OB  difoit  ,  de  après  s*ctre 
«lûement  înftruit  ,  iî  dectira  \e  Prince  de 
Kelofan  innocerK  du  crime  dont  on  Taccu- 
Çoh,  Ce  Prince  ne  pût  alors  reconnoitre 
ce  (ervicc  i  Mais  après  la  mort  du  .Roi ,  Ae 
la  difgrace  du  Seigneur  de  Wrefne  ,  il  ne 
crut  pouvoÎT  mieux  recempenfer  Ton  Bien^ 
£iiteur,  qu'en  lui  donnant  les  Sceaux,  de  fe 
nepofant  fur  lui  du  foin  du  Gouvernemenr.. 
Ce  Druide  «  qui  femble  lui  donner  la^ 
main  4  a  eu  l'honneur  de  former  le  Prince 
de  Relofdn^  11  lui  a  cnfeigné  quelles  ver« 
tus  il  devoît  fliivre ,  &  quels  vices  il  devoir 
éviter.  î\  eut  toujours  la^  confiance  dis 
prince^  &  ft  il  fut  de  tous  Tes  plâifirs ,  it 
partagea  auiïi  avec  hii  tous  Tes  travaux.  Il' 
devint  Druide  du  prcmfer  rang^,  en  ré- 
compenfe  de  Tes  fervices  ^  mais  cet  hon«- 
neur  étoit  dû  à  la  pureté  ,  à  l'innocence  , 
'  /  -à  l'intégrité  ,  à  Isr  douceur  de  fes  nr.ccurs.. 
jle  ne  vous  dirai  point ,.  que  c'étoit  un  hom« 
me  aaftcrCj  qui  paflbit  tous  tes  jours  en 

1 7;  pricrt» 


(  2«  y 

prières,  en  îcunes  ôc  en  mortiiîcnYbfii 
qu'il  ne  rej^ardie  iamats  une  perfonne  da 
Sexe,  qu'il  ne  bût  jamais  de  vin*  il  fuA 
que  ie  tous  dife ,  qu'il  Tivoît  avec  le  Pria- 
ce  de  RiUfên,  ^four  que  vous  foyez  per« 
fuadé  que  c*étoit  le  plus  honncie  homnie 
de  Ton  tems.  H  ne  cédait  en  probirc  qu'à 
iqn  Maître,  &  il  emendoit  fî  bien  les  a^ 
faîres  ,  que  iamais  '  on  en  vit  tant  expédier 
âu  bureau  que  pendant  fon  Mmiflere. 

Les  Seigneurs  que  vous  voyez  etoient 
moins  les  Counîfans  du  Priiice  de  Relofân 
que  (es  Miniftres.  Celut-ci  dont  je -vous 
ai  d^ja  parlé ,  qui  eût  de  (i  gros  démêlez 
avec  le  Sénat ,  étott  Générale  d*armée  fans 
commandement  ,  Pocte  fans  faire  des  vers, 
Koble  en  trafiquant ,  Manrhand  fans  bou- 
tique,. Homoie  (ans  Religion,  Orateur  fans 
éloquence,  Miniftre  (ans  expérience,  Ac- 
teur (ans  ^ace  s  kiii(iciens  fans  voix ,  &  tel 
en  un  mot  qu'il  étoit  l'unique  en  fon  efpece  qui 
pût  faire  ce  qu'il  faifbit. 

Cet  autre  étoit  fort  bien  auprès  du  Prin- 
ce, à  caufe  de  Ton  Frère  le  Diu'ide  de  K#- 
ron  ,  qui  ctoit  chef  du  Confeil  fecret  du 
Prince  pour  tout  ce  qui  regardoit  la  Reli- 
gion. Jamais  homme  ne  Àc  plus  capable 
de  remplir  ce    pcfte  ^uc   ce  Druide  ,  qui 

{>ar  prbdence  n'avoir  pris  aucun  parti  dans 
es  diferends  qui  partageoient  les  Phiîofo- 
phes.  Avec  les  Stoïciens  on  ne  pouvoir  pas 
voir  d'homme  d'une  Morale  plu»  féverc  \ 
mais  ih'humanifoit  avec  les  Epicuriens.  Sz 
bouche  fouffloit  le  froid  &  le  chaud  ,  ce 
qui  lediftingua  des  autres  Druides  de  fon 
tems,  qui  u'avoicatj  pour  lapins  part,   de 

Relî» 


(  107) 
tigîbn  que  celle  du  Prince.  On   ne  pou* 
voit    pas    reprocher    au    Druide  dé   Veron. 
de  pouffer  la    politique  &  la  complaifance 
îufqu'à    tuivre   la   Religion   dominante  :  Il 
n'en  avoir  point  du  tout  :  C'cft  ce  qui  le 
<iiftfnguoir. 
^  Je  crois  »  Monfîeur ,  dit  Pifon  r<\*^  cette 
porte  donne   dans  le   fardîn.    Je  ne  doute 
pas,  qu'il  ne  reponde  a  la  magnificence  du 
Château.  Vous  n*aurez  pas  ici ,  aiomeCr/er, 
d'auflî  bonnc^   fortunes  que  vous  en  eûtes 
tlans  les  jardins  de  Marciopt».  Que  fçaiton^ 
continua  Pomponius»  ce  qui  peut  arriver  l  Je 
vois  là  bas  des  bofquets,  qui  m*ont  toutiTaic 
d'être   autant    de  Chapelles    dédiées  à  la 
DcefTe  àt,C'jth€re i  ou  du  moins  d*agréables 
rcduiti  9  où  Ton  pourroit  en.  toute  fureté  » 
célébrer  fes  myileres  Us  plus  cachez.  Je  ne 
crois  pas  ^  reprit  Prifcus  ,  que  vous  puiflies 
EÎen  faire  ici.  Ce  Pays  me  paroit  bien  éclairé. 
Qu^i^d  le  Soleil ,.  dit  Egnatius  ,  fe  releveroit 
la  nuit  ,  pour  voir  ce  qui  s*y  paffe ,  ie  m% 
ffciagine   qu'il  ne    pourroit  rien  découvrir^ 
tant  il  règne  ici  une  fbmbre.&  épaiflè  nait» 
oieme  tn    plein   jour    Ces  jardins  me  pa- 
roi (fent     charmans.        Mo»    Romains    en 
tenant    ces     difcours  aHerent  fe  promener 
dans  le  jardin  ,  où  nous  les  latOerons  ,  pou? 
en  faire  autant  de  nctre  coté»  pendant  que 
la  belle  faifoa  aous  y  convie 


SOM^ 


L 


SOMMAIILE 
DES    CHAPITRES, 

Çonunus  en    la   Chront^m  au    ChtvàRti 

Sotcrmelec. 


CHAPITRE    PRIMIER. 

Comment  Sotermdec  fut  mis  entre  Ut 
maim  des  Précepteurs ,  à  cêlle  fin  ê^ktre 
Hevi entout honneur  cr  vertu  \  comment  alors 
il  pajjcit  le  tems ,  a*  donneit  hon  témotgnaie 
de  fa  fuffijonct. 

CHAP.     II 
Comment  Sotermelec  devenu  grand  commen 
foît  à  fe  confejfer  à  Dieu ,  à  la  S.  Vierge  a'  À 
tous  les  Saints,  &  leur  détaUloitpat  le  ment 
fis  fichez,,  puis  s*  ers  retournoit  ficher. 

GHAF.    ni. 

Dtgrejfton  fur  la  devottoHàes  Temmes,  des 
Enfans  ,  des  Vieillards  cr  des  Gens  de  Cour, 

CHAP.     tV. 
f  Comment  une  nuit  ,.$otermelec ,  vitenfongt 
une  Couronne ,  CT*  cuidoit  que  régner  fourroiti 
fuis  s* éveillant  ne  trouva  que  Bran. 

CHAP:    V. 

Comment  Sotcrmelec  fufliadoUntementîet 
Sonnets  ronds  de  dercmffe  Us  Tdhles  Ttftamtn* 
taire  s  du  Roy  D^n  Sadik  fon  Oncle, 

CHAP.     VJ. 
Comment  il  le  s  requit  de  lui  oâîroyer  la  gouver* 
m  des  Gaules,  fous  telpaéle  qu^Uferoit  tout  hien, 
fu^onques  en  nul  rien  mal  neferott ,  ce  qu'en  fin 


mjtur  ne  penfoh^v  au  partir  ie-la  nUn  tint  cm$l 

CHAP.     VII. 

Comment  Soi tvaiétQ  fit  démolir  Id  Citadelle 

de  Dlçmor^four  complaire  au  Roi  J*  Albion.  ; 

CHAP.     VUI. 

Comment  Sotermclec  humoit  lepiot  ,qu$U 

que  fois  donftoit  gour  modes  à  fes  compagnons  de 

fiaijirs,  puis  Je  tepatrioit  avec  iaux.  ^ 

CHAP.  IX. 
Comment  Sotermeîec  entreprint  de  faire  péni* 
ttnct  CT*  vifiter  Us  Lieux  Saints  -y  item  comment  il 
alloit  en  pèlerinage  à  i^Ahba'jje  de  Tetcmuc  ,.€^ 
làfaijott  longues  retraites ,  puis  y  canfoloit  Ah» 
beJJ'eo'  Nonains, 

CHAP.     X. 
Comment  étaient  réglées  les.  Nonaini  de  T** 
tcmuc.  CHAP.     XI. 

Comment  la  règle  e  toit  que  fer  oient  tout  te  re*  . 
bours  de  ce  que  Beliiiieiix  c^  Nonains  doivent 
faire,  CHAP.     X  l  T. 

Comment  dévots  i7  dévotes  alloient  Ce  mar.ter 
s  Tetcmuc.  CHAP.     XIII. 

Comment  Sotermeîec  inventa  ungrand  creii* 
fet  ^O'ÂT  y  fondre  or  ^^  argent, 

CHAP.    XlV. 
Comment  SoiermclecTÎ'r  nombre  de  dettiurs  cjH 
empruraeurs.  CHAP.     XV. 

Comment  ^oitTmt\QÇ  ^  les  detteurs  payoient 
kurs  dettes  avec  fin,  CT*  donnoîent  fumée  pour  or^ 
CHAP.  XVI. 
Comment  de  pays  lointains  vwrent  coquilles  de 
noix, peaux  d*enguilles,,  allumettes ,^c.  ^fum 
tent  lesproBti  de  cettui  trajiq  bailhx,  à  une  cam^ 
fagnle.  CHAP.     XV.II. 

Comment  Sotermclec ,  malgré  vjîfere ,  menoîi 
bombance  CT"  )oy(,ufeté,  marchandoit  Mies,  ache» 


toiê 


(   2TO  ) 

tmtfimmef,  tênfdùhvtufufsfyfeJùUemtl 
CHAP.     XVI  !1. 
Ctmmint  H  et  oit  emourède'vatUini  ham^ 
€e»^0'émir$s  tebgems^  qui  ejfaçûient  Upajfi  crbi 
fâif oient  voirttm  tel  avenir  far  le  pertuy  tTinu 
èmteilU.  CHAP.     XX  IX. 

Cotmmemt  il  cria  la  Charge  de  grand  CalntU' 
teur  es  marchés  des  Gaules ,  CT*  en  accontra  «r- 
$a*m  Charlatan  \transfuge  Calédonien, 
CHAP.  XX. 
Comment  un  beau  jour  il  débouta  fon  grand  rt» 
ferendaire  vfon  jinancier ,  t7  des  deux  n*nt  ft 
♦  qu'mtt.  CHAP.     XX  U 

,  Comment  Princes  CT*  autres  Grands  Seigneurs 
fefirent  Marchands  et  papier  ,   v  baillèrent 
torche» . .  •  pour  monnoye  :  aucuns  vendt'renS 
ipictf,  autres  vendireht  Joyaux ,  t^c, 
CHAP.     XXII. 
Comment  un  beau  jour  le  Pontife  de  Camhreà 
voulut ftfa're  Cat dînai ,  c^jupiHtSotermtlec 
deVafftfter  auprlsdu  Pape  de  Rome, 
CHAP.     XXI  IL 
Comment  fut  conclu  par  le  Pontife  deCambrat, 
quefalloit  honortr  la  Dive  Pamattt  du  Pape 
Kor^soln.  CHAP.    X  X  l  V. 

Des  chojes  et  rangea  quaucum  iheolegtent 
Gallicans  aécouvrlrent  en  la  Pancart» 
CHAP.     XXV. 
Comment  en  fait  de  dijputes  ,   Théologiens, 
voyent  trouble  <jr  font  naitre  Ui  herejtes, 
CHAP.     XX  Vi. 
Pronoftication  des  maux  <sr  calamités  qu*éd» 
tiendront  en  Religion  par  dljpute  v  contro* 
verje,  cr  ecmment  un  tems  viendra  ^ue  de 
^hrifliétnifme  ne  tefteraque  Naorce. 

♦  d'Arg. 


(  lîl  ) 

CHAP.     XXVIT. 
Cûmmênt  fut  la  dive  Pancarte  homriepat 
4eux  qui  auparavant  n*en  tenaient  compte ,  CP* 
furent  iceux  mis  au  nombre  des  Convertis. 
CHAP.     XXVIII. 
Camment  ceux  qui  ne  voulurent  honorer  la  Du 
vê  Pancarte  furent  uUguex.  en  ?lflede$Pap9* 
figtus.  CHAP.     XXIX 

Comment  le  Pape  Romain  fit  le  Pontife  de' 
Cambrai  Cardinal  .nrlui  bailla  dix-huit  qua» 
rant  aines  de  pardons  four  Us  pech^x,  à  venir  ^ 
etivec  remiffion  des  fajfèx,* 


REMARQUE 

s  U  R     L  £ 

Le  Kegtment  de  la  Calotte  dott  Ta  Cr^a* 
tîon  à  uneCompngniedegcnsdiftinguca 

à  la  Gourde  France,  qui  fur  la  fin  du  Rcs^nc 
de  Louis  XIV.    fc  fnifoicnt  une  occupation 
fcricufe  de  relever   par  quelques    traits    de 
raillerie  Ifs  défauts -naturels  de^  perfonnes  les 
pluscoufiJerables.  «t  les  fautes  qui  leur  ccha- 
poient.  Celte  Compagnie  s'ctant  grofTie  in- 
fcnriblemem  s'étendit  de  la  Cour  à  la  Ville, 
Ôc.  fut  bâ  ifce  du  Nom  de  Kegtment  de  la  Ca^ 
lotte.  Mr  Aymond ,  Porte- Manteau  du  Roi,  en 
.  fttt  fait  Gcnéral,&  M.  deT(7r/4cGéneraHflîme. 
Les  Armes  de    ce  Régiment  font  un  Em- 
blème parlant  de  fon  caraftere  8c  de  fon  em- 
ploi.  En  voici  Texplicatitoft  telle  qu'elle  eft 
dans  la  planche  qa'oa  en  a  tirée. 


VEiuJfên  JfOr  MM  Chîf  iifêhU,  fhMrgt 
étum  Lunt  d'aritpit  ^   t^  de  deux  Croijfint 
ûffê(ex,dt  mémt  me.sL  VEcuJfon  efi  cbétrgi 
$mpal  du  jçeptrt  dt   Momus  »  femt  de  fê- 
filions  féiis  nombre  ,  dt  différentes   couleurs^ 
Ledit   EcuJJon  efi  couronné  d^une  Caloire  à 
oreillons  ,  cr  dont  l*untftretrou(fè  er  l*aMtn 
Mhaijjé.  Le  fronton  de  U  Calotte  efi  orntdê 
fonnett€$,  de  grelots  indifféremment  mtfachet, 
four    rrar^^uer  la  Hiérarchie  du   Régiment» 
Elle  a  pour  Cimier  un  Rat  paJIant  «  furmento 
é^une  gironette^  four  en  marquer  la  fotidrtê. 
Les  Armes  ont  four  fuforts  deux  ftnges  ^  Cê 
qui  dénote  t^innocence  ^  la  fimpUciié  ,crdeut 
cornes  d*abondanci  en  lambrequins  ,  d*oU  il 
fort  de>  bromllards  ,  jur  lefquels  font  ajfigntik 
iis  Penpons  du  Migimfnt^ 

BREVET 

D^INSPFCTEUR  SUR  LA  MUSI^'^ 
CT*  D^n/e  du  Régiment  de  la  Calorte^ 

Four  M«    DB    Lakdittsia«* 

DE   par  ^e  Dîcu  porte>Marotte  » 
Nous  General  de  la  Calotte  » 
Voulant  que  nôtre  Regîment 
Serve  de  refuge  5c  d'azilc, 
A  tel  que  le  Gouvernement 
Remercie  *  juge  inuiile. 
Ou  tel  qui  de  fon  propre  gré 
Des  affaires  s*cft  retira. 
Four  vivre  déformais  tranquille 
Aux  Champs  auiE  bien  qu'à  la  ViWt^ 

Teaam 


Tenant  tel  honneurs  à  zéro  i 

A    cfis  Causxs^  par  laGafetlé 

Inftruic  de  U  nobie  retraite 

I>u  Sieur   dû    Landitisiau, 

Z^equc    renonce  au  Directoire 

I>c  rOpera  qu'il  exerça  P 

I^epuis  huit  a  neuf  ans  en  ça. 

Avec  tant'  d*bonneuf  &  de  gloire «'  f 

X^ui  donnons  tout  conmandemenc 

Sur  la  dan(e  6c  fur  la  inu(îque> 

Tant  fcrieufe  que  comique ,  % 

A  i'ufage  du  Régiment  | 

Enjoignons  aux  fifrts.  Trompettes / 

Tambours,  Timballes  Ôc  Haut^bois,] 

I)e  fuivre  exaâemem  les  Loix, 

Et  les  Règles  qu'il  aura  faites  : 

Ordonnons ,  comme  on  peut  penfèr  ^ 

A  tels  qui  prétendront  danfer^;] 

Tant  nos  Soldats  ,  que  Vivandicrci> 

J>€  prendre  de  lui  des  lumières. 

Sous  peine  <le  faire  en  tel  cas. 

Un  nombre  in(ini  de  faux  pas  ^ 

A  ce  grand  Maitre  de  Cadtn«e  | 

Vous  ra  portant  entièrement 

Du  tour ,  port ,  gefte  Se  mouvemenc  » 

Où  git  tout  le  fin  de  la  Dance  t^ 

Lui  donnons  pour  apointemens' 

Deux  mille  ccus  fur  tous  les  vents  « 

Ou  vapeurs  odoriférantes» 

Qu'exhalcni  les  troupes  danfantes 

Dans  les  mois  d'Août  6c  de  Juillet  | 

£n  outre  par  honneur  complet,  i 

Lui  décernons  nôtre  médaille 

De  la  première  ôc  grande  taille. 

Et  double  Calotte  de  plomb. 

^iené,  T  o  R  s  a  c.  Plf*^  l^as»  AruouDé 


JUGEMENT 

D  £      L  A 

CALOTTE 

Xflir  iê  Procès  de  Àionfimr  iê  font^rnlh,  OP* 

SUr  la  complainte  criminelle, 
Fiite  au  Confeil  du  Régiment  « 
Par  Maître   bernard  Fomenelle, 
Contre  Arlequin  ^  la  Séquelle  « 
Accuici  folidairement  , 
A  ce  qu*à  leur  Troupe  comique  ^ 
11  foi:  fait  inhibition 
De  juiier  pièce  dramatique  i 
Sous  le  nom  à* EudimaUên. 
Le  Plaignant  y  fous  ce  titre  m£mc» 
Ayant  depuis  trente  ans  en-^a  « 
Kinic  pièce  d'un  prix  extrême^ 
Qu'à  rOpcra  l'on  retiifa. 
Et  qu'il  veut  par  excès  de  zèle 
Kevendie  au  Roi  comme  nouTellc  : 
Oiii  ScaramoMche  >  d'autre  part  » 
Sur  les  Franchifcs  de  Ton  art. 
Vu  d'Arlequin  les  fingerief , 
Culbu(es  &  boufônneries  I 
Tout  meurement  confiderè  t 
Kous  avons  dit  8c  déclaré. 
Que  pourra  la  Troupe  Iralique» 
Vilipender,  berner  en  l'air, 
L'Auteur  à'Aj^ar »  Pièce  immortelle 
Par  le  ii£Qet  qui   naquit  d'elle  $ 


Des  Lecfres  du  Chevaiier  d'Htt% 
Des  digTciTiuiïs  où  Virjjilc 
£(l  iraité  par  tojc  d*iinbeci)e« 
I>efiefiJons  à  i'A.4ttur  B^irbon^ 
Depuis  trente  ans  ponant  luneiies> 
D'écrire  plus  tendres  forneties^J 
^all«t.  Opéra  ,  ni  Chanfon, 
Et  dans  une  Cour  Prinunicre» 
D*amener  Mufe  douairière, 
cA.  peine  d'ccre  mis  mef  hui 
Aux  Incurables  du  ParnalTe 
Où  Coypel  (ils  ayant  pris  place. 
Voudra  bien  chaoabrer  avec  lui. 
Fait  au  Confeii  du  Régiment, 
^i^nc ,  T  o  &  s  A  c ,  Aymoad  prcfear. 

ARRET, 

Portant  Condamnitîon  de  Banni flèment, 
contre  certains  Déliquans  enversia  Kailott 
6c  la  Langue. 

Kous  Dîreâiiurs  dt U  MahottI' 
E»  v^rtu  de  l^AutorlU 
g»«  ies  Etats   de  ia  Calotte 
I^iotés  donnent  Sedc  Vacante  (  *  ) 
Sf  AV  o  in  fat  font  far  U  prejente 
^jlMt  le  Colleie  des  (garante  (  f  ) 
€juéi  fo$és  nous  frofeje  à  Paris 
L*Art  de  quarrer  la  période, 
t/  de  tortuer  les  E/prits  :J 
eiui  tient  otivert  àjufiefrix 

Magaztm 

f   ♦  Depuis  la  mort  de  Mr  àc  Torjat  Colo- 
nel ,  le  Régiment  cft  vacant. 
t  L'Acadcmie  Fraû^oifa. 


(  »I6  ) 
^âgaftn  di  Mots  ïï  U  Mode, 
KSlachres  à  rajratchir  l*Oiie, 
Moules  ou  ckaqut  jour  ou  fait 
J>es  Hafângueun  de  Dom  japhct  , 
Eft  par  Jugement  autentique 
"Cohdamné  de  fermer  bout^ue. 
Pour  s*ê.rt    Imn/ijcé  fciremtnt 
jtHX~aJaifes  au  Rtgiwent, 
Ordonnons  ^mV/  vuîde  la  Ville ^ 
Voulons   que  tes  plus  égarez» 
Ji    Mont-  SïirutfoieM  transférez, , 
i>'t/M  fourront  La  Motte»  HouteviHc^ 
ife/  Font  ene  lie  leur  Pair  on  , 
Venir  jur  ânes  t^  jur  M%le5 
BndoHnner  de  Uur  jargon 
Les    Precteujes  ri'iicules, 
A    clmi  fols  par  chaque  Ufon  ; 
jiuxquelles  trcis  permettons  de  faire 
En  Iroquois  une  Grammaire, 
Et  de  paùUer  leur  Traité 
JL>* Inintelligibilité  ;  ^ 
Bref  réduire  la  Langue  en  chifres]% 
Et  Jtra  le  préfent  Atrêt 
Par  nos  Criturs  ,  Tambours KP'  Pifru 
Lûj  crié,  mis  oubefoin  efi. 


ignc  > 
S  D  M  O  N  D ,  Secrétaire  du  RegtmenK 

PE     Sx     MARTIK. 


»■    . 


riN. 


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